‹ Traité clinique de psychiatrieChapitre 92 sur 138 · FOLIE HALLUCINATOIRE · texte numérisé non relu

FOLIE HALLUCINATOIRE

Les formes de folie que nous allons décrire ont essentiellement la même base que la forme clinique de la stupidité que nous venons d'analyser dans le chapitre III, c'est-à-dire qu'ils reposent sur l'épuisement fonctionnel, sur l'asthénie du système nerveux (psychonévroses asthéniques).

Il n'y a que cette différence que l'épuisement cérébral ne va pas ou va seulement épisodiquement jusqu'à la suppression complète des processus psychiques et que, dans le cerveau épuisé, les processus d'excitation ont lieu essentiellement dans les centres sensitifs et accidentellement aussi dans les régions psycho-motrices de l'écorce cérébrale.

La description que nous allons donner ici fait rentrer dans le cadre des maladies désignées par Meynert sous le nom de folie hallucinatoire, les psychoses par épuisement fonctionnel qui se rapportent aux phénomènes psychiques supérieurs, à la formation des conclusions et des jugements, et dont les symptômes principaux sont des hallucinations et des délires qui résultent pour la plupart de ces dernières, accompagnés d'anomalies dans l'état d"esprit et de phénomènes de réaction.

Les modes d'origine de cette maladie délirante sont essentiellement les mêmes que ceux des délires d'inanition et fébriles, c'est-à-dire dus à des troubles de nutrition dans l'écorce cérébrale ; en effet, ces formes de folie apparaissent souvent après les maladies fébriles, comme psychoses postfébriles. La transition de ces délires, — pour la plupart passagers et qui constituent des phénomènes accessoires des processus fébriles, — aux psychoses asthéniques, postfébriles et secondaires, sont imperceptibles.

Quand l'état délirant est indépendant de la maladie somatique causale, quand il lui survit ou se développe seulement au cours de la convalescence,

' Lillératiire : Westphal, Allfi. Zeitschr. f. Psych., 34. — Schafer, Ihid., 36, p. 252; 37, p. 55. — Scholz, BeiUn. klin. Wochenschr., 1880, n» 33. — Tiling, Psychiat. Centralhlatt, 1878, n"" 4 et 5, p. 101. — Ripping, Die Geisfestorungen, etc., 1877, p. 49. — Mendel, Die Manie, 1882, p. 5o. — Meynert, /rt/;r6. f. Psych., 1881, t. II, fasc. 2 et 3, formes aiguës de la folie. — Kraepelin, Einfliiss acuLer Krankheilen ai/f die Eiilsle/utnr/ von Geisteskranhheilen, 1881 {Arch. f. Psych., XI et XII). — Merklin, Sft/die iiber die primâre Verrûcktheit, Dorpat, 1879, p. 65. — VVille, Arch. f- Psych., XIX, fasc. 2.

il apparaît comme un état autonome distinct particulier par sa marche et le développement de ses symptômes.

La cause qui rend ce type morbide autonome réside probablement dans les prédispositions particulières du cerveau atteint de troubles généraux de la nutrition (fièvre, processus d'inanition i.

Ces prédispositions consistent dans le fait que le cerveau de l'individa malade est extraordinairement facile à épuiser et capable de très peu de résistance. Cette faiblesse irritable peut avoir pour cause spéciale une constitution névropathique souvent héréditaire, souvent avec stigmates palpables d'hydrocéphalie rachitique (Meynerti; ou bien elle peut être acquise par le surmenage intellectuel et physique, par des excès alcooliques et sexuels, par les mauvaises conditions d'existence, par les maladies chroniques qui atteignent la nutrition générale (par exemple, affections gastriques, anémies, suppurations), par les couches fréquentes, la lactation, etc.

On comprend que sur un tel terrain, des causes accidentelles telles que celles produites par les accouchements, les hémorragies, les processus fébriles et autres affections aiguës de l'organisme, provoquent des troubles de nutrition dans l'écorce cérébrale, troubles qui ne disparaissent pas tout de suite, mais qui, au contraire, occasionnent fatalement des troubles durables et profonds des fonctions psychiques.

Dans cette catégorie rentrent une grande partie des psychoses dites postfébriles ou psychoses qui se produisent à la suite des maladies aiguës débilitantes. Parmi celles-ci il faut citer notamment les cas de folie (hallucinatoire) qui se développent dans la cachexie intermittente et peuvent durer pendant des années, puis le délire hallucinatoire secondaire avec confusion qui se produit dans la troisième ou sixième semaine du rhumatisme articulaire aigu. Il faut ajouter les folies postfébriles à la suite de pneumonie, fréquentes surtout chez les potatores, enfin les psychoses nombreuses de la convalescence du typhus.

Ces états d'inanition ne sont pas rares dans les prisons (certains cas de folie des prisons). A cette catégorie appartiennent aussi un grand nombre de psychoses puerpérales qu'on classe souvent dans le groupe des manies (Fiirstner : folie hallucinatoire).

