II. — Folie furieuse
Un degré de la manie supérieur à celui que présente l'exaltation maniaque est représenté par la folie furieuse.
La notion du délire furieux qu'on s'est faite d'après l'attitude extérieure tumultueuse du malade, demande une restriction scientifique. La fureur n'est qu'un simple symptôme; la folie furieuse est un état morbide déterminé et appartenant au cadre de la manie. Les explosions furieuses du mélancolique par suite de la peur, celles du délirant (épileptique, hystérique, alcoolique ou fiévreux) par suite d'hallucinations terrifiantes, ne doivent pas êtres confondues avec la fureur. Le symptôme déterminant de la folie furieuse, c'est l'accélération des opérations psychiques qui peuvent devenir échevelées en même temps que le Moi du malade a perdu toute direction et est devenu incapable d'intervenir dans la marche des actes psychiques. En même temps il y a des phénomènes d'excitation directe dans l'organe de la conscience.
Dans les centres psycho-moteurs du cerveau antérieur, ils consistent en phénomènes d'excitation amenant des actes moteurs qui, il est vrai, portent encore le caractère des actes psychiques, mais qui se produisent sans but, sans aucune intervention de la volonté et même de la conscience et
que, par conséquent, on doit désigner comme des actes instinctifs. Ceuxci refoulent de plus en plus les actes volontaires du maniaque exalté, actes qui sont amenés par des conceptions et des sentiments de plaisir. Comme autres phénomènes d'excitation qui manquent rarement, nous devons encore citer les délires et les hallucinations. La maladie de l'organe psychique est plus grave, par conséquent le trouble de l'intelligence aussi est plus profond.
Un examen plus attentif du tableau morbide permet de constater une irritabilité émotive très accentuée 'hyperesthésie psychique et, au point de vue de la production de la maladie, une hyperesthésie grâce à laquelle toutes les impressions subies par la conscience sont annotées et accompagnées par de vives émotions.
Ici encore, de même que dans l'exaltation maniaque, les émotions expansives prédominent, mais celles de nature opposée, notamment les emportements coléreux, ne sont pas exclues ; il y a même des cas rares où les émotions de colère prédominent pendant toute la durée de la maladie (folie furieuse coléreuse, manie furieuse). Cette nuance clinique du tableau morbide est occasionnée en partie par une organisation originairement anormale du cerveau malade ('caractère irascible et violent dès la naissance) ; elle est en partie artificielle internement, camisole de force , en partie un phénomène de réaction provoqué par des délires terrifiants, des hallucinations et des sentiments d'angoisse qui viennent la compliquer.
Quand la colère est provoquée chez le malade par un de ces phénomènes, elle amène, étant donnée son irritabilité très accentuée, des reproductions douloureuses incessantes, des images mentales, mais qui, contrairement à celle de la mélancolie agitante, ont le caractère de la fuite des idées et forment des séries. Elles maintiennent alors la disposition coléreuse. Ces cas de folie exclusivement furieuse sont les plus rares; ceux de caractère purement expansif sont beaucoup plus fréquents; mais le plus souvent on rencontre des cas de nature mixte, c'est-à-dire des cas où, par suite de la grande excitabilité et du changement rapide des conceptions avec association illimitée, une variation bigarrée des émotions de nature des plus différentes se manifeste (mutation d"humeur . Comme à la suite de Taccélération énorme de tous les actes psychiques et de l'absence de toutes les entraves, le Moi est livré à la merci de ce processus d'excitation, ces émotions se manifestent en arrêtant tout l'appareil mimique et moteur. Ainsi la gaîté folle et la jubilation du maniaque alternent avec des phases d'irritation, de colère et des plaintes douloureuses; aux chants, aux cris, aux sifflements succèdent les hurlements et la rage tumultueuse. Souvent une impression extérieure passagère, une reproduction quelconque suffisent, étant donnée l'hyperesthésie psychique, pour changer brusquement l'humeur et l'amener à l'opposé de ce qu'elle était.
L'accélération énorme de la marche des conceptions amène une avalanche d'idées et, comme aucune image mentale ne peut être retenue isolément, qu'aucun lien logique ne peut plus réunir les conceptions, il y a aussi confusion trop-plein de la conscience, association des idées abaissée
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et ne se faisant que par l'assonance et l'allitération, réveil spontané, physiologique et non associatif d'une foule d'images mentales.
En raison de ce fait la liaison logique des conceptions et la forme grammaticale de l'élocution disparaissent fatalement. Les fragments de phrases, les mots détachés et fmalemeat les interjections isolées, les sons articulés comme manifestation du langage, marquent les différentes variations de degré dans l'avalanche des idées et dans la confusion de la folie furieuse.
La perception est incomplète à cause du tourbillon immense des conceptions, elle a des lacunes et il se produit facilement des illusions.
