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DIAGNOSTIC

Le mycétome ne saurait être confondu avec aucune des affections organiques que l'on rencontre au pied. Sans parler des éléments pathognomoniques que charrie l'ichor, il présente des caractères différentiels, ainsi résumés par Y. Carter :

Mycétome :

Endémique.

Une seule manifestation locale.

Plus commun chez les hommes que chez les femmes,

Et à l'âge moyen.

Non héréditaire.

Ne s'accompagne pas de cachexie constitutionnelle.

Affections organiques diverses :

Le cancer, les strumes, les tubercules, etc., ne sont pas endémiques.

Dans le cancer, les strumes, la tuberculose, plusieurs manifestations locales.

Le cancer, les strumes, au contraire, plus fréquents chez les femmes.

L'un en rapport avec l'âge mûr, les autres avec le jeune âge.

Influence héréditaire plus ou moins marquée.

Cachexie constitutionnelle.

riED DU MADURE

Mycétome :

Durée très longue.

Guérison après amputation.

Affections organiques diverses ;

Moindre durée pour quelquesunes.

Point de guérison opératoire (au moins assurée).

On ne saurait confondre le mycétome avec la lèpre, sous sa forme dite tubéreuse :

Dans le mycétome :

Localisation nettement circonscrite à l'une des extrémités.

Intumescence prononcée des tissus.

Tubérosités, siège d'un travail ulcératif très limité ; ulcérations fongueuses, écoulement d'ichor caractéristique (corps mûriformes).

Orteils généralement respectés.

Ni phlyctènes, ni taches au début, ni anesthésie à aucune période.

Point d'envahissement viscéral.

Pas de cachexie spécifique.

Dans la lèpre :

Manifestations plus ou moins diffuses.

Intumescence médiocre.

Tubérosités, siège d'un travail ulcératif très étendu en surface comme en profondeur, pas de fongosités, pas de corpuscules analogues aux corps mûriformes, mais bactéries particulières.

Orteils souvent détruits.

Phénomènes caractéristiques dans la lèpre.

Envahissement des muqueuses et des parenchymes.

Cachexie spécifique.

Si Virchow avait eu l'occasion d'observer le mycétome, il n'aurait certainement pas écrit ces lignes : « Le soi-disant pied de Madura... me semble appartenir à l'éléphantiasis ulcéreuse et la formation des champignons n'être que secondaire ; la nature chimique du liquide (lymphe) doit même favoriser au plus haut degré le développement de ces derniers... K » Le fongus de l'Inde n'est pas un éléphantiasis, mais il a été souvent confondu avec celui-ci, et c'est par le fait d'une erreur de cette sorte qu'on a cru retrouver le mycétome au Sénégal ^ Les deux affections sont pourtant

* Pathol. des tumeurs, trad. franc., I, "321. Nous admettons que la lymphe soit un milieu favorable à un développement cryplogamique et nous ne voudrions pas affirmer que l'œuvre parasitaire ne soit pas préparée par un état lymphangitique initial; mais là s'arrêtent les ra,pporls possibles du Pied du Maduré et de l'Eléphantiasis : les deux maladies restent bien distinctes.

' Borius, Top. méd. du Sénégal. Arch. de méd. nav.,1882, XXXVII, p. 376.

faciles à différencier, avec quelque attention, même en laissant de côté toute considération étiologique relative aux influences de milieu :

Mycétome :

Début obscur, sans manifestations prémonitoires à grand éclat.

Tuméfaction bien limitée au pied, gui forme une masse énorme à l'extrémité d'une jambe atrophiée , comme un gros maillet articulé à un manche grêle (Collas) ; quand la jambe est envahie, elle forme une sorte de cône dont la base reste confondue avec l'intumescence sousmalléolaire, et dont le sommet s'atténue graduellement dans la direction du genou (Collas).

Pied formant une masse globuleuse ; la plante est convexe et ne repose sur le sol que par une médiocre surface ; elle ne peut s'y poser que momentanément et par le talon.

