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PROPHYLAXIE DE LA FOLIE

L'étiologie de l'aliénation mentale nous montre les causes funestes qui produisent cette maladie. Beaucoup de ces causes sont évitables. C'est l'affaire de la société comme de l'individu de se prémuuir contre les plus efficaces de ces causes parmi lesquelles nous nous bornons à citer la transmission héréditaire par l'acte générateur, les excès sexuels et alcooliques.

Souvent le médecin est à même de préserver d'un mal menaçant des individus qui, par suite des tares de leurs générateurs, ont une prédisposition à ces maladies. Mais le médecin pour réussir doit posséder des connaissances psychiatriques solides.

La prophylaxie a ici une belle tâche et qui n'est point ingrate. Car la prédisposition en elle-même n'est pas encore une maladie et il est dans le domaine de la possibilité de préserver de ce malheur en affaiblissant la prédisposition et en développant la force de résistance contre les influences morbides et en les évitant.

L'éducation et le traitement des enfants névropathes ou tarés doivent s'inspirer surtout des règles suivantes.

L'hygiène doit commencer dès l'enfance.

Il n'est pas permis d'élever ces enfants au biberon ou par d'autres moyens artificiels, mais ils ne doivent pas être non plus allaités par la mère dont le corps névropathe, anémique, donne une mauvaise alimentation. Autant que possible il faut leur procurer une nourrice saine de corps et desprit et les laisser allaiter par celle-ci au moins jusqu'à la fin du neuvième mois.

Il ne faut pas tolérer les chambres trop chauffées, ni les vêtements trop chauds. La température des bains doit être de 26° R. et descendre au bout de peu de mois à 23'' R.

A la période dangereuse de la première dentition il faut appliquer avec une rigueur toute particulière tous les préceptes hygiéniques afin d'éviter autant que possible les hyperhémies cérébrales et les convulsions si fréquentes et si graves à cette époque.

' Esquirol, I, p. 156. — Calmeil, Maladies inflammatoires du cerveau, II, p. 630. — îlorel, Traité des malad. ment., p. 632. — Engelken, Allg. Zeitschr. f. Psych., 10, p. 353. — Plagge, Memorab., 1863, VIII, p. 9, 10. — Walter, Irrenfreund. 1875. 6.'.

C'est de bonne heure qu'il faut endurcir les enfants par des ablutions froides et par le séjour eu plein air. Une nourriture vigoureuse, mais non excitante, en évitant le café, le thé et les spiritueux, est recommandable.

On ne saurait s'occuper trop tôt du développement des sentiments et du caractère. Qu'on habitue de bonne heure les enfants à l'obéissance, qu'on cherche à rendre sûre leur morale, qu'on ne laisse pas naître chez eux des états passionnels, aussi peu que possible de sensibilité ; qu'on cherche à les amener au calme et à l'empire sur eux-mêmes en face des péripéties de la vie.

La majorité des enfants tarés présentent un développement intellectuel anormal. Ou il est prématuré, et dans ce cas il faut le refréner; ou il est retardé, et dans ce cas il faut avoir de la patience. Toute fatigue cérébrale doit être évitée. Ces enfants ne doivent être envoyés que tard à l'école, et comme les efforts intellectuels ne sont pas leur affaire, il faut leur choisir de bonne heure une carrière bourgeoise, un travail manuel, ce qui leur évite les dangers du lycée et plus tard ceux d'une activité sédentaire et du surmenage intellectuel.

Si les parents sont des individus bizarres, hypocondriaques ou hystériques, il vaudrait mieux ne pas élever l'enfant dans la maison paternelle et le préserver ainsi du danger d'une éducation manquée ou d'une transmission des infirmités psychiques des parents par voie d'imitation. L'éducation dans les pensionnats ne convient pas non plus à ces enfants et cela pour différentes raisons ; le mieux serait l'éducation dans la maison d'un pédagogue ou d'un prêtre à la campagne.

Il faut particulièrement faire attention aux aberrations éventuelles de l'instinct génital qui souvent, chez ces individus tarés, se développe avec une précocité anormale et une intensité excessive. Tout ce qui somatiquement ou psychiquement peut aider au développement de la sphère sexuelle doit être soigneusement écarté.

Les individus prédisposés ont besoin d'une surveillance médicale toute particulière à l'époque de la puberté qui est remplie de périls pour eux, ainsi qu'en général à toutes les phases de la vie physiologique.

La moindre maladie somatique qui viendrait à se déclarer pourrait fermer le cercle qui enchaîne les éléments étiologiques et faire éclater Taliénation mentale. Chaque maladie de ce genre (chlorose, etc. i a besoin d'être soigneusement prise en considération et traitée énergiquement.

Au point de vue psychique, cest surtout la lecture des romans et les tendances religieuses trop vives et trop enthousiastes qui sont dangereuses. Chez les individus du sexe masculin, le mariage de bonne heure diminue les chances la maladie; chez ceux du sexe féminin, le mariage nest désirable que quand l'individu a atteint la maturité physique. Autrement, il serait à craindre que la grossesse et le puerpérium trouvent un corps insuffisamment développé et sans force, et provoquent l'aliénation mentale.

L'allaitement aussi, autant qu'il est possible au point de vue médical, doit être surveillé et ne pas être continué pendant longtemps, tout au plus

pendant trois mois. Le traitement diététique et médical pendant le puerpérium doit être fortifiant.

A l'apogée de la vie, une carrière bien choisie, c'est-à-dire un métier exempt d'agitations et qui n'expose pas l'individu aux péripéties de la finance et du commerce, serait la mieux appropriée pour la conservation de l'équilibre des fonctions intellectuelles. En même temps il faut suivre un genre de vie conforme à la nature, éviter l'abus des boissons, et tenir compte des fonctions des organes digestifs.

Dans certains cas, l'accomplissement de ces préceptes préservera bien des individus prédisposés de la folie.

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