‹ Traité clinique de psychiatrieChapitre 62 sur 138 · II. — Folie transitoire · texte numérisé non relu

II. — Folie transitoire

A coté de la folie dont l'évolution se fait en un mois et même en un an, on note certains états psychopalhiques dont la durée n'atteint que l'espace de quelques jours et même de quelques heures.

La déclaration brusque, l'élévation rapide du tableau morbide à son apogée avec peu d'oscillations dans l'intensité pendant le stade culminant, la résolution subite et pour ainsi dire critique de l'accès avec rétablissement immédiat du status psychique quo ante, constituent ainsi des différences considérables avec la folie ordinaire (chronique qui ne présente que, dans certaines de ses formes périodiques, une marche semblable à celle de la folie transitoire. On note encore dans cette dernière comme signe caractéristique le trouble plus profond de la conscience pendant toute la durée de l'accès avec des absences de souvenir qui ne manquent jamais, et de plus le caractère délirant de tous les phénomènes cliniques. Ces particularités dans la marche et l'évolution de la folie transitoire s'expliquent étiologiquement en partie par le fait que ce genre de folie est toujours un phénomène de réaction à des influences puissantes, mais qui n'ont

' Voir KrafTt, Die transitorischen Stôrunffen des Selbsfbeirusstsei/is, 1868. — Schwartzer, Tmnsitorisclie Tobsiicht, ^Vien. 1880. — Le même. Die Be>russflosigI:eits-Zi(sf(inde. Tiibingen, 1876. — V. lirafTt, Lehrb. der ger. Psychopathol.. 3^ édition, p. 335.

MARCIU:. DUIŒE ET PRO.XOSÏIG DES AFFECTIONS PSYCHIQUES 2o3

frappé que passagèrement le cerveau (troubles de la circulation, poisons, émotions, fièvres).

De même, les troubles de développement congénitaux, les anomalies foûctionnelles acquises peuvent faciliter et augmenter l'elïet de ces phénomènes anormaux. Souvent c'est un cerveau qui réagit d'une manière anormale dans ses fonctions vaso-motrices, et cette réaction anormale (facilité de production d'une crampe vasculaire ou d'une paralysie vasculaire s'étendaut à de vastes régions vasculairesi peut représenter une anomalie congénitale, souvent héréditaire, ou bien acquise par des affections cérébrales récentes, par un trauma, par la syphilis, par des maladies en foyer du cerveau, par l'alcoolisme chronique, les états d'épuisement, etc., et comme telle c'est un phéûomène partiel de maladies complexes des nerfs et du cerveau. Dans tous les cas, il faut bien retenir cliniquement que la folie transitoire est un type clinique symptomatique. Dans les cas isolés, il y a nécessité de chercher à la ramener à la névrose spéciale ou à la maladie cérébrale qui en est la cause. Xu point de vue pathogénique les cas de folie transitoire peuvent se ramener : 1'^ aux changements brusques de la pression sanguine et de la répartition du sang par paralysie ou par crampe vasculaire manie transitoire, états d'anxiété transitoires, émotions pathologiques) ; '2" à des troubles subits et radicaux dans la nutrition de l'organe psychique causés par le changement qualitatif du sang, c'est-à-dire par le mélange avec des matières étrangères ou par la surcharge de matières d'excrétion ou par le manque de certaines parties constituantes normales qui ne sont pas en quantité suffisante (délires toxiques et d'inanition).

Le trouble de la conscience peut, dans la folie transitoire, consister en états de somnolence, de sopor, de stupeur, et en états crépusculaires. Dans cette conscience profondément troublée, — trouble qui pourrait s'expliquer par des anomalies de la circulation, de la pression sanguine, de la nutrition, allant jusqu'aux phénomènes transsudatifs, — peuvent se produire des phénomènes multiples d'excitation sous forme d'hallucinations, de délires, d'angoisse, des phénomènes d'émotion psycho-motrice. Il y a eu plus des phénomènes de réaction anormaux. C'est ainsi que se produisent une série de types cliniques différents les uns des autres, types remarquables par le groupement spécial des symptômes, ce qui leur donne une allure particulière.

