‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 131 sur 190 · ACCIDENTS CAUSÉS PAR QUELQUES ANIMAUX PARASITES EXTÉRIEURS · texte numérisé non relu

ACCIDENTS CAUSÉS PAR QUELQUES ANIMAUX PARASITES EXTÉRIEURS

Nous n'avons pas l'intention de reprendre une étude qu'on trouve très complètement élaborée dans les traités spéciaux sur les parasites (Davaine, Cobbold, Leuckart, Mégnin) et dans les manuels d'histoire naturelle médicale (Moquin-Tandon, Cauvet, deLanessan, Blanchard, etc.). Mais, dans un livre à visée pratique, nous avons pensé qu'il serait utile de rappeler, d'une manière

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sommaire, les accidents que pouvaient déterminer certains parasites extérieurs qu'on rencontre dans les pays chauds. Ces accidents, par le fait de l'habitat géographique des êtres qui les occasionnent, se rattachent d'ailleurs aux manifestations de l'endémicité, au même titre que le pied de Madura et que les affections dites filariennes.

Parmi les êtres, pour la plupart minuscules, qui vivent aux dépens de la matière humaine, les uns se bornent à des attaques furtives, accidentelles ou plus ou moins répétées, piquent la surface du corps, puisent la gouttelette sanguine nécessaire à leurs besoins, et s'éloignent, grâce à leurs puissants moyens de locomotion aérienne (moustiques, mouches diverses). D'autres, moins heureusement doués pour le déplacement, aussitôt qu'ils arrivent au contact des téguments, se fixent là oii le hasard les a conduits (rouget, pou d'agouti, tique américaine), ou s'arrêtent là où ils trouvent la protection de poils nombreux (pous). Jusqu'ici, pas de travail de mine : le parasite n'essaye pas de se creuser un refuge, pour son abri ou celui de sa progéniture, dans les tissus auxquels il emprunte sa nourriture. Avec l'acare de la gale, la filaire ou l'anguillule du craw-craw, la chique, la peau est plus sérieusement attaquée ; avec le ver macaque et le dragonneau, le tissu cellulaire sous-cutané est envahi, et enfin les larves de la Lucilie hominivore, pénétrant dans les orifices naturels et jusque dans les sinus osseux, rongent partout autour d'elles les parties qui leur ont donné asile et déterminent les plus terribles délabrements.

I. — Les parasites que l'on pourrait appeler Butinants^ (diptères : mouches^ maringoins et moustiques) sont encore, pour la plupart, mal déterminés, ils n'existent pas seulement dans les pays chauds ; peut-être même ne sont-ils pas aussi redoutables entre les tropiques que dans les pays septentrionaux, pendant la belle saison ; au xvn'' siècle, déjà, Regnard parlait avec amertume des méfaits du moustique de Laponie; il n'est pas un voyageur qui ne signale avec une appréhension rétrospective ceux du moustique de Terre-Neuve," et Cotteau déclare l'espèce sibérienne « cent fois pire » que sa congénère des tropiques ' ! Entre

' Regnard, A^oy. en' Laponie. — Treille et Laboulbène, Sur le monstiqiie de Terre-Neuve. Arch. de méd. nav., 1882, 2" sem. .— Cotteau, A travers la Sibérie, explor., 16 février 1882.