Presque régulièrement des idées délirantes se produisent aussi. Elles apparaissent pour la plupart après les hallucinations, mais alors comme délires primordiaux, plus rarement comme un essai passager d'explication de l'état de conscience et des sensations éprouvées. Leur sujet est illimité, mais de nature surtout expansive délire des grandeurs . Souvent, surtout chez les personnes du sexe féminin, le délire a une couleur sexuelle ou religieuse. Dans cette dernière variété rentrent les idées suivantes : on est la Madone, on a été couverte par le Saint-Esprit, ou a mis au monde l'enfant Jésus. Dans la folie furieuse avec colère, le délire de persécution, notamment avec nuance démouomaniaque, peut constituer le fond des illusions qui donnent lieu à l'émotion.
Par suite du caractère passager des processus qui les font surgir et de l'accélération de tous les actes psychiques qui n'admettent aucune réflexion, ces idées délirantes sont passagères et ne mènent que rarement à un faussement durable de la conscience avec terminaison probable par une folie secondaire. Les phénomènes les plus importants sont représentés par les symptômes de la sphère psycho-motrice qui a donné son nom à la maladie. Quand il n'y a pas ai'rèt par épuisement, le malade est en activité continuelle et il n'y a pas un groupe de muscles volontaires qui ne soient mis tour à tour en action. Les actes moteurs des malades sont très différemment motivés. Pendant la transition de l'exaltation maniaque à la folie furieuse et pendant les rémissions de cette dernière les actions peuvent encore avoir lieu. Mais comme les conceptions qui font surgir ces dernières, deviennent de moins en moins claires pour l'intelligence par suite de l'accélération grandissante des faits psychiques et de l'obnubilation intellectuelle qui augmente, ces actions se changent déplus en plus en actes impulsifs ; en outre, il existe encore des actes psychiques réflexes causés par des émotions de plaisirs (danse, chants, etc.) ou par des émotions d'angoisse et de colère.
A l'apogée de la maladie ces actes moteurs d'origine psychique ne se font plus jour que sporadiquement. Ils sont refoulés par les mouvements forcés (impulsion au mouvement!, mis en exécution par des excitations directes venant des centres psycho-moteurs ; en outre, il y a aussi des actions provoquées par les idées délirantes et les hallucinations.
Très souvent l'instinct génital est excité dans la folie furieuse et les cas dans lesquels cet instinct occupe le premier plan dans le tableau clinique
ont été souvent désignés par le nom spécial de satyriasis (chez l'homme, et de nymphomanie (chez la femme;.
Le trouble profond de l'intelligence qui se produit ici, contrairement à ce qui se passe dans l'exaltation maniaque, fait que l'instinct sexuel se manifeste d'une façon ouverte et délibérée, sous forme d'attaques directes contre les personnes de l'autre sexe, de masturbation eu public, de mouvements de coït en se frottant le bassin, etc.
On doit considérer comme des phénomènes équivalents l'habitude qu'ont les femmes de lancer continuellement des crachats, de satisfaire leurs besoins naturels en présence du médecin, d'arranger les épingles de leurs cheveux, de se barboailler le corps ou de salir les murs avec des excréments, de la salive, du sang menstruel, de l'urine, d'injurier l'entourage féminin en termes obscènes.
Le trouble de l'intelligence varie dans son intensité ; en général, il est d'autant plus profond que la marche de la maladie est plus aiguë. La faculté de se souvenir suit une marche parallèle à l'intensité. Dans la folie furieuse chronique, la mémoire peut n'être pas voilée ; mais elle est sommaire quand la maladie a une marche aiguë. L'amnésie complète ne se rencontre pas dans la vraie folie furieuse.
Symptômes somatiques. — Ici encore les troubles du sommeil sont constants. L'insomnie peut durer des semaines entières. Souvent il y a des fluxions au cerveau c[u'on doit rarement considérer comme des phénomènes étiologiques, mais pour la plupart comme des phénomènes consécutifs 'vive activité par excitation fonctionnelle du cerveau ou aussi résistance diminuée par la vaso-parésie .
La fréquence du pouls est très peu influencée par le mouvement et l'activité excessive. Malgré une folie furieuse très violente, le pouls est souvent plutôt ralenti qu'accéléré, et plutôt petit que plein.
La chaleur du corps est normale, parfois même subnormale, étant donné que la minime augmentation de chaleur produite par l'augmentation du travail musculaire se trouve plus que compensée par l'augmentation de la dépense par suite de l'insuffisance de vêtements. Une élévation calorique dépassant 38'', quand elle est durable, doit, à moins qu'elle ne puisse être ramenée à une maladie somatique complicante, faire sérieusement douter si le cas doit être encore considéré comme une folie furieuse et se demander s'il n'y a pas lieu d'y voir peut-être un délire aigu ou un autre genre d'excitation psycho-motrice dû à une maladie organique du cerveau.