Les folies transitoires neurasthéniques, épileptiques et hystériques qui appartiennent à ce groupe, rentrent en même temps dans la catégorie des maladies spéciales; elles seront traités dans les chapitres correspondants de la pathologie spéciale. Les délires toxiques, les délires fébriles et d'inanition ont déjà été étudiés dans le chapitre traitant des causes de l'aliénation mentale. Il nous reste donc ici à traiter comme appartenant à la folie transitoire : la manie transitoire, les états d'anxiété transitoires, les émotions pathologiques et les réactions alcooliques pathologiques.

.4. — Manie transitoire^

La science moderne comprend par ce mot un trouble mental qui se produit en quelques heures, qui éclate chez des personnes saines d'esprit auparavant et qui le redeviennent après ce dérangement, qui arrive subitement, et qui, pendant toute sa durée, est accompagné d'une profonde obuubilation de l'intelligence, de sorte qu'il ne reste aucun souvenir de la période d'accès. Cette période constitue donc une lacune formelle dans la continuité de la conscience. Sur la base de ce trouble profond de la conscience, on trouve des phénomènes d'excitation psychique (délires, illusions des sens, anomalies des mouvements) qui prennent l'aspect clinique tantôt de la folie furieuse, tantôt du délire aigu hallucinatoire. Le nom de manie convient peu à ce type morbide qui se rapproche plutôt du délire que de la manie avec laquelle il n'a tout au plus de commun que la fuite permanente des idées et les mouvements involontaires agressifs d'origine organique.

L'état tout entier porte l'empreinte d'une puissante excitation cérébrale qui atteint les centres de la sensibilité, des images mentales et des mouvements, et qui supprime la conscience. Cette excitation est produite par une violente hyperémie cérébrale fluxionnaire ; du moins ce sont les phénomènes de fluxion cérébrale (vertige, maux de tête, sentiment d'abasourdissement allant jusqu'à l'ictus apoplectique , l'irritation, la sensibilité à la lumière et au bruit qui précèdent l'accès et qui l'accompagnent (tète rouge, chaude, conjonctives injectées, pouls carotidien plein et mou;. Comme autres symptômes d'irritation cérébrale, on observe parfois la salivation, le grincement des dents, des phénomènes de crampes partielles toniques et cloniques. Après de courts prodromes, l'état morbide atteint rapidement son point culminant, la conscience disparaît, et le malade commence à délirer et à rager. Le sujet du délire et des hallucinations est ordinairement de nature terrifiante, mais parfois il s'y mêle aussi des délires de nature gaie. L'agitation du malade, qui n'a plus conscience de lui-même, est démesurée et sans but; c'est en partie une réaction contre les faits délirants et hallucinatoires, en partie l'expression de l'excitation violente des centres psycho-moteurs. Les réflexes qui se produisent sur les nerfs du langage se manifestent sous forme de hurlements et de cris inarticulés ; ce n'est que par-ci par-là que se forment des phrases ou des mots détachés dans cette fuite confuse des images mentales.

La respiration et la circulation sont accélérées par suite de l'énorme jactance ; le malade est souvent littéralement baigné de sueur. Après une demi-heure, au maximum après quelques heures, la crise se détend, le pouls et la circulation reprennent leur marche normale; le malade épuisé

' Voir Krafft, Die Lehre von der Mania transiforia, 1865. Transitorische Stôrinu/en des Selhsfbeiri/ssfseins, p. 76 (nombreuses citations d'ouvrages), et Irrenfreund, 1871, 12. — KSchwartzer, Op. cit. — Mendel, Die Manie, p. 69.

MARCHE, DUREE ET PRONOSTIC DES AFFECTIONS PSYCHIQUES 2oo

tombe dans un profond sommeil dont il se réveille parfaitement lucide quelques heures plus tard. Dans quelques cas rares il y a recrudescence du paroxysme après le sommeil.

Après Taccès, quelques traces d'iiyperémie cérébrale subsistent tout au plus pendant quelques heures encore (vertige, mal de tète); comme suites naturelles du paroxysme, il y a de la lassitude et ua grand besoin de dormir.