Dégénérescence sid generis, entraînant le ramollissement des os et caractérisée par la présence de kystes à corpuscules mùriformes au sein des tissus.

Eléphantiasis :

Accès de lymphangite plus ou m-oins répétés précédant le développement de l'hypertrophie (frissons, fièvre, vomissements, douleurs vives). .

Tuméfaction étendue à la jambe et au pied, surtout à la jambe, qui est cylindrique et dont l'intumescence se confond tout à fait avec celle du pied : si celui-ci demeure sain, les tissus hypertrophiés de la jambe le recouvrent d'un énorme bourrelet.

Pied plat généralement : le membre repose largement sur le sol, par une surface plane, à la manière du pied d'éléphants

Dégénérescence fibreuse, n'entraînant pas le ramollissement des os, mais susceptible de s'accompagner de tumeurs lymphatiques.

Par quelques points, le pied atteint de dragonneau rappelle le pied du Maduré. Dans l'une et dans l'autre maladie, Carter fait remarquer qu'on retrouve une influence endémique, une seule manifestation locale, une prédominance chez les sujets de sexe masculin, l'absence de fièvre et de cachexie spécifique. Mais le dragonneau donne lieu à des abcès qui diffèrent essentiellement des tubérosités du mycétome, et dont l'ouverture artificielle ou spontanée, met bien vite en évidence le ver filiforme.

'La figure 25 représente un cas d'éléphantiasis, avec mélange probable de lèpre, non sans quelque ressemblance avec le pied du Madura.

Nous n'admettons pas l'analogie des lésions et encore moins l'identité de nature du mycétome et du bouton de Biskra : nous dirons ailleurs quels sont les caractères différentiels des deux affections. Mais nous appelons l'attention sur les analogies singulières que la maladie fongoïde de l'Inde présente avec Vactinoynycose, analogies qui seraient encore plus remarquables, s'il était démontré que l'épulie grave (ou pseudo-cancer de la mâchoire), observée à Pondichéry, doit être assimilée au mycétome (Collas). Le mycétome et l'actinomycose reconnaissent pour agent un parasite végétal de formes très voisines, et le processus anatomique paraît presque similaire dans l'une et dans l'autre maladie. Cependant, dans l'actinomycose, on constate une évolution de médiocre durée, une tendance accentuée à l'envahissement des tissus de proche en proche ou à distance, une terminaison souvent fatale par extension du parasitisme aux viscères, une transmissibilité qu'on ne rencontre pas dans le mycétome. Il suffira d'ailleurs de rappeler en quelques mots les caractères de l'actinomycose, pour montrer quelle démarcation la sépare de la maladie fongoïde. L'actinomycose s'observe chez les animaux (bœufs) et chez l'homme ; les lésions organiques sont dues au développement, dans les tissus, de Vactinomyces bovis, et la maladie s'inocule d'un point à un autre, chez un même animal (pseudo-métastases), passe d'un animal à un autre de même espèce où d'espèce différente par le transport du champignon pathogène ; la néoplasie à laquelle donne naissance le parasite, offre une texture aréolaire, légèrement granuleuse, et l'on y rencontre les nodules spécifiques dont nous avons précédemment parlé. Sous la forme bénigne, la maladie reste concentrée aux régions extérieures, le plus souvent à la région cervicale (angle de la mâchoire) : tuméfaction œdémateuse des parties molles (joues, cou, régions sus et sous-claviculaires) ; téguments comme empâtés, offrant des perforations cratériformes, d'où s'échappe un liquide séro-purulent, chargé de petites granulations jaunes, caractéristiques ; pas de douleur ; marche plus ou moins envahissante. Dans la forme grave, le parasite gagne les viscères ; tuméfaction de la région sous-maxillaire et de la langue, signes d'irritation pleurale et bronchio-pulmonaire, abcès aux parois thoraciques^ carie des côtes, des vertèbres, etc. ; état fébrile et cachectique ; terminaison par la mort. Marche lente, chronique, entrecoupée de poussées aiguës, dues à diverses complications

durée, dans les cas mortels, variant de sept à vingt mois. (Firket.)^

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