Au point de vue purement symptomatologique on devrait y ranger aussi le délire de persécution alcoolique spécifique, puis les délires épileptiques et les délires hystériques secondaires et leurs équivalents.

Il est évident que les folies épisodiques ne sont pas très rares non plus ni dans la paranoïa ni dans les mélancolies et les manies qui se développent et évoluent sur le terrain d'un cerveau épuisé; car l'insomnie, le refus de nourriture, la dépense excessive des forces vitales sans compensation suffisante, font qu'à l'apogée de la maladie, des délires d'inanition avec prédominance des hallucinations s'intercalent et effacent le tableau mélancolique, maniaque et paranoïque, qui ne réapparaît comme forme originaire de la maladie que lorsqu'il se produit une amélioration de l'état constitutionnal.

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Les maladies que nous appelons ici folie correspondent en grande partie à celles que d'autres auteurs ont décrites sous le nom de démence primaire aiguë (Westphal), de confusion hallucinatoire, manie hallucinatoire (Mendel), de delusional stupor (Newington).

Le stade d'incubation de la folie est court et dépasse rarement quelques heures et surtout quelques jours, quand des phénomènes d'épuisement nerveux ou de faiblesse irritable l'ont précédé depuis longtemps.

L'insomnie ou un sommeil peu réparateur, accompagnés de rêves terrifiants et de soubresauts fréquents, l'agitation nerveuse, l'irritation, l'oppression anxieuse, le mal de tête, les vertiges, la dépression, la difficulté et la confusion dans la marche des conceptions, les hallucinations isolées, tels sont les phénomènes presque constants du tableau morbide en voie de développement.

L'ascension se fait rapidement et est accompagnée par des délires des sens qui s'accumulent. Le symptôme principal, à l'apogée de la maladie, est constitué par des hallucinations et des illusions. Elles intéressent, notamment dans les cas aigus, d'abord la vue, puis l'ouïe, le toucher, l'odorat, la gustation. Souvent elles se manifestent dans toutes les régions sensorielles et en nombre tel que bientôt une obnubilation considérable de la conscience se produit. Les malades sont confus, et tout à fait désorientés sur leur situation.

Dans les cas aigus avec agitation il se produit des changements continuels et variés dans les hallucinations et les illusions. Dans les cas qui prennent plutôt une marche chronique, les hallucinations ne sont pas aussi nombreuses ni aussi épisodiques que dans les cas aigus, de sorte que des délires d'une certaine durée et d'une certaine cohésion peuvent se développer.

La nature des délires est multiple et variable. Il y a des délires de persécution, d'empoisonnement, de culpabilité, des délires hypocondriaques, erotiques, religieux avec idées de grandeurs qui, dans leur objet, sont analogues à ceux des paranoïques, mais ne sont pas systématiques. Ils se rattachent presque exclusivement à des hallucinations, ou bien ce sont des délires primordiaux. Ce n'est qu'accidentellement qu'ils représentent des interprétations allégoriques de sensations réelles.

Le malade, suivant le sujet qui occupe momentanément sa conscience obnubilée, est absorbé, anxieux, irrité, contrarié, heureux, étonna, délirant; il se prend aussi passagèrement pour un possédé, pour un saint, un dieu, un empereur, etc. ; passagèrement aussi il donne une conclusion à une série d'hallucinations et de délires, mais il n'arrive point à échafauder un système monomaniaque, ni à transformer d'une manière durable sa personnalité dans le sens des délires.

Dans les cas plus graves et quand l'état d'épuisement est épisodiquement plus profond, le délire des grandeurs semble prédominer. Dans d'autres cas, le délire roule presque exclusivement sur des situations terrifiantes. Mais différencier la maladie selon le sujet du délire, nous paraît ici inutile et inopportun.

Un autre fait clinique très important, c'est l'obnubilation de l'intelliî^ence du malade, sa désorientation en ce qui concerne le temps et les lieux. Ce fait explique la confusion de ses paroles et de ses actes.

Cette confusion peut se ramener essentiellement aux deux séries de symptômes fondamentaux du tableau morbide : à la faiblesse fonctionnelle de la pensée et à l'envahissement de la conscience par les délires des sens.

Le premier trouble paraît particulièrement grave par ses conséquences en ce qui concerne la perception et les processus de formation des conclusions et des jugements. La perception du cerveau épuisé peut, d'une part, être simplement affaiblie, débilitée, et aller jusqu'à la cécité et à la surdité psychique; d'autre part, elle est troublée, parce que l'attention du malade est absorbée par des phénomènes illusoires et hallucinatoires très intenses et très variés.

