‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 11 sur 190 · DE SEJOUR · texte numérisé non relu

DE SEJOUR

Ayant ■ présenté une atteinte en-

démique quelconque ....

Ayant présenté une atteinte en-

démique franchement spécifiée.

Offrant le degré d'anémie ci-des-

sous indiqué : N° 1. . .

' Consulter sur le Mal-cœur, après les documents curieux disséminés dans les anciens auteurs (Labat, Pouppé-Desportes, Levacher, etc.), le mémoire de Fonssagrives et Le Roy de Méricourt, Arch. de méd. nav. I, 362. — La géophagie ne constitue pas un caractère absolu de morbidité : on la retrouve à l'état d'habitude, chez diverses populations de l'Amérique méridionale (Ferrand, Guibourt) et, dans les Indes néerlandaises, elle semblerait cacher le désir de mettre fin à une existence misérable par l'inanition ; les malheureux qui s'y livrent cessent de s'y adonner, quand ils peuvent se procurer de l'opium (Van Leent, Arch. de méd. nav.,YIII, 245). — L'anémie géophagique n'est point particulière à la seule race noire : au Brésil, Jobim, Sigaud, etc. l'ont déclarée commune à toutes les races ; aux Antilles, Gaigneron, l'un des premiers, a fait remarquer qu'elle se rencontrait parmi les coolies chinois et indiens. — Les relations de la maladie avec le parasitisme de l'ankylostome ne sont rien moins que constantes (remarquons, en passant, que si elles étaient réelles, elles feraient disparaître l'endémie tropicale dans la même entité que Fané-

L'anémie, entre les tropiques, n'offre ni lésions, ni symptômes qui la distinguent de l'anémie observée dans les pays tempérés, et si bien décrite dans tous les* traités classiques de pathologie; elle peut seulement s'accompagner de manifestations qui relèvent des maladies endémiques et dont l'analyse doit être rattachée à l'étude de ces maladies (chap. IV, VIII et IX); elle est en outre caractérisée par une plus grande rapidité d'évolution, une plus grande insidiosité dans les formes.

Son diagnostic comporte :

4° Le diagnostic de Y état morbide^ d'après les signes commémoratifs et actuels, étiologiques et symptomatiques (conditions hygiéniques habituelles ; maladies antérieures ; décoloration des téguments et des muqueuses, ou teinte bistrée et terreuse ; hydropisies ; tendance aux hémorrhagies ; langueur générale, fourmillements et engourdissements dans les membres, parésie, tremblements et incertitude dans la marche, perte de la mémoire, paresse intellectuelle, somnolence, quelquefois du délire, troubles sensoriaux et hallucinations, céphalalgie, sensation vague dans la tête, douleurs névralgiques variées, sensibilité aux moindres écarts de la température ; souffles cardiaco-vasculaires, lipothymies ou syn-

mie des mineurs de la région alpine) : on rencontre l'anlcylostome, comme les ascarides lombricoïdes, dans l'intestin d'un grand nombre de sujets morts de maladies diverses, accompagnées d'état anémique ; mais le parasite fait défaut chez beaucoup d'autres, atteints de mal-cœur ou d'anémie ainsi désignée. Sans doute, quand l'ankylostome pullule à la surface de la muqueuse intestinale, au point de la couvrir d'une véritable sulTusion hémorrhagique, il peut contribuer à aggraver un état morbide, dans lequel l'anémie est l'expression dominante ; mais il nous semble qu'on a trop négligé, même dans ce cas, de prendre en considération les éléments de détérioration organique si complexes auxquels sont soumis, en Europe, la majorité des populations minières, hors d'Europe, la majorité des cultivateurs. L'anémie des esclaves noirs, ce qu'on appela dès les premiers temps le mal-cœur, aux Antilles, fut d'emblée reconnue pour un mal de misère : il était réservé à notre époque scientifique d'en faire une maladie nouvelle, dépourvue de tout caractère propre, d'après l'observation de quelques parasites chez un certain nombre de sujets ! — Sur les relations de l'ankylostome et de l'anémie : Dubini, x\nn. univ. de méd. de Milan, 1843, CVI. — Griesinger, In gaz. hebd. de méd. et de chir., 13 avril 1855. — Wucherer (cité par Bourel-Roncière, Arch. de méd. nav., 1868, XI, 339. — Davaine, Tr. des entozoaires, 2e éd. 1878 (supplément). Arch. de méd nav., nov. 1880 : l'anguillule et l'ankyloslome au Brésil. — Bugnion, l'ankylostome duodénal et l'anémie du Sainl-Gothard. Genève, 1881. — Mégnin, Rev. crit. d'helminthologie. Arch. gén. de méd , déc. 1881. — Me Connell, On dochmius duodenalis as. an human parasite in India, the Lancet, 22 juill. 1882.— P. Fabre, Du rôle des entozoaires et en part, des ankylostomes, Paris, 1883. — II. Barth, l'ankylostome duodénal et l'anémie des mineurs, Un. méd. 25 mars, 1884". — Smyers, Uelat. de quelques cas d'ankylostomasie (anémie pernic), Prog. méd , 6 fév. 1886. — Trossat, De l'ankylostome duodénal. Th. de Lyon, 1885.

