‹ Traité clinique de psychiatrieChapitre 91 sur 138 · III. — Stupidité par cdoc mécanique · texte numérisé non relu

III. — Stupidité par cdoc mécanique

Des phénomènes de commotion cérébrale se rapprochent parfois et il résulte directement de cette commotion des états de profonde torpeur intellectuelle pouvant aller jusqu'à la disparition de la conscience de la personnalité, états qu'on pourrait désigner comme des psychoses dues à la commotion traumatique et qu'on pourrait interpréter comme la forme secondaire de la commotion de l'organe psychique après le rétablissement de la fonction des centres subcorticaux et automatiques. Ces états de l'écorce cérébrale qui pourraient être comparés à la stupeur par blessure sont probablement occasionnés par un trouble des conditions moléculaires produites par le trauma. Fonctionnellement on peut les considérer comme des processus d'entrave dans l'organe psychique, de même qu'en général la commotion cérébrale apparaît daprès l'observation scientifique moderne comme une névrose d'arrêt du cerveau. Des conditions analogues paraissent être créées par la strangulation -.

La stupidité dans ces cas traumatiques paraît représenter l'ensemble des processus d'entrave dans les divers territoires et centres de l'écorce cérébrale ; du moins dans les cas classiques on observe une variation d'intensité dans les lacunes fonctionnelles des divers centres et une variabilité dans l'époque à laquelle les fonctions de ces centres se raniment. Le pronostic paraît favorable.

Observation XXIV. — Le 10 juin 1887, a été reçu Hubmann, valet de ferme, vingt-neuf ans, originaire de la Styrie, à la section de chirurgie de l'hôpital de Gratz. Il semble ne pas comprendre les questions, ne rien saisir, donne comme son nom celui de Franz Mehlmauer , n'a pas de fièvre ; pouls à 64 ; système végétatif tout à fait normal. La joue gauche est sigillée, l'oreille droite est remplie de caillots de sang, la membrane tympanique est intacte. Le malade titube en marchant comme un homme ivre et garde un calme stupide.

Température : 36,8 à 37,4.

' Hiiguenin, Ziemssens Eandb., XI, p. 673. — Wille, Arch. 'f. Psych., VIII, p. 619.— Hartmann, Ibid., XV.

- Spielmann, Dlagnosiik, p. 285. Le cas de Kahlbaum « Cataionie » de Meding. {Siebenhaar's Magazin).

PSYCHONEVROSES 409

Dans la nuit du 14, il se lève, court en chemise à travers la cour ; on le retrouve tout barbouillé d'excréments et on l'amène à la clinique psychiatrique.

Je le trouve le 15 au matin tout ù fait stupide ; il dort beaucoup, bâille souvent, a une mine ensommeillée et idiote. Il entend et voit, mais ne comprend pas les impressions ; aux questions posées il répond d'une manière tout à fait inintelligible, prend la nourriture qu'on lui offre, descend du lit d'un pas chancelant pour satisfaire ses besoins naturels, mais il est tout à fait désoi'ienlé et ne retrouve plus son lit.

Le crâne est normal, sans traces de trauma, insensible à la percussion. Pas de vomissements. La température est de 38,4 le IS au matin, 38,2 le soir, 37,4 le 16 et. à partir de ce moment, normale. La sensibilité à la douleur est intacte, mais le malade fait des mouvements de défense mal appropriés aux circonstances. Le réflexe patellaire manque. Les pupilles sont de largeur moyenne, égales, et réagissent bien.

Le 16, le malade dort presque sans cesse et on est obligé de l'inviter à tout faire, même les actes les plus indispensables. Absence de toute spontanéité, mais les conceptions de mouvement sont à peu près intactes. Le malade n'a aucune idée du monde extérieur. Si l'on vise avec une aiguille son œil, il ne fait pas le mouvement palpébral protecteur. A l'attouchement du globe oculaire il y a réflexe palpébral.