Comme la perception des excitations des sens venant du monde extérieur n'est pas impossible et que souvent elle ne se manifeste dans la conscience que faussée, comme, en outre, des phénomènes purement subjectifs existent dans la conscience à côté des phénomènes objectifs exacts en partie, il se produit fatalement cette confusion et cette désorientation qui sont pour ainsi dire la caractéristique de ces états morbides.

A côté des troubles de la perception il y a encore d'autres troubles importants dans la marche des conceptions : l'intrusion continuelle des délires et des hallucinations dans la marche des idées qui par hasard ont pu se développer d'une façon logique, ce qui fait que le fil des idées est à chaque instant rompu et qu'il se fait des associations d"idées tout à fait disparates et nouvelles; ensuite une obsession dans les processus d'association qui sont affaiblis, associe souvent des conceptions tout à fait hétérogènes et qui n'ont qu'une similitude superficielle d'homonymie ou d'assonance. A tout cela s'ajoute encore la grande baisse de la faculté de conclure et de juger, suite de la faiblesse fonctionnelle du cerveau.

Voilà ce qui explique aussi ce fait important que l'abondance des délires et des hallucinations ne peut trouver une utilisation ni une liaison logique pour former des idées délirantes systématiques.

Le trouble de l'intelligence du malade halluciné et confus n'est pas cependant aussi profond que chez le stupide, et voilà ce qui fait probablement que, à part des épisodes de véritable stupeur, il a une mémoire assez, fidèle pour tous les événements délirants de sa maladie, et que, dans les périodes de détente, quand une perception juste lui revient et que temporairement il est capable de conclure, il a une compréhension juste de son état, se déclare fou, somnambule, etc., parle d'aliénation mentale, d'asile ou du moins prétend être envoûté, ensorcelé, hypnotisé.

Les états d'esprit et les émotions qui ressortent souvent très vivement dansle tableau morbide sont tous des phénomènes de réaction contre les faits primaires de l'hallucination et du délire. Mais ils sont très passagers et variables, étant donné les variations rapides du sujet des hallucinations. Comme ce sont les hallucinations terrifiantes et les délires de persécution

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qui d'ordinaire prédomiDeut, on rencontre plus souvent de l'angoisse et des émotions déprimantes.

On ne peut guère savoir si, chez ces malades, les sentiments d'angoisse se produisent spontanément. Par suite des phénomènes subjectifs terrifiants et de la perception en sens hostile, il y a souvent une grande irritation, des agressions dangereuses contre l'entourage et même contre leur propre vie, et enfin des tentatives d'évasion désespérées. Souvent il y a refus de nourriture en raison d'un délire d'empoisonnement avec hallucinations. De même que les émotions, les actes des malades sont également des phénomènes purement réactifs. Les actes sont aussi violents et incohérents que les délires qui les motivent; étant donné la confusion des malades, ils sont comme ceux du délire en général, souvent sans aucun but et tout à fait insensés. L'évolution de la maladie se fait avec des rémissions et des exacerbations. Les premières sont souvent tout à fait inattendues et arrivent jusqu'à une lucidité relative. Les dernières sont souvent eu corrélation avec de nouvelles causes débilitantes, telles que l'insomnie constante, le refus de nourriture. Les processus de la menstruation provoquent presque régulièrement des exacerbations, même quand l'hémorragie menstruelle ne se produit pas et que la perte de sang n'existe pas comme cause débilitante.

Dans les périodes de détente des phénomènes d'excitation (hallucinations, délires), le tableau de l'épuisement cérébral apparaît avec une anomalie d'humeur quérulante ou irascible.

Dans les cas graves on observe, comme états épisodiques, des états de stupeur qui peuvent durer des semaines entières, ainsi que des états maniaques dont la durée varie entre quelques heures et une journée. Ces derniers peuvent se rapprocher du tableau des manies graves de l'excitation cérébrale, mais il leur manque le flot des idées exprimées et l'on peut les interpréter comme des états d'excitation cérébrale psycho-motrice, car ils marchent ordinairement de pair avec la verbigération, les mouvements automatiques à forme convulsive (siffler, grimacer, etc. ). Accidentellement des crampes toniques et cloniques, des états cataleptiques ou extatiques icatatouiques) peuvent se produire.

L'atteinte plus ou moins considérable de l'organisme en général dans la maladie peut se mesurer par la baisse profonde de la nutrition ; la chaleur du corps subnormale, l'abaissement du turgor vitalis, le pouls chétif et facile à supprimer, la cessation des règles, tels sont les phénomèues qui se produisent à l'apogée de la maladie. Dans un cas, observé par l'auteur, le poids d'une femme était, lors de son entrée à l'asile, de 43 kilogrammes et de 61, "2 lors de son départ de l'asile. On observe souvent le tremor d'inanition à la langue et aux extrémités. A l'apogée de la maladie le sommeil est presque toujours très troublé.