copes, palpitations ; anhélation facile, dyspnée spontanée ; anorexie, appétits bizarres, gastralgie, coliques avec constipation et météorisme ou diarrhée ; urines diminuées, de faible densité, pâles, etc) ;

2° Le diao'nostic de YesjDèce (anémie essentielle ou directement engendrée par un ensemble de causes, qui la produisent indépendamment de tout autre état morbide préexistant, et anémies symptomatiques, doublant diverses maladies, qui ont précédé et déterminé Faltération du sang; dans ces dernières, on rencontre d'importants symptômes du côté de T intestin, du foie et de la rate) : ce diagnostic se confond avec le diagnostic pathogénique. qui recherche la cause et son mode d'intervention dans l'espèce ;

3° Le diagnostic de la forme et du degré. « Les formes de l'anémie dépendent, d'une part, de la cause qui la produit ; d'autre part, de l'absence ou de la prédominance de certains signes, d'où résulte une physionomie variable de l'affection. » (Woilliez.) Le diagnostic de la forme est donc établi par les éléments de celui qui précède; mais il sera complété par l'examen de l'état du sang. Il nous suffira de rappeler que, dans l'anémie, l'altération du liquide sanguin est quantitative et qualitative ; la maladie est caractérisée par l'insuffisance du sang ou de quelqu'un de ses éléments, et l'on en peut distinguer, avec Jaccoud, quatre formes, selon les modalités de cette insuffisance : Vanémie vraie ou hypémie, par diminution ou privation du sang, consécutive à une hémorrhagie (hémorrhagies de la fièvre jaune, hémorrhagies menstruelles ou parturitives au cours d'accès malariens, etc.); Vanémie séreuse ou polyhémie, observée chez les individus qui survivent à la précédente, l'eau du sang étant plus rapidement reconstituée que les éléments globulaires, d'où proportion surabondante du sérum relativement aux globules ; Vanémie albumiiiurique oxiliydrémie, caractérisée par un excès d'eau dans le sérum, avec ou sans diminution dans la quantité des globules rouges (anémies d'inanition, de misère, diathésiques ou par intoxications) ; Vanémie globulaire ou aglobulie caractérisée par une diminution et une altération des globules rouges, le contenu du sérum en albumine et en sels pouvant demeurer normal (chlorose et partie des anémies par intoxication, anémie consécutive aux accès de fièvre hémoglobinurique, etc.) : en général, dans les pays chauds, les formes sont complexes, mais l'aglobulie domine. —

Le degré est établi d'après Tintensité et la persistance des plus graves symptômes, l'absence ou l'existence des hydropisies, l'état du sang-'; il n'est pas en rapport avec la durée de l'état morbide, l'anémie pouvant arriver très. rapidement à son dernier degré, la cachexie. (Voir le chapitre des Maladies palustres.)

Le pronostic varie selon les conditions individuelles, sociales et hygiéniques des malades : il est surtout sérieux chez les enfants et chez les femmes, les sujets de tempérament lymphatique et de constitution faible ou débilitée par des maladies antérieures, chez les intempérants, les Européens fatigués par un séjour prolongé dans les colonies, les malheureux qu'on ne peut entièrement soustraire à l'influence dépressive de la nostalgie, etc. ; — l'espèce de la maladie: symptomatique, l'anémie reste sOus la dépendance de l'état morbide qui l'a précédée et qui l'entretient ; essentielle, elle relève, dans son pronostic, des conditions étiologiques plus ou moins susceptibles d'être écartées ou réfractaires à l'intervention ; — la forme et le degré : au degré ultime ou cachectique, le pronostic comporte une très grande sévérité ; au degré moyen, il est surtout à reserver dans la forme hydrémique et la forme aglobulaire.

