‹ Traité clinique des maladies de la moelle épinièreChapitre 53 sur 108 · ARTHRITE DÉFORMANTE DES VERTÈBRES · texte numérisé non relu

ARTHRITE DÉFORMANTE DES VERTÈBRES

était bouclée sur le sac, fut projetée contre la nuque ; riiomme lui-même fut lancé contre un mur 'et de là sur le sol. Pendant qu'il était encore à terre un second obus vint éclater tout près de 'lui, blessa plusieurs de ses voisins, mais ne le toucha pas lui-même. Il perdit connaissance. iUne fois revenu à lui, il ne pouvait plus parler, il avait la tète en feu et il se manifestait à la [nuque les mêmes convulsions que celles que nous constatons encore aujourd'hui. Il s'écoula du sang par l'oreille gauche, il y avait des bourdonnements d'oreille étourdissants, l'acuité visuelle de l'œil "-auche était diminuée; tout le coté gauche était parésié au point que la marche était Jimpossible. Actuellement le malade se plaint surtout de crampes douloureuses et violentes à la

nuque.

2 février 1871. État acluel. — L'oveiWe droite est très sourde, néanmoins elle entend quand on crie en rapprochant la bouche du pavillon; elle ne perçoit pas du tout le tic-tac de la montre. Du côté gauche il y a déchirure du tympan et surdité à peu près complète. — Mutisme à peu prés complet également. L'articulation et la prononciation sontpour ainsidirenulles, les consonnes ne sont pas rendues du tout et les voyelles le sont très indistinctement. Il n'y a pas aphonie absolue, la voix est seulement rauque et enrouée. Les mots ne sont pas confondus et en écrivant le malade ne les emploie jamais l'un pour l'autre. — L'œil gauche est intact, le droit est devenu myope, à ce que raconte le blessé; il ne se ferme pas complètement, il est un

y a pE

malade ouvre la bouche, la face est tirée vers la droite, quoique les muscles gauches se contractent enraiement. La bouche n"est pas déviée, mais le malade ne peut pas la fermer avec force ni siWer.Les ailes du nez sont à peu prés immobiles. Le front est ridé. Le condyle gauche du maxillaire se déplace facilement et il s'échappe un peu de sa cavité lorsque le malade ouvre la bouche : ce mouvement est douloureux et pénible. Les mouvements de la langue sont très bornés; le malade peut l'amener un tout petit peu au devant de l'arcade dentaire, et la porter un peu de coté; quand il veut la tirer, elle est prise de contractions, se pelotonne et devient dure : elle n'est ni amaigrie ni ridée, seulement elle est habituellement portée en arriére. La dé^-lutition est gênée, le malade avale souvent à faux et le bol alimentaire reste dans la bouche; les liquides passent plus facilement. Les mouvements de latéralité de la tête sont très bornés, ceux de flexion et d'extensioa sont plus libres. Depuis la blessure il survient fréquemment des crampes des muscles de la nuque et du cou du coté gauche, qui durent de une à deux minutes et qui s'accompagnent souvent d'un écoulement de sang par l'oreille gauche. — Enfin il y a parésie et anesthésie de tout le côté gauche.

Nous avons eu aussi occasion d'observer chez une clame de 55 ans un torticolis spasraodique extrêmement douloureux : il y avait une vive sensibilité au niveau des apophyses transverses des 4*^ et 5" vertèbres cervicales, et dans ce même endroit on percevait par le toucher des tumeurs dures. La maladie dura longtemps avec des exacerbations et des intermissions. Nous posâmes le diagnostic d'arthrite déformante probable.

Après les vertèbres cervicales inférieures, ce sont les deux supérieures qui sont le plus fréquemment atteintes d'arthrite déformante : il en résulte une raideur de la nuque, et on distingue assez souvent dans ces cas un bruit de frottement. Il existe en même temps une névralgie occipitale ou cervico-occipitale qui affecte les allures d'une névralgie rhumastimale habituellement localisée ou plus prononcée à l'un des côtés et qui est extrêmement rebelle.

