‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 153 sur 190 · II. — INDICATIONS RELATIVES A L ETAT GENERAL · texte numérisé non relu

II. — INDICATIONS RELATIVES A L ETAT GENERAL

1° Fournir des matériaux à la nutrition tout en évitant à l' intestin malade le contact prolongé ou même l'élaboration des aliments.

— C'est une indication capitale et des plus difficiles à remplir. Il faut en effet soutenir les forces, qui ont plus ou moins périclité, réparer des pertes parfois considérables, et cependant obtenir le repos, tout au moins le fonctionnement très réduit de l'organe chargé de la transformation des substances alibiles et de l'absorption de leurs principes assimilables. Dans la dysenterie aiguë, exempte de complications gastro-hépatiques, la digestion reste assurée, sans danger pour la portion d'intestin malade : il suffit de modérer l'alimentation selon l'intensité de la phlegmasie et de la fièvre, de la choisir telle qu'elle fournisse peu de déchets (bouillon, lait, œuf). Mais dans la dysenterie chronique, où l'intestin grêle, l'estomac, les glandes annexes elles-mêmes ne fonctionnent plus à un degré convenable, l'aliment, même celui qui exige le moindre travail pour sa transformation, n'est pas toujours supporté, et, loin de remplir un rôle utile, il accroît l'irritation en demeurant pour l'intestin comme un corps étranger. Un régime adapté aux conditions spéciales de l'appareil en souffrance, en même temps qu'aux besoins de l'économie tout entière, est donc comme le fondement de la thérapeutique dans la dysenterie chronique.

^ Calléja, Gonl. au trait, de la diar. par le salie, de soude. Rev. de med. cliir. pract., 7 août 1881.

- Bouchard, Humtjert, .\elter, Le{j;en(lre, Trav.sur les loxémies d'origine intesL. — ■ Dujardin-lJeaumelz, La luédic. inlest. antiseptique, liull. gén. de thér., 10 janv. 1885.

— l'alasne-Ciianipeaux et Maurel viennent de faire connaitrc d'heureux suecès, par l'emploi de l'eau suU'o-carbonée. (Arcli. de luéd. nav., déc. 1880 et liull. gén. de tliérap., mars 1887.)

7i6 TRAITE CLINIQUf': DES .MALADIES DES PAYS CHAUDS

Au plus bas degré de réduction de la fonction digestive, il importe de trouver à l'intestin des substances immédiatement assimilables : les peptones sont nettement indiquées, car « entièrerement alibiles, elles n'exigent aucun effort de la part des organes malades, laissent le tube digestif dans le repos le plus complet, lui permettent de reparer en silence ses lésions » (B. Feris) *.

L'appareil digestif est-il encore en possession de quelque énergie fonctionnelle, peut-il fournir quelque travail à la condition qu'on ne lui soumette que des matériaux très aisément transformables, le traitement lacté s'impose ^ Ce traitement n'a plus à faire ses preuves, et, depuis plus d\in siècle, il a produit les résultats les plus satisfaisants dans les dysenteries et les diarrhées des pays chauds. Mais, pas plus queles peptones, le lait n'est l'agent curateur constant et infaillible de ces maladies. Il est utile parce qu'il donne beaucoup à la nutrition sans déterminer de fatigue dans l'appareil amoindri qui l'élabore, et détermine une action topique antiphlogistique sur la muqueuse altérée ; mais aussi il prive les organes de la digestion d'un stimulus nécessaire à la récupération de leur tonicité et l'économie de certains éléments réparateurs qu'exigent • les tissus à leur pleine maturité. Il faut donc savoir limiter l'emploi du lait, et n'en pas abuser, sous peine de perpétuer l'état anémique ou même de le transformer en une sorte de cachexie scorbutique.

Nous sommes partisans du régime lacté au début du traitement dans les dysenteries aiguës et subaiguës, et dans la dysenterie chronique non encore arrivée au dernier stade de l'athrepsie. Il peut suffire à amener la guérison des cas légers, qui ne réclament souvent que l'abstention d'une médication trop acti^'e et se trouvent mieux de l'expectation, avec une bonne diététique, que de l'intervention pharmacodynamique. Il devient le précieux auxiliaire du médicament dans les autres cas.

