‹ Traité clinique des maladies de la moelle épinièreChapitre 85 sur 108 · PÉC.J PARALYSIES CONSÉCUTIVES AUX MALADIES AIGUËS · texte numérisé non relu

PÉC.J PARALYSIES CONSÉCUTIVES AUX MALADIES AIGUËS

OU électrique. Parfois la paralysie n'atteint qu'un degré modéré, d'autres fois au contraire elle est telle que le malade ne peut jjIus rien avaler et que la nutrition se trouve fortement compromise. Souvent on observe aussi une paralysie des cordes vocales et de l'aphonie. Dans beaucoup de cas la paralysie en reste là et au bout d'un certa-in temps elle commence de nouveau à rétrograder. Exceptionnellement la guérison se fait déjà au bout de quelques jours, habituellement elle exige des semaines et même des mois. Le seul danger qu'il y ait, est créé par la gène de la déglutition, et en général on en triomphe par des soins bien entendus.

Outre ces symptômes on en observe fréquemment d'autres, en particulier du côté des yeux : l'acuité visuelle diminue, le malade voit des paillettes brillantes au devant des yeux, la vue s'obscurcit, se fatigue vite au point que la lecture et l'écriture sont totalement impossibles. La cause de ces désordres réside, ainsi que l'a démontré Graefe, dans une paralysie de l'accommodation sans mydriase. La pupille est immobile et moyennement dilatée. En même temps on constate souvent des palpitations et de la gêne respiratoire, le pouls est petit, non accéléré. Devant cet ensemble symptomatique, on a cru rationnel d'admettre une névrite du sympathique enflammé dans le pharynx par contiguïté de tissu : cette hypothèse émise par Gubler a été adoptée par Remak et Graefe.

Enfin il se produit un troisième ordre de phénomènes paralytiques qui off"rent le caractère des paralysies spinales; ils suivent parfois de très près la para ■ lysie du voile et peuvent se montrer brusquement. Ils affectent d'habitude la forme paraplégique, et alors l'un des membres est quelquefois plus gravement atteint que l'autre, ou bien ils présentent le type soit de l'hémiplégie spinale, soit de la paralysie croisée. En général la paralysie n'acquiert pas un degré très considérable; le plus souvent le malade meut encore ses membres, bien que les fonctions de ces derniers, la marche, par exemple, soient entravées. La motilité est compromise le plus sérieusement, sinon uniquement ; dans certains cas rares, la sensibilité est atteinte, au point que les malades ne sentent pas le sol et sont obligés de se diriger par la vue : ils ne souflrent presque pas, ils se plaignent seulement de fourmillements et aussi de douleurs articulaires; les sphincters sont libres ou à peine intéressés. La nutrition des muscles aussi bien que leur contractilité électrique subsiste presque toujours sans altération, même lorsque la paralysie persiste pendant longtemps (Duchenne, Remak, Meyer) : le contraire n'arrive presque jamais. Le D"" Pery (de Bordeaux) a publié en 1870, l'histoire d'une jeune fille de 18 ans qui, à la suite d'une diphtérite présenta d'abord une paralysie du voile du palais et quelque temps après une amyotrophie considérable des deux membres supérieurs, notamment des extenseurs des avant-bras. La malade guérit au bout de 3 ans par les bains et la faradisation.

Il est rare que la paralysie affecte une autre disposition, par exemple, qu'un seul membre soit envahi. Chez un malade de Duchenne, les membres supérieurs seuls étaient pris, les inférieurs étaient indemnes. Les muscles de la nuque et du tronc ne sont frappés qu'exceptionnellement. L'ataxie aiguë a été notée à plusieurs reprises, entre autres par Eisenmann, Brenner, Grainger Stewart^'*; néanmoins les descriptions de ces auteurs laissent toutes à désirer.

11 peut aussi se développer à la suite de la diphtérite, comme après d'autres maladies graves, une faiblesse nerveuse: ce n'est pas de la paralysie proprement dite, seulement les muscles manquent de vigueur, se fatiguent rapidement et sont incapables de fournir un travail soutenu. Le moral est atteint d'une faiblesse et d'un manque d'énergie analogues : il y a prédisposition aux idées tristes,

(1) StewaH,B(iin'>. wd. Journal, iS70,mai. Onitco cafea of diphtheriticparali/sinsimuJaling locomotor ataxy. Dans ces deux tas il se dé^'lara une ataxie trés-ni-tte aiirès la paralysie du voile. — Fn outre, A--W. Foot, Locomotor ataxy subséquent to diphlheria,Recovery (Duhl. Journal ofmf'l. Srii-nre, i8T2, v. MV, p. 17C).. Il s'agit d'un cocher de 31 an« qui était malade depuis un au et ([.li fut guéri par la galvanisation.

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perte de mémoire, etc. On citis un exemple de paralj'sie générale progressive née de cette façon.

La paralysie diphtéritique n'est pas en raison directe de l'intensité de la maladie primitive : on voit des cas graves ne pas être compliqués de paralysie, tandis que d'autres très légers engendrent des paralysies intenses, étendues et rebelles. Il est même arrivé que l'angine diphtéritique était tellement bénigne qu'elle a passé inaperçue, et pourtant il survint une paraWsie consécutive. Les angines simples qui, au rapport de Gubler, ont occasionné des paralysies, sont probablement de ce nombre. Il ne faut pas oublier que les accidents paralytiques ne sont pas seulement la conséquence de l'angine diphtéritique, mais encore de toute atteinte de diphtérite, quel que soit son siège. Phelippeaux (de Saint-Savinien) <')rapporte l'histoire d'une diphtérite cutanée qui, au bout de six semaines, alors que les manifestations cutanées étaient déjà guéries, se compliqua de paralysie des extrémités inférieures, de la langue et du voile. Ces symptômes s'aggravèrent rapidement et enlevèrent le malade en quatorze jours. Il est probable que la diphtérite intestinale (dysenterie) est dans le même cas.

Les paralysies diphtéritiques sont loin d'être rares, elles sont plus fréquentes dans certaines épidémies que dans d'autres. Sur 190 cas de diphtérite, H. Weber n'a observé que 16 fois de la paralysie ; Roger, au contraire, en a vu 36 fois sur 210 cas, c'est-à-dire 16 pour 100. Dans la majeure partie des cas, le voile du palais seul est pris et les autres paralysies sont beaucoup plus rares. Ces particularités, du reste, varient avec les épidémies.

Le pronostic est en général favorable. La vie rarement menacée par suite des troubles de la déglutition ; et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on a vu la paralysie progresser graduellement et amener la mort en envahissant les mus- clés respiratoires. Les autres cas, et ce sont de beaucoup les plus fréquents, ont une heureuse issue, mais la durée est généralement longue et la guérison se fait parfois, attendre une, deux ou trois années. La paralysie du voile, quand elle est légère, disparait parfois très vite après quatre à six semaines, mais elle peut durer des mois entiers : celle des membres ne se guérit presque jamais qu'au bout de plusieurs mois.

2. Paralysies consécutives au typhus. — Parmi toutes les paralysies consécutives aux maladies aiguës, celles qui surviennent à la suite du typhus ont été les plus anciennement connues. Graves (de Dublin) en fait formellement mention; Ollivier en a cité des exemples, de même que Monneret<->, Rilliet et Barthez. Macario, etc. Depuis Gubler, elles ont été envisagées d'un point de vue plus général et on s'est rendu compte de leur fréquence relativement grande. Aussi peuvent-elles revendiquer la première place après les paralysies diphtéritiques et J ont -elles été l'objet de nombreuses publications (''). ■

Les symptômes nerveux multiples qui ont fait donner au typhus le nom de « fièvre nerveuse » apparaissent soit dans le cours de la maladie, soit après son déclin. Chez les sujets jeunes et surtout chez les femmes, on a observé souvent

(1) Phelippeaux (de Saint-Savinien), Bulletin de thérapeat., 1867, t. LXXII, p. 220. — Diphtérie cutanée, paralysie générale consécutive.

(2) Monueret et Fleury (Compend. de méd. pratique, Paris, 1846, t. VIII, p. 213), disent qu'on n'observe pas dans la iiévre typhoïde une paralysie proprement dite, mais une faiblesse musculaire extrême.

(3| Macario, loc. cit. — Gubler, loc. cit. — Griesinger, Maladies infectieuses, traduit par le docteur G. Lemattre, 2' édition revue et annotée par Vallin . — Duchek, Wochenhltttl der Zeitschrift fur ^rtz in Wien, XXII, 1877, p. 37-39. — 'Lanà&i (Ae 'Ronen). Remarques sur les paralysies esseniielles consécutives à la fièvre typhoïde iGaz. méd. de Paris, 1861, n" 19.) — E. Fviiz, Étude clinique sur les divers symptômes spinaux observés dans la lièvre typhoïde, thèse de Paris, 1SC4. — Bailly, Des paralysies consécutives à quelques m^tindies aiguës, Paris. 1872. — Nothnagel, Dienervosen Nnclikrankheiten des Abdominallyphus (Deutsches Archiv fur klin. Med., Band IX, p. 489-524.)— O. Beryer, i'm Fall von halbseit iger Lahmung im Verlauf des Darmstyphus (Berl. klin. Wochenschr., 1870, n° 30 et 31).— M. Bernhardt, Zur Pathologie der radialis Paralysen (Arch. f. Psychiatrie u. Nervenkrankheiten 1874, Band IV, p. 601). —Consultez aussi les ouvrages de Rosenthal. Traité des maladies du système r»(?>-c«tt.r (traduction par le docteur Lubaiislu), Eulenburg, Benedict, Jaccou^, Laveran et Teis!?ier, e^fi.

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dès la première période une hyperesthésie cutanée très vive qui n'est comparable qu'à celle qui accompagne la méningite spinale. Les malades se crispent au moindre pincement ou à la moindre pression de la peau ou des muscles. L'hyperestliésie reste d'ordinaire bornée aux membres inférieurs, mais elle peut aussi occuper le tronc, la poitrine et même les bras. Maintes recherches auxquelles nous nous sommes livré nous ont convaincu qu'il n'existait dans ces cas aucune altération appréciable soit à l'œil nu, soit au microscope ni dans la moelle, ni dans les méninges rachidiennes, ni dans les troncs nerveux ; nous n'avons même jamais rencontré une congestion bien manifeste des plexus veineux intrarachidiens. Cette hyperesthésie n'a d'ailleurs aucune influence ni sur la marche de la maladie ni sur le pronostic ; elle dure en général autant que la fièvre et ne nécessite aucun traitement spécial. Il ne se manifeste jamais de douleurs spontanées, mais les manipulations auxquelles on est obligé de soumettre le malade, par exemple pour le mettre dans le bain et l'en retirer, lui sont pénibles.

L'anesthésie et l'analgésie cutanées ont été signalées par Fritz ; elles doivent être rares, car pour notre compte nous ne les avons jamais notées.