Rarement l'arthrite déformante donne lieu à des accidents névralgiques ou névritiques dans la moitié inférieure du corps, et pourtant elle n'est pas plus rare aux vertèbres inférieures qu'aux supérieures. Plusieurs auteurs ont voulu l'invoquer pour expliquer la faiblesse des jambes qui existe si fréquemment chez les vieilles personnes, mais tout ce qu'il est permis d'en dire, c'est que quelquefois elle peut probablement occasionner des névralgies rebelles soit lombo- abdominales, soit du membre inférieur. Si l'on considère en effet combien les dernières vertèbres sont peu mobiles et peu accessibles à nos moyens d'investigation, on comprend qu'il serait difficile de fournir la démonstration directe du fait. Dans les cas dont nous allons faire le récit, le diagnostic a été confirmé par rexistenco du bruit de frottement.

Observation.— Arthrite ch^forminte ch's vertèbres lombaires. — L. 0., menuisier, ;igé

206 MALADIES DES VERTÈBRES I patiiol.^

de 64 ans avait toujours joui d'une bonne santé, lorsqu'il y a vingt ans, il fut pris d'une vive douleur qui occupait l'un des côlés de la tète et revenait souvent. Puis il ressentit dans tout le membre gauche des tiraillements douloureux qu'il regardait comme de nature rhumatismale. Il' continuait d'ailleurs à être vigoureux et bien portant. Il y a neuf ans, il s'aperçut pour la première fuis qu'il portait au côté interne delà rolule gauche une tumeur du volume d'une noisette; elle disparut, mais il s'en forma une toute pareille au côté externe, laquelle persiste encore aujourd'hui. La peau qui la recouvrait s'ulcérait de temps en temps et donnait issue à une sérosité claire, visqueuse et filante. Aujourd'hui la plaie est fermée et l'on sent au-dessous d'elle i)lu-, sieurs petites tumeurs molles, élastiques, liu volume d'une noisette. Le malade l'apporte l'affection dont il se plaint actuellement à l'altitude courbée à laquelle sa profession le condamnait, et en même temps à la manœuvre de la scie et à d'autres travaux fatiguants. Le mal a apparu insensiblement, sans déjjut précis. D'abord il existait seidement des douleurs dorso-lombaires qui étaient particuliéi-ement intenses lorsque le malade se tenait courbé; elles s'exaspéraient par la pression sur les artères lombaires, et elles augmentèrent graduellement. L'été dernier, le malade remarqua que lorsqu'il remuait la colonne vertébrale, il se produisait un craquement particulier dans les reins. Puis les douleurs s'étendaient des lombes vers le gras des fesses à droite d'abord, à gauche ensuite. Le 28 janvier de la présente année le malade ressentit tout à coup une violente douleur dans toute la cuisse gauche. Quand il voulut se lever, il ne put pas se dresser sur son membre, tant la souffrance était vive et il s'affaissa au pied du lit. La nuit suivante, des crampes très douloureuses se montrèrent dans le mollet gauche et elles avaient déjà disparu depuis quelque temps, que toute la jambe était encore engourdie. Ces paroxysmes ne se sont pas reproduits ; depuis la semaine passée le malade a éprouvé en urinant une vive douleur qui s'irradiait des lombes vers le bas-ventre et qui, dit-il, lui coupait la respiration.

Après son accès de janvier, le malade s'était fait traiter à la polyclinique de Kœnigsberg : on lui fit des badigeonnages de teinture d'iode sur la colonne lombaire et on lui prescrivit l'iodure de potassium à l'intérieur. Il garda le lit pendant trois semaines au bout desquelles ses souffrances avaient disparu.

