IV. — DERMITE ULCÉREUSE SERPIGINEUSE
Nous désignons ainsi l'affection cutanée que le D' Arnould a décrite sous le nom de Lèpre Kabyle, affection qu'il a étudiée en Algérie, dans les classes pauvres et misérables de la population
indigène, et qu'il considère comme une forme de syphilide ^ Il en admet cletix variétés : \epidermique et \ ulcéreuse.
a. Forme épidermique. — « L'affection, au début, se présente avec un type assez net et qu'on peut, en général, rattacher à une classe et même à un genre de la nomenclature anatomique. Il apparaît un groupe de petites élevures ou papules ayant en moyenne le volume d'une tête d'épingle, à sommet arrondi plutôt qu'acuminé, à bases tellement rapprochées qu'elles donnent à l'aspect du tégument qu'elles occupent un relief total de 1 à 2 millimètres, à surface très légèrement mamelonnée ou framboisée. Ces saillies paraissent pleines et sont d'un rouge pâle qui, avec le temps, prend successivement des teintes plus foncées. Quelquesunes, plus élevées en couleur, ont une transparence analogue à celle de l'ambre et le sommet acuminé ; on dirait presque de l'herpès. — Le groupe forme toujours une tache circulaire, qui, à l'origine, peut ne pas avoir un diamètre plus grand que celui d'une pièce de 20 centimes. La tache est complètement occupée par des élevures ; ou bien — et dans ce cas elle est plus grande que je ne viens de le dire, — les élevures forment une petite couronne autour d'un espace sain, très restreint, qui se retrouvera encore tel, chose bizarre, après que les parties environnantes auront subi les plus affreux ravages. — Dans d'autres cas, le soulèvement morbide initial de l'épiderme a des proportions plus considérables; il arrive aux dimensions de l'impétigo : on voit de vraies pustules à contenu liquide encore, ou plus souvent déjà concret, reposant sur une base qui forme une masse solide, légèrement élevée au-dessus du niveau tégumentaire. Mais alors les élevures perdent en nombre ce qu'elles ont acquis en volume. On peut très bien compter les pustules formant les taches isolées; elles ne sont pas, quelquefois, plus de 8 ou 10, tandis que les saillies papuleuses ou vésiculeuses sont innombrables, même dans une petite plaque de lèpre. — Enfin, nous avons eu des malades chez lesquels on ne pouvait saisir la forme initiale qu'à l'état de taches plus ou moins grandes, à saillie parfaitement uniforme et très légère, à coloration rouge brun et recouvertes d'une fine desquamation qui leur donnait de la ressemblance avec certains psoriasis. — La forme
* J. Arnould, La lèpre kabyle. Rec. de mèm. de méd. et de chir. mil., 1862, 3= s., VII. — Vincent, Exposé clinique des maladies des Kabyles. Paris, 1862. — Laveran, Lèpre kabyle. Dicl. enc. des se. inéd.
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du début est extrêmement variable; mais ce qu'elle a de spécial, c'est la disposition en cercle des efllorescences, disposition que révèlent les premières manifestations morbides les plus limitées et que l'on retrouve encore lorsque le mal accomplit les plus vastes dégâts... Une particularité non moins constante, c'est la coloration rouge violet ou rouge brun... Il est des malades chez qui l'altération tégumentaire ne va pas plus loin en profondeur ; elle est entièrement constituée par des taches de toutes dimensions, jusqu'à celles de deux ou trois fois la largeur de la main, situées presque exclusivement à la face postérieure du tronc et externe des membres. La couleur rouge y est très prononcée ; à la surface, on reconnaît des squames très fines au centre, très larges à la périphérie.
