DIAGNOSTIC DE LA GUÉRISON
Le diagnostic a encore, quand une maladie psychique a évolué, pour mission de constater si la guérison' s'est produite.
Elle peut incomber d'une façon privée au médecin, par exemple au sujet de la question du renvoi d'un pensionnaire de l'asile d'aliénés ; mais la question peut être aussi posée par les autorités quand il s'agit de la réintégration du malade guéri dans ses droits civiques dont il a été privé pendant sa maladie.
Le diagnostic de la guérison a à surmonter des difficultés non moins grandes que le diagnostic de l'éclosion de la maladie. C'est notamment chez les individus tarés, défectueux et imbéciles dès leur origine, qu'il est souvent à peine possible de déterminer ce qu'il faut considérer comme un résidu de la maladie et ce qu'il faut considérer comme une anomalie préexistante.
Le diagnostic de la guérison s'appuie en général sur le phénomène négatif de la disparition de tous les symptômes de la maladie et sur le phénomène positif du rétablissement de l'ancienne personnalité psychique avec toutes ses particularités de caractère, ses qualités, ses défauts, ses penchants. Pour pouvoir trancher cette dernière question, il est indispensable de connaître exactement l'ancienne personnalité saine ou relativement saine; sous ce rapport, l'opinion de la famille du malade a souvent plus de valeur que celle du médecin de l'asile. Pour arriver à déclarer que tous les symptômes de la maladie ont disparu, il faut une observation exacte de la marche de la maladie et du status praesens. On doit tenir compte de cette possibilité que la maladie peut n'être que temporairement latente, mais surtout de la possibilité que le malade dissimule certains symptômes psychiques.
Il faut rechercher avec soin si la guérison somatique se produit parallèlement avec le rétablissement de la santé psychique, et examiner attentivement comment se fait l'accroissement du poids du corps.
Un critérium psychique très important, c'est que le malade guéri se rend
' ^'eumann, Lehrb., p. 189. — Schlager, Allg, Zeitschr. f. Psych., 33, fasc. 1 et 5.
complètement compte de la maladie dont il vient d'être atteint. Cela doit être pour lui une chose tout à fait objective. Cependant ce critérium ne peut être accepté sans restriction ; car il y a des malades qui ne gardent aucun souvenir de leur maladie folie transitoire) ou qui ont iionte d'avouer leur état passé. La dissimulation ' des phénomènes morbides se rencontre chez les mélancoliques et les paranoïques qui veulent se faire déclarer sains et mettre en liberté ou qui veulent échapper à une tutelle. L'empire de ces malades sur eux-mêmes et leur habileté sont parfois vraiment étonnants.
L'observation minutieuse de la marche de la maladie au double point de vue somatique et psychique est la chose la plus importante. Si cette marche est inconnue, il faut alors avec bienveillance et amabilité s'insinuer furtivement pour ainsi dire dans la confiance du malade et, dans une conversation habile et ayant l'air dégagé, toucher toutes les phases de sa vie et de cette façon tàter prudemment le terrain pour voir s'il n'y a pas d'anomalies émotives ou d'idées délirantes. Ici encore l'étude des écrits peut donner des indications précieuses. Il est aussi important de tenir compte de l'attitude, des penchants et des actes. Pour le spécialiste expérimenté les particularités de la mise, du genre de vie, de la mimique et des gestes peuvent devenir des éléments d'appréciation précieux.
'Ingels, La Folie dissunulée. Bulletin de la Soc. de méd . de Gand, 1868; Ami, méd, psych., 1868, nov. — V. Krafft, Ger. Psychopathie, 3^ édition, p. 49.