VI. — PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT
A. Prophylaxie.
Elle est srénérale et individuelle.
1" Générale, elle incombe aux autorités administratives et aux chefs de corps, dans Farmée et dans la marine. Elle est relative :
Au choix de la saison, pour les expéditions à entreprendre dans la zone torride (la saison froide) ; au choix des heures du jour, pour les exercices et les marches (le matin, de 4 à 9 heures ; le soir, de 4 à 6, en tenant compte des modifications exigées par l'heure habituelle des repas) ;
Aux conditions des exercices et des marches (on les devrait proscrire, à moins de nécessités urgentes, pendant les journées très chaudes et orageuses, au lendemain des jours fériés, trop souvent marqués, chez le soldat, par des actes d'intempérance qui le prédisposent à subir plus vivement les influences endémiques ; les manœuvres à grands intervalles, les marches en colonnes peu serrées, par files disposées de chaque côté de la route, l'allégement de la charge, des haltes et des campements en lieux ombragés et bien ventilés, sont encore à recommander aux officiers vraiment soucieux de la santé de leurs hommes, comme de la conservation de leurs effectifs) ;
Aux conditions de l'habitat (navire ou caserne : bonne aération ; protection contre la radiation solaire au moyen de tentes ou de larges galeries à auvents ; réfrigération entretenue par de fréquents arrosages ; éviter surtout les agglomérations humaines hors de proportion avec la capacité cubique ou aératoire des compartiments nautiques et des chambrées) ;
Aux conditions de la vestiture et de la nourriture (uniforme ample, commode, léger, laissant le cou bien dégagé et la poitrine bien libre eu ses mouvements ; ceiffure permettant le facile
renouvellement de l'air autour du crâne, réduite au minimum de poids compatible avec des dimensions suffisantes pour une double protection contre la chaleur et contre la lumière : les Anglais se sont bien trouvés, en Egypte, de l'usage des conserves, parmi les troupes cantonnées le long du canal de Suez ou opérant contre le Madhi ; alimentation pas trop excitante ; proscription rigoureuse des alcooliques, en dehors de la ration de vin délivrée aux repas ; comme boisson pendant le jour, eau acidulée au jus de citron ou café noir étendu) ;
Au recrutement des hommes (autant que possible, choisir, pour les professions qui exposent le plus à l'action calorique, des sujets de race adaptée aux conditions thermogéniques : dans les colonies intertropicales, donner un grand développement aux milices indigènes, cipayes indiens, tirailleurs annamites et tonkinois, tirailleurs sénégalais, turcos et spahis algériens, etc ; à bord des navires, confier le service de la machine à des chauffeurs nègres, arabes, etc, sous la surveillance des mécaniciens européens, soumis euxmêmes à une hygiène particulière ^ .
2° Individuelle. La prophylaxie, pour les personnes libres de leur conduite hygiénique, se résume dans les quelques règles suivantes : éviter les causes occasionnelles ou se prémunir contre leur action par l'usage des moyens protecteurs reconnus le plus efficaces ; choisir les heures de sortie ; ne point dédaigner, comme une pratique efféminée, le port de l'ombrelle blanche ; accorder une grande attention aux conditions du vêtement et surtout de la coiffure, interposer au besoin des linges mouillés entre celle-ci et la tête ; éviter les excès de table et de boisson, le séjour prolongé dans un appartement trop ensoleillé et insuffisamment aéré, le sommeil sur le sol, après une course, le sol pouvant être un réceptacle de calorique et d'ailleurs les couches d'air inférieures demeurant toujours plus échauffées; lotions et bains froids fréquents; usage modéré de boissons glacées.
' A'oir l'hygiène navale de Fonssagrives et la thèse de Bourel-Roncière (hygiène des chaufTeurs et des mécaniciens à bord des navires, Montpellier, 1864). Lire dans la Revue scientifique de la République française, du 16 juin 1886, de très intéressants détails sur l'hygiène des mineurs de Comstock (Nevada, Etats-Unis): ces chercheurs d'or, travaillant par des profondeurs de 2,000 pieds, luttent contre une chaleur excessive en consommant d'énormes quantités de glace.
B. Traitement.
Il comporte trois indications : '
1° Si l'atteinte est de moyenne intensité ou encore à son début, s'efforcer de prévenir l'évolution de phénomènes plus graves, au moyen d'une intervention rapide et énergique : placer le malade en lieu frais, dans le décubitus horiontal ou dans la position demiassise ; recommander d'agiter l'air autour de lui, desserrer et enlever ses vêtements, le soumettre à des affusions d'eau froide ou même glacée, à des frictions étendues et vigoureuses sur ks membres, afin d'exciter la peau et de ramener la transpiration ; pour ranimer l'action des centres nerveux, stimulants diffusibles : thé, café, vin chaud, éther, potion cordiale ; pour provoquer une réaction vaso-motrice, à la fois favorable à la décongestion des méninges encéphaliques et au rétablissement de la circulation périphérique, bromure de potassium (1-2 grammes), sulfate de quinine (0 gram., 60-1 gramme) : l'administration du sel par la voie hypodermique a rendu d'utiles services (Lalle, Smith, etc).