Dans les premiers stades de la folie furieuse, le turgor vitalis est augmenté, le malade semble plus jeune et plus frais. Quand la folie furieuse dure longtemps, la nutrition et l'état des forces baissent, et même des phénomènes d'inanition peuvent se produire. Le processus morbide, arrivé à son apogée, est toujours accompagné par une diminution progressive du poids du corps. Les sécrétions peuvent se faire d'une manière tout à fait normale. Souvent l'urine est anormalement riche en phosphates. Un phénomène particulièrement fréquent est la salivation qui accompagne surtout les exacerbations de la psychose.
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Les troubles sensitifs jouent un rôle minime chez les fous furieux. Parfois, pendant les rémissions, les malades se plaignent de maux de tête.
Les anestliésies qui se rencontrent par hasard et parmi lesquelles on remarque surtout Tinsensibilité au froid, peuvent presque toujours être attribuées à des causes centrales. L'hyperesthésie sensorielle n'est pas rare dans cette maladie. Les troubles moteurs des régions infra-corticales, sous forme de spasmes, de convulsions partielles des muscles, de mouvements grimaçants, etc., peuvent se produire dans la fureur grave, comme complications, à l'apogée de la maladie; ils représentent des transitions vers le délire aigu et les autres maladies cérébrales.
Début. — La folie furieuse apparaît beaucoup plus souvent comme une forme morbide autonome que comme forme d'un autre état. Dans ce dernier cas, elle a habituellement une explosion brusque, une marche aiguë, et il y a prédominance des troubles psychiques quand il s'agit de démence paralytique et d'autres maladies cérébrales ; elle se rencontre aussi dans l'hystérie, dans certaines formes de la folie circulaire à évolution brève, dans lesquelles les symptômes maniaques alternent avec des phénomènes tétano-cataleptiformes.
Origine et marche. — Ici il convient de distinguer essentiellement les cas aigus et les cas chroniques.
a). La folie furieuse aiguë a une durée de quelques jours et même de plusieurs semaines ; elle éclate brusquement, après avoir été précédée par des phénomènes sensoriels non mélancoliques maux de tête, congestions, sommeil troublé, angoisse, irritabilité). Ces phénomènes sont suivis de près par des symptômes d'exaltation maniaque, ordinairement avec nuance d'irritabilité, qui, en augmentant très rapidement, arrivent bientôt à la hauteur de la folie furieuse. Plus la marche est aiguë, plus le trouble de l'intelligence est grave. La chute de la crise est d'ordinaire assez rapide. Des symptômes d'épuisement fonctionnel qui peuvent aller jusqu'à une stupeur légère, précèdent le retour à la santé.
La folie furieuse aiguë se déroule souvent comme la folie coléreuse ou irascible émotive. Quand elle a une allure irascible, elle peut se terminer au bout de quelques jours, mais il y a facilement des recrudescences, de sorte qu'une folie secondaire se développe, avec explosions de colère isolées qui se distinguent nettement des rémissions (périodes d'épuisement fonctionnel avec irritabilité d'humeur;.
S). La folie furieuse chronique a une durée totale de plusieurs mois et peut se prolonger jusqu'à un an. Dans la plupart des cas, elle est précédée par un stade prodromique mélancolique. La durée de ces prodromes varie entre quelques jours et plusieurs mois. Plus il dure longtemps, plus la manie qui lui succède est longue.
Ce stade manque ou n'est que légèrement indiqué dans les cas dus au puerperium, après les pertes de sang aiguës et dans la convalescence des fièvres graves, puis dans les folies furieuses causées par des causes cérébrales directes, telles que le trauma capitis, l'insolation, ainsi que dans celles qui sont provoquées par les excès alcooliques. Plus la folie furieuse
paraît de nature organique et occasionnée par des causes somatiques, moins il y a de stade prodromique. D'ordinaire, les prodromes se bornent au complexus symptomatique d'une mélancolie sans délire ; cependant, l'opinion de Hagen qui soutient que dans ce cas il y a en général absence d'idées délirantes et d'hallucinations, ne peut pas être acceptée sans restriction. Les symptômes de ce stade prodromique mélancolique sont essentiellement ceux d'un trouble psychique et somatique de la perception générale (efforts intellectuels devenus difficiles, prostration générale, tète lourde, malaises gastriques, constipation, etc.), semblables à ceux qui précèdent l'explosion des maladies physiques graves, et notamment les maladies infectieuses. Il se développe, par suite, une dépression psychique qui a souvent une nuance hypocondriaque. Puis, avec le cours de la maladie, il se produit un examen douloureux de la vie antérieure, examen qui va souvent jusqu'à des reproches que le malade se fait à lui-même et jusqu'au dégoût de l'existence. Ce stade échappe souvent à l'observation ; il est dissimulé à dessein par les malades, qui ont gardé encore un certain empire sur eux-mêmes, ou du moins qui savent alléguer des motifs suffisants (Alendel).