les tropiques, cependant, mouches et moustiques sont un véritable fléau, là où des marécages entretiennent une humidité constante, où la disposition des lieux ne se prête pas à une ventilation suffisante *. Ces insectes ne sont pas seulement insupportables : ils contribuent à l'énervement par l'agacement de leurs attouchements et le bruit monotone ou bruyant de leurs ailes agitées, au développement de l'anémie par la privation de sommeil que déterminent leurs piqûres incessantes, et celles-ci sont fréquemment le point de départ d'ulcérations difficiles à guérir. Bien plus ! l'organe qui pénètre au travers du derme s'est parfois plongé dans des liquides impurs et il contamine l'hôte momentané et forcé que l'insecte a choisi, dans un moment de caprice ou d'avidité famélique. Bouffier avait remarqué cette sorte de spécificité de lésions, en apparence insignifiantes, quand il écrivait, à propos des moustiques du Parana : « La piqûre de la plupart de ces insectes renfermait une matière septique, car il n'était pas rare de voir apparaître, au milieu de l'élevure primitive, un léger amas de sérosité noirâtre, et, autour d'elle, se dessiner un cercle jaune foncé, comme on l'observe à la circonférence des anthrax gangreneux; dans ces cas la portion de peau voisine de la piqûre tombait en mortification, et il en résultait une plaie profonde, dont la guérison était fort lente ^ » On sait d'ailleurs que les insectes à tarière sont les colporteurs trop fréquents de l'infection charbonneuse. Dans l'Afrique centrale, orientale et occidentale, la mouche Isé-tsé produit des piqûres maintes fois suivies de mort, chez le bœuf, le buffle, le cheval, et même chez l'homme^ : comme les piqûres sont ordinairement bénignes, bien que très cuisantes (nous l'avons éprouvé par nous-mêmes !) il n'est guère permis d'attribuer à l'insecte une sécrétion venimeuse ou du moins une sécrétion venimeuse de quelque activité ; mais on est en droit de supposer qu'elles sont compliquées d'un apport infectieux ; d'après Kirk, les lésions observées chez les victimes seraient analogues à celles de la morve *. On sait que le D'Finlay regarde le moustique comme un agent de

* Fonssagrives, Ilyg. nav., p. 320 et suiv.

' Relation de la campagne du Gassendi. Th. Montp., 1857.

' A propos d'un mém. de M. Kirk, consul anglais à Zanzibar. Petite Rép. franc., supp. du 12 juin 1881.

* Disons, en passant, que dans les pays intertropicaux, si la morve est toujours mortelle, le farcin est ordinairemeat bénin, moins transmissible et souvent curable.

transmission de la fièvre jaune, et que P. Manson en fait Tinoculateur de Finfection fîlarienne.

II. — Les parasites de surface, qui s'accrochent aux parties oiî le hasard les porte, s'y maintiennent sans abri ou sous les abris naturels qu'ils rencontrent (plis cutanés, rides, amas de poils ou chevelure), les Rampants^ car s'ils puisent des sucs au travers des premières couches tégumentaires, ils sont incapables de l'entamer pour s'y loger, comprennent plusieurs espèces.

Les ^;o?*;a; f/i« cor/>5 pullulent chez les populations indigènes de la zone intertropicale, entretenus par les habitudes de malpropreté et aussi par le préjugé qui empêche de les détruire, sous le prétexte qu'ils sont une cause de santé ; quand on leur fait la chasse, c'est afin d'utiliser l'excédent de leur multiplication comme un aliment de haut goût : c'est la dragée du nègre ou du sauvage abruti !

Le pou du pubis, qu'on a prétendu ne pas exister dans les milieux intertropicaux, s'y rencontre certainement. Nous l'avons trouvé sur des noirs, et avec cette curieuse particularité, qu'il était lui-même de coloration beaucoup plus foncée que son congénère d'Europe. Cependant sa rareté est indéniable et elle doit peutêtre s'expliquer par le faible développement du système pileux suspubien ou la pratique de l'épilation, observés chez la plupart des races colorées.