En général, on prescrit dans les hôpitaux une quantité de lait

^ B. Feris, Bull, de la Soc. de thér., 23 ocl. 1882 et Arch. de méd. nav., mai 1885.

* Pouppé-Desportes, Pharm. de Saint-Domingue. — Karell, Arch, gén. de méd. VIII, 1866.— Pécholier, Monlp. méd. 1866. — Itebove, lli.d'ag., Paris, 1879.— Thèses de Berlhier, Monlp., 1874; Beslion, 31onlp., 1874; iîizien, Paris, 1873; llodoul, Paris, 1873; Clavei, Paris, 1873.; Eysaulier, Paris, 1880; Marion, Monlp., 1879; Talairach, Monlp., 1874. etc. — Barrel, Arch, de méd. nav., 1873, XX. — Maurcl. Itul. gén. de Ihér., mars 1881. — Dujardin-Beaumelz, Des aliments complets cl du régime lacté. Ibid., 1886, juillet.

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trop considérable et c'est là fréquemment une cause d'insuccès dans le traitement. A un organisme limité dans ses moyens d'élaboration digestive, réduit dans sa masse comme en ses fonctions et auquel n'est plus adaptable qu'une quantité réduite de matière alibile, en rapport avec la faculté actuelle d'assimilation, il est illogique de fournir un poids alimentaire calculé d'après la proportion des principes nutritifs nécessaire à l'homme sain. Jaccoud prescrit d'emblée 3 à 4 litres de lait ; c'est un maximum qu'il ne faut point dépasser, et même, nous trouvons préférable la méthode de Maurel, qui ne donne tout d'abord qu'un litre et demi en vingtquatre heures, et augmente d'un demi-litre tous les trois jours, pour arriver à la dose maximum de trois litres. Il est incontestable qu'avec un litre et demi et même deux litres de lait, les malades ne peuventacquérir de poids ; ils en perdent même; mais, comme le fait très justement remarquer Maurel, les selles diminuent, et à mesure qu'elles se régularisent, les échanges organiques augmentent; avec trois litres 4e lait, la nutrition accentue franchement son amélioration et il est rare que les malades ne gagnent pas sensiblement en poids. — Le lait doit être pris à des intervalles réguliers et par petites quantités, pur de tout mélange S bouilli plutôt que cru, l'ébuUition préparant la peptonisation de l'albumine; récrémage n'est utile qu'avec certains laits extrêmement riches en matière grasse et lorsqu'il s'agit de malades chez lesquels la digestion de cette matière est particulièrement difficile. A défaut de lait frais, on peut employer le lait concentré^ ou la poudre de lait. L'hiver, il est bonde recommander défaire tiédir un peu le liquide avant de le distribuer aux malades.

Il importe, avant d'instituer définitivement le traitement lacté, de tâter les susceptibilités individuelles. Il serait mauvais de persévérer dans l'administration d'un aliment qui inspire une répugnance insurmontable à certains sujets. 11 faut alors avoir recours à des aliments équivalents, dérivés ou non du lait : le sucre de lait, préconisé

^ Certaines eaux pourraient lui communiquer des propriétés nocives. Il serait aussi très important de pouvoir s'assurer de l'état de santé des animaux qui le fournissent, s'il est vraiment étaltli que l;i lubcrciilose des vaches laitières osl Iransmissible par leur produit.

' i;0 très roLtrcI té Zubor, seloiiail licauiMMip de rusa,L;(.' du lail (•oncciilré dans les iiù])itaux militaires, au Tonkin. ((la/,, licdd.. N ocl ISNti.) (It'ttc subslancc i-crnl les plus grands services abord des transports. (Cazcs, iiu lail concentré en Hier, navale, tli. Paris, 1877.;

parTalmy *, d'après cette hypothèse que la diarrhée chronique des pays chauds reconnaîtrait pour cause le défaut de glycose dans le sang, n'a aucune efficacité ; mais le Képhir^' serait sans doute un bon succédané ; l'on peut aussi prescrire de légers bouillons de volaille ou de bœuf, les thés de viande, etc.

