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NOTIONS PRÉLIMINAIRES DE PSYCHOLOGIE

Toute la vie intellectuelle consiste en conceptions et dans l'action réciproque qu'exercent ces conceptions les unes sur les autres.

Tons les phénomènes fonctionnels de la vie psychique, les élémentaires aussi bien que les compliqués, trouvent leur concentration dans la conscience que l'individu a de lui-même (le Moi). La conscience est représentée par les idées qui, pendant l'unité de temps, se trouvent présentes dans le Moi conscient. Tout ce qui ne réside pas directement dans la conscience est une idée latente, virtuelle. Toute conception d'idée provient originairement de sensations sensorielles et reçoit une stimulation constante de ces dernières. Les sensations sont des conceptions élémentaires. Elles ont différents degrés d'intensité et de qualité. L'intensité dépend de l'excitabilité de celui qui éprouve la sensation (cette excitabilité se mesure d'après le minimum d'excitation qu'un individu est encore capable de sentir) ; l'excitabilité est une quantité variable qui dépend de l'état d'excitabilité de l'organe périphérique sensoriel, du centre sensoriel de Técorce cérébrale (attention, sommeil, état de veille) et de l'action simultanée des autres stimulants.

Mais elle diffère aussi pour chacun des divers territoires sensoriels et l'on peut en évaluer le degré d'une manière psycho-physique.

La qualité d'une sensation dépend du mécanisme et de la forme du mouvement (nombre et longueur de l'ondulation) qui est la base de l'excitation extérieure. Conformément à leur organisation anatomico-physiologique, les divers appareils des sens ne répondent par une sensation que lorsque la vitesse de l'ondulation se meut dans certaines limites.

'.Nous ne pouvons ici qu'indiquer simplement les notions psychologiques et psycho-physiques ley plus nécessaires. Les principaux ouvraires pour l'étude de la psychologie empirique sont : le Onnutzi/ge der pJit/siolof/ischen Psycholor/ie, 1873, de Vu'ndt; le Traite de Psycholor/ie de Ilerbart, 1834; Die psi/ch. Zustunde, 1849, par Domwich; Versuch etiier Wissenschafll. Ber/riindung der Psychologie, 1885, par Jessen; Lellfaden d. physiol. Psy c/tologte, 1893, 2« édition, par Ziehen.

De la somme énorme des sensations isolées il se forme, par la fusion de celles qui sont homogènes et par la différenciation de celles qui sont hétérogènes, des conceptions sensitives qui selient entre elles, qui se détachent de leur source originaire sensorielle et qui forment les idées générales, les notions, les jugements et les conclusions. Reliées ensemble par la conscience de l'unité corporelle, elles deviennent finalement un eusemble complexe de conceptions (le Moi) qui se juxtaposent au monde extérieur et à chaque nouvelle conception en voie de formation.

Toutes les conceptions (sensitives) se produisent dans la conscience par rapport à l'idée de temps et d'espace.

Toute représentation qui a déjà été recueillie une fois par la conscience, peut être reproduite, 'et cette reconstitution peut être reconnue identique à la représentation originale (mémoire).

La reproduction est spontanée (excitation physiologique), ou elle est directement provoquée par une impression sensitive (aperception) ou indirectement par des faits d'association qui se rattachent à une perception.

Plus la conception originale a été fréquente, claire et annotée par une impression, plus sa reproduction est facile et possible. La représentation reconstituée peut être identique à l'original ou modifiée (imagination). L'imagination ne crée jamais rien d'absolument nouveau, mais forme seulement une nouvelle combinaison avec ce qui existait déjà. L'activité créatrice de l'imagination est en partie involontaire, en partie influencée par la volonté.

L"image sensitive est, lors de sa reproduction, accompagnée d'une faible irradiation sensitive (image sensitive), de même que l'image est toujours entretenue par la sensibilité et stimulée par cette dernière à entrer en activité.

Nos conceptions (idées) concrètes sont toujours accompagnées de mouvements psychiques qu'on appelle des sentiments. Cette accentuation des images par des sentiments est un fait qu'on attribue au caractère. Le caractère de l'accentuation (plaisir, déplaisir) dépend en partie de la nature de la représentation concrète, de l'intensité et de la durée de cette dernière (les stimulants agréables, mais dont l'action est trop intense ou trop prolongée, produisent un sentiment de déplaisir) en partie de l'espèce de représentation (sensitive, abstraite, de souvenir), puisque les représentations produites par des impressions sensorielles iperceptions des sens, perceptions générales) provoquent des sentiments intenses dans la conscience.

Pour la production des sentiments, la manière dont se forme la conception est aussi importante que sa nature.