La durée de la maladie est en moyenne de quelques mois, cependant les cas abortifs qui se terminent au bout de quelques jours ou de quelques semaines, de même que les cas qui mettent une année à évoluer, ne sont pas rares. Les cas menstruels et post-fébriles sont en général ceux dont la

durée est en général la plus courte, tandis que les cas puerpéraux sont plutôt d'une durée moyenne.

Les terminaisons de ces états vésaniques sont: la guérison, la transition aux états de débilité intellectuelle inguérissable, et la mort. Le pronostic est assez favorable. Il y eut guérison dans 70 p. 100 des cas que j'ai traités.

Gomme précurseurs de la guérison apparaissent les états d'épuisement cj[ui surviennent à la période d'excitation délirante et qui sont souvent accompagnés d'une anomalie d'humeur irritable ; dans les cas graves, une stupeur par épuisement peut constituer la transition vers la guérison. Meynert a vu aussi la maladie disparaître à la suite d états maniaques. Il suppose que la manie, basée sur une hyperliémie fonctionnelle, peut devenir un moyen pour restaurer le cerveau épuisé (par anémie) et troublé par les hallucinations en y amenant un afflux de sang artériel.

La terminaison par la débilité intellectuelle incurable se produit quand le cerveau épuisé ne se rétablit pas au point de vue de la nutrition, et qu'il subit des métamorphoses régressives aboutissant à l'atrophie de l'écorce cérébrale. Il se produit alors des lacunes permanentes dans les travaux psychiques, le cerveau devient de plus en plus incapable de perception juste et de former des jugements et des conclusions, bien que les délires et les hallucinations deviennent de plus en plus rares et pâlissent.

Les réactions de l'état d'esprit et des actes deviendront alors aussi de plus en plus faibles et se fragmenteront. Ainsi, il se forme peu à peu un état permanent de confusion générale.

Je n'ai jamais observé de cas de transition à la paranoïa systématique. Gela n'est guère imaginable, même en théorie, car, à lapogée de la maladie, le cerveau épuisé ne se rétablit jamais au point de pouvoir donner une liaison logique aux délires, et faire usage de ces derniers ; d'autre part, quand la maladie prend une allure favorable, les délires sont promptement corrigés et les hallucinations reléguées au second plan. Aussi l'explication des phénomènes pathologiques dans le sens d"une paranoïa aiguë n'est pas admissible. Il s'agit ici de processus tout à fait différents au point de vue pathogénique. clinique et pronostics, processus, pour lesquels une désignation spéciale serait nécessaire.

Le dénouement fatal est possible, par suite de l'épuisement progressif et par suite des états d'inanition fmale qui revêtent les allures d'un delirium acutum, ensuite par des pneumonies, notamment par la phtisie pulmonaire, par suite de l'abaissement de la nutrition et de l'insuffisance de la respiration.

Ces états vésaniques peuvent oft'rir des difficultés de diagnostic différentiel avec la manie, la mélancolie et les délires épisodiques aigus de la paranoïa.

Pour la manie, il y a sur la base d'un profond épuisement cérébral des phénomènes morbides qui évidemment se rapprochent de très près de la vésanie, étant donné que des hallucinations nombreuses et le délire d'inanition peuvent faire leur apparition et dominer toute la scène ; d'autre part, dans la vésanie, riuquiétude motrice souvent très vive comme réaction aux

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délires des sens, ainsi que les complications par des phénomènes d'excitation psycho-motrice, simulent facilement les états maniaques qui, en outre, peuvent se produire épisodiquement comme complication (par exemple comme manie menstruelle), ensuite comme stade de passage à la guérison. Pour le premier point, il convient de faire remarquer que les phénomènes d'impulsion motrice et la véritable fuite des idées manquent dans le tableau de la vésanie, que les anomalies dans l'état d'esprit et les mouvements représentent essentiellement des phénomènes de réaction et que l'action motrice est mise à exécution, non pas comme un mouvement automatique, mais comme une impulsion provoquée par le délire et les hallucinations.

La manie épisodique ou finale sera reconnue par l'observation minutieuse de toute l'évolution de la maladie. La vésanie peut aussi faire croire qu'on se trouve en présence d'une mélancolie active, si l'on prend pour cette dernière la réaction anxieuse provoquée par les délires et les hallucinations terrifiantes. Ici encore le diagnostic sera donné par l'observation de la maladie et par cette circonstance que l'agitation mélancolique n'est qu'nue exacerbation épisodique du tableau morbide de la mélancolie si nettement caractérisé par l'entrave et la douleur psychiques.