De nombreux insectes, appartenant au groupe des acarides, et très incomplètement connus, pullulent sur les hautes herbes, dans les savanes et les grands bois, ou vivent sur le corps de divers animaux, d'où ils passent sur l'homme, aussitôt qu'il s'expose à leur contact [Rouget, pou d'agouti, argas, tiques, etc.) \ Ces parasites envahissent les membres inférieurs, les parties génitales externeSjl'abdomen et jusqu'aux régions supérieures. Pourvus d'un suçoir ou rostre protractile, qu'ils peuvent enfoncer profondément dans la peau, ils donnent lieu à des démangeaisons très vives, à de petites plaies que la douleur porte à agrandir par le grattage, et que l'on a vu devenir la point de départ d'érysipèles, de phlébites, d'accidents nerveux, surtout d'ulcères phagédéniques. Il ne faut donc pas négliger les soins que l'expérience démontre nécessaires

' Tholozan, Sur les argas de Perse. Soc. de biol., 27 juillet, et Prog. méd., 5 août 1882. — Lalboulbône et Mégnin, J. d'anat. et de physiol., 1882, n» 4. — Ronnet, Sur le pou d'agouti, cont. à Tét. du parasitisme. Th. Montp., 1870.

pour se préserver de ces ennemis ou prévenir les effets de leurs piqûres (usage des chaussures et des guêtres montantes, pendant les excursions en savane ou en bois ; frictions avec l'eau vinaigrée ou alcoolisée, le suc du citron, la décoction de tabac, à l'apparition des premières démangeaisons, etc.). Si l'insecte est un peu volumineux, comme la tique ordinaire, il importe de ne pas l'enlever sans quelques précautions ; brusquement arraché, il laisserait son rostre dans les téguments et ce corps étranger deviendrait l'occasion d'une inflammation suppurative ou d'une ulcération ; au contraire, l'animal se détache de lui-même, si on le titille doucement avec la pointe d'une aiguille ou si on le recouvre d'un tampon de ouate benzinée ou légèrement imbibée de chloroforme.

III. — Dans une troisième catégorie, les parasites ne se bornent plus à une existence de surface ; ils se taillent une demeure dans l'épaisseur de la peau ou pénètrent jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire ; ce sont les Fouisseurs.

Le Sarcopte de la gale (encore un acarien) incise et détache l'épiderme, se glisse au-dessous de cette enveloppe, à l'intérieur de sillons qu'il creuse, et entame le derme ; alors se produisent ces vésicules caractéristiques, discrètes ou confluentes, à base parfois entourée d'une aréole inflammatoire, à liquide séro-visqueux ou opalescent, dont l'éruption s'accompagne de démangeaisons ; les doigts, en grattant les parties douloureuses, augmentent l'irritation en même temps qu'ils colportent le parasite en d'autres régions ; les vésicules se transforment en pustules ; des mains et des avant-bras, la maladie passe au tronc, aux parties génitales, aux fesses ; elle aboutit à des ulcérations plus ou moins profondes, d'oii s'écoule un pus fétide, qui se concrète en croûtes épaisses, jaunâtres, mélangées de cadavres d'acares et de lamelles épidermiques. Ces ulcérations couvrent souvent toute la région fessière et la partie interne des cuisses, simulant le pian et fréquemment prises pour cette afl"ection ; ou bien, elles sont associées à ces manifestations scrofulo-syphilitiques décrites sous le nom de lèpre kabyle, à la lèpre véritable, àl'éléphantiasis. Rien de plus hideux, et aussi rien de moins .rare, que les lésions de la gale invétérée parmi les populations noires de l'Afrique et de l'Amérique, insouciantes de tout soin corporel. A ce degré, ce ne sont plus les sulfureux seulement qui conviennent, mais encore et surtout les anti-

septiques les plus énergiques, tels que Facide phénique, l'onguent citrin, les solutions de sublimé.

