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IV, — SYMPTOMES FOURNIS PAR L APPAREIL NEURO-MOTECR

Avec les symptômes que nous avons notés du côté de cet appareil, à propos de l'habitude extérieure et de l'état des forces, et qui relèvent de la nutrition ; avec ceux qui se rattachent à certaines complications, nous n'avons guère à mentionner que des troubles de la sensibilité. Les fonctions cérébrales sont intactes; mais les malades sont assez fréquemment tourmentés par des douleurs articulaires très pénibles, que l'on a considérées comme une manifestation propre de la dysenterie elle-même et d'ordre réflexe, ou de nature infectieuse, comme, « le réveil d'un état morbide antérieurement créé par une atteinte de dengue, chez quelques sujets » (Quetan), ou en rapport avec la diathèse rhumatismale. Ces douleurs dominent parfois à un tel point la scène morbide, que l'on a admis une forme rhumatoïde de la dysenterie. Elles peuvent s'accompagner de névralgies sur le trajet des principaux nerfs, et « quand la maladie se prolonge, la sciatique, avec atrophie du membre, le plus souvent bornée à un côté, s'observe fréquemment... » (Dut.) Nous sommes portés, pour notre part, à rattacher ces manifestations à une association rhumatismale dans le plus grand nombre des cas^

Le D^ Treille a appelé l'attention sur un réflexe douloureux du nerf cubital chez les malades atteints de diarrhée endémique dite de Cochinchine et de dysenterie : ce réflexe peut être produit à volonté en exerçant une pression au voisinage de l'épine iliaque antéro-supérieure et en ramenant les doigts vers l'ombilic, sans cesser le contact, ou par l'application des réophores d'un appareil d'induction sur une ligne qui réunirait l'ombilic à l'épine iliaque antéro-supérieure ^

G. Associations et complications, suites.

La maladie, au lieu de rester simple, peut s'accompagner de certains phénomènes accidentels ou contingents, qui la modifient

' Huette, De l'arthrite dysentérique. Arcli. gén. de méd., 1869. — Quinquaud, Gaz. des hôp., 187 i. — Andrade Fialho, Des manifestations rluimatoïdes de la dysent., Th. Paris, i88i. — Dewevre, Mém. sur le pseudo-rhumatisme ou arthralgie infectieuse de la dysent., Arch. gén. de méd., 1886. - Soc. méd. des hôp., 8 fcv. [8Sb.

dans ses allures. Les uns sont indépendants d'elle ; ils prennent leur origine dans l'individu ou dans le milieu extérieur, et n'ont avec la dysenterie que des rapports d'association. Les autres, sans être une émanation nécessaire de la dysenterie, s'y rattachent cependant d'une manière plus ou moins exclusive et directe (complications proprement dites).

1° Au groupe des associations appartiennent les manifestations engendrées par des états infectieux ou diathésiques, et, dans ce dernier cas, préexistants, réveillés sous l'influence du processus intestinal. C'est un tort, à notre avis, d'emprunter à ces manifestations la caractéristique de formes spéciales, qui semblent indiquer, dans une maladie mixte, une sorte d'unicité. Nous rejetons donc les formes intermittente , cholérique, typhoïde et rhumatismale de la dysenterie, et nous reconnaissons à leur placç des dysenteries, quelquefois accompagnées de phénomènes réflexes ou septicémiques, provoqués par l'affection intestinale, plus souvent associées avec des états bien distincts, impaludation, choléra, dothienenterie, rhumatisme.

\J association palustre est d'autant plus commune, que les deux maladies ont souvent les mêmes centres de génération. Elle donne à la dysenterie des allures paroxystiques plus ou moins régulières ; elle se décèle, dans les formes aiguës, par des recrudescences fébriles très intenses, et, dans les formes chroniques ordinairement apyrétiques, par des accès bien tranchés, avec augmentation passagère du nombre des selles ; l'accès intermittent suspend parfois les symptômes de l'affection locale ou alterne avec eux ; dans tous les cas, la rate apparaît tuméfiée.

