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II. — Stupidité par choc psychique

Ce groupe clinico-étiologique se lie au précédent et forme la transition vers le groupe suivant. L'élément causal est une émotion, ordinairement la terreur ; l'élément patliogénique est probablement un trouble vasomoteur (crampe vasculaire) provoqué par le choc émotif. Il y a toujours une prédisposition et celle-ci est encore plus décisive ici que dans les cas du groupe précédent. Quand la prédisposition est forte (cerveau taré, ordinairement neurasthénique ou épuisé autrement, hystérie, etc.) le choc psychique peut supprimer immédiatement l'intégrité des fonctions intellectuelles.

Il y a des maladies analogues, fonctionnellement mais limitées : telles sont l'aphasie produite par la terreur et les monoplégies hystériques.

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L'explosion de la maladie est toujours brusque. Elle débute immédiatement par la stupeur, ou bien elle se développe après un état d'émotion pathologique ou de confusion anxieuse qui dure des heures et même des jours et qui se manifeste avec ou sans délire et hallucinations. Il y a des cas légers de simple confusion ou de torpeur intellectuelle et il y a des cas graves d'obnubilation intellectuelle profonde allant jusqu'à la stupeur.

Ces derniers sont caractérisés par un pouls spasmodique qui alterne souvent avec des états diamétralement différents de paralysie vasculaire (puis fluxion violente, et même augmentation de la température allant jusqu'à 39° et plus, inquiétude anxieuse avec délires vagues ou stupeur profonde comme expression probable des phénomènes de transsudation j.

Les cas légers disparaissent d'ordinaire au bout de quelques semaines. Les cas graves, et il faut ranger dans cette catégorie tous ceux où la participation des vaso-moteurs est prononcée et où la stupeur prédomine, peuvent se terminer au bout de plusieurs mois après des rémissions et des exacerbations, mais ils peuvent aussi, sous forme de phénomènes de paralysie vasculaire durable, passer à l'état d'imbécillité apathique.

En face des cas de simple stupidité par épuisement il faut encore noter, au point de vue du diagnostic, que souvent le phénomène qui a provoqué l'émotion primitive provoque parfois, au cours de la maladie, des réminiscences, mais sous forme délirante.

Observation XXIII. — Georges Rheinthal, vingt-cinq ans, contremaître, a été reçu le 15 juin 1887 à la clinique psychiatrique. Les parents, dit-on, auraient été sains ; une sœur est devenue épileptique à la puberté et sans qu'on en sache la cause. Le malade était bien doué, travailleur, rangé dans sa vie et de cœur tendre et sensible. Il n'a pas eu de maladies graves. Chaque année au printemps il avait des rhinorrhées profuses ; il n'en a pas eu en 1877. Il travaillait très fort depuis plusieurs mois ; de plus il eut, dans son travail, des contrariétés. Le 12 juin il eut une contrariété violente. Il rentra chez lui bouleversé, parla peu, se mit à rêvasser, alla pour se ragaillardir au cabaret, où il but environ 3 à 4 litres de vin, eut de nouveau une scène irritante, ne dormit pas la nuit du 12 au 13, sans cesse préoccupé de l'offense qu'il avait reçue.

Le 13 il alla encore à son atelier, mais on dut le ramener chez lui, car il regardait sans cesse fixement devant lui. Il était pâle et ne parlait pas.

La nuit d'avant le 14 se passa sans sommeil, et le malade se plaignait sans cesse de l'offense qu'il avait reçue. Le 14 il resta couche, tranquille et silencieux. Dans la nuit du 14 au 15 il devint anxieux et demanda un prêtre.

Reçu le 15, il est pâle, sans fièvre, avec pouls petit ; l'artère est contractée; il est épuisé, confus, désorienté sur le temps et les lieux. Il se croit en prison bien qu"il ne soitcoupable de rien. Ce n'est qu'après des questions réitérées et insistantes qu'il répond brièvement et à voix basse et hésitante. L'attitude est relâchée, fatiguée, les yeux écarquillés, le regard fixe, les pupilles larges, réagissant avec paresse. Le pouls a 72 ; respiration superficielle, accélérée. Le malade est de taille moyenne, très amaigri; rien à constater du côté des organes végétatifs. Circonférence du crâne: 54. Rhombocéphalie (diamètre diagonal, à droite 12, à gauche 13). Bosse frontale proéminente. Pas de stigmates de rachitisme.

Le malade, à la période suivante, est entravé, perdu, confus, désorienté ; il regarde fixement devant lui, muet, et il a perdu toute initiative. Il y a absence

d'impressions morales, seulement, par-ci par-là, il est anxieux. Le sommeil manque au début, mais se produit plus tard sous l'influence de la paraldéhyde.

Le 23, le malade se ranime au point de vue intellectuel, sa mine est plus vive, sa voix plus forte. Il nous raconte que le 13, après avoir eu une violente contrariété, il est devenu tout confus. Depuis deux jours, il se sent mieux de la tète. Il n'a qu'un souvenir sommaire de la période de sa maladie qu'il évalue à deux jours de folie.

Le 30, après une rhinorrhée profuse, le malade se dégage de nouveau au point de vue psychique et mimique. 11 raconte qu'il était dans une confusion anxieuse, qu'il ne se connaissait plus, qu'il ne pouvait pas avoir une pensée. Le monde extérieur lui paraissait tout à fait changé et incompréhensible. Il avait mal à la tête et du Vertige. U ne se rappelle pas de ses hallucinations. Il est renvoyé guéri le 10 juillet 1887.

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