Il se produit quelquefois dans la seconde période de la maladie des symptômes qui simulent une méningite: ils ont été décrits avec soin, il y a quelques années, par Ducheck et nous avons eu nous-même occasion d'en observer des exemples. Ils consistent non-seulement en raideur de la nuque et en hyperesthésie, mais encore en convulsions de la face, en strabisme, en ptosis et même en paralysie faciale. Ducheck pense qu'ils ne dérivent pas d'une lésion anatomique des centres nerveux, mais qu'ils sont dus à l'altération du sang ; pour notre compte, nous croyons qu'il existe dans beaucoup de cas un certain degré de méningite, la preuve, c'est que l'on sait pertinemment que des typhus graves ont présenté à l'autopsie les lésions de la méningite exsudative (Griesinger, Buhl, Erb) <*>.

Parmi les paralysies consécutives au typhus et apparaissant pendant la convalescence, nous citerons :

1). La 'paralysie de certains tnuscles ou groupes musculaire. Pour les nerfs crâniens, on a noté la paralysie faciale et le strabisme. Quelquefois il se produit une paralysie du voile avec nasonnement. absolument comme après la diphtérite et même avec des troubles de l'accommodation, ce qui rend l'analogie plus complète encore (riubler). La paralysie des cordes vocales a été signalée à diverses reprises (Traube, L.Tiirck, Nothnagel), tantôt elle était complète, et alors il y avait de l'aphonie, tantôt elle était incomplète et il n'existait que de l'enrouement. D'autres fois la paralysie a frappé les membres. Meyer a décrit des paralysies dans le domaine du nerf cubital; Nothnagel en a rapporté également plusieurs exemples. Le malade de Meyer présentait concurremment de laparésie en d'autres points; ceux de Nothnagel éprouvaient des douleurs névralgiques dans les bras, des faiblesse de toute la main, une paralysie complète avec atrophie et diminution de la contractilité électrique ; une fois on nota aussi des douleurs dans les deux mollets. M. Bernhardt a observé dans le domaine du nerf radial l'exemple de para lysic que nous avons relaté p. 530. Nous avons vu nous-même une atrophie musculaire considérable de tout le bras droit, y compris les muscles de l'épaule, dont le début avait été marqué par de vives douleurs <^>. En ce qui concerne les membres inférieurs, on possède plusieurs exemples de paralysie avec atrophie dans les muscles innervés par le musculo -cutanée et dans presque tous ces cas les malades accusaient de la douleur. D'autres groupes musculaires ont aussi été atteints, ainsi Benedict a vu une faiblesse paralytique de la jambe droite avec atrophie du triceps crural correspondant; Kraft-Ebinga (^) constaté de la parésie des adducteurs de la

(1) Voyez aussi L. Lereboulli^t : De quelques complications cirébro-spinales de Iq fii^vre typhoxJe Gaz. hehd., 187 T, p. IQ.'Î et 229.)

(2) Voy. ci-dessous, p. 539, obs. I.

(3) H'^aft-IShing, Benpachlnngeii und ICyfilifKuner} tiber Typli. "hdom., 18T1,

53G affections; spinales SEGONDAIRBS [ pathoi..

cuisse avec de l'hyperalgésie dans la région du nerf saphéne. On a également rencontré à plusieurs reprises une paralysie des deux côtés à la fois des nerfs se rendant aux muscles pérouiers (2 cas de Surmay) O.

Toutes les paralysies que nous venons deciter étaient circonscrites, limitées à un nerf donné, accompagnées de douleurs au début et parfois d'anesthésie. L'épreuve par l'électricité démontrait qu'il s'agissait très probablement de névrites péripliériques. L'autopsie relatée par Bernliardt reste encore unique jusqu'à ce jour. Disons toutefois qu'il ne faut rien préjuger, et quelques-unes de ces paralysies circonscrites avec amyotrophie pourraient bien tenir à une lésion des centres nerveux.

2). Paralysies à type spinal. — La plupart des paralysies typhiques appartiennent à ce groupe, qui, bien qu'homogène, présente de nombreuses variétés.

a). Dans ane série de cas qui se rapprochent le plus du type des paralysies asthéniques de Gubler, il existe une paralysie du mouvement seul; d'habitude elle est bwrnée aux extrémités inférieures. Elle se montre pendant la convalescence au moment où les malades recommencent à marcher ou à travailler: ils fléchissent sur leurs jambes et ne peuvent se tenir debout ou marcher que très peu de temps ou même pas du tout, à moins d'être soutenus. Le degré de la paralysie varie depuis la faiblesse paralytique jusqu'à une paralysie bien caractérisée; toutefois celle-ci ne devient que rarement complète. Presque toujours elle porte exclusivement sur lamotilité et n'intéresse que les membres inférieurs; les muscles ne s'atrophient pas d'une manière appréciable, les sphincters restent libres, il n'y a aucune douleur, simplement un peu d'hyperesthésie cutanée chez quelques malades. La faiblesse musculaire va en augmentant pendant plusieurs semaines, puis elle rétrocède sous l'influence d'un traitement approprié ; néanmoins il peut s'écouler des mois et même des années avant que les muscles aient recouvré la force et la puissance de travail qu'ils avaient antérieurement.

b). Amy atrophies étendues p^résentant le type des 'maladies spinales. — Benedict (^) cite deux cas d'atrophie musculaire consécutive au tj'phus. Nous avons eu occasion de voir à Kônigsberg une jeune fille de onze ans qui avait été atteinte de typhus quatre ans auparavant et qui en avait conservé une amyotrophie demeurée stationnaire : il y avait au tronc et aux membres des amyotrophies très étendues que nous ne saurions mieux caractériser qu'en les comparant aux pseudo-hypertrophies de moyenne intensité, seulement avec cette difterence que l'hypertrophie des mollets faisait défaut : à part cela tout dans l'atrophie des muscles du dos, dans l'attitude du corps, dans la marche, etc., rappelait la paralysie pseudo-hj-pertrophique.

Ici viennent se placer aussi les paraplégies compliquées d'amyotrophie. Chez un enfant de huit ans qui avait été atteint de typhus à l'âge de deux ans, Benedict constata une paraplégie avec atrophie des muscles et des os : les accidents dépendaient-ils du typhus ou étaient-ils du domaine de la paralj^sie infantile? c'est une question que nous ne discuterons pas en ce moment. Nous avons vu également se développer graduellement chez des adultes, durant la convalescence, de la faiblesse et de l'atrophie musculaire; en général il y avait également des douleurs vives dans les jambes et de la sensibilté à la pression ; une fois les sphincters étaient légèrement atteints, ce qui dénotait que la moelle était intéressée. Un de ces malades présentait une atrophie et une hyperesthésie des jamb js tellement torte que la marche était totalement impossible : cet état s'améliora considérablement après sept mois de traitement et le sujet put quitter l'hôpital et regagner sa demeure sans canne. Chez un autre patient dont les sphincters étaient paralysés,

(1) Surmay, Arch. gén. deméd., Paris, 1865, I, p. 678.

(2) Benedict, Electrothérapie, p. 457

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l'atrophie était moins considérable, mais on n'obtint pas une amélioration aussi prompte ni aussi grande que chez le précédent.

Ces amyotrophies à type spinal doivent être en partie rapportées à la moelle et d'une manière plus précise à la substance grise. Cependant, il est possible que plusieurs d'entre elles tiennent à des névrites et soient d'origine périphérique, et que la moelle ne soit alors intéressée que par propagation et pour ainsi dire secondairement : la preuve de ce que nous avançons nous est fournie d'une part par l'existence de symptômes névritiques tels que la douleur et l'hyperesthésie, et de l'autre par la marche si souvent bénigne de l'affection. En effet, si nous rapportons ces amyotrophies à une atrophie des cellules nerveuses motrices, il sera difficile de comprendre comment elles peuvent disparaître en très peu de temps, après six mois d'existence par exemple : cette marche est au contraire la règle dans les atrophies périphériques dues à une névrite.

c) Le typhus peut encore occasionner-un troisième ordre d'accidents spinaux, à savoir, des contractures avec hyperesthésie : elles occupent en général un seul membre inférieur ou tous les deux et débutent par de la faiblesse combinée avec de l'hyperesthésie cutanée et musculaire ; en même temps il survient une légère contracture du genou, laquelle disparait momentanément ou définitivement sous l'influence du courant continu. Cette contracture devient parfois plus prononcée et plus étendue : en même temps que l'hyperesthésie gagne en force, le genou se tléchitdeplus en plus et la contracture peut atteindre un degré tel que le talon touche la fesse et que le genou est complètement immobilisé dans cette attitude : en général, la lianche demeure à peu près libre. Nous avons vu une fois une contracture de ce genre qui était restée limitée à l'un des membres inférieurs et qui avait amené une atrophie musculaire considérable, et une autre fois une contracture analogue qui s'étendait aux deux membres inférieurs ; chez ces deux malades, les accidents persistaient depuis plusieurs années sans modification aucune, et il n'y avait ailleurs aucun autre symptôme de paralysie. D'autres fois ces accidents n'atteignent pas un degré aussi avancé, mais en revanche ils restent moins localisés : les douleurs se font sentir dans les reins, s'étendent le long de la colonne vertébrale et les membres supérieurs sont envahis à leur tour par de la douleur, de la faiblesse paralytique et de légères contractures.

La durée de ces accidents a embrassé plusieurs mois chez nos malades, mais leur évolution se faisait en général d'une façon bénigne, la paralysie n'atteignait jamais un degré très prononcé, la faiblesse paralytique et les contractures, lorsqu'elles n'étaient pas trop anciennes, aboutissaient à la guérison ; les cas anciens qui remontaient à plusieurs années étaient au contraire incurables.

En l'absence d'autopsies, il est difficile de dire avec certitude la nature du processus, mais les symptômes font croire qu'il s'agit également ici d'une névrite qui de proche en proche gagne la moelle et que ces aftections suivent la même marche que cette paralysie dysentérique dont nous avons raconté l'histoire et qui s'était étendue aux méninges (myélo-méningite) (V. p. 520). L'analogie est d'autant plus complète que nous avons vu à plusieurs reprises la parésie à marche ascendante affecter la forme croisée.

d) Le typhus a aussi donné lieu à plusieurs cas de paralysie ascendante aiguë. Nous n'entrerons pas ici dans de plus amples détails au sujet de cette affection encore si obscure et nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit à la page 501. Nous nous contenterons d'emprimter à Leudet l'exemple suivant :

Remarques sur les paralysies essentielles consécutives à la fièvre typhoïde, à propos d'un fait de paralysie ascendante aiguë rapidement mortel, survenu dans la convalescence de cette pyrexie (Gaz. méd. de Paris, 1801, 19) « Fièvre typhoïde peu grave sans acccidents cérébraux ; vers la troisième semaine

53^ AFFECTIONS SPINALES SECONDAIRES [pathol.

de la maladie, convalescence commençante;sjmptômes paralytiques du mouvement commençant dans les deux jambes et s'étendant progressivement de bas en haut ; paralysie des quatre membres; asphyxie, intégrité absolue de l'intelligence jusqu'au moment de la mort, qui arrive sept jours après l'apparition des premiers accidents de la paralysie. Intégrité du cerveau et de la moelle. — Ulcérations des plaques de Peyer en partie cicatrisées. »

e). Nous avons déjà dit que le typhus pouvait conduire à Vataxie aiguë. (Westphal, Ebstein).