Les émissions sanguines, pendant quelque temps en honneur, sont aujourd'hui presque unanimement repoussées.
2° Si l'atteinte est sévère, à la période d'état, continuer à stimuler l'innervation par l'emploi des agents diffusibles, et à soustraire du calorique à l'organisme par l'emploi des réfrigérants sous toutes les formes : glace en fragments dans la bouche, lavements froids, affusions froides, drap mouillé, applications de glace sur le crâne, etc ; toutefois, les réfrigérants seraient formellement contre-indiqués, dans le coup de chaleur avec hypothermie (Wood) et même dans les cas d'hyperthermie excessive, chez les sujets très débilités, surmenés ou souffrant de diverses affections chroniques, qui, d'après Cullimore, se trouveraient mieux des bains chauds prolongés.
S'il y a constipation, agir sur l'intestin par des purgatifs doux ou par des purgatifs drastiques, selon la gravité de l'atteinte, ce serait l'indication la plus essentielle, d'après Lacassagne.
Combattre le coma persistant par un vésicatoire sur le crâne ou à la nuque ; l'asphyxie par des applications de ventouses ou de sinapismes sur la poitrine, par la respiration artificielle et
l'insufflation laryngienne ; la syncope par des frictions stimulantes sur la région précordiale, etc.
Tâcher d'obtenir des phénomènes critiques artificiels, en déterminant une abondante transpiration (pilocarpine en injections sous-cutanées) ou une abondante diurèse (nitrate de potasse, digitale) .
Le sulfate de quinine et le bromure de potassium (excitants vaso-moteurs) sont en général peu efficaces dans les cas très graves, et diverses médications, souvent contradictoires, essayées alors empiriquement, n'ont qu'une valeur très douteuse : opiacés, belladone, cyanure de potassium, bromure d'ammonium, injections intra-veineuses d'ammoniaque diluée, etc. Il y aura lieu d'expérimenter les agents antithermiques récemment introduits dans la matière médicale (antipyrine, kairine, thalline, antifébrine, ces dernières principalement, en injection hypodermique et à la dose de (0 gram. 20 à 0 gram. 25).
3° L'attaque dissipée, surveiller pendant la convalescence les fonctions des organes, éviter au patient les impressions occasionnelles d'une rechute ou d'une récidive même les plus légères, combattre les états morbides consécutifs par les moyens appropriés.
DEUXIÈME SECTION
FIÈVRES CLIMATIQUES».
Les modifications saisonnières engendrent partout des pyrexies, dont la physionomie clinique, bien qu'au fond identique, varie selon l'intensité des causes météorologiques. Ces pyrexies se ma-
' Sur les fièvres climalériqués des pays chauds, consulter :
Morehead, Clin. res. ou dis. in India, 2'' éd., 1860. — Ranald Martin, The influence of trop, climates, 2" éd., 1861. — Murchison, Tr. des fièvres continues de la Grande- Bretagne, trad. franc, de Lutaud, p. 307. — .1. Fayrer, Glimate and fevers of India : ardent or tlierm. fever. — P. Manson, Epid. of continued fevcr, Amoy, China imper, mar. cust.,med. rep., 20 th. is 1880.— A. Corre, Tr. des fièvres bilieuses et typhi(iues des pays chauds : fièvre inflammaToire.
nifestent surtout dans la période de transition de la saison fraîche à la saison chaude et leur évolution semble en rapport avec l'élévation de la température : là oii celle-ci atteint son plus rapide et son plus haut apogée, comme entre les tropiques, il n'est pas étonnant que les fièvres climatiques soient communes et revêtent des caractères particuliers d'intensité : cependant, elles passent souvent inaperçues dans les pays chauds, ou y demeurent confondues avec des fièvres de nature très différente, au détriment d'une saine thérapeutique. Si l'on jette en effet un regard sur la plupart des statistiques émanées de nos hôpitaux coloniaux, on est surpris d'y voir toute la pyrétologie résumée sous les rubriques fièvres intermittentes, simples ou pernicieuses, fièvres rémittentes bilieuses, quelquefois même sous le titre général de fièvres paludéennes, et de constater l'absence des fièvres saisonnières ou climatiques, qui, dans les régions intertropicales, trouvent en dehors du tellurisme tant de conditions favorables à leur développement. Si l'uniformité du cadre est parfois rompue, c'est par l'intervention d'une forme fictive, la fièvre inflammatoire, étudiée comme l'expression de l'amarilisme. Une semblable omission est regrettable : sur elle doit peser, en grande partie, l'état d'obscurité oii est à peu près demeurée, jusqu'à ce jour, la question si importante de la nature des fièvres des pays chauds. Les Anglais, mieux inspirés, ont su distinguer des formes pyrétiques, nées sous l'influence des actions cosmiques ; mais ils n'ont pas toujours réussi à les bien délimiter, ni même à les séparer du coup de chaleur.
Nous considérons comme climatiques :
1° La fièvre éphémère (febricula) ;
2° hsi fièvre co?îtùme simple {fièvre inflammatoire^ ardente, angioténique^ common coiitijiiied fever, ardent continued fever. thermie fever : pars) ;
3° h?i fièvre gastrique simple et la. fièvre gastrique bilieuse banale;
4° Certaines fièvres à manifestations catarrhales généralisées, parfois observées dans les pays chauds.
