partie
Pour ce qui regarde spécialement les vertèbres, on y observe précisément cette désagrégation, cette destruction et cette atrophie des disques cartila gineux dont quelques fragments peuvent même devenir libres. Au pourtour des surfaces articulaires, il se forme de ces bourrelets que Gurlt a décrits avec un soin particulier et qui, dans la région dorsale, se produiraient de préférence à droite, si l'on en croit Wenzel. Ces bourrelets ne s'étendent que rarement à la face postérieure des vertèbres, et n'ont jamais alors une épaisseur suffisante pour rétrécir sensiblement le calibre du canal vertébral. Les articulations vertébrales présentent les altérations de l'arthrite déformante et elles peuvent être éburnées.
L'arthrite chronique déformante s'observe non-seulement aux articulations des corps vertébraux, mais encore à celles des apophyses articulaires; dans ces dernières aussi les surfaces articulaires sont inégales, il y a production des bourrelets osseux, destruction du cartilage et le tout peut se terminer également parla soudure des extrémités articulaires. Ordinairement, les trous de conjugaison subissent ainsi une diminution notable de calibre, et les nerfs qui les traversent peuvent s'en ressentir.
La terminaison habituelle de la maladie est l'ankylose telle que Wenzel l'avait déjà observée et qu'elle a été décrite par Rokitansky.
Syywptàmes et marche. Au début les symptômes sont ceux d'une afi'ection articulaire dos vertèbres, mais qui se développent d'une façon insidieuse et presque
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insensible. Les deux signes principaux, sensibilité et raideur articulaire, sont d'habitude très-accusés et quelquefois ils sont intenses et rebelles ; on les prend en général pour des phénomènes rhumatismaux parce qu'ils ont coutume de faire leur a^iparition durant la mauvaise saison et dé s'exaspérer aux changemenis de temps. Il y a douleur, raideur et gêne des articulations malades; aussi les mouvements de rotation et de flexion sont- ils fortement entravés; en outre il persiste souvent des douleurs irradiées. Les choses restent dans cet état durant des mois et même des années, avec des intermissions et des exacerbations, puis tout peut rentrer dans l'ordre sans laisser de traces appréciables, ou bien il survient de l'ankylose. Cette dernière se remarque tout particulièrement lorsqu'elle porte sur des vertèbres qui, comme les cervicales, possèdent une grande mobilité, tandis qu'à la colonne dorsale ou lombaire, elle est à peine visible.
Quelquefois il est possible de sentir les exostoses, surtout lorsqu'elles siègent sur les lames vertébrales où elles sont accessibles àlapalpation ; lorsqu'elles sont situées sur le devant du rachis on peut les percevoir du côté du pharynx ou en déprimant fortement la paroi abdominale. Un symptôme qui mérite d'être mentionné pour sa singularité, c'est un frottement ou une crépitation que l'on perçoit très nettement tantôt à la main, tantôt à l'oreille au moment où les articulations éburnées sont en mouvement : ce signe a été indiqué pour la première fois par Haygarth.
Etiologie. C'est la vieillesse qui est presque exclusivement prédisposée à cette affection, comme à l'arthrite déformante en général. Il est rare qu'on l'observe chez des jeunes gens. Todd l'a vue une fois chez un jeune homme de 25 ans, et Eulenburg chez une jeune fille de 12 ans. L'âge constitue la seule condition prédisposante connue. Il n'existe en particulier aucun lien de parenté entre cette affection et la goutte, Garrod le déclare formellement; il en est de même pour les autres cachexies et dyscrasies, comme la scrofule, la tuberculose , la syphilis: ce sont souvent des sujets sains et vigoureux qui, à un âge avancé, deviennent victimes de cette maladie.
Le 'pronostic n'est pas grave, en ce sens que la vie n'est pas menacée et que le processus morbide a une marche très lente. Les complications telles que les douleurs irradiées sont susceptibles d'être combattues; quant à l'affection elle-même, elle est à peu près incurable.
Participation du système nerveux. — 1) De la moelle elle-même. — L'arthrite déformante occasionne des rétrécissements et des déformations de la colonne vertèbre, surtout par la production d'une cyphose à grand rayon ; mais les rétrécissements parviennent rarement à un degré tel que la moelle puisse être comprimée. Nous ne connaissons aucun exemple authentique décompression delà moelle; nous ne nions pourtant pas que la chose soit possible. Virchow O a trouvé, sur des ossements exhumés dans un couvent, des spécimens très accentués d'arthrite déformante. Sur un axis, une vertèbre cervicale et deux lombaires, il existait sur les bords et par-dessus le cartilage des quantités considérables de tissu osseux nouveau, les surfaces articulaires étaient inégales, comme verruqueuses, les corps vei>tébraux avaient diminué d'épaisseur, et la lumière du canal vertébral était telle, qu'il est difficile d'admettre qu'il n'y ait pas eu quelquetroubledu côtéde la moelle
2) Des troncs nerveux. — Les productions osseuses périphériques diminuent le calibre des trous de conjugaison, ce qui. joint à l'inflammation des tissus périarticulaires, détermine des accidents névralgiques et névritiques qui occasionnent des douleurs sur le trajet des nerfs ainsi englobés. Ces douleurs ressemblent, à s'y méprendre, à celles du rhumatisme ou de la goutte, ce sont elles qui marquent souvent la phase de début de l'arthrite vertébrale déformante : on a l'habitude de
{*} Virchow. Geschichte d^r ArthrHis defonnans (Archi<;. fiir palkoi. Anal. 1869, p. 290-303).