3) Paralysies affectant le type cèrèhral. — Disons en passant que les fonctions psychiques peuvent être troublées à la suite de typhus graves, qu'il y ait ou non de la paralysie. Des troubles intellectuels avec idées lixes ne sont pas rares dans le cours du typhus et pendant la convalescence. Une des conséquences les plus habituelles de la maladie est la perte de la mémoire, qui est parfois très prononcée et très persistante. On a aussi observé une diminution des capacités intellectuelles, le manque d'énergieet de volonté et la dépression morale ; (xubler dans un cas a vu de la mélancolie ; nous avons assisté au développement d'une paralysie générale à la suite d'un typhus. Nous avons déjà mentionné les troubles psychiques qui compliquent quelquefois l'ataxie aiguë et les paralysies en général. Les paralysies à type cérébral consécutives au typhus sont très rares : elles affectent la forme hémiplégique et s'accompagnent souvent de troubles de la parole. Gubler (loc, cit. p. 406) en a relaté un exemple : il y avait une hémiplégie droite très intense intéressant la motilité et la sensibilité, avec perte de la parole ; peu à peu ces accidents disparurent : ils s'étaient montrés au fort de la maladie au milieu de manifestations cérébrales évidentes. Un autre symptôme a été rapporté par Scoresby Jackson W : le premier jour de la convalescence d'un typhus fut marqué par l'apparition d'une paralysie faciale droite avec aphasie ; au second jour se montra une hémiplégie droite : ces symptômes disparurent graduellement. Deux autres observations sont dues à M. Benedict : dans l'une il y avait hémiplégie droite, difficulté d'articuler et troubles intellectuels, dans l'autre hémiplégie gauche, tremblement de la parole, amaurose et atrophie du nerf optique. Berger parle d'une hémiplégie qui survint à la cinquième semaine, pendant les premiers jours de la convalescence, avec une perte de connaissance qui dura peu, et qui était accompagnée de troubles de la parole et de la déglutition. Eulenburg a également cité une hémiplégie droite avec trouble de la parole, et Nothnagel a rapporté un fait analogue.

Les autopsies faisant défaut, il n'est pas facile de dire de quel suhstratum anatomique relèvent ces accidents et bien des hypothèses sont possibles. On est en droit de penser à des embolies qui proviendraient de thromboses pulmonaires ou cardiaques. On peut aussi dire par analogie avec ce qui a lieu dans d'autres maladies aiguës qu'on a souvent affaire à une encéphalite secondaire qui se comporte absolument comme la myélite secondaire; ce qui plaide en faveur de cette hypothèse, c'est la lenteur du début et la marche en somme bénigne de l'affection.

Les paralysies typhiques sont relativement fréquentes: dans certaines épidémies elles sont très peu rares : c'est ce qui a eu lieu en 1870-71 ; par contre il s'écoule souvent plusieurs années sans qu'on ait occasion d'en observer un seul exemple. La marche est la même que pour toutes les paralysies consécutives à des maladies aiguës : le début coïncide ordinairement avec celui de la convalescence, | rarement il se fait pendant l'acmé de la maladie et rarement aussi à la fin de la

(1) Scoresby Jackson, £dm6it>'j(/i mnl. Journal, 1867, Janvier,

(2) Berger. Ein Fall von hnlbu'Uiger Làhmung im Verinuf defs Darmstyphus (Berl, kiin. Wochen, sWn-., 1870, n-30et 31). ' ' ■*

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3onvalescence. Il est en général lent et insensible, toutefois on a vu survenir brusjuement une hémiplégie ou une paraplégie. La marche est ordinairement traî aante ; la guérison se fait attendre longtemps, la terminaison par la mort est exceptionnelle.

Le i^ronostic est en somme assez favorable, surtout lorsqu'on a affaire à une évrite ; en revanche, il doit être plus réservé lorsqu'il existe des lésions persistantes dans la moelle ou le cerveau : l'atrophie musculaire, l'ataxie, la paralysie ascendante sont les symptômes les plus graves. Quoi qu'il en soit, on a vu guérir de ces accidents secondaires à quelque forme qu'ils appartinssent, et dans ta plupart des cas on est parvenu à les améliorer.

Observation I. — Paralysie typhique. Atrophie des muscles de l'épaule et du bras droit (névrite?). — De H..., sujet bien musclé et bien constitué, âgé de 25 ans, a été atteint de fièvre typhoïde dans le courant de novembre 18t3S. Dans les premiers jours Je 1869, il était suffisamment rétabli pour pouvoir quitter le lit. Quelques jours plus tard, en voulant lever le bras droit, il s'aperçut, dune certaine faiblesse dans l'épaule, et il attribua cet accident à un effort qu'il avait fait : pour essayer ses forces, il avait tenté de soulever avec le bras droit un poids de 50 livres, et une autre fois une lourde chaise. Il espéra, mais en vain, que cette faiblesse disparaîtrait comme elle était venue : elle alla, au contraire, en croissant de jour en jour et s'accompagna de douleurs dans l'articulation scapulo-humérale : le malade ne tarda pas à s'apercevoir que son épaule droite était plus déprimée et plus portée en avant que la gauche. La douleur consistait tantôt en une sensation de faiblesse dans le bras et l'épaule, tantôt dans des tiraillements et des déchirements qui occupaient les mêmes points et s'étendaient jusquedans les pectoraux, lesquels étaient devenus complètement fiasques. C'est à ce moment que le malade vint nous trouver : on était alors au mois de février 1869. — L'épaule et le bras droits sont pendants et portés légèrement en avant, et leurs muscles sont amaigris : cet amaigrissement se poursuit même sur le côté interne de la région cervicale correspondante et les régions sus et sous-claviculaires sont plus déprimées à droite qu'à gauche. L'épine de l'omoplate droite est plus saillante et l'angle de cet os est un peu abaissé. Le trapèze droit est plus grêle que le gauche et il présente, de même que la portion claviculaire du sterno-mastoïdien correspondant, des tremblements fibrillaires manifestes. Le grand pectoral droit est amaigri, ainsi que le deltoïde, ce qui fait que l'épaule est moins bombée de ce côté qu'à gauche. L'atrophie des muscles est presque insignifiante, sauf celle du biceps qui est très appréciable. Du reste, d'une façon générale, elle n'est nulle part ailleurs aussi accusée que dans le grand pectoral et le deltoïde. Tous les muscles se contractent sous l'influence de la volonté et pourtant le malade ne ]ieut lever son bras plus haut que l'horizontale : ces mouvements provoquent d'assez vives douleurs dans l'épaule, il en est de même des mouvements imprimés à l'articulation, lesquels permettent en outre de percevoir un léger frottement des surfaces articulaires. A la jjalpation, on sent les muscles atrophiés plus mous et plus flasques : la sensibilité cutanée est éiialement un peu diminuée à l'épaule droite. La pression du plexus brachial n'est pas douloureuse; il n'en est pas de même de celle du nerf sus-scapulaire à son point d'émergence. La sensibilité électrique de la peau est un peu diminuée à droite, particulièrement au niveau du trapèze, du grand pectoral du sus et du sous-épineux. Les muscles réagissent bien moins, sous l'influence du courant induit, à droite qu'à gauche : le sus-épineux et le rhomboïde ne se contractent que faiblement et encore faut-il pour cela un très fort courant : le trapèze et le grand pectoral sont plus sensibles au courant. En employant le courant contiim, on détermine des contractions dans le grand pectoral avec 16 éléments, dans le rhomboïde avec 2Q, dans le trapèze et le sus-épineux avec 24 : à gauche, on obtient les mêmes effets avec 10 ou 12 éléments. En plaçant le pôle négatif sur la colonne cervicale, le positif sur le médian, si l'on vient à renverser le courant, on détermine à droite des contrac lions plus énergiques qu'à gauche.

Le traitement consista dans l'emploi du courant continu. D'abord les douleurs et la faiblesse semblèrent empirer et l'on fut obligé de ne faire usage que des courants très faibles et de renoncer aux renversements du courant. Pendant quelque temps, on galvanisa le sympathique à la région cervicale. Au bout de j)lusieurs semaines de cette pratique, on avait obtenu une amélioration sensible, et, dès le 10 mars, le malade pouvait lever le bras plus haut que l'horizontale et ne ressentait plus aucune douleur. .A.U bout de deux mois de traitement, la guérison futà peu près complète.

OusKRVATioN II. — Piira])lri/ie ti/pJiique avec contracture. — M"" M..., âgée île 24 ans, entre le 28 mars 1871 à rhôjjital de Kônigs'ierg : elle avait été atteinte de la lièvre typhoïde le 13 janvier précédent et n'avait jilus quitté le lit depuis cette époque. Elle était restée plongée, jusqu'au milieu de février, dans une espèce de somnolence, et lorsque, dans les premiers jours de mars, elle voulut essayer de s'asseoir sur .*;on lit, elle s'aperçut qu'elle ne pouvait renuier ni les membres inférieurs ni le bras gauche; le bras droit seuj n'ptajt pas jiaralysé. Elle n'avait jamais éprouvé ni douleurs, ni picoternents, ni fourfpjllenipnl,!), w\ an^sthésie, ni hyperesthésie,

540 AFFECTIONS SPINALES SECONDAIRES ' [pathol.

Lorsqu'elle eut pleinement repris connaissance, t'ile eut aussi des sensations de paillettes hrillanter. ■ dans l'œil droit. L'acuité visuelle diminua rapide::. eut dans ce dernier et s'éteignit tout à lait eajt quelques jours.

État actuel. 3 avril 1871. La malade est assez bien constituée, ses nmscles sont grêles, l'em» bonpoiut médiocre. La i)hysionomie est celle d'une personne bien portante, la face est colorée.

