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TRAITEMENT DE L'ALIÉNATION MENTALE AU DÉBUT

Il est rare que l'aliénation mentale arrive subitement, comme un éclair dans un ciel serein. Dans la plupart des cas, elle se développe lentement, pendant des mois entiers et même des années. Temps précieux pendant lequel on peut réagir contre le mal en germe, si le médecin-praticien est aussi un aliéniste et s'il reconnaît clairement le début de la folie là où des gens inexpérimentés ne voient qu'une dépression physiologique, peutêtre un chagrin d'amour, ou la chlorose, l'hystérie, l'hypocondrie, de la faiblesse nerveuse, de l'agitation nerveuse, et autres clichés diagnostiques connus.

Malheureusement, l'ignorance que l'on rencontre encore assez souvent chez les praticiens en fait de psychiatrie permet à ce stade de passer inaperçu dans la plupart des cas et sans être utilisé ; ce n'est que la maladie qui semble éclater brusquement qui fait ouvrir enfin les yeux.

Quand la maladie en voie de développement a été heureusement reconnue à temps, il est encore possible dans bien des cas de prévenir la catastrophe.

La première condition pour réussir, c'est de rechercher les causes et de les éloigner. La thérapeutique psychique, aussi bien que la thérapeutique somatique, ont ici un champ vaste. Dans un cas, ce sont peut-être des conditions vitales malheureuses ou le surmenage ; dans un autre, l'anémie, les troubles menstruels, une maladie utérine, un catarrhe gastrique, etc., qu'il faut faire disparaître.

C'est l'affaire du tact du médecin et du diagnostic de toucher juste dans ce cas. En général, on peut établir les règles indicatrices suivantes :

1° Cessation des travaux professionnels. Le malade doit dételer. L'effet le plus avantageux est produit par un séjour à la campagne, dans un paysage riant, chez des amis, des parents, éventuellement un petit voyage.

Il faut éviter les grands voyages, les villes, les stations thermales

' Comparez Ricker, Nassaulsches con'efip.ld,,\862,\. — Leidesdorf,.l^/.7. Wiener nied. Ztg., 1862, 8, 9, 10. — Maudsley, Med. Times and Gaz. avril, 1868. — Erlenmeyer, Wie sind die Spclenslôrunrjen in dirent Ueyinn zu behundeln'.' Neuwied, 1861. — Yellowlees, Drit. med. Journ., 151.

bruyantes. Un changement de milieu est d'autant plus nécessaire que ce sont des conditions locales (alïaires de famille ou sociales) qui ont provoqué ou favorisé la maladie.

2° Eviter toutes les influences affaiblissantes : l'aliénation mentale va de pair avec des troubles profonds de la nutrition ou les amène.

3° Avoir une nourriture substantielle, mais non excitante. Les boissons, ainsi que lusage des cigares forts, doivent être évités.

4° Avoir soin que les sécrétions s'accomplissent régulièrement, notamment les selles quotidiennes. Il ne faut pas prescrire de drastiques, mais seulement des lavements, aloès, préparations de rue, de podopbyline ; salins ou diététiques (crème de tartre, raisins, lait caillé, etc. ;.

0° Il faut tenir compte de l'état des fonctions cérébrales en général, particulièrement du sommeil ; il faut combattre les troubles de la circulation cérébrale s'il y en a.

Contre l'insomnie, on peut employer avec utilité : les bains, les enveloppements dans le drap humide, Thydrate d'amylène, le sulfonal ou le trional d'une façon passagère, les opiacés seuls ou en combinaison avec le quinquina, la digitale avec l'eau de laurier cerise, les sels de brome, selon les causes particulières de l'insomnie.

Les troubles de la circulation qu'on rencontre ici sont pour la plupart des hyperhémies fluxionnaires produites par une diminution de l'innervation vaso-motrice. Ils cèdent à un régime tonique, et on peut les combattre éventuellement par des épithèraes froids, par des compresses de glace, par des ventouses sèches ou des sinapismes à la nuque, des bains tièdes (surtout quand le cœur est agité), bains jusqu'à ^o'\ des bains de pieds et de mains.