Une représentation ralentie ou entravée de fait de ne pas comprendre, saisir une chose, de ne pas se rappeler) produit des sentiments de déplaisir très vifs, de même le manque de variété des représentations (ennui, mélancolie;; tandis qu'une représentation accélérée et aisée (le fait de trouver la solution d'une question, de se rappeler un nom oublié), un

changement rapide des représentaiions fdistraction, manie, elc), pioduisent des sentiments de plaisir. La résultante de tous les sentiments qui, à un moment douné, sont présents dans la conscience, représente l'état d'esprit. Ce dernier est déterminé par le contenu des représentations concrètes, par la manière dont se déroule le processus formatif de la représentation et dont se produit la perception générale. L'émotion est un mode de réaction des sentiments sur des représentations violentes qui ébranlent la conscience.

Elle est occasionnée par l'apparition brusque de représentations qui la provoquent par leur contenu, leur signification particulière pour le for intérieur de l'individu fie Moij et leur durée. Mais l'excitabilité du sujet qui conçoit une idée, est aussi d'une grande importance. (Cette excitabilité est causée par des impressions antérieures, par le tonus habituel et le tempérament de l'individu. j

Les émotions peuvent aussi bien venir de représentations reproduites que de perceptions sensorielles. Les représentations produites par le réflexe de faits inconscients dans l'organe psychique, sont très importantes pour la pathologie (par exemple, l'irritation des organes périphériques dans Thypocondrie ; les troubles de l'alimentation dans l'organe psychique même; le fait que l'individu s'aperçoit de l'arrêt du fonctionnement de cet organe).

Ces représentations peuvent provoquer des émotions vives sans même présenter un contenu concret et sans que l'individu s'en rende nettement compte.

Le mode selon lequel se déroule le processus formateur de la représentation joue aussi un rôle très important dans la production des émotions. Les émotions les plus violentes sont provoquées parce que la production de la représentation a été troublée (image, idée obsédante) ou facilitée.

L'émotion est particulièrement violente quand, par Tadjonction d'un vif sentiment, une représentation devient un effort et que cet état de ten sion n'amène pas une solution immédiate. Il se produit alors des états de colère, de rage; par contre, une solution brusque de la tension réalisation de l'effort, du désir) provoque une émotion de plaisir.

Au point de vue de leur nature on distingue des émotions de plaisir et des émotions de déplaisir.

Les émotions réagissent sur la circulation, sur le tonus des muscles et sur les processus végétatifs ; elles amènent des changements dans ces fonctions. Il en est ainsi aussi bien des émotions de l'homme sain que des états passionnels de l'aliéné (mélancolie, manie). Très remarquables à ce sujet sont certaines sensations précordiales (angoisse précordiale et plaisir précordial), certains phénomènes sécrétoires (pleurs) et moteurs frire, etc.).

Les sentiments et les émotions éthiques constituent une catégorie particulièrement importante. Là tout se rapporte exclusivement à la personnalité, soit à la sienne propre (égoïsme), soit à celle d'un autre faltruisme'i.

22 LXTRODUCTIOX A LETUDE DE LA PSYCHIATRIE

Ces sentiments et ces émotions naissent de représentations qui impressionnent la partie la plus intime de la personnalité intellectuelle, la somme de représentations dont se forme la conscience du moi. La sympathie représente un degré supérieur du sentiment de soi-même. Elle est Lasée sur ce fait que nous transmettons à une autre personnalité une partie de nous-mêmes, et que nous sentons avec cette personnalité. La sympathie, quand elle est à un degré de développement inférieur, se borne aux proches parents ; puis, noble fleur de la civilisation, elle peut s'étendre à l'humanité tout entière. Préférer l'altruisme à l'égoïsme, voilà le but de la perfection éthique auquel doivent tendre les individus aussi bien que les masses. La plus haute satisfaction de la conscience provient de l'accomplissement de ce principe qui est aussi la base de toutes les prescriptions morales. Les faire valoir subjectivement, voilà sur quoi se basent les phénomènes de la conscience; les faire valoir objectivement, voilà ce qui fait le fondement des mœurs et de la morale. Ces dernières deviennent loi quand la collectivité des individus (société, état; les proclame comme des préceptes rigoureux et en impose l'observation à l'individu. Dans leur essence, les sentiments éthiques et les mouvements émotifs ainsi que les émotions en général apparaissent sous deux formes : sentiments de plaisir (estime de soi-même, respect, participation à la joie d'autrui; et sentiments de déplaisir (mépris de soi-même, mépris des autres, pitié).