La malade reste plus volontiers couchée sur le dos, parce qu'elle se trouve plus commodément

dans cette jjosition, mais elle peut aussi se coucher sur le côté pour peu qu'on l'y aide un peu, elle est également capable de se dresser sur son séant en s'aidant de la corde fixée au-dessus de son lit. Elle se plaint d'être paralysée îles deux jambes et du bras gauche. Pas de fièvre, appétit assez bon; selles diarrhéiques. Pas de paralysie faciale, staphylome de l'œil droit, le gauche est intact, la sensibilité de la face est normale, la déglutition et la parole ne sont nullement gênées. Le bras gauche est un peu plus maigre que le droit, mais les deux ont la même coloration et la même température. La sensibilité est complètement intacte à gauche; elle était passablement diminuée cesjours passés. Il y a encore quelques picotements au bout des doigis, mais à part cela, ni douleurs ni hyperesthésie. La malade remue assez difficilement son bras gauche, mais avec un peu d'effort elle parvient à le lever aussi haut que le droit. Elle peut saisir un verre plein d'eau placé sur lu table et le soulever sans en renverser une goutte, seulement on la voit trembler légèrement. Lorsqu'elle est tranquille, on ne constate ni tremblements fibrillaires ni autres. Lorsqu'on dit à la malade d'opposer une résistance avec son bras gauche, elle le fait avec une assez graude force, de même sa main gauche serre aussi fortement que la droite.

Les mouvements des jambes se font avec une difrîculté extrême, et la malade est obligée de faire les plus grands efforts pour plier et soulever légèrement les genoux. Pas de contracture. Lorsqu'on cherche à fléchir ou à étendre le genou, on rencontre une résistance assez considérable. La jambe gauche est un peu plus faible que la droite. Pas de tremblements d'aucune sorte. La sensibilité est à peu prés intacte, depuis quelques jours seulement; naguère de fortes piqûres d'épingles étaient a peine ressenties, aujourd'hui, les plus légères le sont ; cependant la malade ne peut pas toujours dire si on la touche avec la tête ou avec la pointe. La température est égale aux deux jambes, mais elle parait légèrement abaissée. Il n'y a pas de douleur, mais seulement des fourmillements et des picotements depuis le genou jusqu'à la plante des pieds. En outre, il semble à la malade que son genou gauche est comme gonflé. La miction est normale. Le traitement consiste en un régime tonique et dans l'emploi du courant continu.

17 avril. Le bras gauche se meut assez librement, mais il existe encore une certaine difficulté pour exécuter des mouvements étendus de l'épaule, par exemple, pour mettre la main sur la tête ou derrière le dos ; en le faisant elle tremble légèrement. La vigueur des deux bras est à peu près égale et la malade peut s'appuyer sur le gauche lorsqu'elle se dresse sur son séant. Les genoux sont légèrement fléchis et le droit un peu contracture. La patiente est incapable de les étendre complètement, et pour y arriver soi-même on est obligé d'employer une certaine force. Il y a de l'amaigrissement dans les deux jambes, surtout dans la droite; léger œdème autour des malléoles. La malade dit que sa jambe gauche est en meilleur état que la droite, et que lorsqu'elle est assise dans un fauteuil elle peut se dresser un peu sur celle-ci, tandis que l'autre fléchit immédiatement. Elle ne peut marcher même étant soutenue. Elle parvient, après avoir fléchi légèrement le genou, à soulever le talon droit de dessus son lit; à droite cela est complètement impossible. Elle peut fléchir complètement les deux genoux, mais avec beaucoup de peine et très lentement. Lorsqu'on invite la malade à presser avec la plante des pieds sur la main qu'on lui oppose, elle exerce une assez grande pression qui est plus considérable à gauche. Lorsqu'on cherche à étendre et à fléchir le genou, elle n'oppose qu'une faible résistance. La sensibilité est normale et la malade sent bien le sol ; le sens thermique est également conservé. Actuellement il n'y a pas de douleurs, S''ulement ces jours passés il y a eu pendant qu-lques heures des lancées douloureuses qui s'étendaient depuis les genoux jusqu'aux malléoles. Le genou gauche est un peu gonflé, mais n'est pas sensible à la pression. Depuis les genoux jusqu'à la pointe des pieds il semble à la malade « que les pieds sont endormis et sur le point de se réveiller. » Cette sensation est persistante, mais pas autrement pénible. Les sphincters fonctionnent bien.

5 mai. La malade dit qu'après chaque séance de galvanisation, il lui est plus facile d'étendre ses genoux (le pôle jwsitif était placé sur la dernière vertèbre dorsale et le pôle négatif sur le point d'émergence du sciatique); le résultat obtenu se maintient jusqu'au lendemain et ne se perd jamais tout à fait, aussi l'extension du genou droit devient-elle de plus en filus facile.

12 mai. L'extension du genou droit se fait complètement et sans douleur. La malade parvient à rester debout pendant quelques instants en se tenant à une chaise, et même à s'appuyer sur sa jami)e droite. Ces essais ne sont pas douloureux, seulement elle ressent de temps en temps des picotements dans les jandies à partir des genoux. Tout le membre inférieur droit est plus maigre et plus fla.sque que le gauche ; celui-là est légèrement hyperesthésie. Les mouvements du bras droit sont complètement libres.

PÉc] PARALYSIES CONSECUTIVES AUX MALADIES AIGUËS 541

20 mai. La malade peut, étant couchée, remuer assez librement ses jambes. Elle parvient iiaintenant à se tenir debout sans s'appuyer, et elle peut faire quelques pas quand on la sou-

ent. Elle quitte l'hôpital dans les premiers jours de juillet à peu près complètement guérie.

Observation III. — Fièvre typhoïde suivie de paralysie et de contracture.— A.. R. cou-

Urière, âgée de 21 ans entre le 6 février 1874 à l'hôpital de Kônigsberg ; elle était déjà entrée

ne première fois six semaines auparavant pour une fièvre typhoïde qui n'avait rien présenté de

articulier;au bout de trois semaines elle avait été en convalescence; elle essaya de se lever il

a quinze jours, mais elle s'aperrut que ses jambes se fatiguaient vite et elle ne put pas rester ebout plus d'une minute : en se rasseyant ses jambes furent prises d'un tremblement qui alla roissant et qui la força à reprendre le lit; le calme se rétablit aussitôt qu'elle fut étendue.

État actuel. 8 avril 1874. La malade est bien constituée et jouit d'un bon embonpoint. Les ras ont la pleine liberté de leurs mouvements et ne tremblent pas. Elle se plaint de douleurs ersistantes dans le coude et le poignet gauches : ces deux articulations ne sont ni rouges ni jméfiées, mais très sensibles à la pression ; il y a aussi un peu d'hyperesthésie dans les muscles e l'avant-bras correspondant. La main gauche serre plus faiblement que la droite, la malade it qu'elle s'en est aperçue dés les premiers jours de la convalescence. Le bras gauche est un eu plus maigre que le droit. La malade étant couchée, les mouvements des membres inféieurs s'exécutent librement et sans tremblement; les muscles sont sensibles à la pression, urtout à gauche ; elle se plaint de picotements depuis les genoux jusque dans les pieds, mais urtout de douleurs dans le genou et le cou-de-pied, et ces articulations sont sensibles à la ression. Lorsque la malade cherche à se tenir debout, ses genoux fléchissent instantanément. )uand on la soutient, elle peut se traîner un instant, mais ne soulève pas ses pieds qui lissent sur le sol. Lorsqu'elle s'assied, les jambes sont d'abord prises d'un léger tremblement t bientôt agitées par de violents mouvements convulsifs qu'elle ne parvient à maîtriser qu'en tendant les jambes horizontalement sur une autre chaise. Ces convulsions commencent oujours par la jambe gauche d'abord et acquièrent de ce côté leur plus grande intensité. Les phincters sont libres et l'état général est bon.

14 avril. La malade se plaint aujourd'hui de douleurs dans tout le côté gauche et parliculièement dans les articulations du membre inférieur, dans l'épaule et dans le devant des derliers espaces intercostaux. Il existe de l'hypéresthésie dans tout le côté .et les membres sont )Ius faibles que ceux du côté opposé.

20 avril. La malade accuse toujours dans tout le côté gauche, de vives douleurs accompagnées l'une sensation de pesanteur, d'incertitude de la marche et de tremblements dans les jambes. Les eux bras ont la même température et le même volume, seulement, au dire de la malade, le auche est plus faible que le droit, et, en effet, la main de ce dernier côté serre plus énergiquenent que l'autre ; de même, quand on cherche à étendre le coude gauche, la malade oppose )ien moins de résistance qu'à droite. Les bras ont leurs mouvements parfaitement libres, et m n'y constate aucun tremblement. — A droite, la sensibilité est normale ; à gauche, il y a me hyperesthésie manifeste, en arrière comme en avant. La malade accuse comme étant partiulièrement douloureux et le siège de lancées, un point situé légèrement en dehors de l'épine liaque antérieure et supérieure, et la circonférence inférieure du thorax, depuis les apophyses pineuses jusqu'à la ligne blanche.

Les extrémités inférieures ont même coloration et même grosseur : le genou gauche est légè- ■ement fléchi, et la malade dit qu'eu cherchant à l'étendre elle éprouve de vives douleurs dans e creux poplité : les tendons de cette dernière région sont fortement tendus, on ne saurait étendre •empiétement le genou, tant les douleurs sont vives. Les mouvements du membre inférieur auche sont lourds et extrêmement laborieux, et la résistance que ce membre peut opposer est oin d'être aussi considérable qu'à droite. La malade ne marche qu'en se cramponnant aux neubles et il lui est impossible de s'appuyer sur sa jambe gauche à cause de la douleur d'abord (t ensuite parce que le genou fléchit instantanément. Même étant couchée ell- éprouve des louleursdans cette jambe qui, en outre, est sensible à la ju-ession. Le sens tactile est no. mal ;t il n'existe pas de fourmillements. Les tremblements ont disparu, au point que la malade a pu ■ester hier trois heures assise sur une chaise sans en ressentir. Les sphincters sont libres.

3 mai. 11 n'y a presque plus de contractures dans le genou gauche, li malade s'appuie un peu ,ui- cette jambe et marche plus ficilement Le bras gauche est toujours plus laible que le Iroit : il en est de même de la main. Il existe encore quelques douleurs en arr.ere, au niveau les fausses côtes, mais à gauche seulement. La jambe gauche est un peu plus maigre que la Iroite : le cou-de-pied est libre ; le geno-j, au contraire, joue encore diificilemont et estdoul.rreux quand on cherche à l'étendre : le creux poplité est sensible à la pression. La peau de la ambe gauche u'otlre rien de pi.rticulier dans sa coloration ni dans son système pileux, seulement sur tant sont un peu

542 AFFECTIONS SPINALES SECONDAIRES [pathol.

la jambe. La pression des branches nerveuses est douloureuse à Faisselle et au bras gauche. La température axillaire est de 37°, 4 à gauche, de 37o,7 à droite. Pas d'amyotrophie.

Le traitement employé a été le même que dans l'observation précédente et la malade est sortie guérie le 15 juillet.