Il y aura souvent avantage à prescrire ces aliments unis à des substances qui assurent leur digestion, tout en ménageant lesforces de l'appareil gastro-intestinal encore très affaibli ; le bicarbonate de soude neutralisera les effets de l'hypersécrétion muqueuse qui met obstacle à l'action zymotique du suc gastrique (Henoch) et favorisera la sécrétion de ce suc ; le chlorure de sodium remplit un rôle analogue (Thomas); on recommandera, dans le même but, l'usage modéré des eaux minérales alcalines (Vichy). C'est déjà l'indication des eupeptiques, qui se dessine surtout, quand, avec la diminution du nombre des selles et l'augmentation de leur consistance, le retour graduel des forces et le relèvement continu du poids, on peut entrer dans la période du régime mixte. Le lait est prescrit en moindre quantité, mais avec des aliments de facile digestion (œufs, farine Nestlé, composée de farine de froment, de poudre de jaunes d'œufs, de lait et de sucre, fécules diverses, poudre ou jus de viande, etc.), et, peu à peu une alimentation plus solide est complètement substituée au lait. Pour prévenir toute surprise du côté de l'estomac et de l'intestin, on aide à leur fonction en administrant les /ermen/.s- artificiels : l'ingluvine (extrait de gésier du poulet domestique, possédant les mêmes propriétés que la pepsine), la pepsine, la pancréatine et la diastase (maltine), sous leurs modes de préparation les plus simples ^

L'amélioration continuant sans interruption, Ton peut abandonner l'appareil digestif à ses propres forces, avec un régime choisi, peu à peu ramené à la formule normale et définitive. Le moment critique est celui où l'on permet le retour au vin, au pain et aux légumes verts.

2° Aider au relèvement de la nutrition par l'administration des toniques sous toutes les fortnes. — Parmi les toniques, les uns,

' Th. Paris, 1876.

* Sem. méd., 17 janv. 1884.

^ W. Robert, Les ferments digestifs. BibL intern. bioL, 1882. — Dii.jardin-Reaumctz, Clin, tliér. — B. Feris, l. c. — Bertrand, Arch. de niéd. nav., 1878, XXIX. — Girard, Gaz. des liôp., 4 mars 1882. — Giraud, Des pruc. arlif. de digcsiidn. dans le Irait, de l'entérite chron. des navs chauds, th. Bord., 1883.

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pendant cette longue période où l'économie récupère lentement une faible partie de ce qu'elle a perdu, maintiennent à son minimum la déperdition physiologique {coca, kola \ café et cacao) ; d'autres, comme les amers {quinquina, quassia, Colombo, etc.), ravivent l'appétit et stimulent la fonction digestive, par leur action sur les centres nerveux : à leur suite se place la noix vomique, qui rappelle à sa tonicité première la fibre musculaire intestinale, si longtemps languissante; d'autres, comme les martiaux, favorisent ]a reconstitution des éléments globulaires du sang.

Enfin, à l'emploi des toniques médicamenteux, on joindra celui, non moins utile, des toniques par stimulation extérieure : — eaux minérales naturelles et artificielles (bains au sel de Pennes, bains sulfureux, bains de mer, eaux d'Amélie, de Plombières, etc.^ selon les indications secondaires que fournissent certains états diathésiques ou locaux) ^ ; — hydrothérapie (affusions et douches froides, drap mouillé, bains de rivière) : « Le traitement tonique, corroborant, reconstitutif par excellence, a dit avec raison le D'' Fleury ^ c'est l'hydrothérapie scientifique, méthodique, qui, par son action révulsive, combat plus efficacement que tout autre moyen la lésion locale, c'est-à-dire les lésions intestinales, et qui, par son action reconstitutive, rétablit la digestion, l'assimilation et refait le sang, c'est-à-dire combat la lésion générale, par une action spécifique que nulle autre ne peut remplacer ; sans parler des douches résolutives, qui seules peuvent combattre efficacement les lésions hépatiques que l'on rencontre si souvent avec la dysenterie chronique... »

3° Combattre les suff usions séreuses et rétablir la fonction de la peau. — Cette double indication est en grande partie remplie en même temps que les précédentes ; le lait est le meilleur diurétique ; les bains et l'hydrothérapie sont les moyens les plus sûrs, avec les frictions stimulantes et le massage, pour ramener l'enveloppe tégumentaire à son fonctionnement normal, qui, déchargeant l'intestin d'un rôle d'élimination dangereux pour lui, au cours

' A. Corre et Lejanne, Res. de la niât. niéiJ. col. — Monnet, Th. Paris, 1884. llecUel et SchladenhaufTen, .1. de pharm. et de chim., 1883.