Ces fièvres ont entre elles des relations assez étroites, pour qu'on soit autorisé à les regarder comme des variétés d'un même type, parfois modifié par des conditions individuelles. Elles atteignent les créoles et les acclimatés dans les saisons de chaleur exceptionnelle et, dans les saisons ordinaires, se montrent de préférence chez les individus récemment arrivés d'Europe, encore
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non assouplis aux influences météorologiques intertropicales : elles marquent alors comme une réaction de Torganisme contre son nouveau milieu, elles sont comme une première étape vers l'assuétude climatique, d'où leur nom de fièvres d'acclimatement^ . Nous ne croyons pas devoir entrer dans une description de ces fièvres : la fièvre éphémère des pays chauds ne diff"ère en rien de celle de nos régions ^ et, quant aux autres formes, nous les avons étudiées d'une façon très complète dans notre Traité des fièvres bilieuses et typhiques. Nous insistons seulement sur quelques points, qui nous amèneront à confirmer ou à rectifier certaines opinions émises en ce livre.
Tout d'abord, après une nouvelle période d'observation hospitalière aux Antilles, nous maintenons catégoriquement que la fièvre dite inflammatoire ou bilieuse inflammatoire n'est pas une pyrexie amarile. Nous allons même plus loin : nous déclarons que cette fièvre doit disparaître du cadre nosologique ou plutôt que l'épithète sous laquelle on l'a trop longtemps désignée ne doit plus servir à la dénomination d'une espèce. La vérité, la voici : c'est qu'en diverses régions de la zone intertropicale, le retour (et parfois aussi le déclin) des chaleurs donne naissance à une pyrexie continue, qui, le plus souvent, demeure très difficile à dénommer, en dehors de son type, parce qu'elle est dégagée de tout syndrome accessoire, par rapport au syndrome fièvre. La pyrexie peut se compliquer d'états inflammatoire, gastrique, ou bilieux, soit isolément, sous l'influence de conditions individuelles idiosyncrasiques, soit chez un grand nombre de malades, sous l'influence d'une constitution médicale particulière, qui nous a semblé dépendre d'une forte chaleur, sèche ou plus ou moins alliée à de l'humidité atmosphérique. Mais, dans aucun cas, l'élément surajouté, accidentel, ne saurait prendre la place de l'élément propre, le syndrome fièvre, évoluant suivant un type continu, malgré
' L'expression fièvre d'acclimatement, s'entend de plusieurs manières : 1" d'une fièvre d'initiation à un climat chaud salubre, au début de la saison d'hivernage ou à la fin de cette saison, les deux époques de l'année les plus pénibles pour l'Européen récemment arrivé ; 2" d'une fièvre d'initiation à un climat chaud paludéen : elle peut rester dans les limites de la précédente, c'est-à-dire demeurer simple fièvre climatique, ou être le point de départ de l'impaludation ; 3° d'une fièvre d'initiation à un climat chaud amaril (voir notre Traité des fièvres, p. 450).
- Morehead déclare que la fébricule observée dans l'Inde est en tous points scm^ blable à celle qu'on rencontre dans les climats froids. Comparer les descriptions de la fièvre éphémère des pays chauds, données par Morehead, Murchison, Fayrer, avec celles qu'on trouve dans nos traités de pathologie interne (Grisolle, etc.).
qu'il apparaisse plus bruyant et plus tumultueux. La pyrexie offre une remarquable tendance vers le typtiisme. Celui-ci conserve les allures de l'empoisonnement putride, qui se produit sous l'action désorganisatrice d'une température très élevée (défaut d'élimination des matériaux d'une désassimilation trop active) ou revêt parfois les caractères dothienentériques. Faut-il admettre, dans ce dernier cas, l'association d'une fièvre typhoïde, alors même qu'on n'a pu constater, dans le pays, aucune importation, ou ime évolution, sur place, d'un composé typhigène poussée jusqu'à l'état moléculaire qui répond à l'infectieux propre de la dothienenterie ? Nous nous 4:rouvons en face de difficultés d'autant plus grandes, pour résoudre le problème, qu'aux périodes de transition où se développent ces fièvres, l'action calorique se double ordinairement d'une action tellurique : les premières pluies détrempent le sol et la malaria se combine à la maladie climatique. Avons-nous affaire à des fièvres transformées ou à des fièvres mixtes? Doit-on, rapportant tout au climat, opposer, comme les médecins anglais dans l'Inde, une fièvre entérique climatique hln. fièvre entérique contagieuse ou vraie dothienenterie \ ou, rapportant tout à l'infection, faisant table rase des observations jusqu'ici considérées comme classiques, déclarer l'existence de la fièvre typhoïde à l'état endémique, mais sous une forme modifiée, dans les pays chauds ? Nous pouvons hésiter à voir dans les fièvres du début de la saison chaude, entre les tropiques, des pyrexies toujours pures d'une infection dérivée ou associée. Mais nous repoussons une doctrine qui , au moment oii les actions météorologiques impressionnent le plus vivement l'organisme, conduit à la négatioh de leurs effets. Nous ne saurions pas plus regarder les fièvres pré-hivernales ou pré-pluviales des pays chauds comme une forme de la dothienenterie, que nous ne saurions rattacher à celle-ci les fièvres éphémères gastriques du printemps et du commencement de l'été, dans nos régions, avec les docteurs Kelsch et Kiener^ Nous admettons, entre les fièvres climatiques et les fièvres infectieuses, des relations très intimes ; nous pensons que ces relations peuvent trouver leur explication dans l'hypothèse de la transformabilité des fièvres, que nous
* J. Fayrer, The climat and fevers of Intlia. London, 1882. 2 Soc. méd. des hôp., 10 avril et 8 mai 1885.