Observation. IV. — Paralysie d'origine typhique — Contracture. — G..., négociant, âgé de 36 ans, entre à l'hôpital de Kônigsberg le 24 juin 1871. Il dit s'être toujours bien porté jusqu'en novembre 1870. A cette époque il fut pris de fièvre et de diarrhée, avec douleurs abdominales, délire, perte de connaissance, etc. Il entra en convalescence au bout de quatre semaines, mais \i était atteint de rétention d'urine et de ténesme vésical. On lui prescrivit des bains chauds'' qu"il continua jusqu'au milieu de janvier : les trois premiers lui firent du bien ; avec le qua triéme survinrent de nouveaux accidents : il avait été obligé de se tenir dans le bain les jambes fortement fléchies, parce que la baignoire était trop courte, et lorsqu'il vouhit les redresser en sortant de l'eau il ne le put pas. Un fut obligé de le porter dans son lit. Le genou était rigide, les tendons des fléchisseurs étaient fortement saillants. Tant que le malade ne bougeait pas il ne souffrait pas; mais, dés qu'il cherchait à étendre sa jambe, il éprouvait des douleurs dans le creux poplité. La contracture s'amenda un peu par la chaleur du lit; mais, à dater de ce jour, il n'a plus pu marcher. Rien à noter du coté de la sensibilité. Constipation opiniâtre.

État actuel. 29 juin 1871. Bonne constitution, face pâle, pas de fièvre. Le malade ne peut quitter le lit, il se plaint d'être paralysé des jambes, de n'uriner qu'avec beaucoup de difficulté et d'avoir des douleurs de reins. Ces dernières sont localisées et ne se montrent que lorsqu'il est resté quelque temps assis dans son lit et elles disparaissent aussitôt qu'il est de nouveau étendu : elles correspondent aux dernières vertèbres lombaires et à la base du sacrum. Il n'exisle aucune sensation de cercle étreignant le corps. Les bras sont complètement indemnes. Que le malade soit assis ou couché ses genoux et ses hanches restent constamment fléchis ; mais ces dernières, de même que les coudes-pieds et les orteils, jouent bien. Les genoux sont fléchis à angle droit ! et les tendons des fléchisseurs sont fortement saillants à la région poplitée : le malade peut à ! volonté compléter la flexion, mais il ne parvient pas à étendre les jambes au delà de l'angle ! droit; quand on cherclie soi-même à les étendre on rencontre une résistance invincible qui est égale des deux côtés. Les muscles sont flasques et amaigris, surtout ceux de la jambe. Pas de mouvements convulsifs ni d'hyperesthésie. La sensibilité est normale. La température est la ^ même aux deux membres et pai-ait normale. Le malade ne souffre pas, seulement il lui semble par moments qu'on lui verse sur les jambes d'abord de l'eau froide, puis de l'eau chaude ou inversement : cette sensation n'est que passagère. Le malade ressent constamment le besoin d'uriner et est obligé de faire de longs efforts pour arriver à expulser quelques gouttes d'urine. Pas d'incontinence. La constipation a disparu.

Comme traitement, on employa le courant continu, mais sans aucun succès.

A côté des paralysies consécutives au typhus se placent naturellement celles qui sont dues au choléra. Elles sont très rares. Landry en a vu un exemple très curieux pendant l'épidémie de 1849 : un cholérique fut pris, pendant la convalescence, d'une paralysie qui se généralisa rapidement aux quatre membres : les muscles s'atrophièrent, les sphincters restèrent indemnes. Briquet et Mignot rapportent trois autres faits de ce genre : une fois les mains seules étaient paralysées, une autre fois les membres supérieurs et la troisième fois les membres inférieurs. Jos. Meyer cite trois cas de paralysie incomplète des extenseurs de l'avant-bras pendant la convalescence du choléra. Zeiteles <^) a vu, à la suite de choléra, une parésie qui fut guérie pal^ des douches et des bains de boues thermales. Gubler a eu occasion d'observer des cas analogues : habituellement les accidents débutaient par de la contracture, de l'engourdissement et des picotements dans les membres ; deux fois il y eut des mouvements convulsifs de la face ; puis il survenait de l'anesthésie et de la faiblesse musculaire. Dans trois cas il j eut une paralysie incomplète qui porta une fois sur les mains seules et les deu> autres fois sur les quatre membi'es : les trois malades guérirent. Dans les épi démies plus rapprochées de nous, malgré leur fréquence et leur extension, mal gré les volumineux documents recueillis à leur sujet, on ne trouve que très pei d'exemples de paralysies secondaires, et pour notre compte nous n'en avon; jamais vu. Pendant l'épidémie de Prague, en 1866^ on a signalé- cependant ui cas de paralysie de la langue et du voile du palais, trois cas de tétanos, et si:

(1) Zi.itek'S, Verhuadlungen O.rf Wirner ^Ertze, 1S'.4, Baiid 111,

srÉc] PARALYSIES CONSECUTIVES AUX MALADIES AIGUËS 543

cas de convulsions toniques dans les fléchisseurs de l'avant-bras et de la main, mais il n'est pas fait mention de paralysie des membres.

Ajoutons que Brown-Séquard cite un cas de tumeur spinale qui semble avoir ('t(' occasionnée par le choléra.

3. Paralysies consécutives auœ exanthèmes aigus. — a) Variole. Les paralysies consécutives à la variole sont beaucoup plus nombreuses, plus multiples et |)lns graves que celles qui succèdent aux autres exanthèmes. Elles ont été obser V('es; par Gubler, qui a voulu distinguer celles qui surviennent pendant la période d'éruption de celles qui se montrent pendant la convalescence. Il décrit en outre une paralysie du voile du palais qui rappelle tout à fait celle de la diphtérite (au moment de la dessiccation, paralysie du voile du palais, puis paraplégie. Guérison). Gubler prétend que les paralysies de la convalescence sont plus rebelles crue celles qui surviennent pendant la période d'état, et que lorsqu'elles frappent l,>s membres inférieurs, elles sont parfois incurables. Les observations de Lerov a'I'UioUes sont favorables à cette opinion (^) : cet auteur a vu une paraplégie née pendant la période d'incubation, disparaître déjà au moment de la desqua- I mation ; le malade succomba ultérieurement à des abcès multiples et à une pneumonie. Une autre malade, atteinte de variole confluente, fut tout à coup pendant la desquamation, complètement paralysée de la sensibilité et du mouvement dans les membres inférieurs ; la vessie et le rectum se paralysèrent é^-alement ; ces symptômes s'accompagnèrent de douleurs dorsales vives et gagnèrent le bras gauche; à ce moment il se produisit des accidents de suffocation, et la malade mourut au onzième jour de la paralysie. Chez ce sujet comme chez le précédent l'autopsie ne révéla aucune altération de la moelle.

Les épidémies de variole de ces dernières années, et en particulier celles des dernières guerres, ont fait faire de grands progrès à la question tant au point de vue anatomo-pathologique qu'au point de vue clinique. On a observé assez souvent une paralysie pharyngée semblable à celle de la diphtérite, présentant comme elle tous les caractères d'une paralysie périphérique, et se terminant presque toujours par la guérison. Les autres paralysies offrent le type des paralysies spinales, et nous ne connaissons pour notre part aucun exemple de ces paralysies circonscrites, qui sont si fréquentes dans la fièvre typhoïde, et qui reconnaissent probablement des névrites pour cause. Un cas de Vulpian<-) est peut-être d'origine névritique; mais l'auteur lui-même le rapporte à une altération delà moelle avec atrophie des cellules nerveuses motrices. Il s'agit d'un malade de 27 ans qui, étant convalescent de variole, fut pris dans les deux épaules de vives douleurs, continues au début, rémittentes dans la suite; plus tard il apparut de la faiblesse dans les muscles des épaules: les deltoïdes, snrtoutcelui du côté droit, devinrent flasques et s'atrophièrent. La sensibilité cutanée était abolie au niveau dos deltoïdes et la contractilité électrique du grand dorsal et du deltoïde était diminuée. On prescrivit des bains sulfureux et la faradisation, et on obtint une grande amélioration. — Le plus souvent il se produit une paraplégie qui presque toujours n'intéresse que la motilité et qui s'accompagne fréquemment de troubles du côté des sphincters. Nous sommes tout à fait de l'avis de Gubler, qui dit que les paraplégies consécutives à la variole sont plus graves et plus rebelles que celles qui succèdent aux maladies aiguës, et on peut conclure d'après les observations de Westphal (•'' et d'autres auteurs, qu'on a aft'aire dans ces casa des myélites à foyers uniques ou multiples et d'intensité variable. Un accident qui survient fréquemment à la suite de la variole et dont il a déjà souvent été question

(1) R;io\il i.cioy iri':iiorKS, D('i< jxtrdh/sir.'i ilrs mcml'i-rs iiif,)irurfi ou pari'iilcfjiCK, l'iiris, Jî-'M).

(2) Vtilpian, Arc/i. de phyiiioloijie nurm. eljmlkoL. 1S7:1, t. V, p. 05.

(3) Westphal, Bi'rlinvr klinischcWocheiischrift , 1872. n"'»/. Analyst- in Archiv <lc ph!/siolo!j.,P»ris,i)i13.

544 AFFECTIONS SPINALIiS SECONDAIRES [pathol.

dans ce traité, c'est l'ataxie : cette complication est sérieuse, car elle ne semble que rarement se terminer par la guérison, bien que d'un autre côté elle n'amène non plus presque jamais la mort. Enfin on a vu à plusieurs reprises une paralysie ascendante aiguë se développer à la suite d'une variole.

Les dernières épidémies de variole ont fourni l'occasion défaire de nombreuses observations macroscopiques et microscopiques qui ont été utilisées pour l'anatomie pathologique du système nerveux en général. On a même examiné les nerfs et les centres nerveux dans des cas où il n'y avait pas eu de symptômes paralytiques. ObermeierOa trouvé un certain nombre de corps granuleux dans la moelle d'un sujet qui avait été atteint de varioloïde et dans celle d'un homme mort de variole iiémorrhagique; dans une troisième autopsie, il n'en rencontra aucune trace. E. Wagner (■', sur dix sujets morts de variole, ne constata aucune altération de la moelle," mais il trouva i)lusieurs fois des suifusions hémorrhagiques dans le névrilème. Chez une accouchée âgée de 28 ans, il découvrit dans le lobe cérébral postérieur droit un foyer récent de ramollissement du volume d'une noix ; et une autre fois il rencontra une méningite purulente de la base. — Sur deux sujets qui avaient présenté pendant le cours de la variole des phénomènes paralytiques graves, Westphal a démontré dans la moelle des foyers multiples de ramollissement (myélite disséminée) dont il a donné le dessin : voici le résumé des deux observations :

I. Varioloïde. 11 jours après l'éruption, pendant la dessiccation paralysie de la vessie; au douzième jour paralysie de la jambe gauche, le lendemain, de la jambe droite. Catarrhe vésical. Décubitus. Mort, h'àutopsic lit reconnaître ime myélite disséminée dans la substance blanche et la substance grise. Foyer de ramollissement dans la portion supérieure de la moelle dorsale.

