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MORTALITÉ. — MALADIES IXTERGURRENTES IMPORTANTES

La mortalité des aliénés est plus grande que celle des individus normaux du même âge.

Elle est occasionnée en partie par cette circonstance que beaucoup d'aliénés sont d'une constitution névropatliique qui les rend moins aptes à résister aux intempéries extérieures; en partie par le fait que le trouble psychique donne lieu à des irrégularités dans l'alimentation, dans le genre de vie et qu'elle entraîne des troubles profonds de la nutrition fanémie) par l'influence directe ou indirecte qu'elle exerce sur les organes végétatifs; qu'elle rend les malades insensibles aux intempéries extérieures (froid, impressions douloureuses, etc.; et qu'ainsi elle les amène à s'y exposer davantage. Chez les mélancoliques il y a de plus une respiration souvent défectueuse et par conséquent une décarbonisation incomplète du sang ; chez beaucoup de déments les mouvements physiques sont insuffisants. De plus les aliénés qui ne sont pas soignés dans les asiles sont ordinairement négligés, ou bien ils s'opposent à ce qu'on les soigne; ensuite, dans les asiles, pour la plupart trop encombrés, la vie en commun avec beaucoup de personnes, dans un espace restreint, exerce une influence antihygiénique ; enfin il faut encore tenir compte de ce que la maladie cérébrale peut s étendre à d'autres parties du système nerveux qui ont une importance vitale. L'aliénation mentale n'ofire pas d'immunité contre aucune maladie. Toutes les maladies aiguës ou chroniques qui se reucontreut chez les personnes normales sont observées aussi dans les asiles d'aliénés. Grâce à leur moindre capacité de résistance, les aliénés sont plus facilement atteints par les maladies épidémiques, quand il s'en produit dans les asiles; aussi leur mortalité est-elle plus grande. Le carcinome paraît se rencontrer un peu plus rarement chez les aliénés que chez les gens sains d"esprit.

Le diagnostic des maladies intercurrentes soniatiques, même quand elles sont graves, présente des difficultés particulières, parce que le trouble de l'intelligence et l'analgésie de beaucoup d'aliénés empêchent les troubles

• Tliore, Ann. méd. psj/choL, 1844, 1846. — Uagonet, Traite, p. 117. — Seppilli e Riva, Annall universali dl Medicina, 1879, voL 249.

subjectifs de se manifester. Le diagnostic est encore plus difficile ici que dans la pratique des maladies d'enfants où du moins le praticien voit se manifester des sentiments de douleur. Aussi le typhus, la pneumonie et d'autres maladies graves ont souvent une allure ambulatoire et ne sont reconnues qu'à l'agonie ou sur la table de dissection. Comme il s'agit ordinairement d'individus affaiblis, cachectiques, le pronostic est sans exception plus mauvais que chez les individus sains d'esprit.

Un rôle principal parmi les affections somatiques des aliénés revient à l'anémie constitutionnelle, notamment chez les individus du sexe féminin.

Beaucoup d'aliénés chroniques meurent simplement d'anémie et de marasme. Ou doit admettre des causes trophiques inconnues en connexité avec la maladie centrale (sympathique?) pour expliquer certaines de ces anémies qui résistent à tous les moyens diététiques et médicamenteux, qui commencent avant la puberté et persistent pendant toute l'existence de lindividu atteint.

Les affections inflammatoires des organes de la respiration sont très importantes et très fréquentes. Les pneumonies sont la cause de la mort dans environ un sixième des cas. Les poeumonies hypostatiques sont particulièrement fréquentes dans les démences marastiques et on peut les attribuer à l'affaiblissement du cœur et au ralentissement de la respiration.

La pneumonie causée par paralysie vasculaireet dépendant du processus cérébral parait être la cause de la mort chez les paralytiques Gaye, Allg. Zeitschr. f. Psych., 10, p. 569. La pneumonie croupale n'est pas rare non plus et son développement est favorisé par le chaud et le froid auquel s'exposent beaucoup de malades, notamment les fous furieux.

Comme chez les vieillards, la pneumonie a une marche latente chez les aliénés, sans frisson, ni toux, ni expectoration, de sorte que seul le diagnostic physique peut la déceler. Le manque d'appétit, la manifestation subite d'un état adynamique sont souvent les seuls symptômes extérieurs de la maladie au début.

La tuberculose est très fréquente dans les asiles d'aliénés. Dagonet (Traité des mal. ment., p. l^2o; a trouvé sur 4-28 décès 109 cas où la mort avait été causée par la phtisie pulmonaire. Les recherches statistiques de Hagen confirment aussi ce fait que les aliénés succombent cinq fois plus fréquemment à la tuberculose pulmonaire que les individus sains d'esprit, et que, chez les tuberculeux, l'aliénation mentale est cinq fois plus fréquente que chez les non tuberculeux.

Ce fait s'explique probablement en partie par la constitution névropathique qui est souvent la base de ces deux maladies, mais en grande partie par l'alimentation insuffisante des aliénés qui jeûnent et notamment des mélancoliques qui de plus respirent d'une manière incomplète, enfin par le manque d'hygiène des asiles qui sont trop encombrés.

