MANQUE DE SATISFACTION SEXUELLE
On le considère souvent comme la cause de névroses et de psychoses, mais il ne produit certainement d'effet que chez les névropathes tarés et dans les cas d'instinct génital d'une force anormale. Ces deux conditions se trouvent souvent réunies chez les individus tarés. L'homme est plus exposé à ce danger que la femme, puisque de son naturel il a des besoins sexuels plus grands que celle-ci. Quand on déclare que la cause d'une
* Marc, traduit par v Idler, I, p. 233, II, p. 137. — Bail, Leçons cliniques, p. 577. — V. Kralît, Ja/irblicher. f. Psychiatrie, VIII, fasc. I et 2.
psychose chez la femme est Fabstineiice sexuelle, ou ferait bieu d'examiuer de près si ce n'est plutôt la non-réalisation de sa vocation de mère et d'épouse et partant la non-satisfaction de ses besoins sociaux et éthiques qui dans ce cas a été décisive.
Le résultat de l'émotion sexuelle non apaisée par une satisfaction temporaire, consiste en une surexcitation de la sphère génitale (érections, hyperhémies) et plus tard en une surexcitation de tout le système nerveux.
La non-satisfaction de l'instinct peut ici provoquer un véritable rut allant jusqu'aux états de satyriasis et de nymphomanie, ou du moins donner lieu à des délires hallucinatoires'.
Du reste, chez les individus tarés, les suites de l'abstinence sont analogues à celles de l'onanisme.
Une neurasthénie générale se développe et sur cette base se produisent des états de mélancolie (hypocondrie), de la paranoïa et des folies avec idées obsédantes.
GROSSESSE, ACCOUCnEMENT, PUERPERIUM, LACTATION^
A côté des influences débilitantes dues aux excès sexuels chez les hommes ou doit tout de suite classer les phénomènes affaiblissants de la grossesse et de la puerpéralité chez la femme. Ils ont chez elle une importance équivalente à celle du surmenage, si dangereux chez les hommes, et ils constituent une cause prédisposante ou accessoire de la maladie chez 17,8 p. 100 des femmes aliénées qu'on envoie dans les asiles.
La prédisposition a une importance comme dans tous les cas oùles processus physiologiques deviennent les agents étiologiques des maladies mentales.
Fiirstner a trouvé une prédisposition héréditaire dans 61,7 p. 100 des cas qu'il a traités, Rippiug seulement dans 44,2 p. 100. Par contre, cet observateur reconnaît comme suffisante et décisive la prédisposition acquise, c'est-à-dire les effets affaiblissants et antihygiéniques de la vie des usines à laquelle la majorité de ses malades étaient exposées.
Comme causes prédisposantes d'une grande portée notons, outre le germe héréditaire, la constitution névropathique, la chlorose, l'anémie, les accouchements fréquents et difficiles, la lactation continuée pendant une longue période, les maladies graves, les règles profuses, bref toutes les causes capables d'affaiblir la constitution. La folie la plus fréquente est la folie puerpérale (9,2 p. 100 de toutes les aliénées reçues à l'asile), ensuite la folie de la période de lactation (5,6 p. 100), enfin la folie des femmes enceintes (3,1 p. 100).
i° La folie de la grossesse ne se déclare ordinairement que dans les trois
' Comparer le cas rapporté d'après Biiffon par Mac-Ideler, II, p. 137. — Zola, dans son roman La Faute de Vabbé Moiiret, paraît avoir songé à ce cas.
2 Ripping, Geisfessforungen, etc., 1S77 (avec de nombreuses citations des ouvrages spéeiau.\}. — Schmidt, Arch. f.Psych., XI, fasc. 1.
derniers mois de la gravidité. Ripping attribue une grande valeur étiologique aux changements dans la circulation cérébrale (anémie) produits par les liquides de l'utérus et l'intercalation du courant placentaire, ainsi qu'aux altérations chimiques du sang qui se produisent pendant la gravidité.
La fréquence des cas de maladie chez les femmes devenant enceintes en dehors du mariage s'explique par les conditions de vie malheureuse que la plupart subissent de même que par les préoccupations que leur donne le souci de l'avenir. La forme morbide que prend la folie de la grossesse est ordiuairement la mélancolie, rarement la manie*. L'aliénation mentale, très rare d'ailleurs, qui se déclare dans les premiers mois de la grossesse, est généralement de courte durée et d'un pronostic favorable. La folie qui éclate dans les derniers mois ne disparaît point avec l'accouchement, mais se transforme souvent après les couches en manie. La durée moyenne de la maladie est neuf mois; les rechutes dans les grossesses suivantes sont très fréquentes,
^" Les troubles psychiques - qui surviennent pendant ^accouchement sont transitoires, ils vont de pair avec un trouble profond' de la conscience. Ce sont des émotions pathologiques qu'on observe le plus fréquemment dans ce cas, surtout chez les femmes qui accouchent d'enfants illégitimes, émotions causées par leur situation d'abandonnées, par la honte d'avoir perdu l'honneur sexuel, la peur éprouvée aux symptômes précurseurs de l'accouchement, le souci de l'avenir; on rencontre aussi des états d'excitation furieuse avec délire causés par la douleur de l'enfantement et suivis d'épuisement, de même que des cas de manie transitoire, des délires hystérique, épileptique, de l'éclampsie avec délire.
