DU TUBE DIGESTIF
Dans la dysenterie aiguë, il n'existe pas de lésions appréciables dans l'intestin grêle et Testomac ; mais le foie est souvent hypérémié, ou renferme des foyers de suppuration : l'hépatite a précédé la lésion dysentérique ou lui a succédé (voir le chap. IX).
Dans la dysenterie chronique (dysenterie proprement dite et diarrhée endémique), les lésions sont beaucoup plus étendues. Nous les décrirons d'après les travaux de Fontan et Bertrand, le guide le plus complet que nous possédions sur l'anatomie pathologique de l'affection.
La muqueuse linguale apparaît vernissée, plus ou moins rouge, dépouillée de son épithélium ; à la base de la langue et sur les piliers du voile du palais, on rencontre parfois des ulcérations fongueuses. Sur toute l'étendue de l'œsophage, Fépithélium superficiel est exfolié, quelques glandes ont subi la dégénérescence colloïde ou sont transformées en kystes muqueux.
'L'estomac conserve son volume ou offre une diminution notable de sa capacité ; dans la matière liquide ou semi-liquide qu'il renferme et qui recouvre sa surface interne, on rencontre divers parasites, entre autres la sarcina ventriculi (Normand). Ses parois sont souvent amincies, mais inégalement, plus rarement épaissies. La muqueuse est ordinairement pâle, tachetée d'arborisations plus ou moins étendues, surtout vers la grande courbure et quelquefois de plaques pigmentées ou ardoisées. Au niveau de ces plaques, il existe fréquemment des ulcérations petites, circulaires, à peine visibles, siégeant surtout vers le pylore. On trouve encore de petites saillies boutonneuses, dues à la présence de follicules irrités et prêts à suppurer. Le microscope décèle d'ailleurs les altérations intimes d'une irritation chronique, la prolifération embryonnaire du chorion muqueux, l'atrophie, la destruction partielle des glandes, sous l'excès de cette prolifération et de l'infiltration lymphoïde, la follicLihte ulcéreuse, ïa nécrose circonscrite et enfin la sclérose avec pigmentation par places, « qui sont probablement le stade ultime des troubles nutritifs et circulatoires ».
Uintestm grêle est tantôt tympanisé et tantôt rétracté conire la colonne vertébrale ; son calibre est souvent diminué. On rencontre à son intérieur, chez beaucoup de malades, divers parasites, entre autres l'ankylostome et l'anguillule intestinale, qui habitent plus particulièrement le duodénum. — « L'intestin grêle est ordinairement aminci ; il l'est tellement, qu'on l'a comparé à une pelure d'oignon, à la muqueuse du sinus maxillaire, et mieux encore à la baudruche. A côté de Yintestin en baudruche, il y a Vintestin en zinc, variété plus rare et caractérisée par l'épaississement et l'enraidissement de ses parois. Cet épaississement ne se montre qu'en quelques points localisés, et plus particulièrement à la fin de l'iléon. Il est presque toujours lié à la présence d'ulcérations, et il aboutit à un rétrécissement de l'intestin. Au contraire l'amincissement s'étend à de grandes longueurs du tube digestif et se remarque surtout dans le jéjunum et les 3/4 supérieurs de l'iléon. L'intestin est généralement pâle, d'un aspect brillant et laiteux, et comme œdématié. Les valvules conniventes sont souvent très grosses, infiltrées de sérosité et arborisées. L'œdème sous-muqueux qui tuméfie ces valvules fait ordinairement défaut dans les espaces inter-valvulaires. Les villosités sont souvent invisibles, et leur aplatissement produit l'aspect vernissé de la muqueuse. Sur ce fond généralement pâle se détachent des changements de colorations variables. Tantôt il y a des rougeurs diffuses, assez étendues particulièrement dans le duodénum; ces plaques rouges deviennent plus petites et plus rares à mesure qu'on descend, puis réapparaissent