La colonne lombaire ne présente aucune déformation, mais elle est très sensible à la pression en un point nettement limité : lorsque l'on applique la main à cet endroit, on perçoit un frottement rugueux à chaque mouvement. La douleur à la pression s'irradie de chaque côté vers les lombes ; à droite elle est plus forte qu'à gauche. Les cuisses ne sont ni sensibles à la pression ni amaigries, la sensibilité y est intacte. Les muscles des cuisses paraissent flasques et leurs mouvements sont un peu raides et mal assurés. Ce qu'il y a de plus saillant c'est une raideur dans les reins qui est particulièrement frappante lorsque le malade essaye de se baisser.

Traitement. — Pour guérir les troubles nerveux, il faut s'adressera l'affection osseuse. Nous conseillons surtout l'iodure de potassium administré à dose croissante pendant plusieurs semaines consécutives. Ce moyen n'est pas infaillible, mais il est souvent très efficace. Il faudra peu compter sur le bromure de potassium, sur l'arsenic, sur le carbonate de fer et sur les médicaments usités contre le rhumatisme, tels que le colchique, l'aconit, etc. En même temps que l'iodure, on se trouvera bien des frictions narcotiques ou alcooliques, du Uniment chloroformé et des injections sous-cutanées. On pourra aussi prescrire les bains chauds salés ou sulfureux, les bains de vapeur ou bien les fumigations avec l'ambre, la térébenthine, les aiguilles de pin, les fourmis, etc.. qui jouissent d'une si grande faveur auprès du public. Ce qui est très efficace, ce sont les ealix minérales natu-^ relies de Teplitz, de Wildbad, de Ragaz, etc., et en outre les eaux sulfureuses et salines.

Enfin, lorsqu'il y a névrite, l'électricité donne d'excellents résultats : un courant continu ascendant avec 8 à 12 éléments soulage souvent dès les premières séances et finit par procurer la guérison.

IV. - RÉTRÉCISSEMENTiS DIVERS DU CMAL VERTÉBRAL Il nous reste à traiter de certains rétrécissements qui sont le reliquat d'anciennes maladies dont il n'est pas toujours possible de déterminer la nature. Les malades qui en sont atteints présentent souvent pendant la vie des paralysies ou d'autres affections nerveuses dont l'explication va de soi dès que l'autopsie a révélé un rétrécissement du canal vertébral. Mais ces rétrécissements ont été aussi invoques à tort, et l'on s'est trop souvent rabattu sur eux, lorsque l'on ne trouvait

spÉc] RÉTRÉCISSEMENTS DV CANAL VERTÉBRAL 207

aucune autre lésion qui rendit compte des symptômes observés au lit du malade. Nous savons, en effet, avec quelle facilité étonnante la moelle supporte les rétrécissements qui surviennent graduellement dans le canal vertébral; cela se comprend, du reste, jusqu'à un certain point si l'on songe que le canal osseux a un calibre de beaucoup supérieur à celui de la moelle, particulièrement à la rés-ion cervicale. Il s'ensuit qu'il peut se rétrécir considérablement avant que la moelle ne soit comprimée; et même lorsque les choses en arrivent là, la compression de cet organe peut, suivant toute apparence, s'effectuer sans que ses fonctions soient compromises, à condition que cette compression s'établisse d'une façon lente et continue : les éléments nerveux subissent sans doute par le fait de l'étranglement, une diminution de volume, mais elle est compatible avec la conservation de leur action physiologique. Des observations multiples nous apprennent, en effet, que le rétrécissement du canal vertébral est très bien supporté, pourvu qu'il ne survienne pas brusquement et qu'il ne soit pas dû à une saillie qui s'avance à pic dans son intérieur. Par conséquent, quand on voudra invoquer le rétrécissement du canal rachidien pour expliquer des accidents spinaux, on sera tenu strictement à prouver que la moelle s'est trouvée ramollie ou atrophiée en un point donnée par le fait de l'étranglement qu'elle a subi. En parlant des exostoses sj-philitiques, nous avons déjà fait remarquer qu'il faut qu'elles soient très volumineuses pour arriver à comprimer la moelle et que c'est à peine s'il se trouve par-ci, par-là, une observation probante au milieu de la multitude des cas dans lesquels on a cru pouvoir rapporter une paraplégie ou une paraparésie à une syphilis osseuse.

