‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 101 sur 190 · VI. —PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT · texte numérisé non relu

VI. —PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT

A. Prophylaxie.

On devra s'efforcer d'écarter ou d'amoindrir les conditions génératrices de la lymphathexie et aussi de protéger l'organisme contre l'envahissement des parasites. Si l'on constate chez un sujet des prédispositions suspectes, et, à plus forte raison, s'il a déjà présenté des accès de lyraphurie, on lui conseillera d'émigrer vers un climat tempéré, tout au moins le séjour sur une altitude convenable. On recommandera l'abstention des bains et de l'approvisionnement en eaux de consommation, là oii des filaires ont été rencontrées ; il serait même prudent de défendre l'usage des eaux non courantes, dans les régions endémiques, à moins qu'elles ne soient filtrées ou soumises à l'ébullition, peut-être aussi l'usage de certaines chairs susceptibles de servir de réceptacle et de véhicule aux parasites (à moins d'une cuisson suffisante) : en Egypte, les boeufs et les moutons sont parfois infectés par le distome hématobie et les embryons habiteraient les mollusques du canal de Mahmoudich.

B. Traitement.

Il est encore très empirique, malgré que les méthodes aient la prétention de s'appuyer sur des doctrines pathogéniques déclarées plus ou moins certaines.

Bouchardat, prétendant que la maladie est liée à un excès de graisse dans les liquides de l'économie, formule les deux indications suivantes : 1° faire en sorte que la réparation des éléments et la calorification ne soient pas supérieures aux dépenses ; proscrire les aliments hydrocarbonés, sucre, graisse, alcool, féculents ; 2° augmenter la dépense par une hygiène bien entendue : exercice, bains froids.

Les partisans de l'étioiogie parasitaire exclusive préconisent divers moyens susceptibles, d'après eux, d'agir sur la filaire ou la douve incriminées. Les uns (préparations intei-nes) doivent atteindre les vers au sein des voies circulatoires : io(kn'e de potassium

(1 à 2gr.), mercuriaux, glycérine; ou plus particulièrement dans les territoires de la circulation uropoiétique, au moment de l'élimination : copahu, térébenthine, huile de fougère mâle, santonine. Les autres (préparations destinées à l'injection intra-vésicale) doivent détruire le parasite sur place : solution d'iodure de potassium (1 gr. pour 250 à 1,000 gr. d'eau), solution de sublimé (1/2000), solution d'acide phéniqué (1/1000), etc. Ces moyens sont loin de réussir toujours elles injections peuvent être dangereuses, quand on les exécute sans un appareil à double courant; Finjection d'une solution phéniquée au millième détermina chez un de nos malades une néphro-cystite fort sérieuse.

Si l'on se pénètre de l'étiologie lymphathexique, on aura surtout recours à la médication tonique et stimulante, à l'hydrothérapie, aux amers, au quinquina et aux ferrugineux (l'acide gallique paraît aussi avoir donné quelques bons résultats), tout en cherchant à combattre la complication parasitaire. En pays malariens, il faut ne jamais perdre de vue que l'infection tellurique contribue puissamment à entretenir la maladie locale, soit par les poussées congestives qu'elle détermine vers les organes urinaires, pendant les accès fébriles, soit par l'état anémique qu'elle a créé.

Mais, quelle que soit la méthode thérapeutique employée, le changement de localité ou de climat reste l'indication primordiale et dominante.

TROISIÈME SECTION

HYDROGÈLE LYMPHOÏDE ET ENGORGEMENTS LYMPHATIQUES DU TESTICULE ET DU CORDON*

Vidal, Demarquay, Velpeau, Fergusson ont rapporté des cas d'hydrocèle du cordon et de la tunique vaginale, caractérisés par un liquide lactescent, riche en matière graisseuse. On n'a pas manqué de rapprocher. ces manifestations d'autres épanchements formés dans les grandes séreuses et pareillement caractérisés par

' Lire une série dNjiiservaLioiis l'elatives àcesétals dans la Llièse de A. (lalinelle

