CHAPITRE III
PRONOSTIC DE L'ALIÉNATION MENTALEi
Uue des tâches qui comporte les plus graves responsabilités pour l'aliéniste, est l'établissement du pronostic. On le demande souvent et pour les raisons les plus diverses. Tantôt ce sont des membres de la famille qui, par compassion ou à cause d'intérêts financiers en jeu (continuation de bail, conservation ou liquidation d'une afïaire, etc.), demandent à connaître l'issue de la maladie; tantôt ce sont les autorités qui veulent s'instruire soit pour savoir s'il y a nécessité de mettre sous tutelle le malade, soit qu'il s'agisse de fonctionnaires et que l'on veuille être fixé sur la question de leur réintégration ou de leur mise à la retraite, soit qu'il s'agisse de transporter des condamnés dans une maison d'aliénés quand ils sont incurables, soit enfin dans certains pays où l'aliénation mentale incurable est une cause de divorce.
A la responsabilité s'ajoute encore la difficulté technique causée par les lacunes qui sont si fréquentes dans les renseignements sur l'origine, la constitution, la vita ante acta, par l'incertitude de la pathogénie, par la latence temporaire des symptômes morbides et par l'état de la sémiotique qui, jusqu'ici, consiste simplement en une certaine somme de faits obtenus par voie empirique.
Voilà pourquoi nous ne serons que rarement en mesure d'établir le pronostic avec certitude et dans la plupart des cas nous devrons nous contenter d'une probabilité approchant la certitude.
Le pronostic peut porter sur la probabilité de la conservation de la vie du malade, sur le retour de la santé psychique, sur les rechutes de la maladie et sa transmission par hérédité.