6'^ Le médecin doit être expérimenté dans le traitement psychique, posséder la confiance du malade, et savoir se faire obéir. Il doit savoir produire de la diversion chez lui et l'égayer. Il faut donner des instructions à l'entourage sur la conduite à observer vis-à-vis du malade, et veiller à ce que ses avis soient suivis i on trouve des préceptes et des indications excellentes à ce sujet dans les ouvrages de Schroter et Hecker; *. On ne doit ni faire la morale au malade ni le critiquer.

Il est aussi absurde de combattre par la logique et par la dialectique les idées erronées du malade qu'il est blâmable d'aborder ce sujet.

Ces tentatives ne peuvent que nuire, car elles ne font qu'irriter et qu'aigrir le malade et le confirmer dans ses idées, qui reposent sur une affection cérébrale.

En un mot, il faut laisser le malade tranquille, et il ne faut intervenir auprès de lui que lorsqu'il veut contrarier son régime sanitaire ; mais alors même, il faut agir avec calme et douceur, jamais par ruse. Il ne faut jamais perdre de vue le malade.

7" Quand l'aliénation mentale débute par un état mélancolique et qu'il existe des phénomènes d'hypéresthésie psychique avec ou sans angoisse

» Ilecker, Anleitunçi f. Angehôrige von Gemuthskranken, 1879, 2e édition.

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précordiale, l'opium est un remède excellent qu'on ne saurait trop apprécier.

Mais dans la majorité des cas, ces conseils bien intentionnés ne restent qu'à l'état de pieux désirs. Si le médecin a reconnu trop tard la maladie, il reste perplexe ou il tombe sur certaines méthodes curatives absolues, toutes modelées sur le même moule, sûrement nuisibles, méthodes que Erlenmeyer, puisant dans sa riche expérience, a si vaillamment châtiées dans une excellente brochure {Wie sincl die Seelenstôrungen in ihrem Beginn zu behandeln,iS6l)^. Le malade est traité ou plutôt maltraité par une cure de privations, c'est-à-dire un régime blanc, saignées, purges, dépuratifs, etc., ou bien on l'envoie dans un établissement hydrothérapique où il gèle, où on lui applique impitoyablement des douches froides et où on l'afiaiblit; ou bien on lui prescrit une cure qui l'ébraule au moyen du tartre stibié et de chocs psychiques, ou bien une cure de distraction dans laquelle le malade qui est agité, douloureusement déprimé, et a besoin de repos, est traîné en voyage, aux théâtres, aux concerts, dans les sociétés. On complète dignement cette cure moderne d'abrutissement par lechloral et le sulfonal employés par certains médecins ignorants à des doses qui peuvent empoisonner le malade.

Enfin le malade devient fou furieux, stupide ou obstiné. On voit que le traitement en liberté n'est plus possible, et c'est alors qu'on se souvient du malheureux asile d'aliénés où on l'amène alors souvent dans un état incurable.

Tel est le sort des malheureux aliénés, dont la maladie, grâce à l'ignorance des médecins et au préjugé funeste qui règne contre les asiles, est déjà devenue un caput mortuum quand enfin elle arrive entre les mains des spécialistes ^

Il est de la plus grande importance de trancher à temps la question de savoir quand le traitement en liberté ne convient plus et quand l'internement dans l'asile devient nécessaire.

'Comparez Slark, Wariuinf/ v. d . Kal/wu.sserkur, Wurle)iiberr/ . Çorresp. II., 1769, 1.

• Neumann dit avec raison {Psych., p. 74) : «Une grande partie des malades pour lesquels on demande une place à l'asile, sont déjà pour ainsi dire tout à fait perdus. La faute en revient en partie à la famille, en partie au médecin. La première met beaucoup de temps à croire que l'individu est malade; le second enfin appelé met beaucoup de temps à croire que le malade est un aliéné et tous les deux mettent ensuite beaucoup de temps pour se convaincre que le secours d'un médecin aliéniste est nécessaire.

« Dans la première période on tourmente et on irrite le malade par des distractions, des essais de persuasion, des semonces, des critiques, etc.; à la seconde période on essaie de combattre l'irritation par des saignées, des purgatifs, des stimulations de la peau, des suppurations artificielles; et à la troisième période on est étonné que tous ces moyens n'aient servi à rien. Alors intervient le médecin aliéniste qui trouve les forces épuisées, la digestion mauvaise, l'irritation psychique arrivée au plus haut degré ou tombée à l'état de la plus profonde dépression, souvent même une folie au seuil de la démence. C'est à ce moment qu'on demande une guérison à l'aliéniste ».

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