HYDROCÈLE LYMPHOIDE 501

un liquide offrant l'aspect du lait. Puis, enfin, les relations constatées entre ces hydrocèles et la chylurie, la découverte de la filaire dans le liquide obtenu par ponction, l'observation de l'affection chez des sujets provenant de localités intertropicales ou subtropicales, ont éclairé les médecins sur la véritable nature des phénomènes. Il existe bien une hydrocèle caractérisée par un épanchement de lymphe et de sérosité dans la séreuse qui revêt le cordon, l'épididyme et le testicule : si le liquide pathologique n'est pas de la lymphe pure, s'il ne répond pas exactement par sa composition à la lymphe ou au chyle, il présente cependant une analogie étroite avec le liquide des vaisseaux lymphatiques, et l'hydrocèle mérite les noms de chyliforme, chyloïde ou lymphoïde, qu'on lui a appliqués. L'affection a été surtout étudiée par P. Manson, Pedro de Magalhaës et Le Dentu '. Son histoire ne se résume encore qu'en quelques lignes. — L'hydrocèle lymphoïde s'observe chez des individus qui ont résidé longtemps ou habitent dans certaines localités tropicales, où l'on observe l'hémato-lymphurie et les autres formes de la lymphathexie. Elle est simple ou double, de dimensions variables, et fréquemment coexiste avec le lympho-scrotum éléphantiasique. Elle n'offre pas de translucidité, ou seulement une translucidité douteuse, et le liquide qui constitue la tumeur est ordinairement de réaction neutre, de couleur laiteuse ou légèrement jaunâtre, tantôt comparable à du chyle et tantôt à du pus séreux : on y a rencontré des filaires. — On a tour à tour essayé contre cette affection l'acide salicylique, l'acide arsénieux, la santonine, les préparations mercurielles, le sulfate de quinine (qui a paru avoir quelque efficacité) et enfin la glycérine : Magalhaës a prescrit cet alcool à l'intérieur, à la dose de 40 à 60 grammes, comme dissolvant des filaires, en même temps qu'il l'a employé en injection intra-vaginale; Rendu a eu recours à l'injection iodée.

A ce tableau, nous ajouterons le résultat de nos propres observations. L'hydrocèle lymphoïde est généralement consécutive à des manifestations lymphangitiques du scrotum ou à des engorgements du testicule, de l'épididyme et du cordon, auxquels la prostate participe quelquefois, et qui semblent dus à une infiltration fibrinogène, susceptible d'être accompagnée de coagulations à

* Voir les indicalions bibliographiques relatives à la lymphalliexie en général,

l'intérieur des vaisseaux blancs. Ceux-ci forment alors, sur le trajet du cordon, des tumeurs de volume variable, d'une excessive dureté, bosselées, plus ou moins roulantes sous la pression des doigts, bridées et comme étranglées, à un certain degré de développement, contre l'anneau inguinal externe. L'engorgement testiculaire, comme l'épanchement vaginal, se produisent avec une rapidité remarquable; ils peuvent disparaître de même, mais sont alors sujets à récidive, ou bien ils persistent pendant très longtemps, avec des périodes d'amoindrissement ou d'augmentation très sensibles. Fréquemment, ils coexistent ou alternent avec des manifestations analogues aux membres et avec des poussées érysipélateuses au scrotum K La douleur locale est faible ou nulle, ou les parties sont le siège de souffrances très vives ; il existe de la fièvre, accompagnée de gastralgie, de nausées et de vomissements. Les lymphatiques profonds peuvent s'enflammer à la suite d'une inflammation des vaisseaux superficiels (scrotite de quelques médecins : Duchassaing) : l'hydrocèle devient alors purulente (vaginalite suppurée) . Peut-être le testicule est-il parfois le siège d'abcès; mais cela, croyons-nous, arrive 'rarement, et ce que nous avons vu appeler Torchite suppurée, en pareille circonstance, répondait simplement à une suppuration de l'enveloppe scrotale ou bien à la vaginalite. Rarement aussi la lymphangite se propage vers l'abdomen : nous connaissons cependant un cas d'abcès formé dans l'une des fosses iliaques, au cours d'une poussée testi-