La vésanie se distingue aussi de la paranoïa par un symptôme radicalement décisif : c'est que, dans la première, quelque longue qu'en soit la durée, les délires ne sont jamais réunis en système ni échafaudés par suite d'une association logique, pour former un édifice délirant. Il faut convenir que, par-ci par-là, notamment dans les périodes de rémission et dans les cas qui prennent une allure chronique, le vésanique aussi tire certaines conclusions de son délire et de ses hallucinations et que, chez lui aussi, des séries de conceptions délirantes peuvent se mettre en rapport entre elles, mais tout cela arrive par hasard, épisodiquement, jamais d'après une règle et d'une manière durable, comme c'est le cas dans la paranoïa. Cette vésanie manque toujours de méthode. Les délires restent des images mentales sans cohésion ; c'est un délire purement hallucinatoire. Ajoutons encore le trouble considérable de la conscience, des processus de formation des conceptions, les transformations variées des délires. Ce qui est encore décisif pour le diagnostic, c'est le mode de développement : dans la vésanie, la marche est tumultueuse; dans la paranoïa, il y a un stade d'incubation, des pressentiments, des craintes, qui durent pendant des mois et même des années. Seuls, les états de confusion hallucinatoire délirante qui se produisent fréquemment peuvent présenter des difficultés et faire confondre la maladie avec le tableau clinique de la vésanie. La connaissance et l'appréciation de l'évolution totale serviront dans ce casa élucider la situation.

Au point de vue thérapeutique, il faut, dans la vésanie, considérer en première ligne la base asthénique de la maladie, base qui ressort nettement de l'étiologie et du tableau clinique. A cette condition seulement, on pourra avoir un pronostic favorable. Celui qui saigne le malade, le purge, le nourrit mal, l'abandonne à lui-même, l'afflige d'onguents vésicants et

d'autres moyens semblables, n'aura que peu de résultats satisfaisants à enregistrer.

Au point de vue prophylactique, on peut se rendre utile en tenant compte de l'asthénie et en la combattant pendant les maladies fébriles et puerpérales.

Quand la maladie a éclaté, il faut mettre en première ligne les bons soins et la bonne alimentation. Les malades doivent être tenus en repos, au lit, et on doit les faire respirer de l'air frais. Une nourriture carnée abondante, du lait, des œufs, du vin, s'imposent par suite de l'indication causale et symptomatique.

Dans un cas grave, compliqué d'alimentation insuffisante, j'ai obtenu un succès très net avec les lavements de pancréatine, système Leube. Il faut tenir compte de Talbuminurie, des hémorragies menstruelles, et il faut les combattre.

L'insomnie, souvent tenace et très débilitante, sera le mieux combattue par la bière, le vin, les spiritueux, occasionnellement par le chloral, et, quand la nutrition s'est améliorée, par les bains tièdes. Dans les états d'inanition graves, on peut obtenir des effets utiles contre l'agitation et l'insomnie par les opiacés, que le mieux serait de combiner avec la quinine, et qui sont en même temps un tonique du cerveau, au besoin par le camphre (méthode sous-cutanée), en combinaison avec l'opium.

Observation XXV. Vêsaiiie aiguë avec stupeur épisodique. — Gregodec, seize ans, fils de paysan, bien doué, d'une famille sans tare, bien portant, sauf le typhus à l'âge de huit ans, retardé un peu dans son développement physique, de constitution délicate, a été en 1883 agacé parce qu'on le raillait d'avoir mis en état de grossesse une fille de treize ans.

Il souffrit de cette calomnie, devint déprimé, sans goût au travail, anxieux ; il perdait le sommeil, voyait une femme blanche sans tête, des jeunes gens armés de gourdins le regarder en le menaçant par la fenêtre ; il quitta en courant son domicile le 14 décembre, courut chez le voisin et lui raconta que ses parents l'avaient attaqué avec une hache, que l'impératrice reviendrait, que le monde périrait dans un cataclysme et que tout le village serait brûlé. Il était constamment privé de sommeil, anxieux, ne voulait pas manger ; parfois il donnait à entendre qu'il conùaissait son état et disait qu'il ne voulait pas être transporté dans la maison des fous, qu'il préférerait plutôt mourir.

De temps en temps il se plaignait d'angoisse et de maux de tête. Episodiquement il fait remarquer qu'à cause de lui tout brûlera, tout périra; d'autres fois il profère des menaces en disant qu'il brûlera la cervelle à tout le monde.

Le malade est délirant, confus, pleurnichard, anxieux, il est désorienté sur le temps et les heux. Il regarde son entourage avec hostilité, prend le lit pour une banquette sur laquelle on veut lui donner la bastonnade, demande grâce.

Nutrition très abaissée ; facilement congestif, il a l'os frontal étroit; rien à constater dans les organes végétatifs. Pouls à 120.

Le 19, a peu dormi la nuit, a parlé de carnage à coups de fusil, commandé des soldats. Aujourd'hui stupeur avec tête rouge, et extrémités froides, cyanotiques. Pendant des heures entières attitude «ataleptiforme des muscles.

Le 22, la stupeur a disparu. Le malade fait aujourd'hui le salut militaire ; il prend le médecin pour l'empereur, exprime le désir de devenir soldat, rapporte à la manière militaire que son village est brûlé, qu'il a vu la sainte Vierge.