L'évolution vers la manie est, dans la plupart des cas, subite, mais jamais aussi brusque que dans la folie circulaire. Parfois on observe une période amphibologique durant des heures ou des jours et dans laquelle les éléments mélancoliques et maniaques se mélangent, se disputent pour ainsi dire le terrain jusqu'à ce que le tableau de la manie apparaisse pur et sans mélange. Alors la folie furieuse se développe; l'exaltation maniaque apparaît tantôt rapidement, tantôt lentement; de même la marche des idées devient de plus en plus une fuite des idées, l'émotion expansive devient un kaléidoscope des excitations émotives les plus variées, le mouvement devient de plus en plus instinctif, et en outre, il se surajoute un trouble croissant de l'intelligence, du délire et des hallucinations. La marche totale de la folie furieuse chronique est rémittente avec exacerbations. Dans les rémissions, le tableau clinique tombe au degré d'une exaltation maniaque qui, il est vrai, est souvent dissimulée par les symptômes d'épuisement fonctionnel ; ce dernier peut, en outre, être douloureusement ressenti et alors, étant donné la grande irritabilité, un état morose d'esprit peut se produire et même se faire jour sous forme d'explosions de colère.
Les terminaisons de la folie furieuse sont :
1° Laguérison^ — Elle ne se produit jamais subitement, mais progressivement, avec des symptômes de rémission et en passant par des états de transition variable. Une cessation subite de la folie furieuse indique qu'elle a été provoquée par une cause somatique ou périodique.
Les états de transition vers la guérison peuvent être les suivants :
a). Un stade de dépression mélancolique semblable à celle qui a été le prélude de la maladie. Cette terminaison est très rare, à moins qu'on ne considère à tort comme mélancolique le stade d'épuisement avec percep-
' Mendel, op. cit.. p. 155, compte 80 p. iOO de guérisons.
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tion réactive douloureuse amenée par rinsuffîsance intellectuelle, suite de l'épuisement lui-même.
i). Un stade de stupidité, d'imbécillité fonctionnelle, comme expression du profond épuisement cérébral qui succède fatalement aux cas graves ou affaiblissants de la folie furieuse chronique, surtout quand ils ont été traités par les saignées. Ce stade dure parfois plusieurs mois. L'absence d'augmentation du poids du corps ou la lenteur de cette augmentation qu'on observe dans ces états d'imbécillité symptomatique est, au point de vue du diagnostic différentiel, très importante, surtout quand on la compare à la rapidité de l'augmentation du poids du corps dans les états d'imbécillité terminale.
En général l'intensité et la durée de ces états d'épuisement, qui varient entre la stupeur légère et l'idiotie complète, répondent à l'intensité et à la durée de la manie, de même qu'à l'intensité et à la durée des causes qui les ont produits, causes parmi lesquelles une constitution cérébrale originairement tarée et s'épuisant avec une facilité anormale a une action particulièrement décisive.
v). Le passage de la folie furieuse à un stade d'exaltation maniaque atténuée, avec phénomènes de faiblesse psychique qui se produisent en même temps, mais qui sont susceptibles de disparaître.
o). Une détente successive de la folie furieuse, les rémissions devenant de plus en plus profondes et nettes, aucun phénomène sérieux de faiblesse intellectuelle n'existant plus. Mais ici, c'est souvent le côté émotif de la vie psychique qui est gravement atteint, se trouve déséquilibré, étant donné qu'il existe une accentuation de l'irritabilité d'humeur qui éclate facilement sous forme d'émotions de colère et même de recrudescences.
:2" La terminaison par débilité mentale terminale et durable (imbécillité, idiotie, avec les deux tableaux cliniques de ces états, rarement démence).
3° Terminaison fatale * par l'épuisement ou par des maladies intercurrentes, par des lésions pouvant amener l'embolie graisseuse des vaisseaux pulmonaires Jollyj ou par l'aggravation du processus cérébral allant jusqu'au delirium acutum.
Le pronostic de la folie furieuse est en général favorable et d'autant plus favorable qu'elle a une marche aiguë, avec troubles de la nutrition réparables (anémie puerpérale), avec causes sympathiques, que le malade est jeune et a un cerveau qui n'est pas trop taré.
Cependant il ne faut pas se dissimuler que la folie furieuse grave ne comporte que rarement une guérison complète et satisfaisante au point de vue scientifique, et souvent la légère faiblesse intellectuelle notamment au point de vue de l'émotivité;, qui reste comme résidu, indique une guérison défectueuse.
Indications thérapeutiques. — '1'^ Isolement. — Le fait clinique que les états maniaques sont des états d'excitation cérébrale et vont surtout de pairavec une hyperesthésie des fonctions psychiques et sensorielles, exige comme
* Mendel, op. cil., compLe 5 p. 100.
première mesure le repos psychique et uue diététique du cerveau, c'est-à-dire éloignement de toutes les impressions vives des sens et en général de toutes les excitations psychiques. Pour remplir cette indication, il faut un isolement du malade fait selon les exigences de la science, isolement dont le degré doit toujours être conforme à celui de l'hyperesthésie cérébrale. Pour nombre de cas l'isolement seul suffit pour amener le malade à la guérison.