Des symptômes cholériques^ à tous les degrés, peuvent se montrer au début ou au cours de la dysenterie (vomissements répétés, selles diarrhéiques, séreuses ou séro-bilieuses, abondantes, crampes, réfrigération, collapsus) : c'est la forme choléroïde qui, tantôt a servi à désigner une complication d'origine banale ou climatique (symptômes développés à la suite d'une ingestion d'une trop grande quantité de boisson aqueuse, ou à la suite d'un refroidissement), tantôt, une association infectieuse (la dysenterie et le choléra sévissant en même temps dans une même région, comme dans l'Inde et la Cochinchine).

Uétat bilieux lui-même, qui a fourni les éléments d'une autre forme, la dysenterie bilieuse, s'il est parfois la conséquence du

catarrhe gastro-duodénal étendu aux voies biliaires, et dont la colite ulcéreuse semble être sortie dans quelques cas, peut naître, avec cette dernière, d'une constitution médicale mixte, saisonnière ou épidémique.

Nous voyons l'association de la maladie avec le typhus abdominal donner lieu à une partie des cas qu'on appelle dysenterie typhoïde ; on voit alors les symptômes caractéristiques delà dothienenterie se combiner avec ceux de la dysenterie (cycle fébrile, taches rosées, épistaxis, phénomènes ataxo-adynamiques, etc.) ou se substituer par moments à ces derniers (gargouillements à la fosse iliaque droite, selles diarrhéiques, etc.) '.

La forme que les Anglais distinguent sous le nomd'érysipélateuse cache parfois, sans doute, une infection mixte, qui se révèle extérieurement, chez quelques malades, par des plaques à'érysipèle à la peau.

La dysenterie s'associe enfin au scorbut et c'est là un état morbide des plus redoutables ; la phlegmasie intestinale tend à devenir gangreneuse et le marasme abat rapidement les sujets les plus robustes.

Nous avons déjà dit que nous étions portés à regarder la dysenterie rhumatoïde comme le résultat d'une association du processus intestinal avec le rhumatisme^ au moins dans un assez grand nombre de cas.

2° Dans le second groupe, viennent se ranger les complications qui dépendent de la dysenterie elle-même et n'en sauraient être séparées, au moins à l'origine, car certaines des manifestations anatomo-symptomatiques que nous allons décrire s'isolent à la longue du processus intestinal et lui survivent.

Celles que nous rencontrons en rapport le plus immédiat avec la phlegmasie ulcérative sont l'hémorrhagie et la péritonite.

1j' hémorrhayie ne doit pas plus servir à la caractéristique d'une forme que la péritonite ; l'une et l'autre sont des éléments très accidentellement surajoutés à une forme quelconque de haute intensité. Très distendus sous l'influence de l'hypérémie inflammatoire, oblitérés et altérés dans leurs parois au voisinage des ulcérations, détruits par places, les vaisseaux peuvent laisser couler à la surface de l'intestin une quantité de sang assez grande

' Moursou, Arch. de med. nav., 1885, XLIV, 272.

pour produire des accidents hémorrhagiques ; les selles traduisent ordinairement l'hémorrhagie ; le visage devient plus pâle, le pouls plus dépressible et plus précipité, les extrémités se refroidissent, et le malade succombe par épuisement ou syncope, si la perte est trop soudaine et trop abondante.

La péritonite peut résulter d'une irritation de voisinage ou d'une perforation au niveau d'un ulcère de l'intestin ; la complication est de la plus haute gravité dans le second cas (ventre tendu, douleur sourde, puis intense, fixe, accrue par la pression, les mouvements des membres inférieurs et les efforts de défécation, selles rares ou supprimées, vomissements, étirement des traits, mort en collapsus).

Quelquefois, les efforts pour aller à la garde-robe déterminent la procidence du rectum, accident qui a valu à la dysenterie, parmi les Brésiliens, le nom de hicho ou bicho del cido.

D'autres fois, les matières contenues dans l'intestin subissant la décomposition putride ou, la surface des ulcères donnant naissance à des agents septiques, il se produit un véritable empoisonnement autochtone, qui se révèle par les caractères les plus généraux du typhisme (langue et gencives fuligineuses, teinte hémaphéique de la peau, tendance aux hémorrhagies, etc.)*. Ces cas répondent à une grande partie des dysenteries typhoïdes. La maladie évolue ordinairement dans une période de un à trois septénaires, avec un type fébrile continu ou subcontinu, et sous la forme adynamique. Elle se termine par la guérison, après une convalescence plus ou moins longue, ou par la mort, résultant de la désorganisation générale des tissus, de l'atteinte infectieuse aux centres vitaux (bulbe : syncope ou asphyxie); quelquefois, elle a une marche très rapide, sidérante (septicémie foudroyante, dysenterie maligne des anciens -auteurs).