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Le 24, agitation gaie qui dure pendant plusieurs heures : cris joyeux, chants, radotage confus, grand aplomb, opinion de lui-même très relevée. Immédiatement après le malade est calme et désorienté ; il se croit tantôt dans la ville deX..., tantôt dans un caveau sépulcral. Confusion des personnes : il voit partout de vieilles connaissances. Par suite du bon sommeil et d'une nourriture abondante, il devient tout à l'ait lucide le 2 janvier 1884. II confirme l'anamnèse que nous venons de donner et a un souvenir sommaire de sa maladie; il raconte qu'il a vu dans ses hallucinations des soldats en foule, des têtes noires et qu'il les a aperçus avec un caractère hostile et terrifiant ; fidée délirante du village en flammes était une réminiscence ' d'un incendie qu'il a vu autrefois.

Est renvoyé guéri le 6 janvier 1884.

Observation XXVI. Vésanie poslfébrile. — Macek, trente-sept ans, célibataire, cordonnier, de famille saine, non potator, de tout temps malingre, avec conformation crânienne rachitique, hydrocéphalique (circonférence : 59); a eu dans les cinq dernières semaines une maladie fébrile sans délire, probablement le typhus. Il y a quelques jours, après avoir quitté l'hôpital et repris son ouvrage, il devint confus (le 12 mars 1887), puis délirant ; on l'arrêta dans la rue où il regardait fixement devant lui comme s'il était en extase ; il déclara, lorsqu'on lui demanda ce qu'il faisait, qu'il était entré dans la vie éternelle. Arrêté par la police, il devient anxieux, manifeste une vive crainte d'être puni parce qu'il a mené une mauvaise vie et péché contre la chasteté avec des femmes. Le 14 mars 1887, quand il est reçu à la clinique, il est délirant, confus, tout à fait désorienté ; il prend le médecin pour saint Elle, l'implore à genoux de le protéger contre le tonnerre et l'éclair, puisqu'il est un honnête homme. Le malade est ensuite absorbé, regarde fixement et avec un aird'étonnement le monde extérieur ; il faut lui adresser la parole à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il redevienne capable de subir un interrogatoire. Il raconte que hier la sainte Vierge lui est apparue. Il a fait le vœu de devenir martyre, car à confesse le prêtre lui a dit de ne pas vivre avec des femmes ; il sera récompensé par la vie céleste.

Le malade s'agenouille souvent, récite alors des prières, est tout à fait en extase, regardant vers le plafond.

La sainte Vierge lui serait apparue à plusieurs reprises, il a voulu l'embrasser, mais elle a disparu. Afin qu'elle réapparaisse, il a mordu l'endroit de son genou où elle s'était assise (il y avait là effectivement une morsure).

Le malade est sans fièvre; nutrition très abaissée; rien à constater dans le système végétatif. 11 est tout à fait absorbé par ses hallucinations ; il dort peu. On apprend de lui que la sainte Vierge lui apparaît constamment. Elle lui a dit que son fils avait été torturé. Le malade pi'end les bandes de couleur rouge qui se trouvent sur le mur de la cellule pour l'endroit où Jésus a été assassiné.

Le Christ lui apparaît aussi et lui chante des cantiques célestes sur le martyre.

Le malade est souvent en extase. Episodiquement il paraît anxieux. Comme motivation de cet état, on apprend de lui que quelqu'un lui serait apparu et lui aurait demandé son âme ; autrement il ne pourrait entrer au ciel. Il a dû signer et ensuite souffler sur le papier.

Il arriva ensuite au ciel et pria Dieu de lui rendre son âme, ce qui lui fut accordé. Alors il se sentit de nouveau soulagé et heureux. Le 16 le malade est l'objet d'une démonstration à la Clinique. 11 se croit dans la maison de Dieu ou au Jugement dernier ; il prend les étudiants pour les apôtres, le professeur pour le bon Dieu, se déclare indigne d'être assis à côté de lui et le prie de le sauver de la prison.

En passant de bonnes nuits (paraldéhyde) et par suite d'une bonne nourriture, l'intelligence s'éclaircit rapidement et le malade entre en convalescence. Il a un sou'

venir exact de tout ce qui s"est passé pendant sa maladie, déclare que tout était de la pure imagination et trouve la cause de sa maladie psychique dans le fait de s'être remis au travail trop tôt, alors qu'il était encore tout affaibli par la fièvre. Renvoyé guéri le 14 avril 1887.

Observation XXVII. Vésanie aiguë menstruelle. — Hélène Jasper, trente ans, célibataire, enfant naturel, n"a jamais été gravement malade, a eu sa première menstruation à l'âge de quatorze ans, a toujours eu de la migraine lors de ses règles, n'a jamais été ni hystérique ni neurasthénique ; avait depuis Tàge de vingt-cinq ans des rapports sexuels avec des hommes ; n'a jamais conçu.