La chique {Pulex penetrans) \ très commune dans l'Amérique intertropicale et à la côte occidentale d'Afrique^ s'attaque aux sujets de toutes races, qui, habituellement ou accidentellement, marchent pieds nus. La femelle fécondée se fixe aux pieds, rarement sur la face dorsale ou au talon, de préférence aux orteils, dans les sillons sous-unguéaux ou les plis digitoplantaires, quelquefois au scrotum ou en d'autres régions du corps. Elle se creuse une loge sous l'épiderme et dans l'épaisseur même du derme, y subit ce qu'on pourrait appeler sa gestation, et, ses œufs parvenus à maturité, prêts à éclore, meurt après avoir assuré à la larve sa première nourriture et un abri certain. La chique, au moment où elle s'introduit dans les tissus, ne provoque qu'une sensation de démangeaison peu intense et ne détermine qu'une légère tuméfaction, sans changement de couleur à la peau; mais peu à peu, à mesure que son abdomen chargé d'œufs se développe davantage, la démangeaison devient pénible ou même se transforme en douleur insupportable, la tuméfaction augmente jusqu'à atteindre le volume, d'un pois chiche ou d'une fève, revêt l'apparence d'un kyste brunâtre ou livide, semi-fluctuant. Si l'on découvre lapoche avec précaution, de manière àl'enlever tout d'une pièce avec son contenu, la plaie dermique se ferme rapidement ; mais si la poche vient à se rompre, à subir la fonte purulente, elle est ordinairement l'origine d'un processus ulcératif, qui peut amener la destruction de la matrice unguéale (onyxis bien décrit par Maurel) ou même celle d'une partie et parfois de la totalité de l'orteil ; il faudra, pour prévenir ces accidents, cautériser la plaie avec le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure ou l'acide phénique, puis employer le pansement antiseptique.

Dans la partie septentrionale de l'Amérique du Sud, une larve

' Levacher, Guide méd. des Antilles. — Niéger, de la puce pénét. des pays chauds et des accidents qu'elle peut occasionner. Th. Strasbourg, 1858. — Bonnet Th. citée et mém. sur la puce pénét. Arch. de méd. nav., 1867, 2° sem. — Lebas, des anim. nuis, à l'homme, et en partie, du pulex pénét. Th. Paris, 1867. — Laboulbône, art. Chique. Dict. enc. des se. méd. — Guyon, llist. nat. et méd. de la chi que. Prés, à l'Ac. des se, et Gaz. hebd., 1870. — Maurel, De l'onyxis ulcéreux obs. à la Guyane franc. Arch. de méd. nav., nov. 1879. — Canoville, Des lésions prod. par la chique, Th. Paris, 1880. — Guilloleau, de la puce-chique et des accidents qu'elle peut occasionner, th. Lyon, 1886.

^ L'insecte aurait été importé du Brésil et du Gabon au Sénégal, d'après Guilloteau.

d'œstride (cuterebra noxialis ou dermatohia hominis, ver macaque de Cayenne, gusanoàd la Nouvelle-Grenade) * s'introduit à travers la peau jusqu'au tissu cellulaire sous-dermique, s'aidant de ses crochets buccaux et des rangées de poils épineux qui garnissent ses segments. Elle choisit de préférence les régions du corps de facile accès, et riches en tissu cellulaire, profitant du sommeil de l'homme, étendu sur le sol, pour se fixer au dos, aux épaules, aux cuisses, quelquefois au scrotum. « Au début, on ne ressent qu'une sensation de fourmillement, qui se transforme bientôt en légère douleur. Au point attaqué, il ne se développe d'abord qu'un gonflement peu appréciable, au centre duquel se trouve l'orifice de pénétration. Si la phlegmasie locale augmente, avec le développement de la larve (le ver, pyriforme, atteint un longueur de 20 à 27 millim.), l'élevure peut prendre l'aspect d'un furoncle, qui laissera écouler à son centre une sérosité quelquefois sanguinolente et d'autres fois mêlée à des particules noirâtres, produits de la défécation du parasite. Mais le plus souvent, le gonflement n'existe pas ou disparaît rapidement, et l'on aperçoit à la place une aréole d'un rouge sombre, à surface tendue, au centre de laquelle est l'orifice. A mesure que le ver grossit, la douleur devient plus intense; elle est intermittente etpériodique ; c'est surtout le matin et le soir qu'elle apparaît, c'est-à-dire au moment où l'animal fait agir ses crochets pour piquer les tissus et y déterminer, par l'irritation, un plus grand afflux de liquide. D'après Goudot, cette douleur peut être comparée à la sensation que produiraient plusieurs aiguilles, vivement enfoncées dans la peau. » (Bonnet.) — Au Sénégal, la larve d'un autre diptère (appelée Ver du Cayor et rapportée par Blanchard à V ochromya anthropophaga) détermine des effets analogues -. — Ces parasites sont généralement plus incommodes que dangereux ; mais ils peuvent être la cause de phlegmasies suppuratives, limitées ou diffuses. Bonnet conseille, si l'introduction est récente, de provoquer l'arrêt du ver et d'amener sa mort, par l'emploi de l'onguent mercuriel, d'une application locale d'ammoniaque ou de chloroforme; si le parasite a déjà acquis son entier développement, de l'extraire au moyen d'une

