‹ Traité clinique des maladies de la moelle épinièreChapitre 38 sur 108 · CKNÉK.] SYMPTOMES DÉPENDANT DES NERFS SENSITIFS · texte numérisé non relu

CKNÉK.] SYMPTOMES DÉPENDANT DES NERFS SENSITIFS

et l'effort, ce qu'a de pénible une posture trop longtemps gardée, la douleur des convulsions. Nous avons dans notre main le pouvoir de peser : qu'est cela, sinon une dépendance de la force musculaire? Nous ressentons les changements les plus imperceptibles dans les mouvements musculaires et reconnaissons ainsi la situation qu'occupe notre corps et ses membres », etc.

B.-H. Weber (loc. cit.) expose desidées analogues sur le sens musculaire et la plupart des physiologistes modernes ont décrit ce genre de sensibilité d'après le tableau exposé par Gh. Bell. Weber rapporte au sens musculaire la propriété de percevoir l'étendue de l'effort nécessaire pour surmonter un obstacle (sens de la force musculaire). « L'expérience nous apprend quel est l'effort que doivent développer certains muscles pour placer nos membres dans une situation déterminée et les y maintenir ; c'est là une notion associée avec la sensation de l'effort, de telle façon que cette dernière sensation nous donne à chaque instant l'idée de la situation de nos membres. »

A rencontre de cette théorie, on a soutenu que les muscles ne jouissent d'aucune sensibilité. Bichat déjà avait fait remarquer le peu de sensibilité que manifestent les muscles dans les vivisections et les amputations. Schiff, après la section des racines nerveuses dans la partie lombaire de la moelle, trouva tous les filets nerveux contenus dans les muscles, atteints de dégénérescence graisseuse et les considéra pour cela comme étant tous moteurs. Remak aussi dénia aux muscles toute sensibilité. Ces objections ont une certaine valeur, mais elles ont contre elles ce fait positif, à savoir, quô le trijumeau se distribue en majeure partie dans des muscles et que tous les nerfs sont accompagnés de nerfs sensitifs (Bell) ; de plus les muscles sentent d'une façon particulière et bien connue la fatigue et la contraction ; enfin Duchenne (de Boulogne) a montré qu'un muscle mis à nu sent bien nettement la contraction produite en lui par un courant faradique (sensibilité électro-musculaire**)) : partant la sensibilité des muscles peut être considérée comme étant une chose démontrée. Mais cette sensibilité constitue-t-elle une propriété semblable à celle décrite par Bell et par Weber? C'est là une autre question souvent controversée. Spiess fait remarquer que la sensibilité des aponévroses ou des petits troncs nerveux voisins des muscles a été souvent prise pour de la sensibilité musculaire. Quelques auteurs ont mis en cause la sensibilité articulaire pour expliquer les phénomènes rapportés à la sensibilité des muscles. Nous-même avons traité cette matière dans notre monographie sur la dégénération grise des cordons postérieurs de la moelle (Berlin, 1863) et plus tard dans un article sur l'ataxie et le sens musculaire (Virchow's, Arch. Bd XJjVII,p.321). Il est nécessaire, pour étudier le sens musculaire, de distinguer en lui deux propriétés spéciales : cette distinction avait déjà été indiquée par Weber.

1). Le sens de la force est la propriété par laquelle on peut estimer la lourdeur des poids soulevés. Weber a cherché et trouvé le degré du sens delà force en faisant abstraction autant que possible du toucher ; nous pouvons, grâce à lui, distinguer des différences de poids de 39 : 40. Cette propriété est, ainsi que Eigenbrodt l'a démontré d'abord, jusqu'à un certain point indépendante de la sensibilité. Il a vu des malades chez lesquels la sensibilité à la pression était notablement diminuée conserver normal ce sens de la force; nous avons nous-raéme pu faire très nettement cette remarque sur les malades atteints de tabès, et dans notre travail cidessus cité nous avons montré que le sens de la force est conservé aux membres inférieurs, alors qu'aucune sensibilité musculaire ne se manifeste sous l'inlluence dos courants faradiques les plus intenses. L'explication de cette contradiction apparente est que l'estimation de la différence suit des lois psychophysiques, elle est

(1) Duchenne ((]i> Boulogne), ''c l'Électrisation locaUxée. 3* édition.