confluentes et vives dans le bout inférieur de l'iléon. » Ce sont des arborisations ou de véritables ecchymoses ; tantôt l'injection ou la suffusion sanguine se montre comme un simple piqueté. On trouve des intestins absolument blancs, dont les valvules conniventes sont couronnées d'un bout à l'autre de petites arborisations rouges, étoilées. Fréquemment, on rencontre des plaques pigmentées ou ardoisées. Quand ces diverses taches existent en grand nombre, l'intestin est ordinairement épaissi, les valvules sont raréfiées et les villosités ont disparu. Tous ces signes indiquent des lésions profondes ou tout au moins fort anciennes. Mais la lésion caractéristique consiste en des ulcérations très petites, qui ne sont même reconnues qu'à la loupe et au microscope, et qui, pour la plupart, correspondent à des plaques ardoisées : exceptionnellement ces ulcérations occupent le duodénum (Lenoir) ;
communément, elles occupent la dernière partie de l'iléon. «Elles ne siègent pas plus sur le côté opposé au mésentère que partout ailleurs, ce qui fait penser de suite qu'elles ne sont pas en rapport avec les follicules clos (du reste, on peut très bien apprécier par transparence que les follicules clos, isolés ou agminés, existent en dehors des ulcérations)... Elles sont presque toujours petites, longues au plus de 10 à dS millimètres, assez régulières, à bords nets, sans callosités ni fongosités. Elles peuvent être profondes et remplies d'une pseudo-membrane. Leur fond est souvent constitué par la tunique musculeuse. » Ce sont des ulcérations nécrobiotiques, et, à côté d'elles, on peut observer des ulcérations folliculeuses. L'examen microscopique révèle une série d'altérations tout à fait semblables à celles qui ont été étudiées dans le gros intestin. Au duodénum, la muqueuse est en général peu altérée ou présente des lésions analogues à celles de l'estomac (amincissement, infiltration lymphoïde plus ou moins compacte, vaisseaux jeunes gorgés de sang, tubes de Lieberkûhn plus ou moins raccourcis et déjetés, glandes de Brunner parfois en dégénérescence colloïde ou kystique) ; la celluleuse est plus ou moins atrophiée ou vascularisée dans sa zone interne. Dans le jéjunum et l'iléon, la muqueuse offre une infiltration lymphoïde et embryonnaire diffuse et généralisée de tout son chorion, infiltration qui étoufTe, brise, étrangle et rend kystiques par oblitération de leur orifice toutes les glandes tubulaires, un développement considérable des réseaux capillaires, des ulcérations ; les autres couches participent à ces diverses altérations ; en certaines portions, plus anciennement atteintes, la membrane celluleuse est devenue tout à fait scléreuse : les fibres pâles du plexus de Meisnner ne semblent pas altérées, mais Iss ganglions ont subi la dégénérescence granulo-graisseuse ; (c le système lymphatique présente aussi de nombreuses lésions : d'abord, dans les villosités, le chylifère central est le plus souvent invisible, étouffé qu'il est par la prolifération cellulaire qui gonfle ces papilles ; plus profondément, les troncs qui se dirigent vers la membrane de Brlicke et les sinus qui rampent autour des follicules clos sont flexueux, très inégaux et leur épithélium, gonflé, vésiculeux, obture presque leur lumière ; au voisinage des ulcères, un grand nombre de ces lymphatiques contiennent du pus... » Les follicules clos sont toujours enflammés, mais à des degrés très variables ; l'inflammation aboutit souvent
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à lulcère. Quant à la dégénérescence amyloïile de l'intestin, signalée comme fréquente par plusieurs médecins anglais, elle serait fort rare, d'après le D"" Connell (de Calcutta), et jamais Bertrand et Fontan ne l'auraient rencontrée.