^ Bonnet, Th. citée. — Laboulbène, Ac. de méd. et Sem. méd., 7 juin 1883. - Sabail, Rapp. sur le Diander. 1872, Arch. du conseil de sanlé de Saint-Louis. — Berenger-Féraud, Mal. des Europ. au Sénégal, I, p. 22Ô-239.

pince fine ou d'un stylet, de l'énucléer par une compression méthodique au-dessous de sa loge, après avoir agrandi l'orifice de pénétration avec la lancette ou le bistouri. Pansement antiseptique. On ne saurait sans doute assimiler complètement aux fouisseurs les larves à bouche inerme et à corps lisse des filarides et des anguillulides, pénétrant plus ou moins profondément sous les muqueuses ou sous la peau, tantôt directement par une solution de continuité préexistante ou déposées par un insecte à tarière, qui les a ingérées avec l'eau d'une flaque ou le sang d'un autre hôte, tantôt indirectement apportées par l'eau de boisson, charriées au travers des voies circulatoires, et enfin échappées hors des vaisseaux pour se répandre là où elles doivent trouver leur habitat définitif; cependant, ces êtres si imparfaits, par leur gracilité, par la vivacité de leurs mouvements, arrivent à se loger et, par l'ingénieux artifice de leur appareil de succion (saillies ou rebord buccal formant ventouse et quelquefois plaques buccales chitineuses), à se fixer et à se nourrir aux dépens de l'organisme envahi, avec autant d'aisance et de facilité que les larves à crochets et à poils épineux des diptères; les accidents qu'ils provoquent sont même quelquefois plus graves. — Nous avons parlé précédemment du rôle que certains auteurs revendiquaient pour la filaire (filaria sanguinis hominis) dans Fétiologie des manifestations lymphathexiques et de l'éléphantiasis et signalé la curieuse dermatose, dite craw-craw, occasionnée par la larve d'une filaire ou d'une anguillule^ Une espèce atteignant jusqu'à 50 millim. de longueur, la filaria oculi ou lacrymalis [Loa, à la côte occidentale d'Afrique) vit sous la conjonctive oculaire, qu'elle irrite et enflamme parfois, chez les nègres du littoral du golfe de Guinée (on l'a rencontrée à la Guyane et aux Antilles, chez les Africains provenant sans doute de la région guinéenne). — Plus répandue est la filaire de Médine ou Dragonneau [filaria medinensis ou dracimculus) ".

- Ablard, Derpiite phlegmoneuse parasitaire. Arch. de méd. nav., déc, 1883. — Ahmed-Fahmy, Cont. à Tél. du dragonneau, obs. chez les Nubiens des régiments du Caire. — Chapotin, Obs. sur le drag., Bull, de la Soc. méd. d'émul. Paris, 1810. — Clôt Bey, Aperçu sur le drag. obs. en Egypte, 1830. — Day, Topog. méd. de Cochin. Madras quat. med. j., n° 7. — Hogg, An. med. rep. of the Chindratepettah disp., 1848.— Morehead, dis-, in India. — Silva-Lima (da), La filaire de Médineou ver de Guinée. Arch. de méd. nav., 1881, XXXV. — Trucy, Rem. sur la filaire de Médine, Th. Montp., 1873. — Waring, Slatist. notes on some diseases of India. Ind. an., V.