La prophylaxie et la première indication du Traitement consistent dans la suppression ou l'atténuation des causes : bonne hygiène physique et morale, et, s'il est possible, soustraction des malades au milieu dans lequel ils ont contracté l'anémie ; séjour sur les points de haute altitude, où les conditions du climat torride sont mitigées, où celles de l'endémie palustre disparaissent; voyages en mer; rapatriement. Avec la réduction du séjour -à deux et à trois ans, pour les fonctionnaires métropolitains et les

' On prendra pour guide, dans l'examen du sang, le mémoire du D'' Maurel, sur l'hématimétrie des pays chauds, mémoire qui résume la plupart des travaux récents et notamment ceux de Hayem (caractères anatomiques du sang des anémiques, Ac. des se, juillet 1876; Recli. sur l'évolution des hématies, Arch. de physioL, 1878-79; Leçons sur les' modifications du sang, les anémies, Paris, 1882 ; Cont. à l'étude des caractères morphologiques des glob. rouges, Arch. de phys., 1883, etc.). Chez les anémiques, les globules du sang sont de moindres dimensions (diam. moy. de 7 à 6 (A au lieu de 7 ^., 5), diversement déformés (surtout crénelés), moins colorés, moins nombreux (on les a vus tomber de 5,500,000 par millim. cube, à 1,180,000 et au-dessous) ; en outre, tandis qu'à l'état normal le pouvoir colorant du sang est proportionnel au nombre des globules rouges, dans les anémies on trouve un défaut de concordance entre le nombre' de ces éléments colorés et le pouvoir colorant du sang, c'est-à-dire que le pouvoir colorant est toujours inférieur, dans une proportion plus ou moins grande, à celui que donnerait au sang un nombre égal de globules rouges dans l'état de santé.

troupes, appelés à servir dans les colonies, rétablissement de camps et d'hôpitaux sur des plateaux élevés, à la Martinique (Balata), à la Guadeloupe (Camp-Jacob), à la Réunion (Salazie), a réalisé un très heureux progrès (les Anglais nous avaient donné l'exemple, en créant, dans Tlnde, les Sanatoria des Neilgherries) : les mihtaires, qui tiennent garnison alternativement pendant 3-6 mois sur le littoral, et pendant une période de même durée sur les hauteurs, éprouvent moins fréquemment et moins profondément Tatteinte des influences endémiques et les statistiques actuelles, comparées à celles d'autrefois, toutes proportions gardées relativement aux effectifs, accusent une diminution notable dans les entrées aux hôpitaux, les rapatriements et la mortalité ^ Malheureusement, comme nous aurons plus tard à le démontrer, le climat d'altitude ne convient pas à tous les anémiques, et certaines colonies n'ont pas de hauts plateaux : on peut alors transformer en lieux de convalescence une pointe bien avancée en mer (cap Saint-Jacques, embouchure de la rivière de Saïo'on), un navire-ponton mouillé à bonne distance du littoral (Gabon), un îlet (îles du Salut à la Guyane), où les malades auront au moins le bénéfice des brises marines, sans avoir à redouter les brusques écarts de température des altitudes. La thérapeutique proprement dite comprend trois ordres d'indications (en dehors de celles qui relèvent d'états morbides connexes ou préexistants, dans les anémies symptomatiques) :

r Combattre l'altération du sang: cette altération variant dans son essence, il s'ensuit que les moyens de la guérir doivent aussi varier ; on a toutefois commis une erreur en divisant les anémies en deux groupes trop généraux, selon qu'elles sont ou non justiciables des martiaux ; car si, dans toutes, le fer n'est pas le médicament par excellence, au moins au début, il est toujours utile, ou, la plupart du temps, à une certaine période de la maladie ; l'hydrémie réclame l'administration des toniques analeptiques, l'aglobulie celle des toniques ferrugineux; les toniques amers conviennent dans l'hydrémie avec aglobulie ; enfin divers médicaments spécifiques sont nécessaires, quand il existe certains

' Et cependant les mesures d'une hygiène ainsi jugée d'après ses résultats comptent d'acharnés détracteurs ! des créoles, il est vrai, toujours prêts à sacrifier l'élément européen à leurs mesquins intérêts, concentrés dans les villes littorales.

éléments diathésiques, infectieux ou d'intoxication à combattre (syphilis, saturnisme, impaludation) ;

2° Rendre aux tissus leur tonalité compromise par l'altération du sang : emploi des toniques névrosthéniques et des moyens tiydrothérapiques ;

3° Combattre les troubles fonctionnels liés à l'état du sang ou survenus comme complications : moyens appropriés contre les troubles digestifs et en particulier la diarrhée, contre les troubles respiratoires, circulatoires, cérébraux ; contre les hydropisies. (Voir le chapitre des Maladies palustres \ cachexie.)

Page 1