GÊNER.] TROUBLES DE LA COORDINATION
]"invite à saisir rapidement un objet, sa main passe à côté. Pas de douleurs dans les bras. Sensibilité normale.
Les mouvements des jambes sont libres, mais évidemment ataxiques, ils sont saccadés avec de fortes osf'illations. Il n'y a pas de différence de volume entre les deux membres abdominaux et leur force est assez grande. Malgré cela la uiilade ne peut ni se tenir debout ni marcher: quand on essaye de la faire marcher en la soutenant sous les deux bras, on voit la jambe se lever brusquement et rapidement, puis aussitôt frapj)er violemment le sol sans arriver à y prendre un point d'appui. Pas de douleurs ni de troubles de la sensibilité dans les jambes.
Nous ajoutons encore l'état au 19 avril.
Il y a un certain degré de démence; rires et larmes sans motif.
La bouche est encore un peu tirée vers la droite ; les mouvements des yeux sont libres. La langue est bien mobile, la déglutition se fait mieux ; la parole est plus compréhensible. La pression des deux mains est assez forte et sensiblement égale des deux côtes ; la résistance des bras aux mouvements qu'on leur imprime est assez grande et presque égale pour les deux membres : toutefois le droit est un peu plus foit. Les mouvements des deux bras sont ataxiques, surtout à gauche, de telle sorte qu'avec la main gauche la malade ne peut pas porter la nourriture dans sa bouche, qu'elle la verse, etc. Sensibilité normale. Les mouvements des jambes sont assez libres et vigoureux, la malade étant couchée ; l'ataxie motrice n'est pas, dans ces parties, aussi marquée qu'antérieurement et la patiente peut faire quelques pas lorsqu'on l'aide. Elle perd l'équilibre avec une extrême facilité, quand elle essaye de se tenir debout toute seule. Sensibili;é normale.
Le 20 avril il survient assez subitement une attaque avec perte de connaissance; la figure est très tirée vers le côté droit, et le côté gauche est fortement paralysé. Nous pouvons omettre la description plus détaillée des symplômes. La malade est couchée presque sans connaissance. Elle ne réagit presque pas quand on l'appelle ou quand on la secoue. Respiration stertoreuse, irréguliére, avec des pauses de presque une minute. Pouls 140 à 150 jusqu'au soir du 21. Quelques heures avant la mort la température éîait montée à 41", 6, pouls : 150.
L'autopsie faite par le professeur E. Neumann ne fait rien découvrir d'anormal dans la moelle. Les méninges cérébrales sont saines; b;s parois artérielles minces. Dans le tronc de l'artère sylvienne droite un peu avant l'endroit où elle se divise, il y a un caillot assez ferme, en partie décoloré. Dans la ])artie postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche on constate un petit point coloré en jaune qui n'intéresse que la couche supeificielle et se perd peu à peu dans les parties voisines. Dans le milieu du corps strié gauche on voit un endroit jaunâtre ass'z p ol'ondement déprimé qui eoirespoiidà un rarnollissemendqui s'étend jusqu'à la surface de la 3" circonvolution frontale et jusqu'à l'insula de Reil. Le tissu ramolli est partout pigmenté en jaune et est comme membraneux à sa partie inférieure. La protubérance offre en général une consistance un peu diminuée; à la coupe on voit quelques parties un peu ramollies, mais sans changement de coloration. Ces points deviennent plus visibles et plus nettement limités par le durcissement dans l'acide chromique. Après durcissement on peut reconnaître trois très petils foyers de ramollissement dus à des embolies situées au milieu de la substance propre de la j)rotubérance et qui laissent intactes les fibres des pyramides. Au cœur, rétrécissement de l'orifice mitral.
La marche et la filiation des symptjjmes sont donc les suivants : rétrécissement de l'orifice mitral; en octobre 1SG9, embolie de l'artère sylvienne gauche; ramollissement du corps strié gauche et de l'insula de Keil avec aphasie; plus tard, en mars 1871, plusieurs petites embolies dans la protubérance, qui amènent l'ataxie motrice-; enfin une nouvelle embolie de l'artère sylvienne droite avec terminaison mortelle.