FIEVRES CLIMATIQUES 33
avons cherché à édifier et soutenue à diverses reprises * ; mais nous reconnaissons que nous avons peut-être fait une part trop large au paludisme, dans l'étiologie des fièvres typhiques, et trop négligé Faction calorique : c'est le reproche inverse qu'il faut adresser, selon nous, au docteur Moursou, qui, dans son beau mémoire sur la Fièvre typhoïde à bord des navires et dans les pays chauds^ .nous paraît avoir exagéré Finfluence des hautes températures, au détriment de Finfluence palustre ^ Quoi qu'il en soit, de nouvelles recherches sont nécessaires, pour établir une délimitation plus précise entre des groupes qui traduisent aussi fréquemment, par leurs transformations, la multiplicité des influences présidant à leur développement et à leur évolution ^
Les fièvres climatiques doivent être nettement séparées du coup de chaleur. Celui-ci désorganise rapidement, entraîne l'arrêt des fonctions vitales par coagulation de la substance des éléments le plus nécessaires à leur exécution. Les pyrexies naissent d'une influence plus mitigée : elles accusent surtout une perturbation vaso-motrice, accompagnée d'une perturbation de la nutrition
^ Consid. gén. sur les mal. typhiques. Arch. de méd. nav., sept. 1881, et Traité des fièvres bilieuses et typhiques, chap. v.
- Arch. de méd. nav., 1885, et niém. tiré à part, IP p., ch. i, m, iv. Consulter aussi la thèse de Batby-Berquin. (Notes sur quelques maladies observées à la Guadeloupe, Paris, 1873.)
^ Sans reprendre une controverse qui nous entraînerait trop loin, nous ne croyons pas inutile de reproduire ici les impressions que nous avons notées au cours d'une épidémie de fièvres continues, nées spontanément parmi la population créole, au cours de chaleurs excessives et de pluies irrégulières peu abondantes, pendant le 2° trimestre de l'année 1885, à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). « Dans les pays tempérés, avec les premières chaleurs succédant au froid de l'hiver et coexistant avec une grande humidité de l'atmosphère, corrélative de l'état du sol, apparaissent ces fièvres dites vernales ou printanières, que caractérise ordinairement l'état gastrique ou gastrique bilieux. Ces fièvres sont tantôt très éphémères, tantôt prolongées pendant un, deux, trois septénaires ; elles dégénèrent souvent en typhisme, ou bénin, sous la forme appelée muqueuse, ou plus grave, sous des formes multiples, quelquefois dominées par des conditions spéciales intercurrentes, généralement co^^nfinant à la dothiénentérie, sans toutefois mériter ce nom, ni par l'appareil symptomatique, ni par les lésions. A mesure que les chaleurs augmentent, il semble que le typhisme s'isole des fièvres primitives, s'individualise : ce n'est pas encore la vraie fièvre typhoïde, c'est souvent cette forme indécise qu'une théorie commode assimile entièrement à la fièvre dothienentérique, bien qu'elle n'y retrouve pas les caractères de cette pyrexie, sous le nom de fièvre typhoïde abortive. Mais déjà quelques cas francs de dothiénentérie existent, et, quand l'été s'est fait, la dothiénentérie s'accroît peu à peu,- pour atteindre son maximum à la saison automno-hivernale. Cette évolution reste indépendante des conditions du milieu social, malgré qu'on en ait dit; car, de tout temps, avec les modalités les plus opposées dans ce milieu, la marche pyrétologique est demeurée la même : seulement l'intensité s'est accrue de -l'intervention de facteurs accessoires, tels que
ilAl,ADIES DES P.\YS CHAUDS. 3
d'abord peu intense, mais susceptible d'engendrer des intoxications secondaires, par résorption des produits d'une désassimilation anormale et insuffisance de l'élimination dépurative. Le coup de chaleur et la fièvre climatique ne présentent pas des altérations complètement similaires : dans l'un, à côté de la lésion
l'agglomération, dans les villes, d'un grand nombre de jeunes soldats, tout à coup soumis à un régime nouveau et non toujours suffisant, au moment de labeurs inaccoutumés ou exceptionnels, au moins pour beaucoup d'entre eux. La dothinentérie a son foyer créé : elle se limite ou s'étend, selon diverses conditions, puis elle décroît avec les grands froids. Le cycle va recommencer au printemps suivant. Ne semble-t-il pas qu'il y ait fusion progressive de formes multiples dans le typhisme, du degré le plus léger et le moins isolable au degré le plus prononcé et le plus spécialisé, pour ainsi dire (dothiénentérie), fusion simulant comme le déroulement d'un type morbide unique, transformable ? Dans les régions intertropicales, nous assistons à une évolution parallèle, non absolument identique, quant aux manifestations extérieures, parce que des éléments nouveaux interviennent, mais au fond de même nature et donnant lieu à des considérations analogues. Voyons, en effet, ce qui se passe chaque année à la Guadeloupe. Dans le 2" trimestre, c'est-àdire après la saison fraîche, dans la période oîi le sol est à peine mouillé, à rares intervalles, par de petites pluies de courte durée, oîi la température, parfois relativement encore assez faible au thermomètre, est cependant physiologiquement très pénible, parce que l'air est saturé