' Kaempfer (Amœnit. exotic, p. 557) n'avait point méconnu la nature de ces hydrocèles, ni leurs rapports très intimes avec l'éléphantiasis [perikal, pied fébricitant). « Ijhydrocèle endémique ou andrum, dit-il, commence par un érysipèle au scrotum. Cet érysipèle se reproduit tous les mois, à la nouvelle lune; il laisse après lui une tumélation causée par l'épanchement d'une matière séreuse, dont la quantité, augmentant de jour en jour, distend la partie au point qu'il faut lui donner issue par des ponctions et des scarifications. On trouve cette liqueur ténue, limpide, quelquefois très visqueuse, toujours roussâtre et différant d'ailleurs dans ses qualités suivant les tempéraments. Cette maladie attaque les indigènes et les Européens ; il suffit d'un séjour de quelques années pour y être sujet. Elle est incurable pour les habitants, sans être dangereuse ni même très incommode; toutefois, il arrive assez souvent que le testicule s'affecte et devient squirrheux. Si l'on change de climat, la tumeur diminue insensiblement et finit par disparaître petit à petit, à moins qu'elle ne soit compliquée de sarcocèle, mai contre lequel il n'y a point de remède. Les habitants attribuent cette maladie à la qualité malsaine des eaux .. >> Ne pas oublier qu'on donnait autrefois le nom de sarcocèle à l'éléphantiasis et celui de squirrhe à toute tumeur indurée ; la transformation fibreuse, avec épaississement considérable de la tunique vaginale, parfois observée à la suite des manifestations dont il s'agit, a pu jusqu'à un certain point légitimer pendant quelque temps la dernière expression.

HYDROCÈLE LYMPHOIDE 503

culaire lymphangitique *. Ces manifestations d'ailleurs donnent lieu aux plus étranges erreurs de diagnostic ; nous avons vu une tumeur lymphatique du cordon prise pour une hernie étranglée, et chaque jour, dans les milieux endémiques, on rapporte à l'orchite banale ou malarienne de simples engorgements testiculaires de même nature. Dans ces nouvelles formes de la lymphathexie, il est le plus ordinairement impossible de refuser au paludisme une influence considérable : les modalités paroxystiques ou Fintermittence franche des phénomènes , les heureux eflets de la médication quinique, démontrent, avec la dernière évidence, l'association de l'imprégnation spécifique aux conditions individuelles qui déterminent plus particulièrement l'affection locale ^ Il n'y a donc pas à hésiter : le traitement doit prendre pour base l'administration répétée du sulfate de quinine. Le repos, des applications émollientes et calmantes, des bains de siège, plus tard des topiques résolutifs et fondants, dissipent les engorgements ; mais il faut quelquefois, pour hâter la résolution, avoir recours au massage, quand les vaisseaux lymphatiques du cordon sont obstrués par des coagulations de dureté pierreuse. Si l'hydrocèle aboutit à la suppuration, l'emploi d'un drain et des injections phéniquées est utile : cette méthode nous a donné de bons résultats.

' A rapprocher d'une observation d'Amussat, reproduite par Virchow (pathol. des tumeurs, tr. fr. IV, 182j : suppuration consécutive à une dilatation des lymphatiques inguinaux et du canal thoracique et rencontrée jusque dans la poitrine; créole de la Réunion.

^ iS'ous ferons remarquer que l'hydrocèle et l'engorgement testiculaire sont communs dans les populations créoles, comme aussi parmi les noirs de nos établissements africains. Ces états relèvent de conditions multiples. Très souvent, on les peut rattacher à quelque uréthrite plus ou moins ancienne. En des races oii la sexualité parle haut et où elle entraîne à des excès permanents, le testicule, quand l'excitation n'est pas entièrement satisfaite, est maintenu dans une sorte de stase congestive, éminemment favorable au développement ultérieur d'engorgements chroniques ou d'inflammations. Dans ces conditions, l'on voit les accès malariens prendre la détermination épididymaire ou testiculaire, et la lymphathexie dériver vers l'organe génital, donnant lieu aux formes que nous étudions.

Drago a appelé l'attention sur « une variété d'orchite observée à la Guyane » (Th.de Paris, 18801. II serait intéressant de rechercher si cette orchite n'est pas, en quelques cas, une manifestation lymphathexique, ainsi que plusieurs indices tendraient à nous le faire supposer; quelle serait aussi la nature des orchites observées dans les anémies progressives? (Rev. mens, de méd. et de chir., 1,134).

Fayrer, de son côté, a décrit •< une forme particulière de fièvre, paraissant d'origine malarienne et dans laquelle les cordons spermatiques, l'épididyme, le scrotum, parfois aussi la prostate, sont congestionnés et tuméfiés, avec douleur intense, souvent avec gastralgie, nausées et vomissements. •■ C'est bien l'accès lymphangilique! (On the climale and levers ofindia, the Lancel, 25 mars 1882, p. 168.)

A la lymphathexie l'on doit sans doute aussi rapporter, dans les centres endémiques, plus d'un engorgement péri-utérin, plus d'un phlegmon des ligaments larges.

QUATRIÈME SECTION

Page 1