II. Varioloïde. Quelques jours après l'apparition do l'exanthème, paraplégie. Amélioration extrêmement lente. Pérityphlite. Mort. Autopsie. Myélite disséminée dans la substance blanche et la substance grise, plus particulièrement dans la première. Foyer de ramollissement dans la moelle dorsale. Péritonite.

b) Scarlatine. — Les paralysies consécutives à la scarlatine sont assez rares, elles affectent presque toujours la forme spinale, portent principalement sur la motilité, respectent la sensibilité et conduisent habituellement à l'amyotrophie. Ces paralysies sont- elles bien réellement la conséquence de la scarlatine, ou faut-il y voir des accidents de diphtérite ou bien de la paralysie infantile, c'est ce qu'il est difficile de dire en présence des rapports intimes et nombreux qui unissent ces différentes maladies. Macario et Gubler ont cité des exemples de ces paralysies scarlatineuses. Plus récemment, Shapherd (^) a rapporté l'histoire d'une petite fille de 5 ans qui, au lendemain de l'éruption, après avoir présenté des convulsions généralisées, perdit la parole et fut paralysée des quatre membres: elle ne pouvait pas non plus maintenir sa tète, qui retombait en avant. Après quatre mois d'un traitement tonique, tous les mouvements étaient revenus et la parole aussi.

c) Rougeole. — Les paralysies sont également rares après la rougeole. Lucas (*> a rapporté un cas de paraplégie rubéolique, et Abercrombie en a cité un autre.

L'observation suivante est due à Bergeron (^' : une petite fille de trois ans, convalescente de rougeole, était extrêmement faible et paresseuse. Six semaines après son entrée à l'hôpital, elle présenta des signes manifestes de paralysie, dans les membres inférieurs d'abord : la déglutition devint difficile, la parole nasillarde, la sensibilité resta intacte. Mort au onzième jour. A l'autopsie, ou trouva simplc-

(1) Obermeicr, Arch. f. Psy^liiatrie, Berlin, 1S74, Band IV, p. 21'i. (•) E. Wagner, Arch. d. Ilci'kundr, 1872, p. 107.

(3) shavherà, Parahjxix a f ter scarlel ftver (Meii . Tim., 186S, 8 february, p IV'é).

(4) Lucas, Loniloiimed. Journal, 1790.

(5) Jule:; Bereeion, Gangrine de l'oreille et parali/sic générale consécutive à la rougeole. Autopsie, anz. des hôp7, 1868, n" 2, p. 5).

spÉc] PARALYSIES CONSECUTIVES AUX MALADIES AIGUËS 545

ment une forte congestion du cerveau. — Schepers {Berl. klin. Wodiensch.^iSl'S, 43) rapporte un cas qui rappelle l'ataxie aiguë : une petite fille de huit ans, atteinte de rougeole, tomba dans le coma, resta trois jours sans connaissance, devint muette après et ne put plus se dresser sur ses jambes : en la voyant couchée, ou ne soupçonnait pas sa paralysie. Les mouvements des bras étaient maladroits, saccadés, ataxiques. La sensibilité était normale. L'amélioration commença déjà au bout de quinze jours et la guérison s'effectua peu à peu. — Liégeard a vu se développer à la suite d'une rougeole une paralysie ascendante aiguë qui guérit en trois semaines. On a aussi observé plusieurs cas d'hémiplégies rubéoliqnes avec trouble de la parole ; Rilliet et Barthez, Benedict, ont vu des faits de ce genre, nous en avons rencontré deux : dans ces cas, on avait afiaire sans aucun doute à de l'encéphalite.

d) Gubler dit avoir vu des paralysies après les exanthèmes suivants : érythéme noueux, roséole, miliaire, scarlatiniforme et morbilliforme, purpura exanthématique, urticaire fébrile, etc.

4. Paralysies consécutivesaicxinfiammationsdesorganes intrathoraciques . — di) Pneumonie . Déjà Boerhaave et Hofimann ont vu après une pneumomie une paralysie du bras du côté du poumon malade. Huscham a le premier signalé des paralysies plus étendues et Macario le premier les a décrites : ce dernier auteur relate quatre cas de pneumonies suivies de paralysies étendues. Leudet rapporte des faits analogues. La forme la plus ordinaire est une paraplégie incomplète. Chez un de nos malades, nous avons noté une forte contracture dans le genou avec amyotrophie, absolument comme cela se voit après la fièvre typhoïde; une autre fois, nous avons observé une paralysie ascendante subaiguë. Il se produit aussi des paralysies qui sont causées par des encéphalites, nous en avons rencontré des exemples chez des enfants. Lépine décrit l'hémiplégie pneumonique et dit qu'elle a déjà été observée antérieurement par Rostan, puis par Gharcot et VulpianC'.

b) Les autres inflammations des organes respiratoires sont moins souvent suivies de paralysie.

On a cependant signalé des paralysies à la suite de pleui'ésies. Le D*" Garmus a vu, à la suite d'une bronchite aiguë intense, se développer graduellement une paralysie généralisée qui fut guérie au moyen de ventouses, de sangsues et de vésicatoires.

C; La coqueluche peut amener des paralysies, Surmay en rapporte deux exemples <■-*, nous en avons vu également deux cas d'origine cérébrale, l'un chez un enfant, l'autre chez un adulte. Il est difficile de dire dans quelle mesure on peut accuser ici les violents eff"orts de toux et jusqu'à quel point on peut comparer ces paralysies à celles qui surviennent à la suite des maladies aiguës.

5. Paralysies consécutives aux maladies septiques. — G'est surtout l'érysipèle qui donne lieu à des paralysies : Graves en rapporte trois exemples et Gubler trois. Ge dernier auteur mentionne comme signe caractéristique des mouvements choréiformes de la tête, que Westphal attribue à de l'ataxie. On a vu survenir une fois une paraplégie presque com[)lète exclusivement motrice, avec paralysie de la vessie et du rectum: l'amélioration ne se produisit qu'au bout de deux ans et le malade eu mit cinq à guérir. Benedict a aussi noté un cas de paraplégie. On a également observé de l'amaurose.

6. Paralysies liées à la grossesse et à V état puerpéral. — On sait depuis

(1) Lépine, De l'hémiplégie paeamoniqac, Paris, 1870.

(2) Surmay, Quelques cos de paralysies incurables ou temporaires sut'cenui's dans le cours ou pendant la convalescence (l.e ni'il'idie.f aigui'S autres que la diphtérie (Ai'ch. gén. de tnéd., 1865, I, p. 678-689).

Leydkn. Moelle epinièrc. ;J5

546 AFFECTIONS SPINALES SECONDAIRES [pathql.

longtemps ('> que les paralysies se montrent fréquemment pendant la grossesse et après raccouchement. Les causes de ces accidents sont multiples ; nous avons déjà mentionné antérieurement les paralysies dues aux hémorrhagies et à l'hystérie et nous n'y reviendrons pas ici. Restent deux autres espèces de paralysies puerpépérales : a) Les -paralysies névritiques qui se produisent pendant la grossesse ou pendant les accouchements laborieux, par le fait d'une compression des nerfs sciatiques ou qui sont dues à l'extension d'une inflammation puerpérale à ces mêmes nerfs ; b) celles qui sont consécutives à des maladies aiguës, surtout à des érysipèles et à des phlegmons et qui semblent dériver directement de la moelle.

a) Les paralysies névritiques que l'on a aussi appelées traumatiques^^'^ se manifestent le plus ordinairement pendant l'accouchement ou peu de temps après, rarement avant. Elles sont dues à la contusion de l'un ou des deux nerfs sciatiques, soit par la tète de l'enfant, soit par le fait des opérations obstétricales, en particulier de l'application du forceps. Aussi surviennent-elles principalement après des accouchements laborieux et après ceux qui ont nécessité l'intervention de Part. On les observe parfois pendant la grossesse et alors elles disparaissent aussitôt après l'accouchement, dès que les nerfs ne sont plus comprimés. Sur trentre-quatre cas ras semblés parBorham*^', la paralysies'était montrée vingt-deux fois pendant la grossessemême. Mais cène sont pas seulement les accouchementslaborieuxqui sontsuivis de paralysies, ces dernières surviennent souvent à la suite d'accouchements fort simples, ainsi queFleetwood Churchill <*) l'a déjà fait remarquer: dans ces conditions, elles apparaissent quelques jours après la délivrance et tiennent probablement à une inflammation puerpérale qui se propage sur le névrilème des branches du plexus sacré.

Nous avons relaté un cas de ce genre {Charité- Annalen, 1862) concernant une nouvelle accouchée atteinte de fièvre puerpérale qui fut prise d'abord dans un nerf sciatique, puis dans les deux, de vives douleurs névralgiques s'irradiant jusque vers les trochanters, et plus tard de paraplégie: à l'autopsie, on trouva une infiltration phlegmoneuse du tissu cellulaire du petit bassin qui s'était propagée sur le névrilème des deux sciatiques. Cette névrite a déjà été décrite et bien caractérisée par Romberg : G. Hirsch <^) cite aussi l'histoire d'une pluripare très chétive qui éprouva de violentes douleurs pendant le derniers mois de sa grossesse : l'accouchement fut très simple, mais les douleurs persistèrent et furent suivies d'une paralysie qui, plusieurs années après, n'avait pas complètetement disparu. La littérature médicale française est particulièrement riche en documents sur cette question. Outre Leroy- d'EtioUes qui a cité deux paraplégies puerpérales dont l'une était survenue dans les derniers mois de la grossesse et avait disparu six semaines après l'accouchement (^*, nous mentionnerons surtout les travaux de Blanchi et la monographie si complète d'Imbert-GourbeyreC^).

Nous pourrions encore ajouter Maringe <**) et nombre d'autres. Parmi les au-

(1) Hoffmann dit : « Eidem niorbo ( i. e. paraplegiœ) obnoxiœ sunt feminœ post laboriosuni jiartum, abor' tum et letenta lochia). »

(2) Blanchi, Des •paralysies traumaliques des membres inférieurs chez les nouvelles acc«uchées, Paris,

(3) Borham, Lancet, 1870, décembre.

(*) Fletwood Churchill, Dahl. Quarterly Journal ofmcd Snence,\\^'bi, mai. — Et Traité pratique dei maladies des femmes, trad. française par Wieland et Dubrisay, Paris, 11S66; 2' édition, par A. Leblond, Paris, 1874, p. 1198.

(5) Hirsch, Spinal Neuroscn, p. 422.

(6) Raoul Leroy d'Etiolles, Des paralysies des membres inférieurs ou, paraplégies. Recherches sur leur nature, leur forme et leur traitement, Paris, 1856.

(7) Imbert-Goubeyre, Les paralysies puerpérales, mém. couronné par l'Acad; de méd. (Mémoires it VAocCdémio de méd.. Paris, 1861, t. XXX).

(8) Maringe, Des paraplégies puerpérales, Paris, 1S67.

si'Éc] PARALYSIES COXSÊCUTIVKS AUX MALADIES AIGUËS 547

teurs anglais, nous citerons Fleet-Wood Churchill <*). On trouve en outre quelques observations isolées, surtout dans la presse médicale française. Il nous a été donné d'observer un assez grand nombre de faits de ce genre.