La gangrène pulmonaire n'est pas rare comme phénomène d'inanition chez les malades qui jeûnent, mais elle peut être souvent causée aussi par

rentrée de parcelles alimentaires dans les voies aériennes par suite de Talinientation artificielle mal appliquée (L. Meyer .

La gangrène est aussi quelquefois un phénomène partiel de processus septiques {décubitus sanieux) et pourrait peut-être se ramener à une embolie septique.

Dans la gangrène d'inanition, la maladie prend la marche suivante : tout dabord un amaigrissement se produit, il y a de la fièvre, de la dyspnée, du catarrhe, des douleurs thoraciques, une grande faiblesse musculaire ; les extrémités sont froides; ajoutez à cela des sueurs, une teinte pâle de la peau et la cyanose des joues ».

Les crachats et l'haleine deviennent d'une fétidité excessive; les signes physiques de la condensation pulmonaire, la pleurésie, même le pneumothorax et des hémorragies pulmonaires peuvent se produire. Alors la mort a lieu par anémie, pyémie, pneumothorax, hémorragies profuses, au bout de dix jours, tout au plus de trois semaines (Fischelj.

Le catarrhe intestinal avec érosions catarrhales n'est pas rare chez les aliénés et est parfois la cause de la mort (marasme). Le manque d'appétit, le météorisme, la chute rapide des forces, des diarrhées qu'on ne peut arrêter sont les phénomènes les plus importants.

Les affections chirurgicales "- qu'ils déterminent en se blessant eux-mêmes ou par les blessures qu'ils reçoivent, sont très fréquentes chez les aliénés.

Le furoncle et l'anthrax sont assez souvent la conséquence des infections et des lésions de la peau chez les malades malpropres, qui se barbouillent avec leurs excréments et fouillent les ordures.

L'introduction de corps étrangers dans les cavités naturelles du corps par simple amusement, par excitation sexuelle ou par suite du tœdium vitœ, a lieu assez souvent. Des instruments qui servent à l'alimentation, tels que des fourchettes, ont été avalés par des aliénés.

L'érysipèle de la face se produit par suite de lésions ou de malpropreté de la membrane pituitaire; les catarrhes oculaires sont souvent occasionnés par le fait que les malades se souillent les yeux avec de l 'urine, des glaires vaginales, etc.

Le décubitus, comme phénomène neurotrophique, est favorisé par la malpropreté chez les aliénés paralytiques et ceux qui sont dans le marasme.

Une grande fragilité des os n'est pas rare, notamment chez les paralytiques. Elle va souvent de pair avec une grande déperdition des sels calcaires, et se manifeste surtout aux crêtes osseuses qu'on peut alors couper au couteau.

Des contusions insignifiantes suffisent pour produire des fractures de cotes qui alors entraînent souvent une pleurésie.

1 Comparez Guislain, qui a déjà appelé l'attention sur la couleur foncée, rouge brun, plus tard cyanotique, des joues, comme signe diagnostic.

- Christian, Aiin . méd. l'sychol., 1873, juillet. — Schiile, AU;/. Zeilsclw. f. Psych., 39. — Allen Jiagenbach, Journ. of nerv. and mental diseases, 1881, jauv.

Les embolies graisseuses' des vaisseaux pulmonaires se montrent chez les aliénés agités et sont causées par des contusions et des ruptures du pannicule adipeux. C'est Jolly qui a le premier indiqué ce fait. Il se produit de la dyspnée, de la cyanose, du collapsus et ensuite la mort. L'autopsie, aidée de l'examen microscopique, a fait constater que les vaisseaux pulmonaires étaient remplis de gouttes de graisse jusque dans leurs plus fines ramifications. A l'endroit de la contusion où la résorption de la graisse se fait, on a plusieurs fois trouvé une inflammation gangreneuse ou purulente.

Un phénomène remarquable chez les aliénés est l'hématome de l'oreille ^ (othœmatoma auriculce qui se montre le plus souvent à la partie supérieure et externe du cartilage de l'oreille, puis dans la fosse naviculaire triangulaire, rarement dans la conque, sur l'hélice et sur le conduit auriculaire externe, et qui atteint ordinairement l'oreille gauche, plus rarement l'oreille droite, parfois toutes îles deux. C'est une tumeur circonscrite, rouge bleuâtre, fluctuante, plus ou moins grande, au-dessus de laquelle la peau paraît intacte. Elle se développe rapidement, reste ensuite stationnai re pendant des semaines et même des mois, et disparaît en laissant comme traces une atrophie de l'oreille.

Il s'agit d'une extra vasation de sang entre le péricondre et le cartilage; d'autres (Gudden, croient que cette extravasation se fait dans le cartilage lui-même, qui n'est pas altéré microscopiquement.