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indépendante de la sensibilité, mais elle repose sur une impression que produit le poids dans les muscles, les tendons et les articulations : la cause de la sensation, c'esl-à-dire le poids, devra être d'autant plus considérable que la sensibilité sera plus affaiblie <*). Il peut donc se faire, comme le démontrent les observations de Eigenbrodt, que le sens de la force reste intact en dépit d'une paralysie intense de la sensibilité.

2). La sensation de la position des monhres est, comme nous l'avons montré, indépendante de l'action musculaire, puisqu'elle persiste entière dans les paralysies motrices, tandis qu'elle est plus ou moins eu souffrance dans toutes les parésies de la sensibilité. Nous n'examinerons pas ici la part qui revient dans la production de ce phénomène aux nerfs sensitifs des muscles, mais nous avons aussi cherché à démontrer que d'autres nerfs encore, ceux de la peau, etc., y concourent également.

Pour re,hei'cher cette propriété on imprime à un membre des mouvements passifs que le patient ne voit pas et qu'il décrit selon les sensations qu'il en a. Nous avons proposé pour mesurer plus exactement le degré de cette sensation spéciale un petit appareil qui permet de lire sur une édielle l'angle parcouru par le mambre aussitôt que le sujet a conscience que ce membre a changé de place.

A l'état normal cette perception est extrêmement délicate.

On peut aussi l'aire l'essai de la sensation de la position des membres en donnant à un membre une position déterminée (les yeux du sujet étant fermés) et l'engageant à placer l'autre membre dans une position semblable. Cette expérience faite sur des bommes sains montre également une grande finesse dans les perceptions.

A ce qui précède se rattache 3), Le sens de V équilibre et de la jjosition normale. — Ce sens est, comme on le sait, très développé chez l'homme et chez les animaux. Beaucoup de nerfs sensitifs y participent, non-seulement les nerfs des muscles, mais ceux de la plante des pieds et des articulations ; le centre de cette sensation est situé, comme l'ont démontré les recherches de Goltz, au-dessus de la moelle allongée. Peut-être faut-il considérer les canaux demi-circulaires de l'oreille interne comme l'organe propre de l'équilibre (Flourens Goltz).

Au point de vue pathologique l'étude du sens musculaire offre un grand intérêt parce qu'à cette question se rattache celle de l'intluence de la sensibilité sur la motilité, c'est-à-dire celle du mécanisme de la coordination motrice. Gomme les troubles du sens musculaire sont fréquents, il nous faut examiner par quelles lésions du système nerveux elles sont causées.

Les cas dans lesquels le sens musculaire est perdu sans que la sensibilité soit autrement intéressée présentent un intérêt tout particulier. Le premier cas de ce genre a été observé par Gh. Bell et c'est sur ce fait qu'il a fondé sa théorie du sens musculaire. Une femme qui allaitait son enfant fut paralysée du mouvement d'un côté et en même temps de la sensibilité du côté opposé. Avec le bras qui avait conservé sa force musculaire elle pouvait porter son enfant et le maintenir au sein aussi longtemps qu'elle regardait le nourrisson, mais dès que l'attention de la mère était détournée, les muscles se relâchaient et elle laissait échapper l'enfant. Dans E.-H. Weber on trouve une observation analogue. Landry (^) et Duchenne <^) ont poussé plus loin l'étude du sens musculaire, et Duchenne identifie la paralysie du sens musculaire avec la paralysie électro musculaire. Gette paralysie n'est pas toujours accompagnée de troubles moteurs dans les muscles atteints, mais c'est là cependant la règle générale et quelquefois même il existe une perte complète des

(1) M. Bernhardl, dans un travail récent sur l'élude d i sens musculaire (Arch. f. Fsych. und Nerveikranich., Band III, 3, p. 618-635), a adopté nos idées en ce qu'elles ont d'essentiel.

(î) Landry, De li Paralysie du, sentiment d'activité musculaire,

(3) Duchenne (de Boulogne), De VÈlectrisation localisée et de son application à la pathologie et ù la théi-aieiuiqu\ 3' édition, p. 763. Paris, 1872; Identité de la paralysie électro-musculaire e( de ia^ara- /ysie du, sens mvifu,taire, de Cli. Bell, i

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