d'humidité marine et que les fortes brises font défaut pour le renouveler, parce qu'aussi des conditions probables d'électricité se dissimulent sous les autres facteurs météorologiques,^on voit apparaître des fièvres dites inflammatoires, gastriques bilieuses, typhoïdes, etc., fièvres qui ne méritent aucun de ces noms, tout en les justifiant parfois, et présentent cette particularité notable de sévir de préférence (ou même exclusivement) sur l'élément créole, surtout aux âges extrêmes de la vie, chez les jeunes filles et chez les jeunes femmes, c'est-àdire sur la fraction la plus impressionnable à chaque écart des conditions ordinaires du milieu. Voilà déjà qui peut sembler singulier, au point de vue de la nature amarile ou dothiénentérique de ces fièvres, passionnément soutenue par quelques-uns, entêtés en leur opinion à la manière des enfants, incapables de considérer une question autrement que par un seul côté, suivant la judicieuse remarque de Topfer. Ces fièvres présentent parfois l'état inflammatoire, aussi l'état bilieux, mais souvent ni l'un ni l'autre. Nous nous sommes trouvé en face de malades chez lesquels nous n'avons eu litttéralement à relever que le syndrome fièvre, avec un assez médiocre abattement : rien du côté de l'encéphale ; rien ou presque rien du côté de l'appareil digestif ; langue nette et humide, quelquefois d'un rose un peu plus vif à son pourtour, selles naturelles ou bien un peu de constipation ; parfois tendance à quelque congestion pulmonaire. Nous avons vu un cas se prolonger ainsi, avec rechute, pendant plus de quatre semaines, sans ofTrir autre chose à constater que la fièvre, débarrassée de tout autre élément symptomatique. Mais d'autres fois la pyrexie vire au typhisme : il y a de l'hébétude, voire même du délire, de la céphalalgie ; la langue tend à la sécheresse, devient rouge et comme rôtie ; il peut se montrer des soubresauts de tendons, et le ventre est douloureux, avec ou sans diarrhée. On parle de fièvre typhoïde, bien qu'on ne constate ni le mode thermique de cette fièvre, ni ses taches, ni ses gargouillements cœcaux caractéristiques. Quelquefois cependant on reconnaît le tableau complet de la vraie dothiénentérie. Il faut alors que celle-ci se soit créée sur place, par dérivation des fièvres saisonnières, exactement comme dans nos régions ; mais, au lieu d'évoluer, elle va disparaître avec la saison des pluies.
« Dans cette période prè-pluviale, à quelle fièvre a-t-on affaire ? Bien probablement à une fièvre climatique, à calore, car elle croît de fréquence et d'intensité avec la température. Mais cette fièvre climatique est, jusqu'à un certain point, pro-
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solidique, nous rencontrons une lésion humorale, caractérisée par une extrême fluidité du sang (dissolution globulaire) ; dans Tautre, au contraire, les lésions solidiques font défaut ou ne sont que contingentes, le sang reste dense, coagulable, et ne subit qu'une assez faible réduction globulaire*. L'évolution clinique est aussi différente dans les deux affections : si l'on élimine des fièvres climatiques les formes dites sidérantes, qui ne sont que le vrai
portionnée, en raison de l'intervention d'une action telkirique démontrée par la coexistence d'accès malariens, souvent par l'efficacité du sulfate de quinine, dans les types où l'on soupçonne le moins l'impaludation, principalement au déclin. Cette fièvre climatique, pure ou mixte, dégénère en typhisme. Ce typhisme reste indécis ou il affecte la forme abdominale : est-ce la dothiénentérie? La mortalité est faible, de beaucoup inférieure à celle de la fièvre typhoïde (souvent au-dessous de 1 à 2 p. 100 des atteintes) et nous nous trouvons ordinairement en face d'un ensemble de symptômes et de lésions qui ne sont pas dothiénentériques : l'intestin est indemne ou simplement arborisé; ou bien il présente discrètement, tout à fait dans la dernière portion de l'iléon, au voisinage du cœcum, et quelquefois dans le cœcum lui-même (régions à stagnation des matières, et par conséquent plus sévèrement soumises à l'action des infectieux auctochtones formés dans l'intestin), des ulcérations petites, arrondies, régulières, à bords peu saillants et assez nets, à surface inégale, colorée par la bile, tomenteuse ou comme fongueuse, sans aucune altération des plaques de Peyer ; c'est de la psorentérie banale. Le foie et la rate sont tuméfiés, mais fermes, et paraissent fréquemment traduire une influence malarienne.. Il existe de la congestion pulmonaire vers les bases. Cependant on trouve) en de rares autopsies, les lésions spécifiques de la dothiénentérie. Nous puisons, dans cette opposition de résultats, un nouvel argument en faveur de la mutabilité pyretologique et de la transformabilité des types prétendus immuables. Nous constatons en outre, par l'effacement rapide de la dothiénentérie ainsi engendrée sur place, combien les pays chauds sont réfractaires à la complète évolution des grands typhus, aussitôt que leur caractéristique météorologique s'accuse au maximum, — en dehors du typhus amaril, dans la région américaine, et du typhus cholérique, dans la région asiatique.
