‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 130 sur 190 · V. — DERMITE HERPÉTIQUE, ou HERPÈS DES PAYS CHAUDS · texte numérisé non relu

V. — DERMITE HERPÉTIQUE, ou HERPÈS DES PAYS CHAUDS

Il est extrêmement commun d'observer, dans les pays chauds, principalement chez les indigènes de races colorées, un herpès à fines vésicules, qui simule par une desquamation le pityriasis et même quelquefois certaines formes du psoriasis, se montre isolé sur diverses régions ou associé à la teigne tonsurante (très fréquente parmi les enfants) et semble se rattacher, comme celle-ci, à l'affection trichophytaire.

Nous en avons décrit trois variétés principales : i° Décolorations par places, au visage et à la poitrine, donnant lieu à des taches de couleur beaucoup moins foncées que le reste de la peau, mais jamais blanches (ce qui les distingue des plaques laiteuses de la lèpre et du carathès), taches d'étendue variable, à contours irréguliers, mais toujours vaguement circinnés : leur surface présente une très fine desquamation, et, quand on l'observe avec attention, au moyen d'un bonne loupe, de très petites élevures, qui établissent comme un passage à la forme suivante.

' Leclerc (E.), Consid. sur la rectite dyiientérique et l'hcrpos circinné non contagieux, obs. en Cochinchine. Th. Montp., 1871. — Palasne-Champeaux, Noie sur la poudre anti-herpéticfuc d'araroba. Arch. de méd. nav., 1873, XIX. — Corre (A.), Un mot sur l'herpès parasitaire des pays chauds. Arch. de méd. nav., 1878, XXX. — Porte, Cont. à l'ét. du cassia alata. Ibid., 1879, XXXI. — Couillebeault, Quelques consid. sur l'herpès parasitaire dans les pays chauds et sur le traitement par le cassia alata. Tii. Paris, 1886. — A. Corre et Lcjanne, Res. de la matière médicale et loxicologiquc coloniale. Paris, 1886.

2" Plaques plus ou moins décolorées, assez nettement ou même très nettement circinnées, occupant la face, le cou, la poitrine, le dos, la ceinture, la partie interne et le creux de flexion des membres, envahissant quelquefois la surface tégumentaire presque tout entière. Au niveau de ces plaques, on découvre, à la loupe, des élevures très petites, d'apparence papuleuse ou papulovésiculeuse, atteignant bien rarement la grosseur d'un grain de mil, dont le sommet plus ou moins acuminé répond à un léger soulèvement épidermique par une sérosité claire ou opalescente. Les vésicules sont isolées ou réunies par groupes de 3, o ou davantage, et il n'est pas rare qu'elles se fusionnent entre elles : les groupes sont séparés par des intervalles de peau plus ou moins saine; ils évoluent par prolifération des vésicules à leur périphérie, le centre offrant une fine desquamation qui résulte de l'affaissement et de la résorption des vésicules anciennes, plus souvent, pensons-nous, que de leur rupture; l'ensemble des groupes se développe excentriquement et constitue la plaque. Cette forme laisse fréquemment après elle des taches d'aspect luisant, presque cicatriciel, parfois de coloration plus foncée que le reste de la peau, au moins pendant un certain temps.

3" Plaques constituées par un ensemble de vésicules de la grosseur d'une petite lentille, affaissées, indiquées par les rides et la desquamation de l'épiderme à leur niveau, toujours sèches, plus ou moins discrètes ou contluentes ; en réalité (et c'est ce qui explique leur aspect), ces vésicules résultent de la fusion en groupe serré des fines vésicules de la forme précédente : à la périphérie de la plaque, on retrouve d'ailleurs les petites vésicules avec tous leurs caractères.

Ces formes peuvent exister isolément ou se combiner sur un même sujet. Une fois, nous avons vu la seconde variété aboutira de grosses vésicules, de durée d'ailleurs éphémère, et, chez deux sujets qui la présentaient, nous avons observé un parasite dont nous avons donné la description suivante ^ Si l'on racle doucement, avec la pointe d'un canif ou d'une aiguille, les petites élevures vésiculeuses, on en fait sourdre un peu de sérosité opulescente, qui, portée sous l'objectif du microscope, apparaît mélangée à des lamelles épidermiques et remplie de corpuscules et de filaments

* Arch. de méil. nav.. XXX, 409.