- Les eaux minérales se prêtent pour la plupart à Tusa^e externe et interne. Leurs indications sont emorc assez vaguement formulées, dans la dysenterie chronique. Roullet, Th. Par4s, 1870. — lîottentuit, Th. Paris, 1873. — Kietrcr, Th. Montp., 1878. — Uelioux, A. Corre et Le Roy de Méricourt, Rcrtrand et Fontan, Tr. cités.

^ Mouvement méd., 21 sept., et Arch. de méd. nav., 1878.

d'un processus irritatif, contribue avec la diurèse à favoriser la rétrogradation des lésions dysentériques.

III. — INDICATIU.XS RELATIVES A DIVERS SYMPTOMES, AUX COMPLICATIONS ET AUX ASSOCIATIONS

On combattra les manifestations accidentelles ou les complications par leurs moyens appropriés, en tenant compte, bien entendu, dans le choix de ces moyens, de l'action particulière qu'ils pourraient exercer sur la muqueuse intestinale : l'insomnie, par la poudre de Dower, l'extrait d'opium, l'élixir parégorique ; le tympanisme, par Téther sulfurique, les poudres absorbantes ; les aphlhes buccaux et le muguet, par les collutoires au borate de soude, etc.; l'état bilieux, par les évacuants, etc. On apportera surtout une grande attention à reconnaître de bonne heure les associations qui peuvent entretenir ou aggraver la maladie : les fièvres palustres réclament nécessairement l'usage, plus ou moins répété, du sulfate de quinine.

Aussitôt que, dans un centre endémique, les malades seront en possession d'une force suffisante pour supporter les fatigues d'une traversée, on assurera leur rapatriement. Sans parler en effet du tellurisme, l'influence du climat météorologique sur le développement de l'atonie digestive et aussi sur le développement ultérieur de l'anémie, démontre combien est impérieuse l'indication d'une prompte soustraction des dysentériques au milieu tropical. Nous n'approuvons pas l'évacuation sur les sanitaria de haute altitude dans la zone climatique oii la maladie a été contractée. Dans ces localités, les malades ne sont pas toujours bien surveillés ; ils ont à redouter l'action pernicieuse de variations thermiques considérables, et contre lesquelles, malgré leur susceptibilité au froid, ils oublient trop souvent de se prémunir. Aussi le séjour sur les hauteurs est fréquemment signalé comme une cause de rechute ou de récidive. H y a donc avantage à ordonner le rapatriement, sans essayer au préalable les effets tout au moins douteux, dans les cas graves, d'une hospitalisation sur un point de haute altitude. Une traversée d'ailleurs est généralement favorale au relèvement d'organismes profondément débilités, quand elle a lieu sur des navires bien aménagés, bien ap-

l'AllASITES INTESTINAUX Vo[

provisionnés en vivres de toutes sortes, comme les paquebots et les grands transports qui desservent l'Inde et Flndocliine. Comme le navire sélève graduellement en latitude, les variations climatériques sont heureusement ménagées en mer, la température nychthémérale n'est pas soumise à de fortes oscillations ; ajoutons que les distractions d'une vie nouvelle, la certitude que chaque jour écoulé rapproche davantage de la patrie, le réveil des vieux souvenirs de la famille qui attend, en ramenant le calme de l'esprit, contribuent à modifier Fétat physique.

Nous ne ferons que mentionner l'indication possible d'une intervention chirurgicale, soit au cours, soit à la suite d'une dysenterie chronique, le rétrécissement excessif de l'intestin entraînant des accidents d'occlusion qui réclament l'opération de l'anus artificiel.

TROISIÈME SECTION

Les parasites des intestins sont communs dans les pays chauds. Ce sont : parmi les nématodes, l'ascaride, l'oxyure, le trichocéphale, l'ankylostome, les filaires et les anguillules ; parmi les trématodes, les douves ; parmi les cestoïdes, les ténias ; parmi les infusoires et les protistes, les paramécies et divers bactériens.

