II. — CARACTERES AN ATOMIQUES DES ABCES
Les suppurations endémiques du foie le mieux étudiées sont celles qui ont paru se rattacher à l'embolisme ou à la pyléphlébite. Elles présentent la plus grande analogie avec les abcès pyohémiques. Elles peuvent résulter d'un foyer unique ou de la fusion de plusieurs foyers. Elles se présentent avec les caractères histologiques suivants, d'après Cornil et Ranvier.
Parois et contenu de ïahcès. — « L'abcès , examiné à une période rapprochée de son début..., montrera ses parois, plus ou moins irrégulières, constituées par du tissu hépatique. Le pus épais, de couleur jaunâtre et granuleux, contenu dans son intérieur, sera composé de cellules lymphatiques et de cellules hépatiques altérées. Des fragments pulpeux, ramollis, de tissu hépatique infiltré de pus, seront encore adhérents à la paroi de l'abcès. C'est le premier degré de la formation de l'abcès. Plus tard, la surface de la poche devient plus lisse, lorsque toutes les parties du foie comprises dans la suppuration se sont détachées et ramollies, et alors la surface interne de l'abcès est formée par du tissu conjonctif embryonnaire, qui se continue autour de l'abcès en suivant les branches de la veine-porte et les cloisons interlobulaires. Cette paroi de tissu embryonnaire est plus ou moins vascularisée, plus ou moins régulière ; quelquefois elle présente de véritables bourgeons charnus ; c'est une membrane pyogénique molle, analogue à celle qui tapisse tous les ulcères. L'abcès peut s'agrandir encore alors par la fonte suppurative de la membrane pyogénique et du tissu conjonctif enflammé qui l'avoisine. Comme ce tissu se continue tout particulièrement avec le tissu conjonctif périphérique à la veine-porte, il en résulte qu'il y a toujours de la périphlébite, et habituellement aussi de l'endophlôbite avec formation d'un caillot fibrineux au point enflammé de la veine. Ces parties périphériques peuvent être complètement détruites par la suppuration, de telle sorte que l'abcès s'agrandit par des expansions latérales, suivant les branches de la veine porte. On comprend facilement aussi que la phébite consécutive à l'abcès, devenue suppurative à l'intérieur d'une branche de la veine porte, soit à son tourte point de départ d'un ou de plusieurs abcès secondaires voisins du pre-
mier. La paroi interne de l'abcès est de couleur grise ou gris rosé. Cruveilhier a vu des abcès gangreneux. Il est possible qu'une véritable gangrène, par interruption du cours du sang, s'observe au début et dans les périodes ultérieures des abcès ; mais il faut aussi se défier des changements de couleur signalés par les auteurs dans le tissu conjonctif et dans le tissu hépatique qui entourent les abcès. Ces colorations ardoisées, verdâtres, etc., sont presque toujours l'effet pur et simple de la décomposition cadavérique, si rapide surtout dans les régions intertropicales. Lorsque l'abcès ne s'étend plus, la membrane pyogénique devient plus lisse et plus fibreuse, et le tissu conjonctif voisin s'épaissit et se densifîe. On a alors une véritable membrane fibreuse, qui est souvent assez épaisse et très solide, formée de lames de tissu cornéen, un véritable abcès enkysté. Dans ces abcès plus ou moins anciens, le pus est de couleur variable : jaune, brun ou de couleur chocolat, suivant qu'il contient plus ou moins de sang, et que les cellules lymphatiques sont plus ou moins infiltrées de granulations graisseuses... »
Cette description, qui répond bien, dans l'ensemble, à ce que nous avons observé nous-mêmes, ne fait pas assez ressortir certaines particularités, étudiées par Kelsch et Kiener. Quelles que soient la cause et la lésion initiale, la formation du pus s'accompagne de phénomènes de nécrose parenchymateuse ; les cellules hépatiques sont habituellement privées de noyaux et réfractaires aux diverses matières colorantes ; elles ne persistent pas ordinairement sous forme de blocs réfringents ou de masses compactes vivement colorés par le picro-carmin, mais sont rapidement détruites par désagrégation moléculaire, suivant un processus analogue à celui qui détermine, à la surface de l'intestin, l'eschare dysentérique. En outre, les phénomènes ne sont pas tout à fait identiques, dans l'abcès qui se produit avec les symptômes bruyants des phlegmasies aiguës, et dans celui qui se développe lentement, insidieusement, avec l'allure des abcès froids. « Dans un premier ordre de faits, on voit apparaître, au sein du parenchyme hypérémié, des nodules résultant de l'accumulation des leucocytes dans le réseau capillaire. Ces nodules se nécrosent dans leur partie centrale et se ramollissent par une sorte de fonte fibrineuse, rappelant la formation d'un thrombus blanc. Lorsqu'ils cessent de s'agrandir, on voit se former à leur pourtour une zone de tissu embryon-
HÉPATITE SUPPURATIVE 787
naire plus ou moins vasculaire, plus ou moins nettement disposée en membrane bourgeonnante, et qui se recouvre d'un exsudât diphthéritique [var. phlegmoneuse et dijihthéntique). Dans une deuxième série de faits, on voit se produire, au sein du parenchyme hypérémié, non plus une simple accumulation de leucocytes, mais un tissu à substance fondamentale fibreuse, plus ou moins chargé de leucocytes, et plus ou moins vasculaire. Le nodule, ainsi constitué, se ramollit aussi à sa partie centrale par un mécanisme qui, suivant la plus ou moins grande vascularité du tissu, rappelle tantôt la formation des abcès précédents, tantôt la fonte d'un gomme syphilitique. Ces sortes d'abcès {ahcès fibreux) ont une évolution plus lente, une extension moins considérable, et leur surface interne est le siège d'une exsudation moins abondante, ce qui explique sans doute pourquoi les productions diphtéritiques y sont plus discrètes^ Ces deux séries de faits ne sont pas tellement dissemblables, qu'on ne puisse y reconnaître les deux variétés d'un même processus : le tubercule, le cancer, le sarcome, ont eux aussi une structure tantôt embryonnaire, tantôt fibreuse, sans différer pour cela de nature... »
Siècje. — Les abcès peuvent occuper toutes les régions du foie ; mais ils siègent généralement au grand lobe, le plus ordinairement à la face convexe, et aux bords postérieur ou antérieur, avec une fréquence variable. D'après les relevés de Rouis, de Dutroulau et de Bérenger-Féraud (Algérie, Antilles et Sénégal), les abcès seraient ainsi répartis :