Le 17, le malade est un peu plus dégagé, montre des traces d'attention et de spontanéité. Sa démarche est plus sûre. 11 commence à parler. Il est ataxo-aphasique. Il désigne un florin d'argent par le terme de « losel ». Il comprend une question faite sur sa santé. « Cela ne va pas trop mal; il a fait une chute, il y a trois ans. » Il saisit avec intérêt les objets, mais il n'en connaît pas la signification; il a de la surdité des mots et de la cécité psychique.

Le réflexe patellaire dont l'absence constituait jusque-là un phénomène partiel du processus de l'entrave générale du cerveau, se manifeste aujourd'hui avec promptitude, s'accentue un peu les jours suivants pour revenir ensuite au degré normal.

Le 21, otorrhée de l'oreille droite ; les centres optiques et acoustiques se remettent à fonctionner. Le malade est encore aphasique.

Par le dossier du parquet qui vient d'être transmis, on apprend que le 6 juin 1887 le malade a reçu d'un autre valet de ferme un coup de bûche de bois sur la tète, qu'il s'est affaissé immédiatement sans connaissance et que le sang lui est sorti de l'oreille droite. Plus tard il se mit à rendre la nourriture et à vomir aussi des glaires sanglantes. Une ecchymose considérable s'est produite sur la tempe gauche. Le médecin qu'on amena trouva le malade dans le coma, le pouls à 80 ou 84, la température normale, le coin de la bouche tiré à gauche.

Le 8 juin, le malade a été examiné par les médecins légistes. Ils l'ont trouvé sans connaissance et seulement capable d'émettre des sons inarticulés-

Le 24 juin, le malade devient à vue d'oeil de plus en plus valide psychiquement ; il reconnaît l'heure indiquée sur une montre, devient plus dégagé au point de vue du langage, parait en outre moins ataxo-aphasique, mais reste toujours désoriente et confus.

Le 26, il se croit chez lui, s'est arrêté dans sa chronologie au 4 ou "6 juin, ne sait rien du coup qu'il a reçu à la tête. Il comprend toutes les questions, connaît la signification des objets qu'on lui montre, mais est souvent incapable de les désigner par leur nom (amnésie aphasique). Il ne peut non plus se souvenir des événements qui ont eu lieu la veille, entre autres d'une démonstration clinique.

Le 28, la faculté de penser se dégage de plus en plus, mais est toujours ralentie et laboi'ieuse. L'aphasie disparait. Comme auparavant, il a toujours de l'amnésie pour l'époque du trauma et de la maladie.

Le 2 juillet, la faculté de s'orienter sur le temps et sur les lieux lui revient, le souvenir du trauma et de toutes les circonstances qui l'ont accompagné lui revient également. Etat de santé parfait.

Dans le status retrospectivus du 14 juillet, le malade rapporte que, aussitôt après avoir été frappé, il perditconnaissance.Cen'estquelelO,pendantsontransfertàGratz, que la connaissance lui revint juste assez pour s'apercevoir qu'il traversait en voiture un village, mais il ne reconnut ni sa sœur ni un garçon de ferme, son camarade, qui l'accompagnaient. A partir de ce moment il n'eut de nouveau connaissance de rien. De cette époque jusqu'au 23 juin, il ne peut dire que ceci : qu'il a eu continuellement du vertige, qu'il a eu sommeil et qu'il éprouvait des douleurs à la tête quand il se couchait sur le flanc droit.

Le 22 juin, il s'est aperçu tout d'un coup qu'on avait posé devant lui de la nourriture et qu'il se trouvait au lit. Le 23 et le 24 il a demandé à son entourage où il se trouvait et qu'est-ce qui s'était passé. Peu à peu il s'est rappelé lui-même tous les incidents. Un examen et une observation minutieux permettent de constater qu'il n'y a plus de troubles ni des fonctions psychiques ni des fonctions cérébrales ; le malade est donc renvoyé comme guéri le 20 juillet.

Page 1