Quand le sang se résorbe, le péricondre se rétrécit et entraîne avec lui l'autre partie de l'oreille. De là vient la déformation que laisse cette infirmité. Comme le péricondre produit sur sa face intérieure de nouvelles couches cartilagineuses, il se produit un épaississement du cartilage auriculaire.

Quant à l'origine de cette maladie intéressante, il y a deux versions. Un certain nombre d'observateurs considèrent cette affection comme neurodyscrasique. Ils font observer que l'hématome produit souvent des hypérémies neuro-paralytiques des oreilles (paralysie des vaisseaux des nerfs vasculaires de l'oreille externe qui suivent le trajet du trijumeau;, qu'en général il ne se rencontre presque jamais chez les individus normaux, mais presque exclusivement chez les aliénés et encore dans les états graves et avancés (démence paralytique, états de faiblesse psychique secondaire) où il y a des troubles vaso-moteurs profonds des centres nerveux qui se manifestent par des œdèmes, des ecchymoses, du décubitus, etc.

Un trauma insignifiant, même une petite augmentation de la pression vasculaire suffisent alors chez ces malades, dont les parois vasculaires sont souvent dans un état cachectique et ont subi des troubles de nutrition, pour produire une extravasation de sang, tandis que chez les fous furieux

■Jolly, Arch. f. Psych., XI, fasc. 1.

2 Fischer, Allg. Zeitschr. f. Psych., 5. — Damerow, Ibid., o. — Gudden, Ib'ul., 17. — Jung, 18, — Furstner, Arch. f. Psych., III, p. 353. — Bouteille, Ann. méd. psych., 1878, juillet.

et les épileptiques chez qui les trauma sout ordinaires, les othéraatomes sont des plus rares.

Il faut encore considérer que l'otliématome se rencontre très fréquemment chez les paralytiques chez qui, à la suite des hyperémies neuroparalytiques, une néo-formation de vaisseaux a lieu non seulement dans le cerveau, mais aussi dans d'autres organes. Les vaisseaux nouvellement formés ont peu de force de résistance contre les forces extérieures et contre l'augmentation de la pression sanguine.

Hoffmann a pris l'othématome pour une inflammation hémorragique du cartilage analogue à la pachyméningite hémorragique.

L. Meyer a admis comme cause de l'othématome de petits enchoudromes du cartilage de l'oreille qui sont souvent très riches en vaisseaux et amènent une extravasation du sang dans le cas de traumatisme insignifiant. Il l'a rencontré fréquemment aussi chez des malades qui n'étaient pas des aliénés. Quand des othématomes se sont déclarés, il a toujours pu déceler auparavant des fluxions du cartilage de l'oreille et c'est toujours au siège de lenchondrome que l'othématome s'est ensuite produit.

D'autres auteurs insistent sur l'origine exclusivement traumatique de Tothématome. A l'appui de cette opinion on fait observer que le cartilage de l'oreille est toujours déchiré (?j et qu'une action mécanique violente peut provoquer l'othématome chez les personnes saines d'esprit, ainsi que cela ressort des expériences et des bustes des Pancratiastes aux oreilles mutilées, que l'oreille gauche est plus souvent atteinte, parce qu'elle est plus accessible aux coups portés en avant avec la main droite (le poing du garde-maladei, et que, dans les asiles où l'on sait empêcher de frapper les malades et ceux-ci de se frapper eux-mêmes, les cas d'othématome ne se rencontrent guère. Stahl compare l'othématome, au point de vue de sou origine, à l'hématome céphalique des nouveau-nés.

La discussion sur ce sujet n'est pas encore close. La vérité se trouve probablement entre les deux extrêmes. Si Ion pense qu'il faut une force mécanique considérable pour provoquer l'othématome chez les individus sains, il parait tout indiqué de supposer que, chez les aliénés, il y a du moins une prédisposition considérable à l'hématome, que cette prédisposition soit due à une maladie dyscrasique des vaisseaux ou à des hyperémies neuro-paralytiques ou à des enchoudromes.

La circonstance que l'othématome existe surtout à l'oreille gauche ne prouve rien en faveur d'une interprétation traumatique dans le sens susindiqué; des maladies végétatives comme les pneumonies, les névralgies, etc., se manifestent ordinairement sur la moitié gauche du corps que sous un certain rapport on peut considérer comme un locus minoris resistentiae.

En ce qui concerne l'othématome des individus normaux, ou devrait, dorénavant, bien examiner si, en réalité, ces derniers ne présentent pas de tare. Un jour, j'ai fait la connaissance d'un collègue qui avait l'oreille gauche atrophiée par suite d'une othématome. Etant petit garçon, il avait été un jour pris par l'oreille par l'instituteur. Mes recherches m'ont appris

qu'il y avait daus sa famille plusieurs aliénés, qu'il était lui-même un homme excentrique et originairement anormal.

Le traitement expectatif est, d'après l'expérience, le parti le plus sage à prendre en face de l'othématome.

Koeppe {De hœmatom. cartilag. nas., thèse de doctorat, 1867) a noté des faits analogues sur les cartilages du nez (rhinhématome).

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