U ascaride [ascaris loînbricoïdes) est d'une extraordinaire fréquence entre les tropiques, chez les races indigènes (noirs, Hindous, Indo-Malayens, Chinois, etc.), de l'enfance à l'âge mûr et dans les deux sexes; plus rarement on le rencontre chez les Européens adultes '. On lui attribue beaucoup de méfaits qu'il ne saurait produire. Pourvu d'une bouche sans armature, il ne peut guère perforer que des tissus déjà . malades , ramollis ou ulcérés, qu'il déchire en essayant de pénétrer dans une voie déjà faite,

' Uazille, Mal. des aègres. Paris, 1776. — iJuteuil, Sabatier. Th. citées, 186i. — Chassaniol, Conl. à la patliol. de la race nègre. Arch. de méd. nav., 186J, ill. — M. Nieily, Nouv. élém. de palliol. exot. — Uey et Jlahé, art. Géog. méd. des grands Dictionnaires. — Traités relatifs aux entozoaires.

mais trop étroite pour ses dimensions : c'est ainsi qu"il occasionne, très exceptionnellement, des perforations suivies d"hémorrhagie ' ou de péritonite mortelle. D'autres fois, des paquets devers ont déterminé l'occlusion ou l'invagination des intestins'. On a vu l'ascaride donner lieu à des coliques sèches^, à des accès de fièvre intermittente\ à des convulsions, qui, rebelles à tous les moyens ordinaires, cédaient seulement à l'administration d'un anthelminthique. Plus souvent les parasites sont une cause de diarrhée, et, chez les jeunes enfants, de langueur et de marasme.

lu oxyure {oxyunis vermicidaris). moins commun que l'ascaride, se rencontre cependant dans les mêmes régions; il serait très fréquent dans l'archipel malais.

Le trichocéphale [trichocephalus dispar) se trouve dans l'intestin d'un grand nombre de cadavres, généralement avec Vankylostome [anchylostoma duodencde) : la variété des cas dans lesquels on observe ces parasites (diarrhées, dysenterie, anémie, maladies palustres, etc.). ne permet guère de leur attribuer une action pathogène particulière. Nous avons dit quel était notre opinion sur le rôle étiologique attribué à l'ankylostome dans certaines anémies (page 42).

Nous avons aussi mentionné diverses espèces de parasites, rencontrés chez les malades atteints de dysenterie , et montré combien l'on avait exagéré le rôle de l'anguillule dans cette maladie. Nous ajouterons, que le ver de Bilharz [BUharzia hsematohia), le parasite des urines hémato-chyleuses, se retrouve parfois dans des selles dysentériformes (nous avons cité un exemple d'alternance entre des manifestations lymphuriques et dysentériques, avec présence du ver dans les matières éliminées, et le D"" Mackie a rapporté une observation de rectite dysentérique, avec expulsion de mucosités sanguinolentes renfermant des œufs caractéristiques') ; que, d'autres fois, des manifestations dysentériques

' Nous en avons relevé un cas dans une statistique de l'hôpital militaire de Saïfxon, et le D'' Apostolides (de Svra) vient d'en observer un nouveau. (Sem. raéd., 1886, 488.)

- Mégnin, Prog. méd., 24 nov. 1883.

^ Raynaud, Cas de colique sèche vermineuse, obs. à la cùlc du Venezuela, Th. Montp., 1864.

^ Rousseau, Mondière, Crommelink. Voir Caz. mùd. de Paris, XI. ■' Jirit. méd. .1., 17 oct. 1882.

sont dues à la présence de taenias (observations d'Ablard ' et de Villard'^) ou à Fémigration vers l'intestin de douves provenant des voies biliaires (ch. ix, sect. IV).

Klebs, en 187o, a publié une observation à'entéro-^nycosis hémorrhagique, dans laquelle le sang des selles contenait de longues bactéries articulées. En 1882, Fischel a fait connaître une observation analogue : il s'agissait d'une femme enceinte de huit mois, rapidement emportée à la suite d'un frisson, de vomissements verdâtres, de coliques et de collapsus ; à l'autopsie, on trouva à la surface du duodénum et du jéjunum des tuméfactions circonscrites, constituées par des masses de parasites en bâtonnets allongés ^ Nous citons ces faits pour les rapprocher d'un troisième, plus directement en rapport avec la matière que nous étudions : chez un sujet venant des colonies, sans doute plus ou moins éprouvé par l'endémie palustre ou dysentérique (nous n'avons pas conservé le souvenir des antécédents), et mort d'un purpura hémorrhagique, le D"" 'Vaillant nous a dit avoir rencontré, sur toute la surface de l'intestin, une sorte d'exsudation, que le microscope décomposa en innombrables agglomérations de bactéries.