Cet isolement préserve aussi le malade des excès, notamment des excès d'alcool et in Yenere, excès qu'il commettrait, à son grand détriment, s'il était en liberté.
i^" 11 faut protéger le malade et son entourage contre ses violences destructives. Il est rare qu'un malade se blesse lui-même (les cabanons tapissés de coussins sont donc inutiles, d'autant plus qu'il est difficile de les maintenir en état de propreté . Le fou furieux n'est pas aussi dangereux pour son entourage qu'on le suppose en général, excepté les cas de folie furieuse aiguë avec trouble grave de l'intelligence et émotions de colère. Beaucoup de fous furieux savent ce qu'ils fout, gardent un reste de lucidité, bien qu'ils soient incapables de refréner leurs actions. La croyance que les fous furieux auraient une force extraordinaire n"est qu'un préjugé et le traitement par les chaînes et les camisoles de force basé sur cette légende, n'est qu'une barbarie. La contrainte mécanique ne s'impose que lorsque, en raison de la guérison, il est nécessaire de maintenir le malade dans une position horizontale quand le cerveau est profondément anémié), ensuite dans le cas de masturbation continuelle et enfin dans Je cas de blessures chirurgicales.
En essayant de modérer l'impulsion motrice par une contrainte mécanique et d'épargner ainsi la dépense de forces du malade, on n'obtient pas de résultats. Au contraire, le malade, en se démenant dans la camisole, se fatigue davantage. Beaucoup de cas de folie furieuse ne font que s'accentuer par l'application de la contrainte mécanique, surtout si l'on veut par ce moyen en imposer au malade. Il est un fait acquis, c'est que la violence de la folie furieuse s'est considérablement atténuée à mesure que le système du no-restraint a gagné du terrain. Quant aux fous furieux qui détruisent tout et qui se déshabillent sans cesse, il faut les laisser tout nus dans un cabanon chauffé et où il faut leur donner du varech ou mieux encore des crins de cheval pour se couvrir. On enlève tous les objets de la cellule. Dans quelques cas rares on peut employer passagèrement l'hyoscine ou la duboisine. Leur usage fréquent n'est cependant pas recommandable parce qu'il amène une baisse de la nutrition.
3'' Maintien du malade dans un bon état de nutrition. — La fureur, l'insomnie, le délire consument les forces, et il faut trouver le moyen de les restaurer. Souvent le succès dépend de cette question : savoir si le trouble de la nutrition cérébrale est réparable quand la folie furieuse a suivi son cours ou s'il amène l'atrophie. Qu'on donne au malade une nourriture carnée abondante et forte; qu'on le laisse manger autant qu'il voudra.
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4° Combattre l'excitation cérébrale, l'impulsion motrice et l'insomnie.
Autrefois on concluait de la violence de la folie furieuse à l'existence d'inflammations ou de fluxions cérébrales, et l'on s'eiïorçait d'appliquer au malade tout le système curatif antiphlogistique et dérivatif.
Par là on ne fait qu'épuiser le cerveau (saignées), l'irriter 'moxas, bains en avalanche, douches, se tous, vésicatoires et nuire à la digestion lémétique, sulfate de cuivre, acétate de zino. Ces moyens doivent tous être bannis de la thérapeutique. Il faut rejeter en général aussi les saignées, notamment les saignées générales.
Certes il existe souvent des fluxions qui méritent attention, mais elles sont causées par un trouble del'innervation vaso-motrice ou bien elles sont les suites de l'excitation cérébrale. Une saignée ne peut dans ce cas servir à rien, mais plutôt nuire en augmentant la paralysie vasculaire et en appauvrissant le sang. Déjà le fait que la folie furieuse n'est souvent que la conséquence d'excès poussés trop loin ou de pertes de sang (puerperium), devrait décider le médecin à traiter le sang des malades avec beaucoup de ménagement, abstraction faite de cette circonstance que, dans la folie furieuse, la jactance, l'insomnie et les pertes caloriques nuisent par elles-mêmes aux processus de la nutrition.
Le traitement symptomatique de la folie furieuse ne peut être qu'un traitement individuel, car il faut prendre en considération les causes et les troubles anatomo-pathologiques dont on soupçonne l'existence. Dans les cas de folie furieuse qui se caractérisent par une fluxion considérable et où les phénomènes d'augmentation de l'irritabilité réflexe, les convulsions, les grincements de dents, l'étroitesse des pupilles, etc., dénotent une grande excitation cérébrale, il est permis défaire des soustractions de sang, mais jamais générales, seulement locales (sangsues). Ici une dérivation intestinale par le calomel, etc., peut être indiquée. L'ergotine aussi, par la voie sous-cutanée, mérite d'être utilisée.
Ordinairement dans ces cas aussi, comme dans les cas de folie furieuse, simplement fluxionaires, le bonnet de glace, les bains* avec compresses de glace et la digitale suffiront. Dans la folie furieuse avec prédominance des excitations sexuelles, l'emploi du bromure de potassium, à doses de 4 à 10 grammes, est indiqué.