« Les pluies établies, il se produit une sorte d'équilibration entre les conditions météorologiques et telluriques. Nous représenterions volontiers la période prépluviale par la proportion de 3 (influence météorologique) -f 1 (influence tellurique). Nous aurons maintenant le rapport de 2 -j- 2. Vient la seconde saison de transition : quand l'hivernage a été sec, elle est souvent marquée par le retour de fortes chaleurs qui amènent les mêmes fièvres que nous avons notées dans la première saison de transition, ou, chez les acclimatés et les créoles, ces fièvres à masque inflammatoire et à tendances bilioso-hémorrhagiques, si faussement rapportées à l'amarilisme (précisément dans les mois oîi l'amarilisme trouve l'arrêt de son développement). Mais ordinairement les conditions sont autres. Les terres, longtemps pénétrées par l'eau, se découvrent et émettent l'infectieux malarien suivant une proportion qui efface plus ou moins l'action climatique (1 inf. met. + 3 inf. tel.) : c'est le moment des accès graves à quinine. Enfin, les fraîcheurs s'établissent, elles réconfortent l'Européen ; mais le créole, toujours si ébranlable, va de nouveau payer tribut à la rupture de son assuétude thermique moyenne, non plus en subissant la détérioration typhique, a calore, mais la brusque secousse qui détermine l'hémoglobinurie, connexe de l'accès malarien. »
* Bien que, dans la fièvre inflammatoire, les globules rouges diminuent .d'une manière sensible, ils ne tomberaient pas au-desso-is de 3,800,000 ; le chiffre tend rapidement à redevenir normal. (Maurel, llémaLimétrie des pays cliauds, Aich. de mèd. nav., 1885, XLllI, 35-53.)
coup de chaleur*, on voit qu'elles ont un cycle déterminé, d'une durée de plusieurs jours dans les cas moyens, tandis que le dernier est éminemment rapide et, quand il se prolonge jusqu'au quatrième ou cinquième jour, se présente sous des allures symptomatiqes particulières :
Fièvres climatiques :
Prodromes habituels, souvent des frissons au début.
Point de perte de connaissance, seulement de l'affaissement, ou, d'autres fois, médiocre exaltation cérébrale.
Température fébrile, ne dépassant guère 40°.
Pouls plein, régulier dans son accélération. Pas de tendance à la syncope.
Quelque oppression se rapportant à une congestion pulmonaire rarement intense.
Urines . simplement diminuées , denses.
Peau chaude et sèche, sans aridité ni chaleur excessives.
Rémission momentanée, puis légère exacerbation, précédant fréquemment la détente définitive.
Pronostic bénin dans l'immense majorité des cas.
Convalescence franche.
Coup de chaleur :
Prodromes plus rares ; les symptômes que l'on considère parfois comme tels, plutôt d'invasion.
Perte de connaissance ou délire avec tendance au suicide.
Température hyperfébrile, allant jusqu'au delà de 42°.
Pouls mou, dépressible, faible, irrégulier dans son accélération comme dans sa force. Lipothymies et syncope.
Asphyxie.
Urines supprimées.
Peau brûlante et d'une aridité excessive.
Evolution continue, marche ascendante jusqu'à la mort, ou rapidement rétrograde vers la guérison.
Pronostic souvent grave.
Souvent des suites morbides.
Ajoutons que, si le coup de chaleur frappe à peu près exclusivement les Européens, les fièvres climatiques n'épargnent pas la population créole ni même les sujets de races colorées.
* On s'en convaincra par la lecture, même sommaire, de la plupart des descriptions anglaises de la fièvre ardente ou thermique.
TROISIÈME SECTION
L'Européen, dans les premiers temps de son séjour aux colonies intertropicales, éprouve, sous l'influence de la chaleur et des impressions nouvelles qui mettent en jeu son activité cérébrale, une stimulation fonctionnelle, comme un surcroît de vie, augure trompeur d'une adaptation rapide et sans perte de l'énergie originelle. Mais bientôt l'économie ressent les effets d'un milieu si différent des climats tempérés. Le poumon a pu, tout d'abord, par une ampliation forcée, une plus grande fréquence des mouvements thoraciques, maintenir la respiration à son taux habituel, dans une atmosphère plus raréfiée, plus pauvre en oxygène ; mais la fatigue survenant, l'organe respiratoire subit une rétrogradation dans sa capacité physiologique et l'hématose devient
* Sur l'anémie tropicale consulter :
Articles relatifs à l'anémie dans les traités de pathologie interne et les dictionnaires.
