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TRAITEMENT DE LA FOLIE A SA PÉRIODE D'ÉTAT

I. — Thérapeutique somatique. — Remèdes physiques et chimiques.

On a établi comme principes fondamentaux :

a) Diagnostic précis de l'origine et de la nature des modifications somatiques qui sont la base de l'aliénation mentale ;

^^) Eviter toute intervention qui pourrait affaiblir l'organisme de l'aliéné.

Il faut considérer comme un vieux préjugé l'opinion que les aliénés auraient besoin de plus grandes doses de médicaments que les individus sains d'esprit.

Ce n'est que dans des cas rares, notamment en présence des narcotiques, qu'une même dose produit chez le même malade un effet différent suivan' que le médicament est donné au moment de l'excitation psychique ou après.

Du reste cette plus grande tolérance n'est qu'apparente, étant donné que le malade ne se plaint pas de l'effet désagréable du médicament ou n'y prête pas attention, sans pour cela réagir au point de vue pharmacodynamique d'une autre manière que l'individu sain d'esprit.

Quant aux états cérébraux, si importants au point de vue étiologique et thérapeutique, il faut renvoyer à la pathologie et à la thérapeutique générales des maladies somatiques.

Celui qui veut comprendre et traiter les aliénés doit connaître toute la science médicale.

Les difficultés qu'on a ici à combattre au point de vue diagnostic et thérapeutique ne sont guère moins grandes que celles qu'on rencontre dans la pratique des maladies des enfants. Les connaissances approfondies en ueuropathologie et en gynécologie sont très précieuses. L'intervention médicale sur ce dernier terrain ne doit cependant se faire qu'avec prudence et tact. C'est avec raison que Ripping {Allg. Zeitschr. f. Psych., 39) prévient contre un trop grand empressement et Schûle {Handb., 2 éd., p. 624) contre les procédés brutaux. En général on ne doit tenter un examen et agir au point de vue thérapeutique que quand les malades reviennent à la raison

OU que la vie et la santé (hémorragies, pertes profuses) exigent impérieusement une intervention.

Nous avons peu de remèdes à notre disposition pour combattre les états psychopatliiques.

Le point principal c'est d'avoir des indications justes".

A. — Moyens pour empêcher l'afflux du sang au cerveau

1° En diminuant la quantité du sang. Saignées. — Autrefois on a fait un grand abus des saignées chez les aliénés en se basant sur les théories de l'inflammation.

Le temps est passé où l'on ne pouvait se figurer un état d'excitation cérébrale autrement que sous la forme de l'hyperhémie ou de l'inflammation du cerveau et où l'on prenait la lancette dès qu'une folie furieuse était diagnostiquée ou qu'un malade furieux se mettait à délirer.

Depuis qu'on sait que l'aliénation mentale se produit souvent comme la conséquence directe d'une perte de sang ou par suite d'inanition, on est devenu prudent en ce qui concerne les saignées.

Aujourd'hui l'usage de la saignée chez les aliénés est pour ainsi dire franchement proscrit et cette proscription a été mille fois justifiée par l'expérience, car la saignée chez les mélancoliques et les foux furieux amenait une accentuation de l'agitation ou un épuisement et de la stupeur, et on n'a presque jamais vu un cas amélioré par ce moyen. Les résultats plus favorables obtenus par la psychiatrie moderne sont dus moins à la découverte et à l'emploi plus rationnel des nouveaux remèdes qu'à l'abolition des interventions affaiblissantes parmi lesquelles il faut citer, outre les purgatifs, l'émétique, les vésicatoires, les moxas, les onguents vésicants et, en première ligtie, les saignées générales.

Comme régulièrement l'aliénation mentale provient de causes affaiblissantes, qu'elle marche de pair avec une diminution progressive du poids du corps, une accentuation de l'activité cérébrale, de l'insomnie et une alimentation insuffisante, elle mène à l'inanition et à l'anémie dont l'expression nette est l'état d'épuisement et d'hébétude qui succèdent aux troubles psychiques graves.

Nous avons chez les aliénés assez souvent affaire à des phénomènes nets d'hyperhémie cérébrale; ce ne sont pas les conséquences d'une pléthore mais d'une faiblesse des processus neuroparalytiques dans le domaine des nerfs vaso-moteurs.

Il est évident qu'ici la saignée est presque sans aucune valeur par suite de la déplétion éphémère qu'elle crée, tandis que l'appauvrissement du sang qui en résulte ne saurait être compensé que lentement ou pas du tout et qu'il menace de transformer en atrophie cérébrale un épuisement cérébral peut être encore réparable.

Dans les cas rares où les circonstances semblent rendre une saignée

THERAPEUTIQUE GENERALE 3i:!

nécessaire, au début du delirium acutum, dans la folie qui éclate par suite de la suppression des règles, dans certains cas de psychoses de la ménopause, il suffira de mettre des sangsues aux tempes, derrière les oreilles ou à la cloison des fosses nasales ou des ventouses à la nuque, pour remplir l'indication symptomatique. En général nous devons toujours être très économes du sang des aliénés.

2° En diminuant l'activité du cœur. — En première ligne il faut mentionner ici la digitale' (en infusion ou eu teinture). Sou action accumulante exige de la prudence dans son emploi. Une affection catarrhale gastrique aiguë et les états d'excitation sexuelle accentués contredisent l'emploi continu et à haute dose de ce médicament.

L'azotate de soude, de petites doses de morphine et d'eau de laurier cerise aident à l'action de la digitale. L'activité du cœur, s'il est agité, peut encore être calmée par des compresses froides appliquées sur la région cardiaque, par la diminution de la température du sang au moyen de demi-bains frais (21 — 16° R.)