Dans la folie furieuse provenant d'excès alcooliques, puis dans la folie furieuse dont le tableau clinique a surtout le caractère d'une émotion de colère, c'est l'application de l'opium et de la morphine qui conviendra.
Dans la folie furieuse provenant de l'anémie cérébrale ou ayant les symptômes de celle-ci, l'eau-de-vie, la bière, le vin et à l'occasion aussi l'hydrate de chloral seront les meilleurs calmants. Le repos au lit peut avoir aussi dans ce cas un effet très utile. Si l'agitation frénétique prend l'allure d'un état d'épuisement ou de stupeur, tout le traitement consiste dans le repos au lit, la chaleur, l'alimentation substantielle, le vin et la patience.
1 Schwarizer. Thermische Beltandhai;/ dev man. Phase der l'.sjjclioneurû6-e : l'esler ined. chirurg. Presse, 1879.
Dans le stade de convalescence le malade a besoin de la plus étroite surveillance, de protection contre les excitations de toutes sortes afin qu'il n'y ait pas recrudescence de la maladie. S'il subsiste une grande excitabilité et qu'elle amène facilement des émotions de colère, la morphine est le meilleur moyen et ofire eu outre l'avantage d'abréger la durée de la convalescence.
Observation XIX. Folie furieuse aiguë coléreuse, débutant par une émotion de colère. — Wachs (Séraphine), dix-sept ans, a pour père un ivrogne. Plusieurs de ses frères et sœurs eurent des convulsions. A l'âge d'un an elle eut le typhus, puis elle souffrit du rachitisme. Ce n'est qu'arrivée à sa quatrième année qu'elle put marcher. Elle se développa bien au point de vue intellectuel, mais eut de tout temps un caracv tère emporté, irritable et sensible. Les règles arrivèrent à l'âge de quinze ans, sans malaises.
Le 10 mai 1878 elle entra en apprentissage chez une couturière. Le 12, elle se mit en colère contre une camarade qui lui demanda de laver la vaisselle. Elle considéra cette invitation comme une offense grave et se mit dans une colère violente. Elle avait justement ses menstrues. L'irritation coléreuse augmenta, elle en perdit le sommeil et, malgré elle, pensait toujours à son conflit avec sa camarade.
Le 19, elle fit une visite à une famille amie ; bientôt elle se mit à parler de son incident, parut confuse et dans un état d'agitation inquiétante. Quand on lui fit des observations sur l'insistance avec laquelle elle chicanait sur ce fait, elle se mit dans une colère excessive, maugréa, jura et s'emporta contre tout ce monde qui la froissait, sortit brusquement au milieu du tumulte de son émotion, ne rentra que tard le soir, le visage rouge, tempêtant, querellant, disant qu'elle ne se laisserait morigéner par personne. Elle ne dormit pas ni ne mangea pas, voulut à toute force partir et, quand on la retint, brisa tout ce qui se trouva sous sa main.
Au moment où elle est reçue à la clinique, la malade est en proie à un accès de folie furieuse empreinte de colère. Flot de paroles démesurées, idées désagréables et nombreuses, incohérence, gesticulation très vive. Tout essai pour la calmer ne fait qu'accentuer son irritation. Elle accable son entourage d'injures. Elle n'est plus malade, bien que la nuit dernière, après avoir eu une contrariété, elle ait eu un accès de folie, éprouvé de la chaleur dans la tête et n'ait pu dormir. Lorsqu'on veut la déshabiller, elle se met dans une colère violente, crache, donne des coups de pieds, se débat comme elle peut et menace de publier tout dans les journaux. Elle ne veut pas rester chez de pareils fous et, si elle a la condescendance de rester ici, au moins il faut qu'on la soigne d'une façon seigneuriale.
La malade est d'une petitesse de taille étonnante, très retardée dans son développement. Le thorax, le crâne gonflé comme une vessie avec bosses frontale et pariétale très saillantes, présentent des traces du rachitisme dont elle a autrefois souffert. Les dents aussi sont irrégulièrement implantées et cannelées. Les organes végétatifs ne présentent aucun trouble. Pouls à 100, plein, accéléré; poids du corps : 31 kg. 50.
La malade reste en état de folie furieuse coléreuse jusqu'à la fin du mois de juin. Elle dort peu et son poids tombe à 29 kilogrammes.
Le phénomène le plus saillant dans ses périodes de rémission, est une opinion d'elle-même très élevée qui se manifeste par un langage précieux, par des attitudes de distinction et les grands airs qu'elle cherche à se donner et qui parfois sont mêlés aussi d'érotisme et de coquetterie. Ordinairement cependant la malade se trouve dans une irritation pleine de colère. Elle injurie, se démène dans sa cellule, déchire, souille, détruit parfois, se montre hostile à son entourage, marche très confuse des
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idées qui roulent sur les offenses, les humiliations d'autrefois, avec mécontentement pour la nourriture, le service, l'isolement, etc.
