I. — INFLUE>;CES TELLURIQUES
On ne saurait admettre, avec Fourcault, que le choléra exige, pour se produire, des terrains d'alluvion, le sol argileux, carbonifère, à calcaire grossier ou à pierre de chaux magnésienne ; qu'il évite au contraire les terrains primitifs ou de transition, les couches épaisses de sable, les accumulations de silice et de craie. Il suffit, pour renverser cette doctrine, de jeter un rapide coup d'oeil sur une carte géologique et sur celles qui représentent la distribution générale ou régionale du choléra. Dans l'Inde, la grande patrie de Fendémo-épidémie, celle-ci se concentre, il est vrai, au delta du Gange et dans le Bengale, où le terrain est moderne, tout alluvionnaire ; mais, en dehors de cette zone, d'autres foyers coexistent avec des terrains variés, depuis le tertiaire jusqu'au cristallin. Les deux îles qui composent la Guadeloupe ont une assise granitoïde commune ; mais la Grande-Terre offre un revêtement calcaire ou de sédiment d'origine marine, un sol bas, excavé, couvert de marécages ; la Guadeloupe proprement dite, au contraire, est volcanique et montagneuse : l'une et l'autre ont été très éprouvées ; mais'ce sont les communes de la région volcanique qui ont payé le plus lourd tribut, bien que de populations moins denses, que la région calcaire et palustre.
L'état physique d'agrégation du sol et du sous-sol joue un rôle considérable dans la propagation des épidémies, d'après Pettenkofer. Tout sol poreux, susceptible d'imbibition et par conséquent d'emmaganiser les eaux chargées de détritus organiques, la matière des déjections cholériques, est éminemment favorable au développement de la maladie, surtout si le sous-sol est constitué par des roches imperméables, s'opposant à la filtration profonde, comme les calcaires primitifs, de transition et même secondaires (jurassiques). Mais si, par l'affleurement de ces mêmes roches, le terrain est très compact et si, en même temps, il est très élevé, il n'absorbe et ne retient pas les liquides déposés à sa surface ; les
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détritus sont bientôt desséchés et hors d'état de servir à la contamination ; la localité jouit d'une immunité vis-à-vis des importations épidémiques. Cette doctrine repose sur l'observation d'un grand nombre de faits ; elle ne saurait toutefois être acceptée d'une manière absolue. Si le principe cholérique est ordinairement transporté avec facilité par véhicule aqueux, il se conserve aussi en des conditions de sécheresse et peut être transporté par l'air ; l'état compact ou poreux du sol se prête donc à la réceptivité infectieuse, suivant des conditions secondaires ou connexes, qui sont à rechercher dans chaque localité. A la Guadeloupe, la région élevée, à versants bien disposés pour l'écoulement des eaux vers la mer, à roches volcaniques compactes et partout affleurantes, a été la plus ravagée ; bien moindre a été la mortalité dans l'autre • région, malgré la structure du sol (sorte de tuf très friable, calcaire vacuole et madréporique) et de son sous-sol (sables volcaniques jusqu'à une profondeur de 10 à 20 mètres) et malgré sa conformation (pays plat, à cuvettes-multipliées) ; il est même singulier de constater le chiffre relativement peu élevé des décès à la Pointe-à-Pitre (oii la population, assez dense en temps ordinaire, avait été augmentée de plus d'un tiers par l'arrivée de nombreux fuyards venant de la Basse-Terre), en même temps que la puissance des émanations putrides dégagées d'un canal longeant la ville et oii l'eau, chargée des vidanges de quartiers populeux, n'a guère d'autre écoulement que par le reflux des marées. Mais à côté de ce développement parallèle et contradictoire de l'épidémie, à la Guadeloupe, il y a des faits de détail qui donnent un appui aux idées de Pettenkôfer : dans la région le moins éprouvée, la mortalité a atteint sa proportion maximum, là oii le sol est le plus meuble et le plus alluvionnaire, comme aux Abymes et à la Pointe à Pitre ; elle a été très faible, là où le sol est constitué par des roches compactes, comme à la Pointe-des-Châteaux et à Saint-Franqois (ces dernières localités, situées sur une pointe basse, avancée dans la mer, devaient bénéficier d'une ventilation plus ou moins active, à prendre en considération).
Le sol marécageux, réunissant au plus haut degré les conditions d'humidité, de porosité et d'imprégnation par les matières organiques, si favorables au développement du choléra, il n'est pas étonnant que celui-ci sévisse avec intensité dans les pays malariens. Les deux endémies marchent de pair dans l'Inde et
rindo-Chine ; les manifestations de l'une préparent ou accompagnent souvent les manifestations de l'autre et les éclats d'épidémicité cholérique se relient parfois à une aggravation dans les conditions palustres d'une région. L'éloignement d'un lieu marécageux a pu suffire à l'extinction d'une épidémie cholérique dans un corps de troupes déjà sévèrement éprouvé ; c'est ainsi que, dans l'Inde, en 1817, le marquis d'Hastings, après avoir perdu, en douze jours, plus de 9,000 hommes de son armée, concentrée à Gubbulpore, Mundellah et Sangor, localités basses et humides, réussit à sauver le reste par une marche précipitée, qui lui permit de gagner un campement sur un endroit élevé et sec (Scoutetten) ; qu'en Algérie, en 18S9, le général de Martimprey mit fin à une épidémie violente, qui éprouva son armée dans la plaine marécageuse de Trifah, en portant [ses bivouacs sur un plateau éloigné d'environ 600 mètres du campement primitif (Pauly). Mais des faits contraires démontrent que le sol palustre ne se prête pas toujours au développement du choléra et même diverses localités malariennes ont montré vis-à-vis des importations une telle immunité, que l'on a été jusqu'à vouloir établir un antagonisme entre les poisons malarien et cholérique. La divergence des opinions tient à des divergences d'observations, qui elles-mêmes sont dues aux conditions pathogéniques multiples des milieux. L'état paludéen du sol, s'il favorise ordinairement le développement du choléra, parce qu'il a pour connexes d'autres influences également adjuvantes, n'exerce aussi, en certains cas, aucune action appréciable ou semble s'opposer à la propagation des épidémies, parce que des conditions particulières manquent à côté de celles du sol. Peut-être l'eau marécageuse, apte à engendrer les fièvres en raison de sa richesse en matière organique végétale, ne possèdet-elle, vis-à-vis du choléra, qu'une action proportionnelle à sa richesse en matière organique animale : l'association nécessaire des deux sortes d'éléments qui engendrent les infectieux spécifiques trouverait une preuve dans l'association fréquente de leurs manifestations. Mais l'une et l'autre infection peuvent sans doute aussi dériver de la transformation d'une même matière organique et la mutabilité de celle-ci varier selon des impressions siii generis encore à dévoiler.
On a remarqué que le début de quelques épidémies ou leur recrudescence, après une période d'apaisement, semblait ])ai-fois
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coïncider avec des perturbations volcaniques et des tremblements de terre. Aux Indes néerlandaises, Van Lier a réuni une série d'observations qui lui ont fait émettre l'hypothèse d'une transmission simultanée du principe cholérique en diverses régions du globe, souvent très éloignées, par la voie souterraine.