Revenons aux processus de conception et nous verrons que leur caractère commun c'est de se subordonner à certaines notions générales d'espace et de temps. La conception générale de l'espace est produite originairement par l'orientation que donnent le sens du toucher et le sens musculaire; l'idée générale de temps se base sur la succession des représentations qui viennent tour à tour, se chassent l'une l'autre et défilent devant la conscience. Le temps le plus court pendant lequel une représentation succède à l'autre peut être mesuré psycho-physiquement et dure en moyenne un huitième de seconde. La représentation qui se trouve en ce moment précis dans la conscience en attire une des nombreuses autres qui sont latentes et se trouvent en dehors du domaine de la conscience, et elle est pour ainsi dire remplacée par cette dernière. Ce processus est le plus souvent involontaire et ce n'est que dans une mesure très restreinte que l'attention volontaire peut intervenir pour modifier la marche de la représentation.

Cependant dans leur mode de succession les représentations obéissent à une certaine loi. La pensée abstraite se manifeste sous forme de jugements qui, revêtus de mots, se présentent et se se suivent comme des phénomènes logiquement coordonnés (construction de la phrase). A côté de cette série de conceptions logiques il s'en trouve une autre, machinale, l'association des idées.

Les représentations peuvent se provoquer l'une l'autre par un moyen purement mécanique par le rapport qui existe entre le tout et ses parties (une partie du corps, un fragment de statue éveillent l'idée complétive de

l'ensemble du corps, de la statue tout entière); ou par le rapport qui existe entre la cause et Tefïet (le bruit de la détonation d'un coup de fusil éveille l'idée de chasseur et de fusil), par la ressemblance et le contraste (un visage qui incite à se représenter des figures semblables pour les comparer avec la première, l'idée du ciel à laquelle se lie l'idée contraire d'enfer), par la liaison qui est le produit d'une habitude (notre père — qui êtes au ciel), par l'apparition simultanée des représentations qui se sont produites dans le même endroit (reproduction d'événements disparates qui ont lieu simultanément, souvenir de certaines personnes au moment de revoir l'endroit où l'on a fait leur connaissance), enfin par Fhomonymie ou les assonances (tante — tente, nièce — pièce). A l'état normal, une idée concrète ne demeure que peu de temps dans la conscience malgré toute l'énergie de la volonté, car d'autres la ternissent, l'éloignent et la remplacent ; à l'état pathologique (association des idées entravée) l'idée concrète peut persister avec une intensité et une durée morbides dans la conscience et par conséquent entraîner des troubles funestes (idée obsédante).

Le côté moteur de la vie psychique offre divers phénomènes avec les divers degrés de son développement.

La forme la plus primitive du mouvement est le mouvement réflexe. Etabli qu'il est d'avance par la disposition anatomique du système nerveux central, il existe déjà chez le nouveau-né. Il s'accomplit inconsciemment. Ses stimulants sont des excitations sensorielles. Il y a ensuite une forme de mouvement un peu supérieure, mais encore assez voisine du mouvement réflexe, c'est le mouvement sensitivo-moteur qui se manifeste par des sensations sensorielles. Il est à la limite de démarcation de la conscience. A un degré plus élevé, on a le mouvement instinctif. Ses mobiles sont des sensations organiques. Il représente un degré primitif de la conscience.

La volonté est un acte psychomoteur perfectionné, qui s'accomplit dans la sphère de la conscience. Son primum moveus est une représentation appuyée par un sentiment. Plus ce sentiment lié à une conception est vif et intensif, plus il se transforme aisément en désir. Le mouvement entrepris dans le but de satisfaire un désir s'appelle une action. On se représente alors l'objet désiré comme une chose qui est accessible. Si l'objet ne l'est pas, il y a désir nostalgique. L'acte suppose toujours des représentations (conceptions) comme mobiles; ces dernières peuvent être plus eu moins nettes dans la conscience de l'individu. Une action dont les mobiles ne sont pas nettement arrivés à la conscience, est un acte impulsif. Dans une catégorie très voisine on trouve les actes émotifs. Ils se produisent inconsciemment et involontairement; cependant la volonté peut les supprimer dans une certaine mesure (éducation).

Le degré le plus élevé de l'action est représenté par l'acte libre. Il est dû à des conceptions très compliquées d'utilité et de moralité et dont la conscience se rend nettement compte, à la réflexion sur les diverses possibilités de vouloir et de non vouloir déterminées par des raisons logiques et

morales, et enfin à la réflexion sur la possibilité d'agir dans un sens déterminé.

Pour obtenir une certaine continuité dans la manière d'agir, il faut du caractère, c'est-à-dire des associations psychiques bien serrées, consolidées par l'expérience et l'éducation, et qui se sont figées en un ensemble constant de représentations, de sentiments et d'impulsions. Cet assemblage n'existe pas encore chez l'enfant ; il est souvent détruit ou du moins troublé par les maladies mentales.

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