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moins active, parce que Toxyg-ène est absorbé en moindre quantité : les combustions sont diminuées, l'exhalation de l'acide carbonique, Texcrétion de l'urée^ tombent bien au-dessous des chiffres auparavant observés. Il se produit quelque chose d'analogue à Fanoxyhémie des altitudes^ et cette réduction du comburant, autant que l'action débilitante d'une chaleur souvent humide et alliée à des conditions d'électricité qu'il importerait de préciser, est la cause d'une atonie digestive qui contribue puissamment, à son tour, à l'amoindrissement des fonctions nutritives, par la réduction des matériaux élaborés pour la combustion. Le sang devient moins plastique, moins riche en hématies. L'abondance de la transpiration, sous la sollicitation permanente que le calorique exerce sur les vaisseaux et les glandes de la périphérie, ajoute à ces éléments d'affaiblissement relatif une déperdition plus ou moins considérable, mais d'ailleurs nécessaire : l'organisme, tout en produisant moins de chaleur, semble plus apte à se laisser pénétrer par celle du milieu, parce qu'il n'a plus la même résistance vis-à-vis des influences extérieures ; l'hypercrinie tégumentaire prévient les effets de l'accumulation du calorique. Malgré qu'elle soit copieuse, réglée, pour ainsi dire, par le même facteur qu'elle a mission de combattre, elle ne suffit pas cependant à maintenir la température du corps en complète indépendance de l'action climatique. Aussi constatons-nous, chez les créoles et les acclimatés, ce phénomène, en apparence contradictoire, d'une température moyenne plus élevée, avec des oxydations plus réduites ^ phénomène si bien la conséquence d'une imprégna-
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* Moursou, Arch. de méd. nav., sept. 1881.
^ Voir G. Sée, Anémies (anémies respiratoires), et se reporter aux travaux bien connus de Jourdanet, de Coindet, de P: Bert.
^ Jousset, De l'acclimatement eL de l'acclimatation. 107-108. 198 et suiv.
tion par le calorique extérieur, qu'il varie avec les oscillations journalières et saisonnières que présente ce dernier'. Il y a là comme un état subfébrile physiologique, que la plus légère impression anormale peut convertir en état pathologique, dans les pays chauds insalubres, mais qui, en dehors de toute autre action endémique, entraîne sans doute une certaine tendance à la prédominance de la désassimilation sur l'assimilation.
Ces conditions, bien isolées, peuvent-elles amener l'hydrémie et l'aglobulie qui caractérisent l'^wemze? Beaucoup le croient et le disent. Mais pour nous, nous hésitons à l'admettre. Avec Dutroulau, nous accordons à l'action collective des météores un pouvoir modificateur sur l'économie, pouvoir qui aboutit aune réduction de la nutrition et à une exaltation de la sensibilité. Toutefois, dans la plupart des pays intertropicaux, « si l'organisme humain n'avait à redouter que les agressions de la météorologie, le combat serait peu pénible... et l'Européen n'aurait qu'à se laisser vivre... » (Dut.) Si l'anémie était une conséquence fatale des influences climatériques, on comprendrait difficilement comment des races entières ont pu s'y adapter et se conserver vigoureuses vis-à-vis d'elles, malgré bien des causes de misère, comment, dans nos colonies, a pu se constituer une population créole très vivace, malgré bien des souffrances, et l'on aurait lieu de s'étonner de la résistance d'un grand nombre d'Européens, en maintes localités chaudes et même torrides. C'est que Faction des climats est relative : l'impression qu'elle produit, chez des sujets faibles et débilités, suffit à faire pencher la balance vers la morbidité ; chez les sujets de constitution
* Nos observations sont d'accord, sur ce point, avec celles de Davy et de Jousset. Nous en donnons, comme exemple, une série de températures prises sur nous-même, à Saigon, pendant le mois de mai 1879 :
VEHS 6 H. M.
T. cxt. T. axil.
T. cxt. T. axil.
T. ext. I. axil.
T. cxt. T. axil.
T. ext. T axil.
T. cxt. T. axil.
ti.l
forte OU moyenne, elle ne sort jamais des limites physiologiques, à moins de l'intervention d'autres facteurs, ramenant précisément l'économie au degré d'ébranlement qui favorise une rupture d'équilibre sous les influences les plus banales. L'anémie, cependant, est commune dans les pays chauds ; l'état de santé lui-même, a dit Rufz, « en présente la livrée » et elle est le « fond de la plupart des maladies » a ajouté S* Yel. Le contraire aurait lieu de surprendre avec l'observation des mœurs créoles et les habitudes hygiéniques auxquelles sont soumis un trop grand nombre d'Européens.