6y6 TMITÉ CLINIQUE DES MALADIES DES PAYS CHAUDS

Le ver se rencontre avec plus ou moins de fréquence sur une grande étendue des régions intertropicales et subtropicales de l'ancien et du nouveau monde, dans l'Afrique équatoriale, en Egypte, en Arabie, sur les rivages de la mer Caspienne et du golfe Persique, en Mésopotamie, dans l'Inde et l'Indochine; en Amérique, oii il aurait été importé par les noirs africains, au temps de la traite des esclaves, aux Antilles et dans la Caroline du Sud, à la Guyane et au Brésil. Il ne paraît pas exister, entre la distribution géographique du ver et les conditions géologiques des localités endémiques, des relations bien précises; on a prétendu à tort que le dragonneau ne se trouvait pas dans les pays à sol latéritique (Day) et, si on l'a signalé plus souvent dans les localités littorales que dans les contrées intérieures, c'est que celles-ci, sans doute, ont été moins fréquemment visitées , car le ver existe dans les régions centrales de l'Inde et du Soudan. Mais l'endémie est partout corrélative d'un certain état d'humidité du sol; elle prédomine dans les endroits marécageux ou cultivés en rizières. C'est que la filaire a besoin d'un milieu aqueux pour ses premiers développements, milieu d'où elle passe dans le corps de l'homme au travers des téguments excoriés ou sains (le dragonneau s'observe ordinairement aux pieds, aux jambes, quelquefois au scrotum ; dans l'Inde, il serait commun aux épaules, chez les porteurs d'eau), ou ingérée avec la boisson, soit directement, soit, avec les petits crustacés du genre cyclops qui pullulent dans les flaques et les ruisseaux à faible courant. En réalité, on ne sait rien ou presque rien des métamorphoses de la filaire ; tout ce qu'on peut affirmer, c'est que le ver observé sur l'homme est toujours une femelle, et une femelle susceptible d'arriver à maturité, par conséquent fécondée, avant ou après son introduction chez l'hôte définitif. La fécondation avant l'introduction n'est guère compatible avec l'idée d'un ver assez petit pour vivre à l'intérieur des cyclops ; la fécondation après l'ingestion laisse supposer la pénétration d'un mâle, détruit dans l'estomac en raison de sa moindre résistance, ou jusqu'ici méconnu, parce qu'il est évacué avec les matières intestinales, où l'on ne s'est pas avisé de le rechercher. La femelle meurt sur place, et ses œufs sont détruits par régression ou putréfaction au sein des tissus, si la ponte ne peut avoir lieu à l'extérieur, par l'ouverture d'une plaie ulcéreuse. Voilà ce que l'on connaît des mœurs du parasite. L'histoire clinique est plus