Le /oze, dans la dysenterie chronique, peut offrir les altérations de l'hépatite suppurée ; mais ces lésions sont moins l'expression de la chronicité du processus morbide, que des phases aiguës qui l'ont traversée. L'altération vraiment caractéristique, dans la forme chronique, est une atrophie de l'organe, qui nous a paru en rapport fréquent avec une dégénérescence cirrhotique : nous n'avons pas à cet égard recueilli d'observations microscopiques personnelles ; mais dans les autopsies que nous avons faites ou vu pratiquer, l'organe nous a souvent offert les caractères généraux de la cirrhose atrophique (réduction plus ou moins considérable du volume et du poids, décoloration, induration, texture serrée et comme fibreuse), et, d'autre part, des observations histologiques très complètes de Bonnet et de Mahé ont établi l'existence d'une inflammation scléreuse, interstitielle, de la glande hépatique, chez un certain nombre de sujets. Fontan et Bertrand ne croient pas cependant que la cirrhose soit une conséquence habituelle de l'affection ; l'atrophie, quand elle existe (et c'est le cas ordinaire) est simple ou susceptible d'être rattachée àl'alcoolisme ; toutefois, dans la période de marasme, « il tend à s'instituer un processus modéré d'hépatite interstitielle ; l'état congestif des vaisseaux capillaires est fréquent même dans le cas d'atrophie, et contribue pour une grande part à donner au tissu l'aspect induré, signalé par presque tous les auteurs ». La cirrhose hypertrophique, la pigmentation, la dégénérescence graisseuse ou amyloïde relèvent de l'impaludation ou de la tuberculose, connexes de la maladie intestinale.
\^Q pancréas est ordinairement diminué de volume, décoloré et induré, comme le foie ; on y a trouvé des abcès ou des foyers caséeux ; Fontan et Bertrand y ont constaté les lésions de l'inflammation parenchymateuse lobulaire : « des lobules entiers sont en dégénérescence granulo-graisseuse ou même convertis en petites cavernes remplies de détritus granuleux ; ou encore ces cavités sont devenues de véritables foyers de tissu embryonnaire... » Le processus aboutirait à une transformation myxomateuse du parenchyme de la glande, en plus d'un cas.
III, — LESIONS ACCESSOIRES.
Dans les formes aiguës, le péritoine peut être le siège de lésions inflammatoires ; on l'a même vu perforé par l'extension d'une ulcération de l'intestin ; les ganglions mésentériques sont rougeàtres, engorgés, mais leur état suppuré ou plutôt caséeux doit être rapporté à une tuberculose alors concomitante ou dérivée ; du côté des autres organes, on ne rencontre pas d'altérations appréciables, ou, s'il existe des lésions, elles ne sont pas en rapport avec la dysenterie : la tuméfaction splénique, par exemple, ne s'observe que dans le cas d'intoxication paludéenne.
Dans les formes chroniques, les altérations sont plus généralisées. Le péritoine est le plus souvent indemne ; quelquefois, sa cavité renferme une quantité variable de liquide séreux (ascite), quelquefois aussi il apparaît congestionné ou épaissi et présente des adhérences qui témoignent d'une inflammation ancienne. L'épiploon conserve son aspect graisseux, mais, dans sa couche adipeuse, l'examen microscopique fait voir une atrophie des éléments. (B. et F.) Le plus souvent, les ganglions mésentériques sont engorgés, volumineux, durs, de couleur sombre ; fréquemment ils sont pigmentés et scléreux, (ils sont ramollis et caséeux chez quelques individus atteints de tuberculose). « Les reins sont ordinairement diminués de volume, leur consistance est presque toujours accrue, leur coloration en général sombre et congestive, quelquefois pâle et à deux teintes ; l'examen microscopique montre très fréquemment des lésions plus ou moins avancées de néphrite interstitielle ; dans les cas où la sclérose est peu prononcée, il y a presque toujours une forte congestion totale du système capillaire cortical et médullaire. » (B. et F.) La rate est tantôt hypertrophiée (paludisme), tantôt petite, rétractée, dure, peu colorée. Les pou-' nions sont anémiés ou congestionnés, parfois hépatisés et souvent envahis par des tubercules. Le cœur est ordinairement pâle, réduit de volume ; quand la maladie a eu une longue durée, les fibres musculaires sont sensiblement atrophiées, parsemées de granulations pignientaires ou en état de dégénérescence granule-
graisseuse. Les plèvres et le péricarde peuvent renfermer une petite quantité de liquide séreux. Rien de particulier du côté des centres nerveux : dans un cas seulement, Bertrand trouva, avec une oblitération du sinus veineux de la dure-mère par thrombose marastique, des foyers de ramollissement disséminés dans la partie antérieure du cerveau.