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les désigner sous le nom de « tiraillements. » Une grande partie des névralgies qui se manifestent chez les vieillards doivent très vraisemblablement être rapportées à une cause de ce genre. C'est surtout la région des vertèbres cervicales inférieures qui est fréquemment atteinte et qui donne naissance à des douleurs siégeant à la nuque, d'où elles s'irradient vers les épaules et les membres supérieurs. Dans sa Monographie sur la névralgie brachiale, Bergson a fait ressortir que cette dernière coexistait assez souvent jivec l'arthrite déformante. Celle-ci doit être en particulier la cause de cette névrite descendante dans laquelle les dernières branches cervicales sont douloureuses à leur sortie des trous de conjugaison; on sent alors quelquefois sous le doigt les troncs nerveux enflammés et tuméfiés. Les douleurs qui, dans le principe, sont bornées au cou, où elles sont exaspérées par les mouvements, descendent ensuite dans l'épaule, dans le bras, et finalement dans l'avant-bras et la main ; en même temps on constate que les branches nerveuses sont sensibles à la pression bien au-dessous de leur point d'émergence. Ces douleurs sont parfois vives et rebelles, et alors elles sont très pénibles pour le malade et gênent considérablement l'usage du bras. Habituellement, mais pas toujours, elles occupent les deux membres supérieurs. Il est très difficile de reconnaître à coup sûr que ces névralgies tiennent à une arthrite vertébrale déformante ; on se basera sur l'âge du patient, sur l'hyperesthésie et la raideur des vertèbres correspondantes, car les bourrelets osseux de nouvelle formation ne peuvent que rarement être perçus, et il en est de même du bruit de frottement. En même temps que les symptômes névralgiques, on constate des troubles vaso-moteurs, comme cela se voit aussi, d'ailleurs, dans d'autres névralgies, mais plus particulièrement dans la névralgie brachiale : ceci tient peut-être aune irritation simultanée du sympathique cervical, et la chose est tout à fait admissible, puisque Seligmann a observé une dilatation des pupilles dans quelques cas de névralgies cervicale et brachiale. Nous supposons connus les symptômes vasomoteurs, tels que sensation de froid et insensibilité aux doigts, raideur, sueurs froides. Ces névralgies brachiales peuvent aussi s'accompagner d'une sensibilité et d'un léger gonflement des articulations, surtout de celles de l'épaule et des doigts. Enfin on les a vues déterminer des atrophies, musculaires analogues à celles de l'atrophie musculaire progressive. C'est ainsi qu'on observe quelquefois chez des vieillards des névralgies rebelles, dont la cause probable est l'arthrite déformante, et qui, au bout de quelques mois, amènent une atrophie des muscles de la main, à commencer par ceux de l'éminence thénar. Cette atrophie a de la tendance à progresser,mais très lentement; elle occupe souvent, mais non constamment, les deux côtés à la fois. Plusieurs auteurs, entre autres Remak, ont admis deux formes principales d'atrophie musculaire progressive, l'une d'origine périphérique ou névritique, l'autre d'origine centrale ou myélitiqiie. La seconde a été démontrée jusqu'à l'évidence dans ces dernières années, ainsi que l'atrophie des cellules nerveuses qui l'accompagne; l'existence de la première, de l'amyotrophie de cause névritique, n'est pas encore suffisamment prouvée, mais elle est très probable, et un bon nombre des cas de ce second groupe doit être compté à l'actif de l'arthrite déformante.
Observation. — M""* de H., âgée de 57 ans, atteinte d'accidents hystériques et de constipation, se plaignait depuis quelques mois de douleurs dans le membre supérieur droit qui s'étaient étendues depuis le cou jusqu'à la main ; elles occupaient surtout l'épaule et le bras. Elles s'exaspéraient aux changements de temps et devenaient par moments très vives. Vers le haut elles s'étendaient jusqu'à la nuque mais on nh constatait ni raideur ni sensibilité à la pression dans la colonne cervicale. Les frictions à l'alcool camphré et les bains de mer chauds étaient restés sans effet. Vers l'automne les douleurs se calmèrent peu à peu, mais il survint une faiblesse de la main telle que la malade ne put exécuter que difficilement les ouvrages manuels et qu'il lui fut presque impossible d'écrire. 7 mois après le début de l'affection, on constata une
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atrophie manifeste des muscles de l'éminence [hénar ; les autres muscles n'étaient ni amaigris' ni afl'aiblis et le bras était indemne.
