III. — INFLUENCKS METEOROLOGIQUES
Le climat ^altitude ne semble pas exercer par lui-même une influence appréciable dans l'étiologie du choléra. On a observé des épidémies intenses sur les sommets habiles de l'Himalaya ;
dans l'intérieur de Tlnde, par des hauteurs de 2,000 pieds, au Mexique, sur des plateaux de 7 à 8,000. Si des régions montagneuses ont été jusqu'ici préservées, elles le doivent sans doute à la faible densité et à l'isolement de leur population. Mais il est fréquent d'observer la maladie persistante et sévère en des localités basses, tandis qu'elle effleure à peine ou épargne les localités élevées, dans une même région. C'est qu'alors l'altitude n'est que l'expression de facteurs multiples, défavorables au développement des épidémies, sol de conformation et de structure s'opsant à la stagnation des eaux, ventilation puissante mettant obstacle au maintien de l'humidité et à l'immobilisation des couches atmosphériques, etc.
L'influence de la température est secondaire, puisque l'expansion des épidémies s'est faite jusque vers les contrées les plus froides. Mais une température élevée, continue, surtout quand elle s'accompagne d'une grande humidité, joue un rôle incontestable dans la formation des foyers endémo-épidémiques. Elle favorise les actions de décomposition à la surface du sol, affaiblit l'organisme et accroît sa réceptivité, entretient les états diarrhéiques qui sont comme le prélude du choléra. En outre de l'influence qu'elle exerce, en s'ajoutant à l'élément calorique, l'humidité atmosphérique contribue, par la précipitation de la vapeur d'eau [pluies), à maintenir le sol dans les mêmes conditions d'imbibition que déterminent les fleuves et les rivières et que nous avons signalées, après l'état marécageux, comme très propres à aider au développement des épidémies. On remarquera que les grands foyers correspondent à des zones de haute pluviométrie. Mais la sécheresse ne détruit pas la matière infectieuse, car souvent c'est avec elle que coïncide le développement maximum des épidémies et c'est avec elle que nous verrons, à Calcutta, évoluer la mortalité.
On a plus d'une fois constaté que de violentes perturbations atmosphériques avaient précédé l'explosion d'une épidémie. A la Guadeloupe, la météorologie fut profondément modifiée, dans les mois qui suivirent l'ouragan du 6 septembre 186.3 et une constitution médicale particulière, sur laquelle nous reviendrons, s'établit et prépara l'épidémie cholérique. Au cours des épidémies, les orages amènent souvent des recrudescences.
L'influence de Y ozone reste discutée : l'abaissement de la quan-
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tité d'ozone contenue dans l'air a été mentionné en quelques épidémies ; mais en d'autres, la quantité n'a pas offert de variations notables et, s'il en faut croire le docteur Pamard\ son amoindrissement correspondrait seulement à une grande sécheresse et à une forte élévation de la température. A la Guadeloupe, Guzent accusait l'absence presque complète d'ozone, à la Pointe -à- Pitre, tandis que Walther constatait une quantité normale d'ozone à la Basse-Terre. Pour ce dernier observateur, l'influence météorologique la plus digne d'être notée, parmi les causes qui ont favorisé le développement de la maladie, fut la diminution considérable de l'oxygène atmosphérique : dans la période croissante, le baromètre demeura constamment très élevé, la sécheresse excessive, la chaleur étouffante; « dès les premiers jours de l'épidémie (septembre), les oiseaux disparurent de la Basse-Terre, ils ne revinrent que dans les derniers jours de décembre à l'époque oii les décès n'étaient plus que de trois ou quatre par jour; ils ne trouvaient pas, dans l'air que nous respirions, la quantité d'oxygène qui leur est nécessaire, et, guidés par leur instinct, ils émigraient vers les régions élevées et boisées ».
L'état de stagnation de l'air aide au développement du choléra. Cette influence se montre d'une manière très appréciable aux Indes, soumises, en dehors de la mousson du N.-E. (mi-octobre à mars), à des vents chauds et secs (d'O. de mars à mi-juin), puis à des vents chauds ou frais, mais humides (mousson du S.-O. de mi-juin à mi-octobre), qui n'ont aucune puissance comme agents de propulsion des couches atmosphériques et laissent celles-ci dans une torpeur devenue proverbiale au Bengale : c'est alors que les maladies endémo-épidémiques éclatent avec le plus d'intensité. L'état de mouvement de l'air est au contraire heureux. Les vents entretiennent l'atmosphère dans les meilleures conditions de pureté, dissipent les foyers de miasmes ou de germes morbides qui tendent à s'établir, s'opposent ainsi à la formation des maladies infectieuses ou à leur transmission, soit en les prévenant, soit en les arrêtant dans leur marche. Mais tous les vents n'ont pas la même influence bienfaisante : ceux qui passsnt sur d'immenses surfaces d'évaporation active (océan) arrivent chargés d'électricité positive, frais et stimulants, dépourvus de toute ma-
* Acad. de méd., 17 février, 1885.
tière impure ; ceux qui traversent de vastes étendues continentales, moins revivifiants, sont en outre chargés, bien souvent, d'effluves telluriques. La topographie particulière des localités imprime les modalités les plus variées au régime des vents et transforme à l'infini leur rôle pathogène. Tel vent est salubre pour une localité et insalubre pour une autre, voisine, parce qu'il est devenu, dans un court trajet, le véhicule de matières contaminatrices. Toutefois, dans la propagation du choléra, il ne faut exagérer ni l'importance des actions d'apport par les vents, car elle ne semblent pas se produire au delà de limites assez restreintes, ordinairement, ni l'importance de leur rôle protecteur, par l'obstacle qu'ils opposent à la transmission de l'infectieux, car les voies de celle-ci sont multipliées, et l'on a vu des épidémies marcher contre le vent.
L'influence des saisons est la résultante des influences météorologiques que nous venons d'étudier. On peut en prendre une idée d'après le tableau suivant, que nous avons dressé avec des chiffres fournis surtout par Mac Clelland et Ranald Martin, et qui exprime l'évolution saisonnière et l'évolution cholérique à Calcutta (périodes de 7 et 12 années) :