1. La cause la plus fréquente du rétrécissement du canal rachidien c'est la. scoliose vulgaire. Les déplacements, torsions, atrophies partielles des vertèbres, etc., sont souvent considérables, et cependant la moelle n'en souffre pas. En pratiquant une section transversale à travers les vertèbres, l'on peut s'assurer jusqu'à quel point le canal est déformé et rétréci au sommet de la courbure, et l'on a de la peine à croire que la moelle logée en ce point puisse avoir conservé l'intégrité de ses fonctions. Des exemples de cette tolérance vraiment merveilleuse sont fournis par Gruveilhier('), par Wenzel et d'autres encore. Aussi une scoliose ayant déterminé une compression de la moelle avec paralysie est-elle un fait presque inouï. Bampfield a rencontré une fois une gibbosité accompagnée de paraplégie et de troubles urinaires, mais elle n'était pas due à une carie (^). Nous-méme avons vu un sujet atteint d'une scoliose très prononcée, qui était faible des jambes et qui ne pouvait marcher et se tenir debout que difficilement et durant quelques instants seulement.

Ce qui est moins rare dans la scoliose, c'est le rétrécissement des trous de conjugaison par le fait du déplacement ou de l'atrophie des vertèbres, avec lésion des nerfs correspondants. Cette remarque nous rend compte des névralgies intercostales, lombaires ou abdominales dont souffrent souvent les malades et qui sont exaspérées par les mouvements de la voiture et tous les ébranlements analogues.

2. Des exostoses portant sur les corps ou les lames de plusieurs vertèbres ou sur les deux parties à la fois, déterminent des rétrécissements annulaires qui peuvent être très considérables. On en trouve des exemples dans l'ouvrage de Portai sur le rachitisme; dans un de ces cas, le rétrécissement provenait de trois vertèbres voisines. — Chez un autre sujet qui avait présenté de nombreuses manifestations syphilitiques, le canal vertébral était réduit à la moitié de son calibre au niveau des deux dernières vertèbres dorsales et des deux premières lombaires. — Vogel et Dittmar ont publié, en 1851, l'observation d'une jeune fille de seize ans, qui était

{\) Gi'uveilhiei-, Anatomie patholorfique dit corps humnia. Livraison IV, planche 4. (2) Bampfield, An Essay on cufvature anddiseascB of the Spine, including ail ihe forma of dislorlion^ Philndelphia. 1844.

208 MALADIES DES VERTÈBRES [i-atiiol.

devenue paralysée des quatre membres par Je fait d'une exostose implantée sur la quatrième cervicale et s'étendant jusqu'au niveau de la sixième. — Un autre cas de tumeur vertébrale a été relaté par Eberth : il s'agissait d'un vieillard de quatre-vingt treize ans, dont tous les nerfs situés au-dessous de la septième vertèbre dorsale étaient paralysés. L'autopsie fut pratiquée quatre jours après la mort, et on trouva une tumeur osseuse de la grosseur du poing au niveau des septième, huitième et neuvième vertèbres dorsales ; en pratiquant une section transversale on reconnut que la lumière du canal vertébral était réduite à une étroite fente au niveau de laquelle la moelle était désorganisée sur une longueur de 5 centimètres environ : il existait une dégénération ascendante des cordons de CtoU depuis le point comprimé jusqu'à l'angle inférieur du quatrième ventricule. La tumeur se trouva être un ostéome. — BroMn-Séquard reproduit dans ses leçons l'observation suivante duo à Reid, professeur à l'Université de Saint- Andrews (Physiological, anatomical, 'path. Researches, 1848, p. 418) :

G. S., âgé de 42 ans, ressentait depuis plusieurs mois des douleurs à la région lombaire, dans quelques articulations et dans le dos : la tête était tournée vers l'épaule droite. Il y avait également dans les deux bras des douleurs qui allaient de l'épaule vers le coude. L'avant-bras et la main étaient raides et engourdis. Sueurs froides. Mort jmr une fièvre typhoïde intercurrente. — La moelle était comprimée au-dessus de l'axis par une exostose conique qui avait environ un centimètre de long, et qui était implantée en arriére et à la base de l'apophyse odontoïde. Cette tumeur avait occasionné ime dépression très visible de la moelle, sur la ligne médiane immédiatement au-dessus de l'entre-croisement des pyramides. A ce niveau tout l'intérieur de la moelle était converti en une bouillie d'un rouge brun.