Les tœnias sont très répandus entre les tropiques, chez diverses espèces de mammifères, et chez l'homme*. On ne signale guère leur présence en Océanie, que dans les Indes néerlandaises; d'après Schmidmûller^, ils seraient fréquents à Java pafmi les soldats nègres, rares chez les Européens et manqueraient chez les Malais ; mais des observations plus récentes ont prouvé que ces distinctions étaient erronées ^ En Amérique, les parasites sont assez rares dans la zone chaude septentrionale : quand on

' Arch. de rpéd. nav., déc. 1883.

' Th. de Montp., 1886.

^ Arch. f. exp. path., XVI et Gaz. hebd., 29 déc. 1882.

* Boudin, Bordier, Rey, Mahé, Lombard, Géog. méd. — Davaine, Tr. des entoz.

— Laboulbène, Leçons sur les taenias. Un. méd., 1877. — Bonnet et Bavay, Note sur le taenia inerme. Arch. de méd. nav., 1878, 2" sem. — Barnier, Th. Montp., 1879. — L. Colin, Tr. des mal. épid., et mém. sur le taenia dans l'armée, Un. méd., 1876.-^ Berenger-Feraud,Le taenia à l'hôp. de Cherbourg. Bull. gén. de thér., 15 août 1882.

— Eysautier, L'hôpital de Saint-Mandrier. Th. Paris, 1880. — Redon, Rech. sur les taenias de l'homme. Arch. de méd. mil., II. — Villot, Mém. sur les cystic. des taenias. Ann. des se. nat., zoologie, 1883. — Mégnin, Tr. divers résumés dans la Rev. de Ilayem et le Journal d'hygiène.

^ Cité par Boudin.

9 Van Leent, Arch. de méd. nav., VIII.

MALADIKS DES PAYS r.IIAUDS. 48

les rencontre, c'est ordinairement chez des sujets venant d'Europe, des colonies asiatiques ou africaines ; mais ils sont devenus communs au Brésil et dans la République Argentine ^ On sait quelle est leur distribution en Europe : à côté des grands foyers endémiques de cette région, il convient de mentionner les centres asiatiques et africains. Les tsenias sont très répandus au Japon, en Chine ^, dans l'Indochine, l'Inde, la Perse, l'Arabie et surtout la Syrie, mais avec de notables variations dans leur répartition suivant les localités. D'une manière générale, leur fréquence semblerait diminuer « à mesure que l'on se rapproche des limites S. -E. du continent asiatique ». (L. Colin.) En Cochinchine, le parasite est certainement très fréquent, et depuis longtemps connu parmi les Annamites ; mais parmi les Européens, il est demeuré très rare pendant les premières années de l'occupation et ses atteintes n'ont présenté une progression chez les troupes que depuis une dizaine d'années ^ : le plus grand nombre des cas a été observé à Saigon. Dans l'Inde, le teenia domine dans la région N.-O. et plus particulièrement dans le Penjab, « tandis que ses atteintes sont infiniment moins communes au Sud et à l'Est, notamment dans la province de Calcutta». (L. Golin.) Le principal foyer asiatique est la Syrie : pendant leur courte campagne en cette région (1860), nos troupes furent presque infectées (L. Colin) et pendant une croisière sur les côtes, l'équipage du Du Couëdic compta un très grand nombre de cas (Talairach*). L'Afrique tout entière, mais principalement sa portion soudanienne, avec l'Abyssinie à l'est, le Sénégal à l'ouest ^ l'Algérie et les Etats limitrophes au nord, est un vaste champ d'endémicité ; il y a telles régions secondaires, oii pas un noir, peut-être, n'est exempt de taenia ! Les Européens sont loin d'être indemnes : dans nos grands hôpitaux militaires ou maritimes (Val-de-Grâce, Saint-Mandrier, Cherbourg, etc.), la plupart des cas observés ont une origine africaine (Algérie ou Sénégal®). On retrouve les tse-

* Dupont, Endemia de la ténia solium en la Republica Argentina. Buenos- Ayres, 1885.