avancée. Le dragonneau, une fois arrivé dans la région qu'il doit habiter (tissu cellulaire intermusculaire et sous-cutané), y achève son développement (il atteint une longueur de 50 centimètres à 2 et même 3 mètres, une grosseur de 1 millim. et demi environ, et ressemble assez bien aune corde de violon, mais avec une teinte laiteuse particulière). Il donne lieu à un léger prurit, puis à une tumeur arrondie ou oblongue, de consistance médiocre, fournissant parfois au toucher la sensation d'un cordon enroulé, souvent inégale et susceptible de variations d'un jour à l'autre, quand le ver se déplace vers les interstices musculaires, ou s'étale davantage à la périphérie. « En général, de 3 à 10 jours après la sensation du prurit, on voit la portion acuminée de la tumeur se couvrir d'une petite phlyctène, de 1 à 2 centimètres de diamètre, qui s'ouvre d'elle-même dans les vingt-quatre heures qui suivent sa formation ; il s'en écoule un peu de sérosité, et l'on aperçoit au centre un petit point blanc, qui est l'une des extrémités du ver. » (Trucy.)Siron saisit avec précaution la partie du ver qui se présente à l'orifice spontanément ou chirurgicalement produit au sommet de la tumeur, et si on enroule doucement le parasite sur une petite baguette ou un stylet au fur et à mesure qu'il se déroule, dans une séance unique ou en plusieurs séances, la cavité qu'il occupait s'affaisse et à peine est-il besoin de quelques pansements antiseptiques pour amener la guérison. Mais si, par une cause quelconque, la poche vient à s'enflammer, le ver à subir une désorganisation putride, il se produit un phlegmon limité ou diffus, qui toujours aboutit à l'abcès au niveau de la tumeur, et qui, dans le second cas, peut se terminer par des suppurations étendues. Parfois, quand il existe des tumeurs multiples et quand l'épiderme anormalement épaissi résiste aux derniers efforts du parasite, le derme irrité sécrète une sérosité louche, de larges ampoules apparaissent comme après l'application d'un vésicatoire, et l'on peut observer « le décollement épithélial de tout le membre, par suite de l'invasion cl une dermite » (Ablard).

ly. — Dans un dernier groupe, nous avons à signaler les larves carnassières de diverses espèces de mouches, qui s'introduisent dans les plaies ou certaines ouvertures naturelles, détruisent profondément les tissus autour d'elles, et arrivent souvent à pénétrer jusqu'aux organes internes. Le type de ces cavitaires, comme on peut appeler de tels parasites, est la mouche hominivore (luci-

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6oS ^ TRAITÉ CLINIQUE DES MALADIES DES PAYS CHAUDS

lia hominivorax) ^ . La lucilie se trouve surtout dans les trois Guyanes. Vivipare, profitant du sommeil des hommes couchés à terre, elle dépose ses larves, d'un jet rapide, à la surface des ulcères ou des plaies, dans les conduits auditifs, la cavité buccale et les fosses nasales. Partout les premiers signes du parasitisme consiste en des fourmillements, des démangeaisons, des douleurs vagues et plus ou moins insupportables, accompagnées d'un écoulement séro-sanguinolent et fétide. Bientôt d'autres symptômes éclatent, en rapport avec le siège qu'occupent les larves et l'étendue de leurs invasions. Introduits dans les conduits auditifs, les vers déterminent souvent des douleurs atroces, la perforation de la membrane tympanique, et, pénétrant toujours plus avant, la carie du rocher, l'inflammation des méninges, le ramollissement et la suppuration du cerveau : le malade succombe dans le coma ou dans une attaque convulsive. Des épistaxis, du coryza, des ulcérations de la pituitaire à écoulement sanieux indiquent la présence des larves dans les fosses nasales, d'où elles émigrent bientôt vers les régions environnantes, rongeant de proche en proche les parties molles et cartilagineuses et ne respectant que les os, à leur tour atteints cependant par l'ostéite et la carie; le voile du palais et ses piliers, les amygdales, l'arrière-fonddu pharynx sonttuméfiés et ulcérés, la déglutition et la respiration sont plus ou moins entravées, la voix est nasonnée, l'haleine a une odeur repoussante; le cou tout entier est douloureux et presque toujours les ganglions maxillaires sont engorgés ; les gencives sont décollées, les désordres s'étendent aux joues, aux paupières; les sinus de la mâchoire supérieure et du front n'échappent pas à l'envahissement; de la céphalalgie et bientôt du délire, accompagnés de fièvre plus ou moins intense, font déjà craindre une pénétration dans la cavité crânienne, et bientôt, en effet, le coma et les convulsions viennent justifier un diagnostic que complète l'autopsie. On voit par ce tableau des désordres que peuvent produire les larves de la lucilie, combien grave est le parasitisme des diptères ; sur trente-huit cas d'invasion des conduits auditifs, du pharynx et des fosses nasales, réunis par Maillard, ily a vingt et un décès pour dix-sept guérisons!