jNous tenons à citer encore Tobservation suivante qui nous est personnelle :
F. Th. facteur rural, âgé de 34 ans, entré à l'hôpital le 28 septembre 1868. Arthrite déformante cervicale, rhumatisme chronique. Honnue de taille moyenne, assez bien constitué ; muscles flasques, face pâle, physionomie exprimant la souffrance. Le malade peub se lever, il se plaint de firaillemenis douloureux qui de la nuque s'irradient vers le dos et les épaules. Quand il est assis, on est frappé de l'attitude raide du cou, lequel est un peu incliné en avant. A la face il n'y a ni déviation ni paralysie et les pupilles sont égales. Outre la raideur de la ■ nuque le malade accuse une constriction de la poitrine, des douleurs dans les os des épaules et des bourdonnements d'oreille. Les bras ne se meuvent qu'avec peine. Les douleurs descendent le long du dos jusque dans les cuisses et même dans les jambes.
Lorsque le malade marche, il se balance latéralement, les jambes sont manifestement roides, se soulèvent lentement et glissent sur le sol : la droite traîne un peu. En même temps la nuque et les reins sont raides, presque immobiles. Lorsque le malade veut raettro son habit, il est très embarrassé, les mouvements du trapèze et du grand dorsal semblent particulièrement gênés. 11 peut lever le bras droit jusqu'à la verticale, la jambe jusqu'à l'horizontale seiUement.
Les mouvements imprimés à l'épaule gauche sont également douloureux et il est impossible de l'amener de beaucoup au dessus de l'horizontale ; ce sont les muscles grand dorsal et grand dentelé qui opposent le plus de résistance. Le coude et le poignet sont libres, non douloureux et ont conservé leur force. Quand le malade est couché, la raideur de la nuque est encore plus frappante, il ne peut pas amener son menton contre sa poitrine et lorsque l'on cherche à soulever la tète, tout le tronc se soulève en même temps. Les mouvements de latéralité ne peuvent être exécutés volonta rement; imprimés passivement, ils sont douloureux et très bornés. Lorsque le malade se dresse sur son séant il éprouve des douleurs du côté du sacrum. La pression des apophyses épineuses n'est pas douloureuse. Miction facile. Sensibilité intacte.
Après plusieurs semaines d'un traitement par l'iodure de potassium et les bains chauds, le malade sort guéri, tout eu conservant encore une certaine raideur de la nuque.
L'arthrite déformante cervicale donne parfois lieu au torticolis spasmodique ; celui-ci consiste en contractions cloniques qui ont leur siège de prédilection dans le trapèze et le sterno -mastoïdien d'un seul côté, mais qui peuvent aussi occuper d'autres muscles du cou tels que le splénius, les grand et petit obliques, et même les muscles de la face. A chaque secousse la tête est attirée vers le tronc, l'oreille tend à se mettre en contact avec l'épaule, tandis que le menton se porte en haut et vers l'autre côté. Les causes de ce tic sont encore inconnues, mais il est probable qu'elles sont multiples. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on n'a quQ rarement affaire à une maladie du nerf spinal, vu que tous les muscles atteints ne sont pas innervés par lui. Dés 1825, Desportes (^> émit l'opinion que beaucoup de ces tics pourraient bien tenir à une inflammation de la moelle cervicale. Il se fondait sur l'existence simultanée d'une douleur particulière, insupportable à la nuque et sur ce fait que souvent il se produit un arrêt ou une gêne de la respiration et que le malade ne peut pas changer sa tête de place comme il veut. Remak également s'est prononcé en faveur d'une myélite cervicale, mais sans en donner d'autre raison que la sensibilité des vertèbres cervicales à la pression. Il y a longtemps déjà qu'on a attribué le torticolis spasmodique à une affection des vertèbres elles-mêmes : il est certain qu'une irritation des branches nerveuses à leur passage à travers les trous de conjugaison, une névrite, rendrait bien compte des mouvements convulsifs ; de plus, cette hypothèse a pour elle ce fait qu'e des affections vertébrales bien caractérisées peuvent présenter le torticolis parmi leurs symptômes. C'est ce que nous avons pu constater très nettement chez un soldat qui, devant Mézières, avait été blessé par un éclat d'obus qui lui avait éraflé le cou et qui avait probablement occasionné une contusion des apophyses transverses des vertèbres cervicales moyennes.
Kleist, soldat, reçut le 16 novembre 1870, à Mézières, un éclat d'obus qui coupa son manteau qu'il portait enroulé en bandoulière ; le choc fut tel que la marmite de campagne, qui
(t) Desportes, Revue médicale. 1?25.