- China imp. mar. cust., med. ser., et Arch. de méd. nav., IV, V, VI. ^ Didiot, Rec. de mém. de méd. et de chir. mil., 1861, XIV. — Candé, Rech. sur les helminthes cestoïdes de l'homme, en Cochinchine. Th. Paris, 1882.

* Rapp. de J. Rochard à l'Ac. de méd., 1877.

" Berengei'-Feraud, Mal. des Eur. au Sénégal. — A. Corre, Bul. gén. de thér., 1877. — Léonard, Obs. réc. au poste de Sedhiou. Th. Paris, 1869. " L. Colin, Rerenger-Feraud, Eysautier, 1. c.

nias à Madagascar et dans les îles avoi&inantes. — Au Sénégal, nous nous sommes livré à quelques recherches, sur les conditions de l'invasion parasitaire chez les Européens. Il est fort difficile de préciser l'époque à laquelle se forme et se développe le taenia, chez les individus d'origine fi^ançaise, par rapport à leur temps de séjour dans la colonie. La plupart des militaires qui entrent dans les hôpitaux pour se débarrasser du parasite sont trop insouciants, pour remarquer le moment où les cucurbitains commencent à apparaître ; quand ils les observent dans leurs selles, il s'est déjà écoulé un temps plus ou moins long, pendant lequel ils n'ont pas pris garde aux démangeaisons anales, à la chute des cucurbitains dans le pantalon, à l'impression de gouttelettes d'eau froide que produisent ces petits corps par leur contact sur les cuisses et les jambes. Sur un relevé de 35 observations particulières, il y a eu : une première entrée au bout de o mois de séjour ; deux au bout de 6 ; deux au bout de 8 ou 9 ; quatre au bout de 12, et onze au bout de 13 à 20 mois (deux malades ayant demeuré d'abord en Algérie) ; deux au bout de 21 à 23 mois ; quatre à la fin de la deuxième année, trois à la fin de la troisième (un sujet ayant séjourné en Algérie); quatre au bout de 3 années; deux fois le temps de séjour n'avait pas été noté. Quant à la période moyenne de reproduction du ver incomplètement expulsé, elle nous a semblé comprise entre 74 et 124 jours. Vingt fois, il y a eu expulsion d'un taenia; sept fois, expulsion simultanée de 2 vers ; deux fois, expulsion de 3 ; une fois, expulsion de 5 ; une fois, expulsion de 7 ; une fois, expulsion de 9 * et trois fois , rejet seulement de quelques cucurbitains, après traitement. La multiplicité des taenias n'est pas en rapport bien évident avec la durée du séjour dans la colonie ; nous trouvons une expulsion unique chez l'un des soldats européens les plus anciens au Sénégal ; d'autre part, les observations de 3 et 5 taenias appartiennent à des hommes d'infanterie de marine ayant de 18 à 24 mois de colonie ; les 7 vers rendus en une seule fois provenaient d'un tirailleur indigène, compris par exception dans notre statistique, et le cas de l'expulsion des 9 vers est celui d'un spahis européen, réunissant 14 années de service en Algérie et 4 de service au Sénégal. La lon-

* Il y a des cas d'expulsion d'un plus grand nombre de vers ; Laveran cite un malade qui en a rendu 23 en une seule fois. (Arch. de méd. et de pharm. mil., 1885, V, 173.)