Il y a trois semaines elle eut une vive émotion (son amant l'avait abandonnée). Depuis insomnie, manque d'appétit.

Le 18 juillet 1883, au moment de ses règles, elle tomba malade psychiquement. Elle devint confuse, faisait tout de travers, voyait des diables, des hommes noirs, entendait un bruit confus, accourait pleine d'angoisse à l'église où elle trouvait tout étrange, les statues des saints à l'envers ; elle se faisait remarquer par son attitude et fut amenée parla police à l'hôpital.

Pendant la menstruation elle est confuse, délirante, prend son entourage pour des sorcières, sent l'odeur des bougies et des cadavres, les morts se lèvent et veulent l'embrasser. Il lui semble que les prêtres voudraient l'avoir. Elle croit aussi qu'elle a été brisée en morceaux et qu'elle est devenue une toute autre personne. Il lui sembla la nuit qu'on lui avait ouvert le ventre pour y introduire l'Enfant-Jésus ou le Sacré- Cœur. Cela la brûla violemment et lui pèse comme un poids énorme sur le ventre. Elle croit qu'on est maintenant en guerre. Tantôt elle trouve tout ridicule, tantôt sinistre et tout à fait autrement que d'habitude.

La malade est sans fièvre, anémique; nutrition abaissée, épuisée; attitude relâchée. Crâne anormal. (Eil névropathique. Les pupilles, dilatées plus que normalement, réagissent avec paresse. Tremblement des mains et de la langue. Pouls à 72, hors du lit : 130. Pas de sommeil; couchée avec attitude épuisée, confuse, étonnée.

Le 19 juillet, épisode sous forme de raptus : « Laissez-moi sortir, s'écrie-t-elle, il faut que j'aille chercher mon âme; le diable l'a emportée. » Angoisse très accentuée a cause de son âme perdue ; défense désespérée contre l'entourage qu'elle considère comme hostile.

La malade mord, bat, donne des coups de pied aveuglément, ne se calme que quelques heures plus tard, est tout à fait épuisée et sait seulement qu'elle a été très anxieuse.

Après ce raptus, elle reste encore délirante pendant quelques jours, voit des chiens qui se lancent sur elle, a des hallucinations terrifiantes de Fouie et de la vue. Les règles sont arrivées le 21 juillet. Grâce à de bonnes nuits (paraldéhyde), au repos au lit et à une bonne nourriture, la malade devient lucide dès le 30 juillet. Mais elle est très épuisée au point de vue physique et intellectuel, et a besoin de repos. Le status retrospectivus confirme l'anamnèse que nous venons de donner. La maladie s'était déclarée brusquement avec terreur de la mort, hallucinations terriliantes et illusions de guerre, de massacre, de cataclysme général. Elle sentait une odeur de cadavre, se croyait entourée de cadavres, s'entendait appeler parfois ; «. voleuse, cochonne! y> L'impulsion au raptus a été provoquée par la vision d'un chien noir. Elle le prenait pour Satan, se croyait perdue. Pour l'apogée de l'accès de terreur il y a amnésie. La malade ne comprend pas comment elle a pu devenir aussi folle.

Renvoyée guérie le 10 aoîit 1883. Pas de rechute.

Observation XXVIII. yésanie hallucinatoire aiguë. — D..., trente-quatre ans,

PSYCHONEVROSES 421

ébéniste, marié, a été amené confns et halluciné à la Clinique le 7 mai 1881. Le père est mort d'une paralysie cérébrale.

Le malade était pendant son enfance malingre, maladif, bien doué, d'une humeur gaie, pas bigot. Il se maria à l'âge de vingt-quatre ans, procréa cinq enfants qui moururent tous, et dont le dernier est mort le 17 janvier 1881 avec des symptômes convulsifs. C'était son enfant préféré. A la mort de ce dernier, il fut pris d'un état cataleptiforme ; il resta pendant plusieurs minutes pâle, les yeux hagards, fixes, comme s'il étjait pétrifié. Quand on lui eut appliqué des compresses froides, il revint à lui. Depuis il resta toujours déprimé, éprouvant un vif chagrin de la perte de son enfant, sentait souvent une douleur perçante dans la tête quand il y pensait. Mais son état restait nettement dans le cadre d'une douleur physiologique bien motivée. Il devint souffrant, mangea et dormit moins, se sentit las ; il se fatiguait vite au travail, mais continuait à vaquer à ses affaires et consolait sa femme de la perle subie.

Par suite des progrès de sa faiblesse physique, il buvait, contrairement à ses anciennes habitudes, beaucoup de vin, sans cependant se griser. Il lisait beaucoup d'ouvrages religieux pour se réconforter ; souvent il passait même la moitié de la nuit à cette lecture.