* Bonnet, Th. citée. — Coquerel, Gaz. niéd. de Paris, 1859, et Arch. gén. de méd., 1858-59. — Gornil, Nature, 6 août 1881. — Courrier, Un cas de mort par suite d'introduction des larves de la lucilia hominivorax dans les fosses nasales. Arch. de méd. nav., juin 1879. — Maillard, De la lucilia hominivorax. Th. Montp., 1870.

PARASITAS EXTERIEURS G.j9

Les races sont atteintes en raison de la proportion des éléments qu'elles fournissent pour les travaux de déboisement; à la Guyane française, les transportés européens ont compté le plus grand nombre de victimes, tant qu'ils ont représenté les principaux groupements dans les pénitentiers. La lucilie est surtout à redouter pendant la saison sèche (Maillard). Le traitement varie selon que les parasites occupent une région superficielle ou ont déjàpénétré dans des cavités difficilement accessibles. Dans le premier cas,, des lotions avec une solution d'acide phénique ou de sublimé suffisent pour détruire les larves. Si les vers occupent le conduit auditif ou les fosses nasales, et n'ont pas encore déterminé des délabrements trop étendus, des injections avec l'eau chlorurée, l'eau ou l'huile phéniquée, l'eau créosotée, la benzine, etc., pourront encore arrêter leur marche. Mais quand les parties profondes et jusqu'aux sinus intra-osseux sont envahis, des substances vaporisables seules atteindront jusqu'aux hôtes qui les habitent; on soumettra les malades à des inhalations de chloroforme, qui forceront les larves à se détacher et les tueront, puis on les entramera au dehors au moyen d'injections benzinées ou phéniquées faibles, pratiquées avec des soudes flexibles ; l'application du trépan sur les sinus frontaux s'imposera parfois comme une nécessité (Nielly). Les ulcères, les abcès consécutifs donneront lieu à leurs indications habituelles ^ .

* Nous n'avons pas étudié, à la suite des maladies occasionnées par les parasites extérieurs, les plaies envenimées produites par la morsure de divers animaux. C'est que ces dernières, malgré la variété des espèces qui les peuvent déterminer entre les tropiques, ne diffèrent en rien des lésions de même ordre observées en d'autres régions. Nous en avons résumé les indications de la manière suivante, dans notre pratique de la chirurgie d'urgence (Paris, 1872).

Ces indications sont au nombre de trois : « 1° empêcher la pénétration du principe morbifique dans les voies circulatoires ; — 2o neutraliser ce principe, ou combattre ses effets, lorsqu'il est absorbé; — 3° extraire les corps étrangers, agents d'introduction du venin, lorsqu'ils sont demeurés dans la plaie.

« Pour remplir la l'o itidicatioîi, on agit : — a. à quelque distance de la blessure, par la ligature du membre entre la plaie et le cœur ; — b. sur la blessure elle-même, par la succion, les ventouses, les lavages à grande eau et la cautérisation après débridement

« La 2° indication est plus difficile à satisfaire : l'ammoniaque et les alcooliques, administrés à l'intérieur, rendent souvent de bons services ; la saignée prévient ou diminue quelquefois les processus inflammatoires ; mais, le plus ordinairement, le médecin est réduit à une thérapeutique de symptômes qui ne saurait se formuler d'une manière générale.

« La 3" indication est'non moins importante que les précédentes. Les crochets des serpents se brisent quelquefois dans les plaies; leur forme arrondie, le poli de leur surface, leur longueur médiocre qui limite leur pénétration aux couches superfi-

TROISIÈME SECTION

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