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EXCES SEXUELS

L'importance des abus génitaux dans l'origine des neuro-psychoses et des psychoses n'est pas mince, ce qui se comprend de soi-même quand on considère les rapports importants qui existent entre le système nerveux génital et les autres régions nerveuses y compris celles qui sont du domaine psychique. Les troubles des fonctions sexuelles de même que ceux de la digestion, exercent une influence énorme sur l'état d'esprit qui alors est presque toujours déprimé et a souvent un caractère hypocondriaque très prononcé.

Les abus sexuels peuvent provoquer une prédisposition à la maladie psychique, l'accentuer si elle existe déjà, et en outre agir comme causes accessoires. Le phénomène intermédiaire dans la pathogénie des maladies nerveuses et des maladies psychiques est représenté par une neurasthénie provoquée par l'abusus veneris.

Le cas le plus défavorable, c'est quand cette neurasthénie acquise se joint à une prédisposition qui existait déjà originairement. Tel est cependant le cas de nombre d'individus tarés, parce que chez eux l'instinct génital se manifeste avec une précocité et une force anormales et souvent d'une manière perverse avec incitation à se satisfaire dans ce sens. Ici l'abus sexuel est moins une cause qu'un symptôme ou du moins un phénomène consécutif à un état morbide, de même que dans les cas où une maladie psychique déjà existante (manie, démence paralytique ou sénile) amène aux abus sexuels.

Dans l'appréciation étiologique de chaque cas il faut tenir compte de ce fait clinique. Les maladies psychiques survenant par abus sexuels, proviennent d'un état neurasthénique et vont de pair avec les symptômes de cette dernière affection.

Les excès sexuels provoquent d'autant plus facilement une maladie psychique que celui qui se livre à ces excès est très jeune ou qu'il a déjà atteint le senium. Ce qui est encore d'une importance capitale, c'est la gravité de la

tare, s'il y en a une. Cela dépend encore beaucoup de la manière dont on satisfait ces excès sexuels.

i" Les excès naturels ' dans les plaisirs sexuels ont une action moins funeste que les excès contre nature. Leur influence est directement épuisante et ordinairement cérébrale. Les femmes supportent mieux les abus sexuels, probablement parce que chez elles l'acte sexuel n'entraîne pas une mise à contribution aussi intense du système nerveux que chez l'homme. Des cérébrasthéuies graves, le senium précoce, la démence paralytique, des mélancolies graves avec nuance hypocondriaque peuvent se développer sous l'influence épuisante des excès de coït, mais ordinairement d'autres causes auxiliaires agissent aussi.

Un agent important pour la femme, est le coïtus interruptus et le coïtus reservatus. Il mène à une neurasthénie sexuelle avec les dangers que comporte cet état pour l'intégrité psychique.

2° Ce qui est beaucoup plus nuisible et, au point de vue étiologique, beaucoup plus important, c'est la débauche sexuelle contre nature, particulièrement la masturbation ^ La cause en est probablement que souvent cet abus coexiste avec une constitution névropathique, que souvent il est pratiqué à un âge très jeune et d'une manière excessive et qu'il représente une excitation inadéquate et non physiologique du système nerveux. C'est surtout le cas dans l'onanisme psychique où l'éjaculation est provoquée par l'excitation de l'imagination (représentation de scènes lascives).

L'effet de l'onanisme consiste dans la production d'une névrose génitale (pollutions) qui s'étend à la moelle lombaire et qui amène la neurasthénie générale.

Sur ce terrain prédisposé aux psychoses se développent par la suite diverses causes accessoires. D'après les observations assez nombreuses que j'ai faites jusqu'ici, il est probable que presque toujours il faut encore, outre ces causes, une constitution névropathique originaire (tare)) et que, chez les individus non tarés, les excès d'onanisme ne dépassent guère le domaine de la névro-psychose asthénique.

Les observations des gynécologues, des neurologistes et des aliénistes nous apprennent que dans le sexe féminin aussi la masturbation (voir plus bas observation LV) est souvent pratiquée et d'une façon préjudiciable. Les affections qui en résultent ne semblent guère différer essentiellement de celles qu'on observe chez l'homme.

En se basant sur cette faiblesse irritable du système nerveux central due à l'onanisme (neurasthénie), la pathogénie des psychoses « onanistes » peut donc être variée.

1'^' Elle est psychique par l'intermédiaire des causes accessoires psychiques. Ce sont des idées spontanées de repentir, de honte, la peur des con-

1 Flemming, Psychosen, p. 541. — >'eumann, LeJirb. der Psych., p. 136. — Plagge, Memorabilien, 1863, VIII.

- Ellinger, Zeitschr. f. Psych., 2. — Ellinger, Ibid., 6. — V. KrafTt, Ih!d., 31. — Flemminp, Psychosen, p. 151. — Ritchie, Lancet, 1.81. — Maudsley, Journ. of ment, science, 1868, juillet. — Skae, Ibid.,i8~i.

séquences du vice jointe à la conviction pénible de n'y pouvoir renoncer par sa propre force. Ces émotions peuvent être aussi provoquées par la lecture de certains livres populaires dont l'auteur, par esprit de spéculation, décrit avec exagération les conséquences de la masturbation. En outre, chez les candidats au mariage, l'impuissance réelle ou relative, organique ou psychique, résultant de la masturbation, peut devenir la cause psychique de la psychose.

Dans ces cas il se produit des mélancolies avec une forte empreinte nosophobique, avec crainte du tabès, de la phtisie, des vésanies, selon les symptômes prédominants de la neurasthénie accessoire.

2" L'intermédiaire est de nature somatique quand il survient des causes affaiblissantes (nourriture insuffisante, insomnie, maladie physique, surmenage intellectuel ou physique, etc.). Le caractère du type morbide paraît ici essentiellement déterminé par les éléments constitutionnels qui l'ont provoqué.

Si ces tares sont peu graves, il se produit de la stupidité ou des états mentaux comme de simples psycho-névroses d'épuisement.

Sur la base dégénérative (peut-être même sans cela, quand il y a onanisme excessif à un âge très jeune), il se développe des états de démence primaire et progressive. Il peut se manifester, dans ce cas, des états délirants, hallucinatoires, raptus, délires primordiaux, phénomènes catatoniques, des états d'excitation à allure maniaque avec des actes impulsifs. Dans cet état de dégénérescence apparaissent bientôt : l'imbécillité morale, la perte des sentiments éthiques et esthétiques (malpropreté, penchant pour les choses répugnantes), indifférence de cœur absolue et aboulie avec terminaison par l'idiotie la plus complète.

Comme autres maladies de nature nettement dégénérative, nous devons encore citer certains cas de paraûoïa et d'aliénation mentale avec idées obsédantes.

Comme phénomènes cliniques qui se rencontrent plus ou moins dans toutes les psychoses sexuelles, on peut citer : les symptômes de la neurasthénie, ensuite les hallucinations olfactives d'un caractère répugnant (excréments, odeur de cadavre, etc.) qui manqueut rarement. Les symptômes épileptoïdes et ceux dits catatoniques ne sont pas rares non plus.

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