‹ Traité clinique des maladies de la moelle épinièreChapitre 31 sur 108 · GÊNER. ] RÉGÉNÉRATION DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

GÊNER. ] RÉGÉNÉRATION DE LA MOELLE

on sait que malheureusement elles sont incui^ables. D'après Flourens, les plaies du cerveau avec perte de substance se ferment aisément; mais il nj a pas reproduction proprement dite de la sul)stance cérébrale, comme l'admettait Arnemann <'). »

En ce qui concerne le cerveau, nous avons des observations plus récentes qui militent en faveur de la possibilité d'une régénération réelle. H. Demme croyait pouvoir affirmer le fait d'après ses recherches sur des blessés. On connaît aussi les expériences de Voit sur les conséquences de l'ablation des hémisphères cérébraux chez les pigeons. Un de ces animaux avait survécu cinq mois à l'opération et était arrivé peu à peu à un rétablissement à peu près complet des fonction.cérébrales ^^K Voit a constaté dans ce cas qu'à la place des hémisphères enlevés il s'était formé une substance blanche qui présentait tout à fait l'aspect de la substance cérébrale blanche et qui se continuait sans ligne de démarcation bien tranchée avec les pédoncules cérébraux. Elle avait la forme des deux hémisphères, était séparée par une cloison et on voyait même dans son intérieur une disposition qui rappelait les ventricules cérébraux. Le microscope révéla dans toute la masse des tubes nerveux à myéline et à double contour, et des cellules nerveuses très nettes. Voit parle de ce cas comme du premier dans lequel on ait constaté la reproduction du tissu cérébral avec restauration des fonctions.

Quant à la moelle, Kempten nous apprend que chez des pigeons on a observé la cicatrisation après une simple section transversale. Flourens a également institué des expériences pour élucider cette question. Une section longitudinale du renflement lombaire chez un lapin était à peu près complètement guérie après trois mois, et les mouvements étaient aussi libres qu'avant l'opération. Une section transversale à travers le même renflement avait également guéri au bout de quelques mois. Flourens en conclut que les plaies de la moelle aussi bien que celles du cerveau sont susceptibles de réparation et de guérison, d'où résulte le rétablissement des fonctions <^). Brown- Séquard (^> sectionna sur un pigeon la moelle dans toute son épaisseur au niveau de la 5"^ dorsale. L'animal recouvra graduellement l'intégrité de toutes ses fonctions, y compris les fonctions génitales. L'examen histologique, pratiqué avec le concours de Robin, fit constater la réunion intégrale des deux surfaces de la plaie. Chez un autre pigeon, on vit des cellules nerveuses et des fibres parfaitement régénérées dans l'endroit même où avait porte la section. Masius et Vanlair ont fait connaître, en 1870 (^), des recherches consciencieuses et complètes sur la régénération de la moelle chez la grenouille ; cinq de leurs expériences démontrent que cette faculté de régénération est très étendue, que non-seulement la moelle guérit après une simple sec lion, mais encore qu'après une perte de substance considérable elle peut se régc nérer par formation de substance nouvelle et récupérer son fonctionnement normal. Six mois après l'opération, la sensibilité et les mouvements volontaires étaient complètement revenus. Voici les renseignements histologiques fournis par ces deux auteurs : Le 25 mars 18G9, on enlève à une grenouille 0'",002 de la moelle lombaire ; quelques mois après, la perte de substance était comblée par une masse gélatineuse jaunâtre qui englobait les deux bouts de la moelle ; dans cette masse on constata des cellules rondes ou ovales sans prolongement, mais de plus des

(1) J. WiWcr, Manuel de Physiologie, trad. par Jourdan, Taris, JSôi, p. 339.

(2) Sitzun'jsberichle d. k. bayer. Aknd. der Wissenschaften, II, 1S6S.

(3) Flourens, Ann. c'es S-'. noUrellr<<, t. XIII, p. 113, 1828.

(•*) Bfown-Séquard, Sur la Faculté de régénération des plaies de la moelle épinière. (Méd. Exain. 1852, p. 379.) — RéijénércUion des tissus de la moelle épini('re. Compt. rend, de la Soc. biolog., 1850. — Ga:. méd. 1S50.