gueur des vers expulsés (les plus étroits fragments rencontrés mesurant une largeur de 1 millimètre à 1 millimètre et demi, dans les cas où la tête n'était pas trouvée) variait entre 2 et 12 mètres. — Quelles sont les espèces rencontrées entre les tropiques ? Presque partout, il y a prédominance, sinon même développement à peu près exclusif, du tsenia inerme [T. médiocanellata : tête obliquement placée, pigmentée ; bouche dépourvue de rostre, flanquée de quatre ventouses cupuliformes, très grande ; pores génitaux latéraux, mais sans alternance bien régulière; anneaux ou cucurbitains rendus isolés, à organes femelles médiocrement divisés ; œufs ovalaires) : c'est l'espèce qu'on observe dans les centres africains et asiatiques, très rarement à côté du tdBïiia armé {T. Solium : tête bien terminale, sans pigment, pourvue de quatre ventouses à doubles couronne de crochets ; anneaux rendus associés, organes génitaux femelles offrant une disposition dendritique très prononcée, pores génitaux latéraux, œufs ronds). Le teenia inerme s'observe chez les sujets de toutes races; le tsenia armé, qui provient, comme on sait, du cysticerque du porc [cysticercus cellulosde), ne se rencontre pas chez les juifs et les mahométans, obligés par leur loi religieuse à s'abstenir de la chair de cet animal. — L'origine du taenia inerme est encore très discutée. On a voulu le faire provenir d'un cysticerque du bœuf : on l'observe en effet parmi des agglomérations humaines, qui se nourrissent de la chair de ce ruminant, desséchée (certaines tribus africaines) ou à peine cuite (Européens), et ses atteintes se sont beaucoup multipliées, depuis que l'usage de la viande crue s'est répandu davantage en thérapeutique ' ; Talayrach a pu retrouver, à la surface et quelquefois à l'intérieur des muscles, plus rarement dans le tissu cellulaire, chez les bœufs livrés à la consommation de son équipage, le cysticerque du tsenia inerme, sous la forme de petits kystes, malheureusement très imparfaitement étudiés. Mais à cette origine on oppose des objections sérieuses. Au Sénégal et en Gochinchine, le taenia se rencontre parmi des indigènes qui ne font guère usage de la viande de bœuf, ou ne la mangent que bouillie, et, si les bœufs présentent souvent des cysticerques au foie, l'espèce paraît répondre à celle qui donne naissance au T. marginata, très douteux chez l'homme. Il faut donc

* Gazelle méd. de Paris, 11 mars, el Un. méd., 30 mai 1876.

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admettre, avec Mégnin et d'après diverses observations, que le taenia inerme se développe d'emblée chez l'homme, y éprouve toutes ses transformations, et que ses œufs, répandus sur le sol et dans les eaux stagnantes, s'introduisent dans l'organisme avec ces dernières ou les végétaux herbacés alimentaires, souillés par les matières fécales (en Gochinchine, l'engrais humain est employé sur la plus large échelle dans la culture maraîchère) * . La prophylaxie serait donc tout indiquée : elle consisterait, vis-à-vis du tsenia armé, dans la proscription de la chair du porc, si fréquemment ladre, et, vis-à-vis du taenia inerme, dans le choix des eaux, leur filtration et leur ébullition, quand elles doivent être bues, dans la modification de la méthode de petite culture ou dans le mélange à l'engrais humain d'une certaine quantité d'ammoniaque, destinée à détruire les œufs de l'helminthe (Candé). Le traitement repose sur l'administration des parasiticides : ils ne manquent pas dans nos colonies^, mais, en réalité, les meilleurs sont encore le kousso, la graine de courge, l'écorce fraîche de la racine du grenadier et la peltiérine.

D'autres espèces de taenias ont été signalées entre les tropiques. Les unes sont imparfaitement connues {t. niadagascariensis^ Grenet ; t. nana, Egypte : Bilharz) ; les autres sont des variétés ou des formes aberrantes du taenia inerme (/. dit des tropiques, du cap de Bonne-Espé?'ance, t. nègre, t. fenêtre : ce dernier à anneaux perforés au centre ^ ; t. sans cou : tête faisant suite à des anneaux rapidement élargis '*).

Quant au t. bothriocephale ou lata (tête oblongue avec deux ventouses latérales, inermes ; pores génitaux répondant à la partie centrale des anneaux), ver qu'on rencontre fréquemment dans le nord de l'Europe et autour du lac de Genève, nous doutons qu'on le trouve entre les tropiques : Boudin mentionne cependant son existence à Ceylan (d'après Balfour).

* Voir la thèse de Candé.

' Voir notre résumé de mat. méd. coloniale.

^ L. Colin en a publié une observation et nous-même en avons observé un spécimen au Sénégal ; la perforation nous a semblé se rattacher à une disparition régressive des organes génitaux.

* Candé, Th. citée.

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