A diverses modalités de la contamination secondaire qui prend origine dans l'intestin, il faut sans doute rapporter \e^ arthralgies d'un certain nombre de malades (arthrites infectieuses), les éruptions cutanées aiguës, exanthémateuses, pustuleuses, etc., et les parotidites suppurées observées dans les formes graves.

Enfin, des embolies spécifiques, détachées des ulcérations intes-

^ Se rappeler les leçons de Bouchard ; voir aussi : Legendre, les toxémies par résorption putride et l'antisepsie intestinale, Un. méd., 1886;— Hubert, thèse sur le? septicémies intestinales. Paris, 1873.

tinales, peuvent devenir le point de départ à'abcès du foie ou de pneumonies gangreneuses.

Dans la dysenterie chronique, on rencontre en outre, comme complications rares, les épanchements séreux dans les plèvres ou le péricarde, Vœdème pulmonaire, la trombose veineuse de V encéphale (Bertrand)^ : cette dernière, assez commune dans lathrepsie infantile, reconnaît pour cause un état particulier du sang (inopexie) ; elle a pour expression fondamentale les convulsions et le coma, et pour conséquence possible l'hémorrhagie cérébrale ou méningée. La syncope est un mode de terminaison plus fréquent et sans doute en rapport avec une dégénération des fibres cardiaques.

Nous mentionnerons comme suites {sequelas) de la dysenterie :

La diarrhée, symptomatique d'un catarrhe intestinal plus ou moins généralisé ; sous la forme chronique, on la peut admettre d'après l'ensemble des caractères cliniques, mais non plus d'après les caractères anatomiques révélés à l'autopsie ; nous avons dit, en effet, que, dans la diarrhée endémique des pays chauds, Fontan et Bertrand avaient toujours rencontré des lésions dysentériques, alors même que les symptômes propres de Tulcération instestinale avaient depuis longtemps cessé de se manifester durant la vie ;

h'occlusion intestinale par rétrécissement cicatriciel ou hypertrophique des tuniques de l'intestin ;

h'hépatite suppurative ;

\uQ pérityphlite et la pé?'irectile ou inflammation du tissu cellulaire qui entoure le cœcum et le rectum ;

Biyerses paralysies (du sphincter anal, de la langue, des membres supérieurs ou inférieurs), dont la pathogénie reste encore obscure; les unes se rattachent à ces paralysies dites réflexes, que Graves, un des premiers, a si bien étudiées ^ et que Ton explique aujourd'hui par une lésion médullaire (Damaschino et Roger) ou par la névrite (Landouzy a très judicieusement rappelé à cet égard qu'elles débutaient souvent par le rectum, comme celles de la diphthérie parle voile du palais, et que l'analogie permettait de supposer dans les premières les mêmes lésions nerveuses que l'on a constatées nettement dans les secondes) ; les autres, observées à la suite de douleurs articulaires et névralgiques et accompagnées

' Bertrand, De la Ihrombose des sinus veineux de la diire-mère. Th. Paris, ISTo. ■ Clin. (trad. de .laccoud), t. I, 699

d'atrophie des muscles (Dut.), ne sont pas sans doute toujours étrangères au rhumatisme;

La tuberculose jpulraonaire ^ très commune dans la dysenterie chronique et engendrée sous Finfluence d'une dénutrition excessive, mais aussi préparée par un état latent héréditaire, diathésique, chez un grand nombre de sujets;

JJanémie. L'état de marasme, « qui résulte de la substitution d'une membrane cicatricielle à la muqueuse normale, et peut-être de la destruction ou de l'oblitération des lymphatiques », état rangé par Jaccoud parmi les suites de la dysenterie, apparaît aussi comme le syndrome obligé d'un processus permanent, celui de la dysenterie athrepsique ou diarrhée chronique endémique.

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