3" Folie puerpérale. — La pathogénie est obscure. L'étiologie montre l'existence de causes prédisposantes qui sont : ou une constitution héréditaire névropathique, ou une chlorose, des anomalies de l'utérus, l'influence affaiblissante de maladies somatiques graves antérieures, les pertes de sang, la lactation prolongée, les couches qui se suivent trop rapidement; mais ces causes proviennent aussi en partie de Tinfluence déprimante produite par la peur qu'inspire l'accouchement et, chez les femmes non mariées, par la honte, l'inquiétude pour l'avenir, etc.
Comme causes accessoires, on peut noter les émotions, la mastite, les maladies fébriles somatiques, etc. La suppression des lochies ou du lait que les profanes incriminent généralement, n'est qu'un symptôme et non pas une cause de la maladie.
Les causes accessoires de la folie qui se déclare pendant les premières semaines sont : les hémorragies, la mauvaise nourriture et une mauvaise diététique, les émotions, le commencement de la lactation, la mastite, l'inflammation de l'utérus et de ses annexes; dans les maladies qui éclatent
' Schmidt a trouvé la manie chez 31,3 p. 100, la mélancolie chez 54,9 p. 100, la folie chez 10 p. 100, la démence paralytique chez 5,8 p. 100. L'auteur de cet ouvrage a, sur 5 cas, constaté 4 mélancolies et 1 dém. parai.
2 V. Krafft, Die transitorischen Slurungen des Selbstbewussteins Erlangen, 1868, p. 116.
de la quatrième à la sixième semaine, ce sont les troubles causés par le retour des règles et notamment les ménorrhagies.
Les recherches faites par Ripping et Schmidt montrent la grande influence exercée par les troubles de la nutrition (diminution de poids) •dans le puerperium, car la différence de poids constatée chez certaines malades entre le début et la fin de la maladie variait jusqu'à :29 kilogrammes, e la psychose ne disparaissait qu'avec l'augmentation du poids du corps.
La folie puerpérale éclate le plus fréquemment entre le cinquième et le dixième jj-jr du puerperium. Elle ne constitue point une forme spéciale de l'aliénation mentale. Il n'est pas exact de l'appeler manie puerpérale. Toutefois la manie est la forme la plus fréquente que prend la folie puerpérale '.
Dans les deux premières semaines du puerperium on a observé des cas de manie transitoire, de fièvre puerpérale avec délire, de délire d'inanition, des psychoses puerpérales (généralement manie ou folie, plus rarement mélancolie, parfois aussi de la démence primaire et guérissable). La proportion de la manie à la mélancolie est ici environ de 3 pour i.
Les troubles psychiques qui se montrent dans les dernières semaines du puerperium consistent en manies ou mélancolies.
Manie puerpérale. — Les symptômes prodromiques sont parfois ceux d'une dépression mélancolique, qui cependant n'est que légèrement marquée et se borne à une dépression morale et à un penchant à pleurer ; mais ordinairement les symptômes sont ceux d'une exaltation maniaque (inquiétude dans les mouvements, air aiîairé, affluence d'idées, loquacité, insomnie).
Ce qui est surprenant c'est la courte durée du stade prodromique et l'insignifiance des symptômes en comparaison de ceux des psychoses analogues non puerpérales.
Quand ce stade prodromique a duré de un à plusieurs jours, il se développe rapidement une folie furieuse allant jusqu'à l'acmé, à marche continue mais rémittente.
Dans le délire de la manie puerpérale les illusions des sens jouent un grand rôle. Elles ouvrent ordinairement la série des symptômes de la folie furieuse et sont tellement au premier plan qu'on pourrait songer dans ce cas à une folie hallucinatoire (Fûrstner).
La durée de la maladie est de six à huit mois, mais il y a aussi des cas abortifs. Le pronostic est assez favorable. Si la maladie se termine par la guérison, la malade a ordinairement une phase de stupeur qui ne paraît manquer que dans les cas légers (avortements). Le souvenir de cette phase de profond épuisement intellectuel est incomplet. Ensuite la malade reprend ses sens tout d'un coup ou peu à peu.