Les injections de morphine ont un effet atténuant, mais non résolutif. Vers la fin du mois de juin, les explosions de colère deviennent plus rares; il se produit des intervalles d'épuisement d'une plus longue durée. La malade dort beaucoup, prend régulièrement de la nourriture qu'elle dédaignait souvent avant cette période. Le poids monte rapidement à 36 kilogrammes. Parfois, de légères velléités d'irritation coléreuse se manifestent encore, mais disparaissent spontanément, ou bien à la suite d'une injection de morphine. Pendant la plus grande partie du mois de juillet, la malade reste au lit, tranquille, épuisée et chiche de paroles. Au mois d'août, elle arrive à reconnaître complètement sa maladie et retrouve ses anciennes aptitudes au travail. Au mois de septembre, elle sort guérie. Lors de sa sortie de l'asile, le poids de son corps était de 41 kg. 500.
Observation XX. Folie furieuse chronique. Succès de l'hydrothérapie. — M"'-' Kernbach, seize ans, bonne, a été reçue le 9 mars 1878. La mère était folle, la sœur cadette est aliénée périodiquement depuis la puberté. La malade était bien portante, bien douée, d'une vie rigoureusement morale, très émotive. La puberté, à treize ans, se passa sans accident.
Le 2 mars, elle devint malade après un accès de frayeur (son amoureux était tombé gravement malade). Elle avait justement ses menstrues. Elle perdit le sommeil, devint inconsciente, se mit à chanter et à rire. Le médecin, appelé le 6, constata une exaltation gaie, de la loquacité profuse ; dans ses discours incohérents, la malade paHait d'amourettes, de rapports sexuels, de la perversion du monde et des hommes, de sa pureté à elle et de sa virginité. Passagèrement, elle déclara être le pape, le sauveur qui souffre pour toute l'humanité. Hâtivement, elle écrivait des lettres sur des sujets analogues à toutes les personnes imaginables. En même temps, allures théâtrales, exaltées.
Dès le 7, elle était atteinte de folie furieuse, détruisait, hurlait, chantait, salivait et, à force d'agitation motrice, elle n'arrivait pas même à manger; en venant à l'asile, elle voulait embrasser les hommes, maudissait et bénissait son entourage.
Quand on la reçoit, la malade est in dulci jubilo, espiègle, erotique, prend son entourage pour de vieilles connaissances, veut les embrasser. Souvent, revirement brusque à un état d'esprit douloureux pendant lequel elle s'arrache les cheveux^ hurle et crie (des hallucinations terrifiantes en sont la cause). Poussées d'idées décousues et confuses, bavardage continu roulant sur des sujets erotiques et religieux. Parfois elle se met à rimailler (vers de mirliton). Elle saute, danse, fait des culbutes. Dans son agitation confuse, elle ne songe pas même à manger.
La malade est de taille moyenne, bien développée, ne présente aucune anomalie du squelette, aucune maladie végétative; l'examen de l'utérus, non plus, ne fait rien constater. Pas de fièvre, ni de troubles moteurs. Traits intelligents, mimique très vive. Poids : 48 kilogrammes. Insomnie constante, salivation profuse.
La malade reste en état de folie furieuse, chante, jubile, détruit, ne tolère plus de vêtements, a de nombreuses hallucinations visuelles et auditives, se barbouille d'excréments, se vèt d'une manière bizarre avec des chiffons. La confusion augmente. Il n'y a que des intervalles de repos rares et très courts. L'humeur est expansive; elle ne devient douloureuse ou pleine de colère que par épisodes rares. L'hydrate de chloral, la morphine, le bromure de potassium restent sans effet. Les bains et les enveloppements procurent du sommeil. Vers la première quinzaine du mois d'avril, la malade devient plus calme pendant la journée, moins confuse, la salivation disparait et le trouble retombe au degré d'une exaltation maniaque (gaieté enfantine, espiègle,
sans cohérence, chant, rires, manières coquettes et erotiques). Ce n'est que passagèrement que se montre encore la fuite des idées et l'impulsion motrice qui se manifeste par la danse, par le barbouillage et par des actes de destruction. Le poids du corps qui, au mois d'avril, est tombé à 45 kilogrammes, augmente. Depuis fin avril, la malade dort spontanément. A la fin de juillet, l'exaltation maniaque tombe complètement. La malade traverse un léger stade d'épuisement qui dure cinq semaines et est renvoyée guérie vers la fin de septembre.
Observation XXI. Folie furieuse avec nymphomanie passagère. — M"^ S..., vingtdeux ans, fille de fonctionnaire, issue d'une famille tarée ; le père de sa mère était exalté, le frère de sa mère aliéné, le frère de son père excentrique, bizarre, la sœur de son père aliénée, sa sœur et son frère aliénés.
La malade s"est développée d'une manière normale, exempte de toute tare. A l'âge de deux ans elle eut un typhus grave avec délire. A Tâge de quinze ans, les menstrues arrivèrent sans malaises et revinrent régulièrement. Depuis quelque temps elle était chlorotique et avait besoin de beaucoup de sommeil.
