‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 181 sur 190 · CIRRHOSES PALUSTRES DU FOIE · texte numérisé non relu

CIRRHOSES PALUSTRES DU FOIE

souvent au paludisme, pour produire raffection ; mais il est difficile d'apprécier la part réciproque de Tune et de l'autre cause dans l'œuvre pathogénique : pour notre part, nous ne mettons pas en doute que l'état palustre suffise à la déterminer et Laveran a recueilli des observations très catégoriques à cet égard. La maladie d'ailleurs ne diffère pas par ses symptômes et son évolution, chez les impaludés, de la forme qu'elle offre chez les alcooliques. Le foie est considérablement diminué de volume ; l'obstacle que rencontre à son niveau la circulation porte entraîne la réplétion de tout le système, la turgescence des vaisseaux de la muqueuse gastro-intestinale et son irritation catarrhale, l'engorgement des viscères abdominaux, avec tendance aux hémorrhagies, l'ascite, le développement d'une circulation veineuse collatérale supplémentaire (para-ombilicale) ; l'ictère est exceptionnel, et, quand il existe, à peine prononcé ; l'évolution est lente, l'issue presque toujours fatale (cachexie, complications hémorrhagiques, pulmonaires ou cardiaques). Traitement nécessairement tout palliatif : diminuer la pléthore du système porte par des évacuants intestinaux, tout en soutenant les forces par l'administration de toniques; combattre les complications par les moyens appropriés ; si l'ascite a atteint un trop grand développement, ponction.

G. La Cirrhose hypertrophiqiie^ est moins commune que la précédente. Il n'est pas impossible qu'une diathèse syphilitique intervienne parfois, dans son étiologie, à côté de l'impaludation, et, en d'autres cas, que des calculs biliaires aient favorisé l'action malarienne. La rareté de l'affection chez les paludéens prouverait d'ailleurs que l'état malarien a besoin d'une influence connexe, pour déterminer le processus de la sclérose hypertrophique ; pour Hanot, cet état ne constituerait même qu'un élément de prédisposition.

Nous emprunterons aux remarquables leçons du D' Lancereaux la description de la maladie ^

' Piquet, Hépatite interstitielle palustre, Paris, 1880. — Lancereaux, Des ictères graves et des hépatites parenchymateuses, Rev. de méd., 1882 et tirage à part (anal, in A.rch. de méd. nav., 1883, XXXIX); Leç. sur la cirrhose impaludique, Un. méd., avril-sept. 1886. — Rendu, Dict. enc., art. cité. — L. Hontang, Rev. des derniers trav. sur la pathol. du foie. Arch. gén. de méd., avril 1886. — Magnani, La Cirrosi del fegato de infezione palustre, 1887.

^ Nous avons combiné, dans cette description, les études de 1882 et de 1886. Lancereaux fait de la cirrhose hypertrophique le type des hépatites interstitielles d'origine palustre.

cf La cirrhose impaludique diffère des autres hépatites prohfératiA^es par le volume considérable du foie, sa dureté et son aspect lisse ; le microscope démontre, dans cet organe, une infiltration de jeunes cellules conjonctives, non seulement dans les espaces interlobulaires, mais aussi à la périphérie des lobules, qui sont en partie dissociés par la vég-étation. Par une exception dont nous ne connaissons pas bien la cause, le tissu de nouvelle formation, au lieu de s'organiser complètement et de se rétracter, comme dans la cirrhose syphilitique et alcoolique, reste à Fétat embryonnaire, d'où l'absence de dépression à la surface et la persistance du volume de Torgane. Ce fait explique aussi pourquoi, les rameaux de la veine porte n'étant pas comprimés, il n'y a ordinairement ni ascite, ni établissement d'une circulation supplémentaire. Les cellules hépatiques ne sont cependant pas absolument intactes. Elles contiennent assez souvent des granulations graisseuses, et surtout une grande quantité de pigment biliaire et sanguin. Voilà pourquoi l'ictère existe' et persiste si longtemps dans la cirrhose paludéenne. On a donné, comme caractère important de la cirrhose hypertrophique, la formation de canalicules biliaires et la dilatation des canaux préexistants. Le fait est vrai et a été observé par des auteurs compétents ; mais on doit se demander si c'est là un phénomène commun à toutes les cirrhoses avec augmentation de volume, ou spécial à celle qui est sous la dépendance de l'impaludisme. Enfin, constamment, la rate a été trouvée très augmentée de volume, avec une surface parsemée, comme celle du foie, de plaques blanchâtres, fibreuses, de périsplénite.

(c La connaissance des lésions anatomiques sus-indiquées permet de se rendre compte des symptômes qui s'y rapportent. Affection à longue évolution, à marche lente, sans réaction fébrile, l'hépatite impaludique est caractérisée cliniquement par de l'ictère et un volume exagéré du foie et de la rate. L'ictère est foncé, noirâtre ou bronzé, bien différent des ictères verdâtres de la rétention biliaire : il persiste avec quelques oscillations pendant de longues années... et sa constatation est un premier signe qui doit mettre sur la voie du diagnostic et faire immédiatement examiner l'abdomen Celui-ci est tuméfié, tant à cause du développement de la rate, dont on sent l'extrémité inférieure au-dessous des fausses côtes, plus ou moins près de la crête iliaque, que de celui de l'organe hépatique, qui descend souvent au-dessous de

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