A partir du mois d'avril il eut un mauvais sommeil, troublé par des rêves, de l'oppression, de l'inquiétude et de l'agitation nerveuses. Il devint très irritable, se disputant avec son entourage sur l'interprétation et le sens de certains passages des ouvrages religieux.

Vers le 28 avril, après une nuit sans sommeil, il eut des hallucinations : il vit l'enfer s'ouvrir et se refermer, aperçut les damnés, ensuite il vit le ciel ouvert et crut qu'il pouvait enfin rejoindre son enfant. Bientôt il devint tantôt anxieux et pleurnichard, tantôt pris d'une émotion joyeuse ; il ne dormait plus; il déclare finalement que Dieu est en lui et parle par lui. Il ne vit plus et, s'il vit, il n'est plus rien. A son entourage il promet le royaume du ciel et la béatitude.

Le malade se démène, confus, tout à fait désorienté, avec un air troublé, avec des allures pleurnichardes et pathétiques; il raconte dans un langage confus et avec onction qu'il a eu des tentations, des visions terribles qui étaient accompagnées d'une douleur intérieure dans la poitrine et d'un sentiment d'angoisse. Il s'irrite facilement et jette une cuillère à un autre malade, disant que personne ne doit l'approcher; il arrache les couvertures du lit, il est rempli d'illusions et d'hallucinations, passe les deux nuits suivantes sans dormir, présente la plupart du temps un délire religieux expansif, mélangé de démonomanie, prend le médecin pour Satan et crie avec une voix tonnante : (( Arrière de moi ! » Il devient agressif, de sorte qu'on est obligé de l'isoler. On le surprend tenant un cheveu trouvé dans le pain; il déclare que c'est un cheveu de son père décédé. Dans la nuit il est agité par des hallucinations visuelles nombreuses (jeux de prestidigitation, ombres chinoises, figures diaboliques sur le mur, de la grandeur d'enfants).

Le malade est de taille moyenne; nutrition très abaissée; pâle, anémique. La langue présente du tremor d'inanition, le pouls est petit, faiblement rempli, à 108. Pas de lièvre, pas de maladies des organes végétatifs, pas de stigmates de dégénérescence.

A la suite de l'emploi de la morphine et du chloral, le malade a bien dormi dans la nuit du 8 au 9 mai. Le 9 il est plus tranquille, moins confus, parle des spectres qu'il a vus hier, de Satan qui, sous la forme d'un orang-outang, était assis à table, des sacrements qu'il a reçus, de très belles flammes qu'il a aperçues quand il s'est réveillé. Après de bonnes nuits et avec une nourriture abondante, l'intelligence s'éclaircit rapidement et le délire hallucinatoire disparaît.

Dés le 12 mai il est possible d'établir un status retrospectivus.

Le malade trouve la cause de sa maladie dans la douleur qu'il épi'ouva à la mort de son dernier enfant et dans le déclin de ses affaires matérielles. Il avait alors mangé très peu, avait mal dormi; ses forces dépérissaient et il avait de plus en plus cédé à la religion et à la boisson. Un jour, c'était vers le 17 avril, tout lui sembla changé. La division du temps lui paraissait changée ; tantôt il trouvait la nuit trop longue, tantôt la journée. Un jour il trouva un clou d'une forme étrange, ensuite on déterra dans la cour une planche qui avait une étrange odeur de cadavre. Les arbres en fleurs lui semblaient d'un genre tout à fait nouveau, le soleil luisait d'une manière étrange à son coucher, plusieurs objets sentaient tout à fait le cadavre. Une nuit, c'était vers le 28 avril, il fut réveillé par le tic-tac d'une pendule qui n'existait même pas et il reconnut que sa dernière heure avait sonné. Il voyait des flammes, l'enfer ouvert, des âmes damnées; il se confessa et communia le 29 au matin, devint de plus en pins confus; il vit la nuit suivante des figures diaboliques en foule, il se sentit tout oppressé, d'autant plus que sa femme avait un aspect tout à fait étrange. Tout lui paraissait complètement changé. Il pensa à la fin du monde, au jugement dernier, il avait constamment une odeur de putréfaction dans le nez; ensuite c'étaient des parfums agréables; il lui semblait que les saints de l'antiquité ressuscitaient,, qu'il était attaché au globe terresti'e et s'envolait avec lui à travers les espaces de l'univers. Il avait alors des visions et des délires divins de béatitude; il se croyait uni à Dieu; il entendait crier des voix anxieuses.

Le malade raconte en outre que, craignant d'avoir encore des enfants, il s'est abstenu de cohabitation sexuelle depuis trois ans et que, pendant ce temps, il a satisfait son instinct génital par la masturbation. Pas d'antécédents épileptiques. Le malade est encore épuisé, se plaint beaucoup, tressaute facilement d'épouvante, acquiert bientôt une parfaite connaissance de son état, se remet rapidement grâce à de bons soins, et est renvoyé guéri le 27 juin. La guérison s'est maintenue.

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