3. On a prétendu que le canal vertébral pouvait être rétréci par les ligaments vertébraux épaissis, et l'on a cité comme exemple de ce fait les deux observations suivantes d'Aston Key (Guy s Hospital Reports, 1838, avril). Les deux malados avaient été frappés d'une paraplégie qui s'était développée rapidement et qui avait amené la mort. Les autopsies révélèrent un rétrécissement du canal rachidien par une saillie des ligaments vertébraux. Dans le premier cas le ligament qui passait par-dessus le disque intervertébral entre la deuxième et la troisième vertèbre lombaire était induré, faisait saillie dans le canal dont le calibre était réduit d'un tiers, et comprimait notablement la moelle. Dans le second cas, le disque intervertébral situé au-dessous de la douzième vertèbre dorsale proéminait dans le canal, sous forme d'un bourrelet transversal et en rétrécissait sensiblement la lumière.

Nous devons dire que dans ces deux observations le rétrécissement du canal et la compression de la moelle ne sont pas décrits d'une manière assez explicite, et nous ne sommes pas éloigné de croire qu'il s'agissait là d'une arthrite déformante. Mais nous avons tenu à les rapporter parce que Bénédikt parle aussi de rétrécissement du canal par épaississement des ligaments dans un cas qui pour nous n'est autre chose non plus que de l'arthrite déformante.

4. Nous étudierons avec un soin tout particulier les rétrécissements qui surviennent à la partie supérieure du canal rachidien, par le fait surtout des altérations de l'occipital, de l'atlas ou de l'apophyse odontoïde.

a). Hypertrophie de V apophyse odontoïde. — Dans deux cas de chorée grare terminés par la mort, Froriep a trouvé un gonflement de l'apophyse odontoïde.

L'un des malades, petit garçon de 10 ans, avait succombé au milieu de violentes convulsions: Froriep constata une forte hypérémie du cerveau et de plus à la pai'tie antérieure et inférieure de la moelle allongée une fossette peu profonde, comme une empreinte qui aurait été laissée par lejjelit doigt. A ce point les méninges étaient troubles et épaissies. Le trou occipital était considérablement modifié dans sa forme ; au lieu d'un ovale à grand axe transversal, il avait

. (l)E-berlli, Covi'esjiod'lenzhlatl dev Schioeisrr Arrzte, 1S72, 'i, p. Tl.

si-iic. 1 RETRECISSEMENTS DU CANAL VERTÉBRAL 209

la figure d"un haricot à hile dii-igé en avant, et cette disposition tenait à un gonflement de lano pbyse odontoïde.

Le second cas concerne un homme de 32 ans qui mourut au milieu d'accidents choréiformes • l'apophyse odontoïde était allongée de G millimctres environ et faisait saillie d'autant dans le trou occipital. Le tissu osseux était normal.

Nous ne possédons pas d'autres faits de chorée relevant d'une cause analo"-ue Au point de vue phjsiologique, il n'est pas présisément rationnel d'admettre qu'un rétrécissement du trou occipital avec compression des pyramides puisse donner lieu à de la chorée, et il est bien possible que les symptômes constatés pendant la vie n'aient eu rien de commun avec l'altération de l'apophyse odontoïde. Peut-être bien aussi les accidents observés étaient non pas choréiques, mais épileptiformes

b). Refoulement de la partie inférieure de Voccipital avec ou sans ankylose de V atlas. — On trouve parfois la partie inférieure de l'occipital, celle qui s'articule avec l'atlas, refoulée vers la cavité crânienne comme si la pesanteur de la tête avait agi sur l'os dont la consistance et la résistance ont diminué : il en résulte, outre un aplatissement des condyles, un rétrécissement plus ou moins considérable du trou occipital. Dans plusieurs cas de ce genre on a trouvé entre l'occipital et l'atlas une ankylose, soit que celle-ci eût été congénitale, soit qu'elle eût été le fait d'une arthrite. Dans une observation de Lobstein (i), il y avait aplatissement des condyles, rétrécissement du trou occipital, amincissement et enfoncement de l'apophyse basilaire.