b. — « La forme ulcéreuse n'apparaît jamais primitivement; elle ne fait que succéder à la première d'une façon plus ou moins brusque... — Tantôt l'ulcération apparaît dans un point d'une de ces taches rouges, à mince épiderme, précédemment décrites : la couche qui revêt le derme devient si faible, si ténue, qu'elle finit par ne plus exister, et la couche fibreuse est à nu; celle-ci subit, dès d'abord, une légère mortification à sa surface, ce qui la creuse un peu et fait de l'ulcère récent une surface déprimée ; mais cet aspect dure à peine, et, le plus souvent, le derme se relève de telle façon que toute la surface ulcérée dépasse le niveau du tégument et quelquefois de beaucoup. Dans quelques cas, il semblerait que le corps muqueux, seul, constituât la surface ulcéreuse : celle-ci est unie, humide, d'un rose pâle; en un mot possède l'aspect d'une muqueuse normale... — Dans d'autres cas, de beaucoup les plus fréquents, l'ulcération arrive aussi rapidement que possible; elle succède à l'apparition de grandes pustules analogues à celles de Fechthyma par la promptitude de leur développement, leur forme aplatie, leur dessiccation: le pus et la croûte absorbent toute l'épaisseur de l'épiderme; et, quand d'une manière quelconque on fait tomber cette concrétion albumino-purulente, on s'aperçoit que le derme est à nu et creusé. Nous voyons aussi, quelquefois, l'affection débuter par de légères saillies rouges, de la largeur d'une pièce de 20 centimes, dont le sommet, acuminé, est occupé par une vésico-pustule; celle-ci s'étend plus ou moins, et atteint rapidement le même état croûteux que la pustule d'emblée. — Mais il n'est pas facile toujours de saisir distinctement et do carac-
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tériser le trouble épidermique qui détermine ce résultat. Ce que l'on voit le plus communément, c'est une bordure épaissie et relevée de croûtes plus ou moins anciennes, laissant échapper ici un liquide puriforme, là de la sérosité limpide; à la base des croûtes, le tégument épaissi, comme au bord de la plupart des ulcères, et de larges écailles de l'épiderme éclaté par l'infiltration et le soulèvement de la couche fibreuse tégumentaire. Ce qui permet, à la période d'état, de reconnaître encore la forme pustuleuse du début, c'est que, de temps à autre, les agglomérations croûteuses ne se touchent pas, ou, n'étant réunies que par les bords, elles sont disposées en mamelons dont les trois quarts supérieurs sont de la concrétion puro-albumineuse et le quart inférieur, le tégument lui-même, épaissi et recouvert de grandes écailles, se détachant en cercle... » Tel est l'aspect le plus habituel de la lèpre kabyle , aspect que caractérise assez nettement l'expression de plaques tuherculo-crustacées (Vincent). L'ulcère que les croûtes recouvrent, quand celles-ci viennent à se détacher, apparaît rarement profond ; il offre une surface rosée, bourgeonnante et tend très vite à dépasser le niveau du reste du tégument; mais il n'a pas de bords taillés à pic. — La cicatrisation est lente, successive : à côté de plaques en pleine végétation pustulo-croûleuses, on trouve communément les traces du passage antérieur, sur le tégument, de la même affection. « D'après leur aspect extérieur, on peut ranger les cicatrices en deux catégories, celles de la première sont légèrement en creux, anfrac tueuses à la surface et donnant à la peau cette apparence plissée, tourmentée, qui succède aux brûlures du deuxième degré. Le tégument y est d'ailleurs complètement décoloré et dépourvu de poils ; c'est un derme refait avec du tissu inodulaire et recouvert de la mince lame cornée de toutes les cicatrices extérieures. Cette variété a paru se rattacher aux ulcères les plus étendus et les plus disposés à prendre le cachet serpigineux. C'est chez elle aussi que le travail cicatriciel est le plus rapide et le plus efficace; elle se forme tout à fait derrière la frange tuberculo-crustacée ; on comprend alors qu'elle échappe aux inconvénients du bourgeonnement excessif. La seconde espèce... est constituée par une plaque d'un relief de 4 à 5 millim. et plus, à surface légèrement ondulée, plutôt que mamelonnée ; les bords dessinent l'ancien contour de la tache lépreuse et, par conséquent, représentent avec quelque inflexion une figure ronde ou ovalaire;