Ces paralysies débutent d'ordinaire par de vives douleurs consistant en tiraillements et en picotements qui descendent jusque dans les talons et les orteils. Ces douleurs sont parfois intolérables, elles peuvent n'occuper que l'un des membres inférieurs et elles s'accompagnent de diminution ou d'abolition de la motilité dans les parties correspondantes : habituellement la paralysie reste incomplète ; il est rare que les douleurs fassent défaut. La paralj'sie marche comme une paralysie d'origine périphérique, parfois elle se complique d'hyperesthésie cutanée et musculaire ; mais ce qu'on observe le plus souvent, ce sont des amyotrophies et la diminution de la contractilité électrique. Dans certains cas, il survient des douleurs et de la faiblesse dans les reins et il est permis alors de supposer que la névrite a gagné les méninges rachidiennes.

Le pronostic et la marche de ces paralysies sont les mêmes que ceux des autres paralysies d'origine périphérique, sans être absolument favorables dans tous les cas. Très souvent les accidents ont un cours bénin, les douleurs disparaissent et les mouvements reviennent dans un délai qui varie entre une et trois semaines. Mais d'autres fois le tableau est plus sombre, les muscles s'atrophient et les choses restent pendant des mois dans le même état. Dans beaucoup de cas, la paralysie persiste durant des années, mais étant donnée sa nature périphérique, on peut toujours espérer qu'on en triomphera, grâce à un traitement persévérant et bien entendu. Il peut se faire qu'avant que la paralysie ne soit guérie, il survienne une nouvelle grossesse qui ramène les anciens accidents, souvent même en les aggravant. On trouve dans les annales de la science plusieurs exemples de guérison de ces paralysies anciennes réputées presque incurables ; nous ne citerons que le suivant :

Une femme de 46 ans eut une troisième couche très laborieuse, qui fut encore rendue plus pénible par les manœuvres maladroites d'une sage-femme. Elle fut atteinte d'une paraplégie qui resta d'abord incomplète et qui devint complète à une quatrième grossesse. Pendant trois années on épuisa en vain toutes les ressources de la thérapeutique et on finit par obtenir une guérison intégrale, grâce à des frictions à l'huile de foie de morue continuées pendant plusieurs mois. — L'Héritier rapporte l'histoire d'une autre malade qui garda le lit cinq années consécutives, et dont l'état fut notablement amélioré par l'usage des eaux de Plombières (*).

b) Les paralysies puerpérales de notre deuxième espèce sont beaucoup plus rares que celles de la première, elles rentrent dans le groupe des 'paralysies con^ sécutives aux maladies aigurs, et beaucoup d'auteurs conservent spécialement pour elles la dénomination de paralysies puerpérales. On a bien essayé de les ranger parmi les paralysies réflexes, mais elles n'appartiennent pas plus à ces dernières qu'aux paralysies névritiques. Elles ont, pour la plupart, le type des paralysies spinales, et il est probable qu'elles sont dues à quelque altération de la moelle. Ollivier croit qu'il s'agit d'une congestion spinale par suite de suppression des lochies, mais son examen purement macroscopique de la moelle n'a rien de probant pour nous : voici le cas qu'il rapporte tome II, p. 51 :

Adèle M..., 31 ans. Accouchement naturel le 2 mars. La grossesse et l'accouchement avaient été fort heureux. Suppression des lochies le troisième jour, convalescence sans retour de l'éconleraent, sortie le douzième jour de la Maternité. Elle avait repris au bout de huit Jours du service dans une nouvelle maison, lorsque le 1" avril, après s'élre bien portée en apparence jusque-là, elle eut des fourmillements dans la main et le pied du côté gauche, puis du coté droit. Entrée

{^)V\p.\.viooà Q\inrc\\\\\, T*-aitc jn-atiqur lira malwlifs des /"fww.s, traduit par Wicland et Diibrisay, V édition, Paris, 1874, p. 1198.

(*) Lhéritier, Eaux de Ploinhièrea. Des par'tly^ies ri de leur Irailcmenl par les eaux Ihrrmo-miiii'-' raies, 1834, p. 232.

548 AFFECTIONS SPINALES SECO^DAIl^ES [pathol. ,

le2àrHôtel-Dieu. Paralysie presque subite du mouvement des quatre membres; conservation de la sensibilité ; nulle lésion des fonctions intellectuelles ; dyspnée de plus en plus grande. Morte le 3 par asphyxie. Congestion peu marquée des vaisseaux rachidiens ; cerveau et moelle epinière intacts. (Observ. communiq. par Dance à Ollivier d'Angers.) (»).

Faye {Norsk Magazin , 1872) cite une observation analogue qui se termina aussi par la mort : une primipare qui s'était bien portée pendant les trois semaines qui suivirent l'accouchement, fut prise de fièvre, de douleurs dans les jambes et le ventre, d'anesthésie et de parésie des extrémités inférieures et d'incontinence d'urine; plus tard, on constata que les apophyses épineuses étaient sensibles à la pression, le bras droit se parésia, la respiration devint difficile et la mort eut lieu au neuvièmejour. A l'autopsie on trouva un ramollissement de la moelle et un léger exsudât fibrineux sur la dure-mère. — Smoler a découvert également du ramollissement de la moelle sur une femme morte avec de la paralysie puerpérale. — Nous devons à Frommann t^) un examen microscopique très circonstancié : cet auteur a constaté chez une femme atteinte d'une fièvre puerpérale les signes d'une myélite commençante assez étendue. — Outre ces cas mortels dans lesquels il existait de la myélite et probablement aussi de la méningite, il en existe encore d'autres où après des symptômes tout aussi graves, on a vu survenir la guérison. Déjà Fr. Hoff'mann {o^era Medica, 1748) raconte le fait suivant :

Une femme de 22 ans qui venait de se relever d'une couche très heureuse, fut prise de douleurs gravatives qui du ventre s'irradiaient dans les aines et en même temps de faiblesse paralytique. Deux mois après elle ne pouvait plus marcher seule ni même se dresser sur ses pieds sans souffrance. Plus tard les mains furent atteintes à leur tour, elle ne pouvait les fléchir et les étendre que très difficilement, ni tenir aucun objet ; la sensibilité y demeura intacte. Constipation et miction difficiles. Cet état s'améliora peu à peu sous l'influence de bains et de Irictions alcooliques.

Le fait suivant est rapporté par Michel Bertrand i^) :

Une femme âgée de 33 ans, percluse des membres abdominaux depuis quinze mois, fut transportée au Mont-Uore. Mère de trois enfants qu'elle avait allaités. A la suite de son dernier accouchement il lui était survenu des douleurs dans les muscles qui, de vagues qu'elles étaient d'abord, finirent par se fixer dans les lombes ; les jours de calme que ces douleurs lui laissaient, devinrent très rares. Les jambes s'affaiblirent et insensiblement la malade en perdit 1 usage. Après la paralysie, elle cessa de souffrir. Guérie par deux saisons au Mont-Dore.

On a vu se développer, même pendant la grossesse , de ces paralysies à type spinal : Borham C) rapporte l'histoire d'une femme qui était enceinte de sept mois et qui fut atteinte subitement d'une paraplégie complète des membres inférieurs avec anesthésie complète et paralysie de la vessie et du rectum. La grossesse arriva à son terme normal, et la femme mit au monde un foetus mort et putréfié : elle mourut elle-même bientôt après. Nous ne croyons pas que l'autopsie ait été

faite. -,, • ■ .1 t

En dehors de ces paralysies spinales , il en existe d'autres d origine également puerpérale qui aftectent la forme hémiplégique, et qui peuvent être engendrées par des causes très multiples : dans ces cas on ne saurait établir que des presomp lions sur la nature du processus anatomique. C'est ainsi qu'on voit se produire des hémiplégies par embolie lorsqu'il y a endocardite, et par hémorrhagie cerebra e lorsqu'il existe des convulsions (paralysies urémiques). En outre il y a aussi de ces hémiplégies qu'on peut attribuer à une encéphalite : nous avons observe un fait de ce genre où pendant la période puerpérale il se produisit une hémiplégie

(1) Imbert-Goubeyre (Paralysies puerpérales, J861,p. 69) dit à propos de ce cas : « Ya-t-il eu là une paralysie généralisée, une congestion de la moelle ou bien une méningite spinale » J

(2) Frommann, loc. cit.

(3j Mirhel Bertrand, Rechercher sur les eaux du. Mont-Dore, p. 408.

(4) Borham, Lan?el, 1870, décembre. 1

SPic] PARALYSJEô CONSÉCUTIVES AUX MALADIES AIGUËS 549

avec une aphasie dont la malade ne guérit pas. V. Boullay rapporte un autre cas dans lequel les accidents débutèrent pendant la grossesse même <*>.

Une couturière âgée de 25 ans, bien constituée et ayant toujours joui d'une bonne santé, a déjà accouché deux fois au 7' mois; elle est devenue de nouveau enceinte dans les premiers jours de juin. Le 18 janvier 1852, elle a été subitement prise de perte de connaissance pendant qu'elle se promenait ; elle est tombée dans la rue et a été apportée à l'Hôtel-Dieu (service de M. Boullay), où l'on constata une hémiplégie droite avec déviation de la face et anesthésie du côté correspondant. Les membres paralysés, les bras surtout, étaient agités de mouvements convulsifs perpétuels. On appliqua un vésicatoire. Cet état resta sans modification aucune jusqu'au 19 mars. A cette époque l'accouchement se fit naturellement, et bientôt la sensibilité commença à reparaître dans le membre inféiùeur droit et dans la cuisse. On prescrivit le 28 et le 30 avril des pilules de strychnine d'un centigramme qui occasionnèrent des lourmillements, des contractures douloureuses dans les membres, les muscles de la face et la langue. Dés le lendemain on constata de l'amélioration, on reprit les pilules de strychnine, et la malade fut en état de quitter l'hôpital presque complètement guérie, dés le 3 juillet (p. 100). V. Boullay pense qu'il s'est agi ici d'une paralysie puerpérale sans lésion matérielle dans le cerveau ; mais nous regardons comme plus probable l'existence d'une encéphalite (ou d'une hémorrhagie).