3'' Par dilatation des voies vasculaires périphériques. — Cette méthode est surtout utile dans les hyperhémies cérébrales durables et plutôt veineuses. A côté du bain tiède on emploiera utilement les frictions avec des draps de lit humides, l'enveloppement dans les draps, ensuite des bandages aux jarrets (Winternitz).

Une dérivation du côté des vaisseaux intestinaux au moyen des sels, des eaux minérales contenant du sel de Glauber, du sel de Carlsbad, del'aloès, de la rhubarbe, du nerprun, peut être indiquée. Les ventouses sèches produisent une déplétion abondante du côté de la peau.

4° Par resserrement des roies vasculaires du cerveau. — a) Hydrothérapie-. — On peut resserrer les voies vasculaires du cerveau d'une manière réflexe par des compresses froides ou par des sacs de glace sur la tête, ou directement par des compresses ou des sacs appliqués le long des vaisseaux du cou.

'^) Excitations de la peau. — EekleuhSim (Pfliiger Archiv,lll et IV) a obtenu avec un stimulant sensitif une contraction des vaisseaux de tout le corps et par réflexe celle du centre vasculaire dans la moelle allongée. SchùUer, à l'aide des sinapismes, a provoqué chez des lapins d'abord une dilatation des vaisseaux de la pie-mère, ensuite un rétrécissement durable de ces vaisseaux. Ce moyen de restreindre l'afflux du sang au cerveau est surtout apte à dissiper les états d'hyperhémie veineuse, et, comme la circulation est en même temps accélérée, l'excrétion des produits de la mutation intraorganique et l'oxydation dans le tissu cérébral sont facilitées. Il faut recommander les bains généraux ou les bains de pieds à la moutarde, ensuite les sinapismes couvrant de grandes surfaces de la peau. Buch {Arch. f. Psych., XII, fasc. 1) vante aussi les vertus du Baunscheidtisme.

' Robertson, Biùl. med. Journ., 1873, oct. — Mickle, Joiirn. of ment, science, 1873, juillet. — Rigot, Annal, med. jjsi/chol., 1874, sept., Irrenfreund, 1874, 9. — Dagonet, TirilJé, p. 599.

- Comparez Winternilz, Ihjdi-olherapie, t. II, 2'' section, p. 445.

Médicaments. — Ou attribue uue action spasmodique sur les vaisseaux à la uicotine, à l'hyosciamine, à la noix voraique, à la belladone, à la quinine, au plomb, à la caféine, aux préparations de brome, à l'opium et à la morphine à petites doses, ainsi qu'au seigle ergoté et à ses préparations.

Parmi tous ces moyens, le plus important et le plus remarquable est le seigle ergoté* en infusion, mieux encore en extrait aqueux sous forme d'ergotine préparée par la méthode de Boujean, de Wernich ou de Bombelon, ce qui permet l'usage de la méthode sous-cutanée.

B. — Moyens pour aider l'afflux du sang au cerveau

1° En augmentant i'actuité du cœur. — Les spiritueux et les analeptiques exercent une action directe de ce genre. Comme les premiers favorisent en même temps la nutrition du cerveau et le sommeil, que de plus ils ralentissent la mutation intraorganique, ils sont à juste titre très employés dans les états de faiblesse psychique fonctionnelle et dans les états d'épuisement. Dans les cas ordinaires et quand il s'agit d'amener d'une manière constante plus de sang au cerveau, le bon vin vieux, la bière, les boissons alcooliques chaudes (grog, punch au vin, etc ) suffisent. Quand l'action du cœur est très affaiblie et quand la circulation est très abaissée, il vaut mieux donner du thé, du café, du cognac, des éthers, de l'alcool éthylique (comp. Obermeyer, Arch. f. Psijch., IV). Dans le collapsus, s'il y a menace de syncope, les injections sous-cutanées d'éther sulfuriqne ou de camphre (1 p. iO d'huile dolives ; ont un effet excellent.

2'' Par la dilatation des voies rasculaires. — a, Hydrothérapie. — Les compresses chaudes sur la tête, les bonnets remplis d'eau chaude, les frictions courtes et froides, les douches d'un quart à trois quarts de minute, les demi-bains frais pendant trois à quatre minutes i Winternitz).

^) Médicaments. — On attribue une action vaso-dilatatrice à l'éther, au chloroforme, à l'opium et à la morphine à grosses doses, surtout à l'azotite d'amyle - qui est en même temps un excitant du cœur. Il n'agit que par inhalation et non par la voie gastrique.

3° En facilitant l'afflux du sang au cerveau. — On répond le mieux à cette indication en prescrivant au malade le repos ou une position basse de la tête, moyen excellent pour tous les états dus à Linanition et qui souvent amène un apaisement plus prompt quêtons les narcotiques. La réalisation stricte de cette indication est difficile chez les malades agités et peureux. Avec de la patience on arrive souvent au but ; le malade se rassure et obéit. Un lit en fer sans oreiller rend la chose plus facile.

* Yeats, Med. Times and Gf/:., 1872. — Van Andel, J//.7. Zeîtsch. f. Psych.. 32.— Brown, Corr. Bl. f. Psi/ch., 1876. 6, 7.— Schlangenhausen, Psych. Cenlralbl.. 1877, 2. — ïoselli, Allcj. Zeifschr. f. Psych.. 36, p. 90. — Solivetti, Archiv. italian, 1831, fasc. 1.

- V'mk, Monographie, 2* éd., Berlin, 1877. — Hôsterman, Wien. med. Wochenschritf, 1872, 46-48. — Otto, -l//r/. Zeitschr. f. Psych., 31, fasc. 4. —Berger, Ibid., 31, fasc. 6. — Schramm, Arch. f. Psych., V, fasc. 2.

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