c). Un autre cas très remarquable et très intéressant nous est fourni par Ollivier (^). Le malade fut pris subitement de paraplégie et mourut deux ans après : y avait -il une relation entre ces accidents et l'altération certainement déjà ancienne trouvée à l'autopsie, c'est ce dont il est permis de douter. En tout cas voici ce que l'on rencontra : l'apophyse odontoïde faisait une forte saillie dans le trou occipital et avait déterminé une compression et une atrophie des pyramides et des olives. L'arc postérieur de l'atlas manquait ; l'arc antérieur et les masses apophysaires* très- rapprochées l'une de l'autre, étaient soudées avec l'occipital ; il en résultait un rétrécissement considérable du trou occipital à sa partie antérieure. Une membrane dense et fibreuse s'étendait de la moitié postérieure de la circonférence de ce trou à la partie postérieure des masses apoi^hysaires auxquelles elle adhérait. Le trou occipital n'avait plus que le cinquième environ de son calibre normal .

Des particularités analogues se rencontrent assez fréquemment, et ce qu'il y a de plus commun dans le genre, c'est une ankylose des vertèbres cervicales supérieures avec rétrécissement du canal. Il peut exister entre l'occipital et l'atlas une ankylose congénitale qui gêne considérablement les mouvements de la tète en particulier ceux de flexion (^). On trouve aussi la !■'<= cerviale soudée avec la 2", ou bien celle-ci avec la 3". Ordinairement dans ces cas l'apophyse odontoïde fait une saillie plus ou moins prononcée dans le canal, dont elle diminue le calibre. Celui-ci peut aussi être rétréci par un déplacement brusque ou graduel des ver-

(\) lj6hs\.e\n, Anatomie patliologique. Paris, 1833.

(2) Ollivier, l. c. I, p. 416-417, et figures, PI. I.

(3) Des soudures congénitales de TaUas avec roccipital, où Tatlas était plus ou moins dôvelonné ni,,, ou moins déforme, ont été citées par Luschka (Anatomïe des Jlohes. Tubingen 1862) et par BoVkshim mer (Die ani/eborenen Synoslosen an den Enden der bcweglichen Wirhclsaule 1861 Tubintrenl Le symptôme le plus frappant est, d'après ce dernier auteur, une gène dans les mouvements de flexion de la icte, et 11 existe à la polonne cervi.-ale une courbure compensatrice à concavité antérieure ou antéro latérale. Fnedlowsky, feber Verenyerung <lr<, For. Occip. magnum und des Anfaags des Ctmalis ver tchralls (Oesterr. med. Jahrb., 1S6S, Band V u. VI). L'auteur relate 10 cas dont 7 congénitaux 3 acquis L atlas était soudé en entier ou seulement par ses surfaces articulaires. Immobilité et altitude penchée de la tête. L'histoire des malades n'est pas retracée. Des 3 cas acquis, 2 étaient le fait d'une carie et le troisième était Occasionné par une tumeur de la grosseur d'une noix, siégeant d.ins la partie écailleùse de 1 occipita'.