La manie puerpérale n'a pas de symptômes spécifiques. Il est inexact
' Schmidt a trouvé la manie chez 48 p. 100, la mélancolie chez 38,9 p. 100, la folie chez .^,5 p. 100, la démence aiguë chez 5,5 p. 100, la lolie circulaire chez 1,4 p. 100. L'auteur de cet ouvrage a, sur 38 cas, constaté 17 manies, 4 mélancolies, 10 folies hallucinatoires, 1 paranoïa, 6 démences aiguës.
que le délire ait un caractère erotique prédominant. Ce qui la distingue des manies non puerpérales, c'est la courte durée du stade prodromique, l'insignifiance des symptômes psychiques prodromiques, de sorte que la maladie débute comme si elle était primaire et s'accentue rapidement jusqu'à l'acmé; la manifestation primaire des illusions des sens et la prépondérance de ces dernières dans le tableau morbide (Fiirstnerj. En général, ce sont des formes graves de la folie furieuse avec trouble considérable de l'intelligence. La longue durée et l'intensité de la maladie expliquent aussi, ce qui d'ailleurs a été relevé par Furstner au point de vue du diagnostic, qu'au lendemain de la manie le stade d'épuisement et de stupeur ne manque jamais.
La mélancolie puerpérale, qui est plus rare, a un pronostic moins favorable; il faut aussi plus de temps pour qu'elle arrive à résolution, en moyenne neuf mois. Ici encore il faut remarquer un fait frappant : le trouble profond de l'intelligence dû évidemment à l'épuisement, et la nuance de démence du tableau clinique. Schmidt fait remarquer que dans ce cas les malades sont distraites, moroses, rêveuses, oublieuses, irréfléchies, que les hallucinations sont fréquentes et les accès d'angoisse intercurrents.
Après l'avortement, quand il cause des pertes de sang considérables, la folie puerpérale peut aussi se déclarer. Celle-ci, comme en général les aliénations provoquées par les troubles aigus de la nutrition cérébrale fanémie), est caractérisée par des illusions des sens nombreuses, notamment par des illusions visuelles. Les convulsions ne sont pas rares non plus dans ce cas. Le pronostic est favorable. Ripping évalue la durée moyenne à cinq mois.
4" Folie de la lactation. — La folie des femmes qui allaitent a probablement toujours une base anémique. Les accouchements difficiles, les maladies générales ou locales agissent comme causes prédisposantes. L'allaitement trop prolongé et trop intense, ne répondant pas aux forces de la femme, sont des causes décisives. La psychose se déclare rarement avant le troisième mois. Comme tableau clinique, la manie prédomine avec une grande fréquence; on rencontre plus rarement la mélancolie'. Le pronostic n'est pas défavorable, mais moins bon que dans la folie puerpérale. La durée moyenne de la maladie est de neuf mois dans les hôpitaux et les asiles.
L'importance pratique de ce groupe étiologique de psychoses sera l'explication légitime de la permission que nous prenons de faire ici quelques remarques thérapeutiques.
Au début du traitement on doit avant tout visiter minutieusement le corps et appliquer le thermomètre, pour ne laisser passer inaperçus aucun des processus puerpéraux ou fébriles s'ils existent.
La base évidemment anémique des psychoses qui se produisent dans ces cas exige qu'autant que possible on prescrive à la malade le repos au lit
* Schmidt a trouvé 42 p. 100 de manie, iO p. 100 de mélancolie, 6,7 p. 100 de démence aiguë, 3,4 p. 100 de démence paralytique. L'auteur de ce livre a constaté, sur 2'J cas, 12 cas de manie, 6 de mélancolie, 3 de folie, 1 de délire aigu.
et une bonne nourriture. On ne doit pas tolérer trop longtemps le refus de prendre de la nourriture. Les lavements de pancréatine de viande par le système Leube peuvent rendre ici quelques services. Au point de vue des médicaments, les toniques, surtout le fer (comme l'albuminate, le peptonate de fer, le fer dyalisé), l'extrait de noix vomique, le quinquina (extrait mou) dans du vin de Malaga, le vin, la bière sont indiqués.
L'insomnie n'est guère influencée avec succès que par la morphine ou plutôt par l'extrait d'opium. Le meilleur effet est produit par les spiritueux, surtout la bière; à l'occasion aussi par l'hydrate de chloral ou la paraldéliyde (en lavements), les enveloppements humides, les injections souscutanées de camphre. Quand l'anémie n'est pas trop grande et qu'il y a fluxion vers le cerveau, notamment avec agitation cardiaque, il faut essayer des bains tièdes.
On surveillera la métamorphose régressive des organes génitaux et leur fatigue fréquente par la masturbation à la suite des excitations sexuelles périphériques.
Quand les règles reviennent, elles sont souvent profuses, ont ainsi une action affaiblissante et causent des rechutes. Il est alors nécessaire d'empêcher à temps par des moyens connus (ergotine, hydrastis) ces pertes de sang qui ne sont pas nécessaires.