Dans les populations créoles, une sexualité précoce reçoit une satisfaction sans frein, dont les fâcheux efli'ets sont encore accrus chez la femme par l'énervement d'une vie sédentaire et oisive, chez l'homme par l'abus inconscient des liqueurs alcooliques. Quant à l'Européen, immigrant, il connaît trop vite les privations et les découragements qu'entraînent les désillusions, les fatigues que détermine la préoccupation constante des affaires professionnelles, dans un milieu à l'esprit étroit, égoïste, jaloux, toujours porté à considérer le métropolitain comme un rival, presque comme un ennemi ; marin ou soldat, il est usé par le rude métier de la mer ou par des expéditions, l'intempérance, la nostalgie, les passions solitaires qui naissent dans l'isolement des postes, souvent encore par des privations qui reconnaissent pour cause la négligence administrative : l'officier lui-même prend en dégoût une existence dépourvue du confortable le plus élémentaire et périclite fréquemment sous les influences morales les plus dépressives, qu'une autorité vraiment soucieuse des forces vives du pays doit savoir écarter. Yoilà bien des éléments de débilitation dont il conviendrait de tenir compte, avant de rattacher l'anémie qui prend naissance entre les tropiques aux seules influences climatériques intertropicales. Mais on a plus étrangement encore abusé de cette expression, anémie tropicale, en comprenant, sous le titre « tous les cas d'anémie qui suivent une résidence plus ou moins prolongée dans les pays chauds, et malsains... : il y a généralement dans les antécédents une histoire d'attaques répétées de fièvre paludéenne, une tumeur splénique et un dérangement des fonctions du foie ou d'autres organes de la digestion. Quelquefois, le malade n'a jamais souffert d'un accès de fièvre, mais d'une détérioration graduelle de la santé, avec pâleur augmentant insensiblement et appauvrissement du
sang. Dans ces deux cas, ranémie est causée par le poison de la malaria et la chaleur... » (Fayrer et Ewart).
En réalité, l'influence climatique est probablement incapable de produire Fanémie, quand elle est dégagée de tout autre influence nocive ; elle renforce seulement Faction des causes pathogènes, en présentant à leur atteinte un organisme physiologiquement amoindri. Il est possible, dans les pays chauds, d'établir une distinction entre les anémies qu'on observe au cours ou à la suite des maladies endémiques et celles qui prennent naissance en dehors de ces maladies. Toutefois, cette distinction reste bien souvent théorique, parce que là où existent les conditions du tellurisme, les manifestations malariennes peuvent être latentes ou incomplètes. Comme il est, d'autre part, très difficile d'isoler les facteurs météorologiques de diverses influences auxquelles ils ne font que prêter leur concours, il vaut mieux sans doute supprimer de la nosologie une entité douteuse, et, au lieu de décrire une anémie tropicale, étudier Fanémie entre les tropiques. Ainsi comprise, on s'apercevra que la maladie relève de toutes les causes qui la déterminent dans les autres zones, qu'elle succède en outre à des endémies spéciales (dysenterie, hépatite, fièvres paludéennes, etc.), mais que son caractère dominant est une grande rapidité d'évolution, favorisée par les influences débilitantes du climat et surtout par les conditions défectueuses de l'hygiène individuelle ou professionnelle.
L'anémie n'épargne aucune race. Mais la fréquence et la sévérité de ses atteintes est toujours en rapport avec les conditions spéciales d'hygiène, auxquelles sont soumises les diverses races d'une même région. Ici, c'est l'Européen qui présente la plus forte proportion de victimes \ là le créole, le noir ou le coolie indien. Ce dernier, dans nos colonies américaines et principalement à la Guyane, est décimé par les maladies anémiques, engendrées sous l'influence de l'excès du travail et des privations, de la nostalgie et des mauvais traitements, comme autrefois l'esclave africain.
'Au Sénégal, par exemple, où, sous un climat brûlantetlnsalubre, les militairesont à supporter tant de souffrances, dans des postes isolés, parfois mal construits et mal ravitaillés ! Nous avons cherché à prendre une idée de la marche de l'anémie, parmi les troupes de cette colonie, et nous avons, dans ce but, interrogé un jour et examiné tous les malades d'un service de l'hôpital militaire, à Saint- Louis : sur 48, 6 seulement n'étaient pas anémiés d'une façon appréciable après un séjour de moins d'un an ; 42 présentaient de l'anémie à divers degrés (nous en avons établi 4, pro-
Telle était et telle est encore la gravité de l'anémie, parmi ces pauvres travailleurs du sol, livrés à l'âpre ardeur des intérêts du maître (aujourd'hui Fengagiste !), qu'on a voulu reconnaître chez eux une affection particulière, en raison d'une dépravation de l'appétit généralement observée chez les malades, affection tour à tour rattachée à une aptitude ethnique sui generis et au parasitisme de l'ankylostome intestinal, le mal-cœur ou mal d'estomac des nègres [cachexie africaine, chlorose d'Egypte, hypohémie tropicale, pica, géophagie, allotriophagie , chtonophagie, etc.). Pour nous, cette maladie n'est qu'une forme grave de l'anémie de misère, telle qu'on peut l'observer en tous lieux et dans toutes les races, quand elle n'est pas le béribéri et bien autre chose encore ; nous dirions d'elle, très volontiers, ce que le docteur P. Fabre a dit de l'anémie des mineurs : « C'est une véritable macédoine, un abîme oii l'on a jeté pêle-mêle toutes sortes de maladies ^ »
gressivement désignés par les chiffres 1, 2, 3, 4) après un séjour variant entre quelques mois et 2 ans; tous avaient présenté antérieurement une atteinte endémique quelconque, et, chez 31, cette atteinte était nettement spécifiée :