Traitement des paralysies consécutives aux maladies aiguës. — Le traitement repose sur des bases établies par Gubler et qui sont encore vraies aujourd'hui. Fidèle à sa conception des paralysies asthéniques, cet auteur a préconisé une médication tonique et reconstituante : d'après lui, tous les agents débilitants doivent être proscrits ou employés avec une réserve extrême et les meilleures prescriptions sont une nourriture facilement assimilable, des toniques, des stimulants, des frictions, des douches froides, l'électricité. L'expérience clinique a pleinement confirmé ces principes thérapeutiques et nous devons même reconnaître que,théoriquement, ils sont rationnels, bien que nos idées relatives au substratum anatomique de ces paralysies soient complètement différentes de celles de Gubler. En effet, les processus morbides qui sont en jeu ne sont en général ni très intenses ni très actifs et peuvent être enrayés si l'on augmente la résistance de l'organisme et si on hâte les progrès de la convalescence. Dans beaucoup de cas la médication tonique suffit à elle seule pour amener la guérison, et quels que soient les autres moyens que l'on veuille employer concurremment, c'est toujours elle qui doit occuper la première place dans le traitement. Elle consiste en aliments fortifiants et faciles à digérer, dans la vie à la campagne, dans un pays boisé ou au bord de la mer. Les meilleurs toniques, ceux qui ont fourni les plus satisfaisants résultats dans les affections de la moelle sont le vin de quinquina, l'huile de foie de morue, les ferrugineux et les eaux ferrugineuses, En outre on emploiera les bains chauds, les bains sulfureux, les bains salins, les bains ferrugineux, et on enverra les malades dans les stations thermales appropriées que nous avons déjà indiquées à plusieurs reprises. A une période ultérieure, on prescrira les douches, Vhgdrothérapie, les bains de mer.

Parmi les autres médicaments à employer, mentionnons le seigle ergoté, qui a déjà été employé avec succès par Barbier et Boudin à la dose de 0'^^,lb à l8'',5 par jour, et qui est recommandé spécialement par Brown-Séquard. On a aussi préconisé et avec plus de raison la strychnine dont nous avons déjà indiqué l'action et le mode d'emploi. Contre les accidents de méningite chronique et les névrites douloureuses, on se servira de Viodure de potassium. Les narcotiques peuvent être utiles pour remplir certaines indications symptomatiques.

Nous avons à entrer dans quelques détails relatifs à l'exercice des muscles et à Vèlectricité. A notre avis, il faut, au début des paralysies, qu'elles soient de cause centrale ou bien périphéinque, ne permettre et ne recommander de faire travailler les muscles qu'avec une grande réserve. On voit souvent des paralysies

(i) V. Boullay, Considérations sur un cas de paralysie lier à la (jiosseise, traitée et guérie par la ttrychnine (Bullet. génér. de tkérap. 1853, t. XLIV, p. 97 et 84'.).

Ô50 AFFECTIONS SPINALES SECONDAIRES [patiiol.

n'apparaître qu'au moment où les malades, présument trop de leurs forces, exercent leurs muscles trop tôt : nous en avons cité un exemple dans l'obs. I de paralysie typhique, p. 539. D'autres fois, la paralysie s'accentue davantage lorsque les muscles sont soumis à un exercice trop précoce. Il faut également éviter comme étant nuisibles tous les ébranlements imprimés au corps, les courses en voiture sur des routes pavées, les voyages en chemin de fer, etc. : aussi nous garderonsnous bien d'envoyer trop tôt les malades dans des stations thermales éloignées, car les fatigues du voyage font souvent plus de mal que les eaux ne peuvent faire de bien. — Il n'en est plus de même lorsque l'affection a déjà une certaine durée et qu'elle semble vouloir s'arrêter et même rétrograder ; à ce moment il devient très utile d'exercer les muscles pour activer leur régénération. Nous avons vu chez un malade qui avait gardé le lit pendant des mois entiers, dont les muscles des cuisses et des jambes étaient atrophiés et qui ne pouvait rester debout que quelques secondes et en s'appuyant des deux mains sur le bord de son lit, s'accomplir, après quelques jours d'un exercice prudemment ménagé des progrès tels, qu'il parvenait à faire le tour de sa chambre avec des béquilles. Nous combinons avec l'exercice les bains et l'électricité et obtenons ainsi dans l'espace de six mois une guérison à peu près complète. — L'exercice musculaire le plus simple qu'on puisse imaginer est la marche : si certains groupes des muscles étaient particulièrement intéressés, on pourrait, pour les faire fonctionner, instituer une gymnastique spéciale.

Quant à l'électricité, dans bien des cas elle n'est pas indispensable, mais elle n'en reste pas moins un de nos agents curatifs les plus précieux et les plus efficaces. C'est dans les paralysies névritiques qu'elle rend le plus de services, et elle peut dans ces cas être employée aussitôt qu'on le voudra ; seulement on la mettra en usage avec précaution pour ne pas occasionner une trop grande irritation : nous recommandons surtout le courant continu avec peu d'éléments et aussi constant que possible. On arrivera, grâce à lui, à calmer les hyperesthésies de la névrite et à faire disparaître peu à peu les contractures récentes. A une période ultérieure, il sera encore le meilleur remède à opposer à l'atrophie musculaire. On l'emploie de la même façon que dans les cas de paralysies périphériques en général (faciales, radiales, etc.) et, pour apprécier ses effets, on ne perdra jamais de vue le cours normal de l'affection abandonnée à elle-même. Une rend pas les mêmes services à toutes les périodes delà maladie : tant que le processus marche, il n'a pas sur lui une action bien marquée, mais plus tard il favorise positivement la régénération des nerfs et des muscles. A une période encore plus avancée, lorsque les accidents sont rebelles, on fera bien d'alterner avec le courant induit.

Certains électropathes ont, à l'imitation de Reraak, prôné la galvanisation du grand sympathique au cou, notamment contre les paralysies compliquées d'amyotrophie. Ce mode d'emploi n'est fondé sur aucun motif ni théorique ni pratique bien évident.

§ 3. Paralysies consécutives aux maladies chroniques. — Ces paralysies sont bien plus rares et offrent beaucoup moins d'intérêt que les précédentes, aussi nous ne nous y arrêterons pas longtemps.

Leudet a décrit des troubles nerveux survenant dans le cours des maladies chroniques et les a attribués aux vaso-moteurs C' : ces troubles portent sur la sensibilité, la motilité et la production de chaleur. La partie atteinte devient comme morte, il s'y produit des fourmillements, des engourdissements douloureux et des élancements : ces phénomènes s'observent surtout au bout des doigts. Les mouvements spontanés et communiqués exagèrent la douleur. Les troubles de la moti-

(I) E. Leudet (de Rouen), Etude clinique de troubles nerveux périphériques vaso-moteurs, Sttrvef^ar^t (Inns Je cours dex mnlndies chroniques (Arch, gén., 186'*,févrjer et mars);

spiic.] PARALYSIES CONSÉCUTIVES AUX MALADIES CHRONIQUES 551

lité varient depuis une légère faiblesse jusqu'à la paralysie complète; dans certains cas rares, la paralysie alterne avec de la contracture. D'ordinaire, ces paralysies et ces hyperesthésies siègent dans les membres supérieurs et inférieurs; parfois il s'y joint de la douleur spinale. Ces phénomènes sont sujets à de grandes variations. La plupart des malades cités par Leudet étaient des tuberculeux ; les autres, moins nombreux, étaient atteints d'affections de poitrine diflerentes, de maladies de l'appareil circulatoire ou de l'utérus et toujours à une période avancée. La cause des accidents doit être attribuée, d'après l'auteur, au système cérébro-spinal ou aux nerfs vaso-moteurs, peut-être à une réplétion anormale des plexus veineux rachidiens '^'.

Après la tuberculose on a observé des paralysies qui ne tenaient pas à l'existence de tubercules dans les centres nerveux, mais à des myélites dûment constatées à l'autopsie. G. Westphal (-> a trouvé dans un de ces cas de la myélite disséminée. Th. Simon <^*, chez un autre tuberculeux atteint de paralysie, a constaté de nombreux corps granuleux dans les cordons postérieurs de la moelle. Déjà antérieurement Surmay avait mentionné le fait. Rappelons aussi qu'il est fréquent de reneontrer chez les tuberculeux une dégénération grise des mêmes cordons postérieurs.

Les symptômes paralytiques qui se montrent dans le cours du diabète sucré et de la polyurie sont pleins d'intérêt. On sait en effet qu'on est fondé avec beaucoup de raison, à attribuer ces deux affections à une lésion du système nerveux, et on possède des observations de diabète (nous en avons nous-même relaté plus haut) dans lesquelles on a trouvé une altération de la partie supérieure de la moelle ou des lésions macroscopiques (ramollissement, tumeurs) dans le voisinage du 4^ ventricule. Or, on sait qu'on rencontre souvent chez les diabétiques des hémiplégies, en particulier des hémiplégies faciales avec paralysie du voile du palais. Par contre, dans bien des autopsies de diabétiques on n'a découvert aucune altération du système nerveux.

Marchai (de Galvi)(^) a rassemblé quarante-trois observations de diabète dans lesquelles on avait trouvé de la congestion cérébrale, des hémorrhagies cérébrales et des paralysies ascendantes ; il ne considère pas ces accidents comme le produit du hasard, mais bien comme une conséquence diçûcte.du diabète. De plus, Dickinson (^) dit qu'ayant fait six autopsies de diabétiques, il a trouvé chez les six, en divers points du système nerveux central, des dilatations artérielles avec de petits foyers de ramollissement autour des vaisseaux dilatés et avec production définitive de lacunes en ces mêmes endroits ; il y avait également dans tous les cas une altération de la pie -mère : ces lésions se rencontraient de préférence dans la protubérance et la moelle allongée (plancher du 4= ventricule). Cet auteur incline à considérer ces altérations comme primitives, et il rappelle que les affections cérébrales avec ou sans lésions matérielles, s'accompagnent fréquemment de gly-"^ cosurie : pour lui le diabète est une maladie du système nerveux. Cette question ne peut être tranchée que par de nouvelles observations. Pour notre part, nous avons, chez trois sujets morts du diabète, examiné avec le plus grand soin la pro-

(*) Perroud (De qwlques phénomènes nerveux survenant d'ins le cou>:i de la phtisie pulmonaire Lyon méd., i872), décrit des symptômes analogues dans le cours de la phtisie pulmonaire ; ce sont des payalysies complètes ou incomplètes, passagères, et ne tenant à aucune lésion matérielle appréciable. Perroud nie que les airections pulmonaires puissent occasionner des troubles circulatoires du côté de la moelle, comme l'a prétendu Leudet, et il pense que la plupart de ces phénomènes sont de nature réflexe (?■

(2) G. Westphal, Arch. f. Psych. etc., Band IV, p. 3à4.

(3) Th. Simon. Tuherkalose un<l Kornchenzellen. — Myelitis (Arch. f. Psych. etc., Band V. p. 109).

(4) Marchai (de Calvi), Sur les lésions cérébro-spinales ron.'téculives an diabète (Compt. rend, de VAcadémie dos Science.'', l. LVII, 12 octobre 1863 ; et Recherches sur les accidents diabétiques, Paris, 1864, chap. VI. p. 3.i9.

(5) Dickinsop. l/ebrr die kynnkhnfte Veranderung des Getiirns und Rucheninarchs bei piabries. i81{), février.

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