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particuliers : on rend ces éléments très apparents, en délayant la sérosité dans une très petite quantité d'une solution aqueuse faible d'acide picrique. Les filaments son courts, irréguliers, flexueux, simples, à ce qu'il nous a semblé : ce sont les filaments du mycélium du champignon parasite, dont les corpuscules représentent les germes ou spores. Les corpuscules sont arrondis, quelquefois un peu ovoïdes, quelquefois aussi un peu anguleux, quand ils sont trop tassés; les plus gros mesurent 8 millièmes de millimètre, d'autres de 3 à 5 millièmes de millimètre. Tous sont dépourvus de réfringence, pâles, constitués par une zone claire, et, en dedans de cette zone, par une masse opaque et granuleuse, qui offre parfois à son centre un petit point transparent en forme de nucléole. Mélangées à ces corpuscules, on rencontre de fines granulations, claires, un peu réfringentes, qui représentent des sporules. Ces corpuscules ont une grande ressemblance avec les formes parasitaires observées dans la trichophytie des régions tempérées. Le champignon semble siéger sur la limite externe du corps muqueux(?).

La nature parasitaire de l'affection expliquerait la facilité de son extension sur les sujets réunis en agglomérations et soumis à des mesures de propreté insuffisantes ; aussi l'herpès est-il fréquent parmi les élèves des écoles indigènes, parmi les détenus, etc. La maladie, malgré qu'on ait avancé le contraire, paraît bien contagieuse, mais à un médiocre degré, et elle n'atteint guère ceux qui approchent les personnes atteintes, quand elles ont de bonnes habitudes d'hygiène corporelle.

Le traitement est souvent semé d'insuccès. Il nous a semblé que, le plus ordinairement, les moyens les plus simples étaient les meilleurs : c'est ainsi qu'au Mexique, nous avons vu un grand nombre d'herpès circinnés àtrès fines vésicules céder à des lotions d'eau blanche, tandis que certains cas, vigoureusement traités, d'emblée, intus et extra, loin de s'amender, prenaient un développement désespérant. Nous avons obtenu d'excellents résultats de frictions avec une pommade à l'huile de pétrole ou avec le suc frais àwdartrier (cassia aiata), légumineuse très commune dans la plupart de nos colonies. Au Brésil, on fait usage de la poudre d'araroba ou de Goa, qui, de même que le suc de dartrier ou l'extrait qu'on en retire, doit ses propriétés à l'acide chrysophanique. Cet acide est aujourd'hui l'agent préféré dans le traitement

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de Fherpès des pays chauds : on le prescrit généralement a dose trop forte (4 grammes pour 30 d'axonge ou de vaseline) ; nous estimons qu'on ne doit guère dépasser celle de 1 gramme à 1 gr. 50 pour 30 grammes de pommade, en raison des propriétés très irritantes du médicament.

A la suite de l'herpès, nous dirons quelques mots d'une affection voisine, que nous avons rencontrée assez fréquemment chez les Malgaches, particulièrement chez les jeunes sujets et à certains moments de l'année. Elle consiste en une éruption de vésico-pustules, siégeant aux extrémités (partie inférieure de l'avant-bras et de la jambe, main et dos du pied), se produisant au visage par autoinoculation, et vulgairement appelée gale, sans doute en raison de son siège et de sa coexistence fréquente avec la gale vraie. Des pustules apparaissent par poussées plus ou moins discrètes, du diamètre d'une lentille, plates, médiocrement croûteuses, laissant après elles une petite cicatrice superficielle, guérissant vite et facilement sous l'influence des lotions savonneuses ou des frictions avec la pommade d'Helmerich, mais se reproduisant parfois avec ténacité. Une seule fois, nous examinâmes le pus d'une pustule au microscope (il s'agissait d'un cas bien séparé de la gale acarienne) et nous y rencontrâmes le mycélium d'un champignon parasite, mélangé à des corspuscules semblables à ceux décrits plus haut. Cette forme serait peut-être à rapprocher de l'impétigo-herpétique.

DEUXIÈME SECTION

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