(5) Masius et Vanlair, Recherches expérimentales sur la régénération analomir/ue et fonctionnelle de la moelle épinière, Bruxelles, 1870. (Métn. de l'Acad. roy. de méd, de Belgique),

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cellules bipolaires et multipolaires munies de grands prolongements, d'un noyau distinct et d'un protoplasma granuleux ; les auteurs pensent que ces éléments étaient des cellules nerveuses. Ils observèrent également des éléments de grandeur variable, brun foncé, fortement granuleux et sans prolongements, dans lesquels ils crurent reconnaître des cellules nerveuses en voie de dégénérescence pigmentaire. Ils virent enfin au milieu de la substance fondamentale, délicate, granulée et gélatineuse des fibres irrégulières, aplaties, contenant çà et là un novau et qu'ils prirent pour des fibres de Remak. Sur les deux bouts sectionnés ils constatèrent du ramollissement partiel, des corps granuleux et de la pigmentation des cellules nerveuses. La substance gélatineuse située entre les deux bouts de la moelle était ici l'analogue de celle qu'Arnemann avait trouvée dans le cerveau : il s'y était développé des cellules nerveuses et des fibres de Remack ; les cellules étaient plus nombreuses que les fibres et mieux formées, les auteurs en ont conclu qu'elles avaient dû se montrer les premières. — A mesure que cette régénération s'efi'ectuait, les fonctions de la moelle se rétablissaient dans les parties situées au-dessous de la section. Après l'opération, les membres inférieurs étaient complètement paralysées, la motilité volontaire y était abolie, les mouvements réflexes seuls étaient conservés. Lorsque l'animal fut sacrifié, la conduction était plus ou moins rétablie dans la moelle, tant pour la volonté que pour la sensibilité. Un fait à noter, c'est que toujours la motilité réapparaissait plus vite que la sensibilité. Cette diff'érence tiendrait, d'après les auteurs, à ce que pendant la vivisection les racines sensitives auraient été séparées de leur centre tropliique, ce qui n'aurait pas eu lieu pour les motrices. La motilité se rétablissait d'abord à la cuisse, puis à la jambe, en dernier lieu au pied.

Bien que ces expériences ne démontrent une grande facilité de régénération de la moelle que chez la grenouille, nous devons en conclure qu'il n'est pas impossible qu'il se passe quelque chose d'analogue chez les animaux plus élevés et chez l'homme. Des recherches mériteraient d'être entreprises dans ce sens sur les animaux supérieurs***. La clinique nous fait envisager comme vraisemblable la faculté de régénération de la moelle chez l'homme, sans pourtant la prouver d'une manière précise. A la suite de blessures, d'hémorrhagies et de ramollisssements, il n'est pas rare de constater des améliorations graduelles si frappantes que force est d'admettre une régénération partielle des endroits lésés. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'importance qu'a cette question au point de vue du pronostic de beaucoup d'aftections spinales.

Une autre question qui a également trait à la régénération, c'est celle de savoir jusqu'à quel point des éléments dégénérés de la moelle, et en particulier les fibres nerveuses, peuvent revenir à leur état normal. Si nous envisageons ce qui se passe dans la dégénération secondaire, il n'est presque pas permis de mettre en doute que les cordons dégénérés sont capables de revenir à leur structure normale lors que la cause de leur altération, une compression par exemple, vient à cesser. Mais le fait n'a pas encore été directement démontré. Quant à savoir jusqu'à quel point des fibres ou des cellules primitivement dégénérées peuvent recouvrer leur struc-* tare et leurs fonctions normales, nous n'avons, pour ainsi dire, aucun élément pour décider la question. Il est vrai que si nous nous rappelons ce qui a lieu pour les nerfs périphériques, lesquels, malgré l'atrophie la plus avancée, peuvent encore récupérer leurs fonctions, il ne nous paraîtra pas invraisemblable que

(1) Elles ont été instituées récemment par r:uil Dentan {Qwlques rechert-hrx sur la régvncralion fonctionnelle et analomlqnc <)e la nXr'Uc /■'pUUrre. Diss. inaut^Mir. Berne, 1873), sous la direction du prof. Naunyn. 1,'autour a opéré sur des cliiens nouveàu-nos sur (£ui il pratiquait des sections et des excisions de la moelle. 11 a pu constater également la grande facilité de régénération de la moelle d'après le rétablissement de ses fonctions. La cicatrice contenait du tissu conjonclif, des capillaires et des fibres nerveuses grêles et pâles, mais pas de cellules nerveuses.

dans la moelle, des fibres nerveuses dégénérées et atrophiées reviennent à l'état normal. Cette présomption est confirmée par le fait des améliorations que l'on observe parfois dans le cours des maladies spinales chroniques. En tous cas, nous pouvons dire que tant que le cylindre-axe persiste, un retour à l'intégrité fonctionnelle est très possible, et que par conséquent l'existence de lésions anatomiques avancées n'exclut pas, comme on a voulu le dire, la possibilité de succès thérapeutiques. Gela doit encourager nos recherches et nos eff'orts en dépit de l'expérience qui nous montre chaque jour combien la régénération des parties altérées de la moelle se fait lentement et incomplètement, et combien notre intervention est généralement impuissante lorsque nous nous trouvons en présence de lésions graves et anciennes.

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