Vers le milieu du mois de mai 1877, elle devint déprimée sans cause manifeste, fuyant le monde, devenant taciturne, souffrant d'angoisse précordiale, se plaignant d'anesthésie psychique, de dégoût de l'existence et d'abrutissement.
Le 0 septembre, la dépression mélancolique prit une allure maniaque; elle devint gaie, inconstante, bavarde, remuante, parlait de mariage, de ménage, de belles robes, tapotait pendant la moitié de la nuit sur le piano; elle était devenue très sensible, irritable, se plaignait de maux de tète, avait l'air congestionnée, avait la langue saburraie, ne voulait rien manger, était constipée. Lés extrémités étaient fraîches, le pouls petit, à 80, les pupilles, de largeur moyenne, réagissaient. Pendant des heures entières, elle chantait, sifflait, riait. Avec les enveloppements, on obtenait un sommeil de plusieurs heures.
Avec une fluxion violente et constante (l'ergoline et le bonnet de glace ont été employés sans succès), la malade atteignit, le 14, l'apogée de la folie furieuse, de sorte qu'on dut l'envoyer à l'hôpital.
Quand elle fut reçue, elle était sans fièvre. Le poids était de 46 kilogrammes, la taille grande, svelte. Pas de fluxion. Le pouls à 48, petit, accéléré. Pas de stigmates de dégénérescence. Pas de maladies végétatives; névralgie intercostale du côté gauche.
L'hymen manque. La membrane muqueuse vaginale est relâchée, fluor albus modique, utérus en latéroversion. Salivation profuse, mimique très vive. La malade devient joyeuse, chante, crie, jubile. Le flot des pensées, le délire roulent sur des choses erotiques.
Elle se débarrasse de ses vêtements et se blottit, lascive, contre les médecins. Quand on la met au lit, elle soufflette les gardiennes, se remue, frotte son bassin. Elle est sans sommeil, très confuse, danse pendant la journée, tient des propos amoureux, chante, rime, se barbouille, s'arrange les cheveux, fait des mouvements de coït, bat son entourage. L'enveloppement et les bains ne produisent qu'un sommeil de quelques heures. La malade se promène nue, déchire tout, bavarde sans cesse, n'arrive plus à achever une phrase, parle les langues les plus diverses qu'elle connaît en les mélangeant à tort et à travers. En même temps, penchant à rimailler et à renverser les mots. Le sujet du délire porte essentiellement sur les choses erotiques. Entre autres, elle est l'épouse du médecin et s'occupe d'un enfant. A l'époque des menstrues qui sont régulières, mais toujours très minimes, elle est véritablement nympho-maniaque et inabordable. Alors elle se barbouille de salive, d'excréments, de sang menstruel, se roule dans son urine, se place la tête en bas, les jambes en l'air, écarte les jambes, fait des mouvements de co'it, se masturbe, salive.
PSYCHONEVROSES 399
La maladie n'offre que des rémissions minimes, le sommeil est provoqué alternativement par le chloral et par les enveloppements qui ont un excellent effet hypnotique. La malade ne dort pas spontanément. Elle a des hallucinations visuelles nombreuses, surtout pendant la nuit. Des hommes noirs, des êtres fantastiques, etc., l'entourent et l'inquiètent. A force d'agitation motrice, elle n'arrive jamais à prendre spontanément de la nourriture. La confusion dure, la nutrition baisse considérablement (poids : 45 kilogrammes, au commencement du mois de janvier 1878), Fin janvier, la malade, sortie de cette folie furieuse grave, se plaint de maux de tête, de cardialgie, de névralgie intercostale, s'informe du temps qu'elle a déjà passé à l'asile et demande si elle a été atteinte de typhus cérébral. Elle est encore assez confuse et se croit la femme du médecin. Il y a encore des recrudescences maniaques qui durent des heures ou des jours, surtout à l'époque des menstrues; elle se rapproche encore passagèrement de la nymphomanie. Puis les symptômes d'épuisement intellectuel se montrent de plus en plus distinctement : caractère sans consistance, facilité d'émotion avec réaction enfantine, grande irritabilité, penchant aux jeux enfantins. Les restes de l'agitation erotique se manifestent par son sans-géne devant les médecins. Son poids monte progressivement à 47 kilogrammes. Au commencement du mois de mars, la malade devient calme, rangée, décente; elle reconnaît complètement son état morbide, se rappelle avec une exactitude pénible les incidents de sa maladie.
Au milieu de mars, les menstrues se produisent, grâce à l'administration de 8 grammes de bromure de potassium, avec une exaltation légère et une faible émotion erotique. La malade se sent encore très lasse, éreintée, émotive et peu courageuse au travail.
Au commencement du mois d'avril, ces résidus de la maladie disparaissent. Le poids monte à 50 kilogrammes.
Vers le milieu du mois d'avril, la malade est renvoyée. Lors d'une visite faite au milieu du mois de mai, la jeune fille était florissante et avait repris son poids normal de 60 kilogrammes.