Comme causes prédisposantes, il faut mentionner : la jeunesse, la constitution pléthorique, le tempérament coléreux et irritable, la tendance aux congestions céphaliques. Cette dernière tendance, qui constitue une diminution du pouvoir de résistance des vaso-moteurs, peut tenir à des conditions congénitales, ou peut être acquise par les débauches, les maladies, les accouchements fréquents, les trauma capitis, la syphilis, les chagrins et les soucis continuels.

Comme causes provoquant l'accès, on a noté : la paralysie des vaisseaux due aux émotions, notamment à la colère, aux excès de boisson, au séjour dans une chambre chaude, à la chaleur du soleil.

Les vrais cas de manie transitoire n'ont été jusqu'ici observés que chez des personnes à l'état de veille. Un accès qui se manifeste pendant le sommeil autorise à admettre la présence d'un délire épileptique. La même supposition doit être faite quand des récidives se produisent. Les rechutes sont excessivement rares dans la vraie manie transitoire. Cette manie est rare et pour la majorité des cas qui figurent sous ce nom dans les publications scientifiques, il faut admettre une base épileptique et regarder Taccès comme un équivalent épileptique; souvent même des émotions pathologiques et des états de réaction alcoolique, le raptus mélancolique, des délires hystériques, des accès de manie ordinaire, aiguë et furieuse, ont été souvent désignés à tort comme des cas de manie transitoire.

Au point de vue du diagnostic, il faut noter : l'éclosion subite de la maladie chez des individus sains avant et après l'accès et qui ne sont pas épileptiques, la résolution critique par un profond sommeil, le trouble grave de la conscience avec absence totale de souvenir ensuite, les symptômes de fluxion cérébrale violente qui annoncent et accompagnent le tableau clinique.

L'ensemble des phénomènes peut, anatomiquement, se ramener à un processus hypérémiant intense, mais transitoire, dans fécorce cérébrale et s'interpréter dans ce sens.

Le pronostic est favorable. La terminaison par apoplexie ou par inflammation cérébrale n"a jamais été observée jusqu'ici. J'ai déjà parlé de la grande rareté des rechutes.

Quant à la thérapeutique, il est tout indiqué de s'assurer du malade qui est aussi dangereux pour lui-même que pour son entourage, de provoquer le sommeil par l'hydrate de chloral, que dans ce cas on ne saurait donner autrement qu'en lavement. Les injections d'ergotiue méritent d'être essayées ainsi que celles de duboisiue.

Observation Y. Manie transitoire provor/tiée par des phénomènes caloriqties. — ]y[me]\feii^bert, trente-six ans, n'a jamais été malade, sauf quelques rares accès de migraine; vie sobre; sensible à la chaleur; issue d'une famille saine ; sans antécédents épileptiques ni épileptiformes; a souffert depuis quinze jours d'un rhume de cerveau violent et d'un catarrhe trachéal, eut quelques frissons le 25 novembre 1877 et fit bien chauffer sa chambre où se trouvait un grand poêle en fonte. Vers 11 heures du soir, elle sentit tout d'un coup son corps comme glacé, ensuite elle éprouva une violente chaleur et sentit le sang lui monter à la tête. Elle se mit à délirer, fut prise d'une agitation gaie, chantant des chansons, courant à tort et à travers dans la chambre pour chercher ses enfants. Tout d'un coup elle fut prise d'angoisse et devint furieuse. Le médecin, qu"on fit venir vers minuit, trouva une température de 30° Réaumur (!) dans sa chambre. La malade était prise de folie furieuse et disait qu'on lui couperait la tête; elle écumait, rageait, en proie à des terreurs. Episodiquement elle riait, chantait et faisait des bouts rimes. La tête était chaude et rouge, les pupilles dilatées, l'irritabilité réflexe très accentuée. Le médecin injecta 0 gr. 03 de morphine. Il n'y eut aucune détente. Ce n'est que vers le matin que la malade s"endormit; elle se réveilla très lucide après quelques heures de sommeil, et tout étonnée, elle essaya de s'orienter dans l'hôpital où elle se trouvait. La température du corps était au-dessous de la normale.

Elle n'avait pas la moindre connaissance de tout ce qui venait de se passer. Elle ne se rappelait que de s'être endormie avec un sentiment de chaleur. Elle vomissait, se sentait très lasse, prise de vertige (effet de la morphine); elle se remit complètement.