Leyden. Moelle épiniàre. £4

210 MALADIES DES VERTÈBRES [patiioi..

tébres les unes sur les autres: il existe dans la littérature médicale quelques exemples dans lesquels ce déplacement s'est produit d'une manière tout à fait insensible. En général, ainsi que Boyer le fait remarquer, l'articulation entre l'occipital et l'atlas n'est pas atteinte seule, mais de concert avec celle de l'atlas et de l'axis • les ligaments sont englobés dans l'altération. La déviation des apophyses articulaires peut aussi être occasionnée par des exostoses qui se développent dans leur voisinage, par exemple, sur l'occipital. \

Tous ces rétrécissements du canal vertébral, qu'ils soient situés au voisinage du trou occipital ou plus bas, ont pour la plupart été découverts par hasard à l'autopsie, et ne se sont révélés durant la vie par aucun symptôme appréciable : il faut en conclure qu'ils sont souvent bien supportés par la moelle qui n'en éprouve pas la moindre gêne pour son fonctionnement.

Cependant quand le rétrécissement est très- considérable, naturellement la moelle se trouve comprimée et son action physiologique en soutire. Les auteurs en citent un certain nombre d'exemples qui ne sont pas tous également probants. Pourtant la compression congénitale avec dépression et atrophie des olives et des pyramides peut bien occasionner une paraplégie, ainsi qu'Ollivier l'a obser-vé à deux reprises différentes.

Solbrig (de Munich) a attiré l'attention sur une autre conséquence du rétrécissement du trou occipital, à savoir, l'épilepsie (^). Le premier cas observé par cet auteur a trait à un paysan de 27 ans, atteint d'imbécillité congénitale et qui, depuis l'âge de 4 ans, présentait des attaques épileptiques. A l'autopsie on vit la boîte crânienne fortement épaissie, l'extrémité supérieure du canal vertébral considérablement diminuée de calibre et la moelle notablement atrophiée à à ce niveau. Le rétrécissement tenait d'abord à ce que l'arc postérieur de l'atlas avait la forme non pas d'un arc, mais d'un angle assez aigu, et ensuite à ce que l'apophyse odontoïde portait une exostose grosse comme un pois qui faisait saillie dans le canal vertébral, comprimait les cordons antérieurs et avait creusé une fossette dans la moelle allongée. Cette observation fut suivie de neuf autres semblables : chez tous ces malades il y avait eu pendant la vie des accès épileptiques ou épileptiformes, et à l'autopsie on constata un rétrécissement de la partie supérieure du canal vertébral, soit par une saillie des apophyses innominées de l'occipital ou de l'arc postérieur de l'atlas, soit par un gonflement avec saillie de l'apophyse odontoïde.

La physiologie expérimentale est d'accord avec les observations et les conclusions de Solbrig. Bien que la moelle allongée ne soit pas, comme l'admet l'auteur, un organe important pour la coordination des mouvements, nous savons qu'on peut en l'irritant provoquer des accès épileptiformes, ainsi que nous l'ont appris les expériences de Kussmaul et celles plus récentes et plus rigoureuses deNothnagel.

Ces rétrécissements du canal vertébral ne sont pas en général accessibles à nos moyens de diagnostic ni de traitement, cela va de soi ; toutefois on diagnostique assez facilement l'ankylose entre l'atlas et l'occipital, en se basant sur l'impossibilité des mouvements de flexion de la tète et sur les déformations et les déviations que l'on peut parfois constater à la colonne cervicale. Les indications thérapeutiques sont fournies soit par les douleurs névralgiques, soit par les signes d'une compression de la moelle, signes que nous avons appris à connaître dans la symptomatologie générale. Les principaux moyens thérapeutiques à employer sont Viodu7'e de potassium^ que l'on ait affaire à des manifestations sj'philitiques ou à

(1) Solbrig (de Munich), l'eber dit Veren<jerun<j des Einganges des Wiyhclcanales in dtn mit Epi'' Ifpxie oder epilepli/'ormen Kràmpfen verbundenen Seelenstôrungen (Allgem. Zellschrift fitr Psi/ch), Band XXIV, 1867, p. 1-9).

sPÉc] USCRE DES VERTÈBRES PAR COMPRESSION 211

de l'arthrite déformante, puis les hains dans les mêmes conditions que celles qui ont été indiquées ci-dessus, et enfin Yélectricité conformément aux principes déjà exposés.

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