6. Chorée (danse de Saint-Guy). — On ne peut pas rapporter à une lésion anatomique déterminée ce trouble bien connu de la coordination. Beaucoup supposent que la cause en est une affection de la moelle épinière. Mais on peut objecter ce que nous avons déjà dit. que les affections de la moelle n'engendrent pas par ellesmêmes des troubles dans la coordination. Récemment, plusieurs auteurs (Arndt, L. Meyer, etc.) ont pensé qu'il s'agissait plutôt d'une lésion de l'encéphale : c'est la concomitance si fréquente de troubles intellectuels et de maladies mentales avec la chorée qui fait pencher vers cette dernière opinion. Si l'on ne veut pas admettre une aff'ection générale de tout le système nerveux, il est certainement vraisemblable de considérer les centres coordinateurs comme le siège de la maladie, et nous comprendrons ainsi comment le cerveau est si facilement malade dans la chorée. Nous ne pouvons donc pas envisager la chorée comme une maladie de la moelle et nous n'en parlerons pas sous ce titre, quoique les nouvelles recherches de Legros et Onimus tendent à la rapporter de rechef à une lésion matérielle de cet
88 SYMPTOMATOLOGIE DES MALADIES DE LA iMOELLE [pathol.
organe ('>. Ces auteurs ont étudié les mouvements choréiformes de trois chiens qui étaient choréiques à un haut degré : chez tous les trois, les membres antérieurs étaient atteints, mais plus fortement d'un côté; un ou plusieurs muscles étaient spécialement atfectés; les observateurs ont fait usage do la méthode graphique.
Délerminatioii du siège anatoniique de la choyée, d'après Legros et Onînius. — Il ne peut être question de fixer le siège de la choréedans les muscles ou les nerfs périphériques, car la section des nerfs fait disparaître les mouvements choréiques : la moelle seule est en jeu et on peut préciser quelles parties cle cet organe sont intéressées. Plusieurs expérimentateurs ont annoncé la persistance des mouvements rhythmiques après la section transversale de la moelle : Chauveau Tayant pratiquée entre Tatlas et l'occipital chez un chien atteint de chorée, cet animal, bien qu'il fût privé de mouvements volontaires, présentait encore les mêmes secousses choréiques violentes cju'avant l'opération. Carville et P. Bert ont publié des observations analogues, et la marche ultérieure des phénomènes confl:me ces faits : les chiens vivent de deux à trois jours; immédiatement après l'opération, les mouvements choréiques sont jilus lents; dans un cas ils ont cessé complètement pour reparaître spontanément après quatre à cinq minutes et ils ont duré tant cjue l'animal n'a pas été trop affaibli, (^uand on arrête la resp'ration,la chorée disparaît, les mouvements sont moins forts et moins nombreux, ils cessent au bout de une à deux minutes, mais reparaissent progressivement à mesure qu'on insuf.]e de l'air.
La chorée n'est donc pas sous l'influence directe du cerveau; cependant elle peut sans aucun doute è\vî engendrée par des maladies cérébrales (hémorrhagie, ramollissement). On peut aussi constater expérimentalement l'influence du cerveau sur la chorée : les sensations voluptueuses et la crainte peuvent amener momentanément quelques secousses ; les mouvements s'arrêtent dans le sommeil, mais ils cessent tout aussi bien sous l'influence des anesthésiques dont l'action porte spécialement sur les cellules sensitives de la moelle, ce qui fait déjà supposer que les cellules sensitives ou les nerfs qui en émergent sont le siège de la maladie. Sur deux chiens on dénude la moelle dans une étendue de 0'",20 : il suffit d'efHeurer légèrement avec un scalpel la surface des cordons postérieurs pour déterminer une véritable explosion de mouvements choréiques ; lorsque la mo-^lle se refroidit par son contact avec l'air, toutes les manifestations choréiques sont entièrement abolies; on les fait réapparaître en réchauffant la moelle à l'aide d'épongés imbibées d'eau chaude. La section des racines postérieures n'amoindrit en rien les mouvements; l'ablation d'une partie des cordons postérieurs et des cornes postérieures les diminue ; l'ablation complète de ces parties les fait disparaître. D'après ces expériences, Legros etOnimus concluent que le siège de la chorée est siluê dans les cellules des cornes posté' rieur es ou dans les fibres qui relient ces cellules aux cellules onotrices.
Le courant induit produisait une contraction tétanique des muscles ; le courant constant appliqué à 11 périphérie et dirigé dans un sens ou dans un autre, diminuait la fréquence et l'intensité des mouvemenls; appliqué sur la moelle il les augmentait. Les recherches uécroscopiques ne montrèrent rien d'anormal.