En dehors du malaise catarrhal susmentionné, on n'a trouvé aucune maladie physique.

B. — Etats d'angoisse transitoires*

On peut observer des cas de folie transitoire dans lesquels l'intelligence' du malade est profondément troublée, où il est importuné par des sentiments de vive angoisse et par la crainte de dangers menaçants. Ces étatspeuvent durer des heures et même plusieurs jours. Selon le degré du trouble de rintelligence, le souvenir de la phase morbide est sommaire ou même manque. L'angoisse peut présenter les degrés d'intensité les plus divers, et varier de la simple oppression anxieuse à l'arrêt complet detous les actes psychiques.

A l'apogée de la maladie, les illusions terrifiantes des sens (ouïe, vision),, les idées terribles de sinistre qui menace et dans lesquelles la peur s'objective, manquent rarement. Comme réaction de l'angoisse et du délire se produisent des impulsions motrices qui de la simple inquiétude motrice peuvent aller jusqu'aux violences inspirées par une défense désespérée contre un prétendu danger de mort.

L'angoisse excessive et violente éprouvée ordinairement dans la région^ précordiale avec trouble profond de l'intelligence durant des minutes

■ Erlemneyer, Melancholla IraiïsUor. Corr. Blalf. f . Psych., \86', 8,9, iO. — Schwartzer, Transit. Tobsuclit, p, 74. — Bonnet, Folie transit, homicide; Ann. médico-psychol.,. 12 avril. — V. Kraflt, TransitoriscJie Storitntjen, etc., p. 91.

MARCHE, DUREE ET PRONOSTIC DES AFFECTIONS PSYCHIQUES 2 Ij

et môme des heures",' provoquant comme réaction des actes violents et psychiquement réflexes, est désignée habituellement par le terme de raptus mélancolique. Comme ils se rencontrent pour la plupart dans la mélancolie comme phénomènes épisodiques, ils seront étudiés dans le chapitre traitant de cette dernière forme de l'aliénation mentale. Ici nous n'avons aflaire qu'aux états d'angoisse transitoire qui se produisent isolément chez des individus sains avant et après l'accès. Les états de petit mal épileptique qui s'en rapprochent de très près au point de vue symptomatologique, seront étudiés dans la pathologie spéciale.

Pour les états d'angoisse transitoire il faut aussi admettre une interprétation symptomatique et rechercher sa pathogénie dans des troubles de la circulation d'origine vaso-motrice et se manifestant d'une manière aiguë. Pour une série de cas on trouve des symptômes d'anémie cérébrale comme signes précurseurs de l'accès et l'accompagnant; et, comme des phénomènes de spasme vasculaire existent dans les artères accessibles à lexamen, il est probable que ces troubles fonctionnels existent aussi dans les vaisseaux du cerveau.

Comme causes prédisposantes des états d'angoisse transitoire on a noté : la constitution névropathique, souvent aussi les névroses prononcées sous forme d'hystérie, d'hypocondrie, de neurasthénie. Cette dernière est d'une importance toute particulière quand elle résulte de la masturbation. La puberté, la grossesse, la lactation, les menstrues semblent renforcer la prédisposition; puis le surmenage intellectuel et physique, et surtout les veilles. Comme causes occasionnelles il faut citer : les émotions, les pertes de sang, les névralgies, peut-être aussi' les excès alcooliques, les troubles gastriques et l'habitude de fumer du tabac trop fort.

Le pronostic est favorable. Les récidives ne sont pas rares. Pendant l'accès, le malade est très dangereux pour sa propre personne par suite de son tœdium vitœ; il l'est également pour son entourage. Les bains tièdes, les injections de morphine, l'hydrate^de chloral, l'azotite d'amyle soulagent et abrègent l'accès.

Observation VI. Etat cVangoisse transitoire à hase neurasthénique. — Leifner, trente-quatre ans, célibataire, ouvrier dans une usine de fer, a été arrêté par la police au moment où il voulait se jeter dans la rivière et a été ensuite amené à la clinique de Gratz où il a été reconnu atteint d'aliénation mentale. Le malade est confus, délirant, avec entrave des fonctions psychiques; il a l'air bouleversé. Il déclare qu'il éprouve de l'angoisse, qu'il a vu des noyés, qu'il en a frotté un avec de la paille; celui-ci se serait réveillé et l'aurait empoigné.

Il prétend alors voir continuellement un homme noir, qui a l'air d'un ouvrier en métallurgie et qui le suit partout. Voilà pourquoi il est toujours plein d'angoisse; enfin il n'a pu trouver d'autre moyen de se tirer de là que de se jeter à l'eau. Un soldat l'aurait empoigné et l'aurait amené ici.

Pour le moment on ne peut pas tirer autre chose de ce malade peureux, confus, qui ramène la couverture de son lit par-dessus ses oreilles pour ne plus voir le monstre noir; il passe la nuit dans cette position, sans dormir, mais en restant tranquille. Le lendemain encore (8 janvier 1882), le malade est an.\.ieux, bouleversé, il se

cache dans son lit. Le 9, après une nuit blanche, sa mimique devient plus dégagée; il s'aperçoit qu'il n'est pas chez lui et cherche à s'orienter. Le fantôme a disparu, mais il sent sur sa tête et sur sa poitrine comme un poids énorme. Il voit tout comme à travers un brouillard. Le 10 janvier, le malade devient lucide, il s'oriente, se plaint de pression et d'oppression sur la poitrine, que sa tête est comme prise dans un étau. Les souvenirs lui reviennent par lambeau.x.

Le o, il fut pris d'anxiété pendant son travail. Il lui sembla qu'il était forcé de se sauver. Il passa la nuit du 6 sans dormir. Le 6 au matin, il se rendit de nouveau au travail. La peur ne le laissait plus tranquille. Vers 10 heures il rentra chez lui, fit sa toilette et alla en ville. Il se sentait poussé en avant par une force irrésistible. Il prit un verre de bière dans un restaurant, ensuite il rôda dans les rues et le soir il entra par hasard au théâtre. Etant placé aux galeries, il fut pris de vertige. Il passa à la caisse et prit un billet de partei^e. Il ne put rester au théâtre par peur; il sortit, erra dans les rues, arriva à la gare, prit sans motif la résolution de partir pour Vienne, passa la nuit dans un hôtel dont il connaît le nom. Le 7, il eut la vision de l'ouvrier forgeron noir. Il vagabonda; il se rappelle vaguement avoir vu passer un convoi funèbre, les quartiers par où il a passé et son arrestation. Des faits du 8 il n'a gardé aucun souvenir.

Le malade n'a pas de tare héréditaire, pas d'antécédents épileptiques, il n'est pas potator. En 1880.il a souffert de cholérine et plus tard de fièvre intermittente; il en fut très affaibli; avant il avait toujours été bien portant. Dans son travail il était souvent exposé à la chaleur et il avait souvent éprouvé du vertige et des maux de tête. Son travail était très dur; il avait en outre beaucoup d'émotions morales. Depuis trois semaines il avait senti croître sa lassitude; il avait mal dormi, avait eu la nuit des rêves d'incendie, de chute dans un précipice. Le travail lui était plus pénible, il tremblait facilement, se sentait fatigué le matin à son réveil, transpirait même par une température fraîche, éprouvait une pression insupportable sur la tête, des battements de cœur, de l'oppression précordiale; il ne supportait plus même des quantités minimes d'alcool, il se sentait tout de suite ivre. Huit jours avant son accès, il avait eu une contrariété violente.

Le malade est de taille mo}^enne, assez robuste, un peu anémique, sans fièvre. Certaines apophyses épineuses des vertèbres dorsales sont sensibles à la pression. La rate n'est pas augmentée de volume, les fonctions des organes végétatifs ne présentent aucun trouble. Il nie avoir jamais pratiqué la masturbation. Aucun soupçon à ce sujet. Le malade est maintenant lucide d'une façon durable ; il n'a plus peur. Il présente comme auparavant des symptômes neurasthéniques qui s'améliorent avec un traitement tonique. Le sommeil est troublé par des rêves terrifiants. Le 28 janvier 1882 le malade est renvoyé guéri. Il n'y eut pas de rechute.

Page 1