‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 20 sur 190 · CHOLÉRA EN 1 ) EMO- ÉPI L) KM ] O T K · texte numérisé non relu

CHOLÉRA EN 1 ) EMO- ÉPI L) KM ] O T K

Il est à remarquer que les mois les plus chargés sont les mois les plus secs, et que ceux où les pluies sont le mieux établies sont aussi les moins meurtriers \ A Pondichéry, l'évolution n'est plus tout à fait la même. En cette localité, d'après Huillet, le

FiG.I. — Marche comparée de la mortalité cholérique et des influences météorologiques à Pondichéry (signes ronds) et à Calcutta (signes triangulaires).

choléra n'est pas endémique à un aussi haut degré d'intensité qu'au Bengale ; il se montre, en tout temps, ^sous forme d'épidémies partielles, qui durent plusieurs mois, jamais l'année entière, et c'est surtout pendant la mousson du N.-E. qu'il acquiert son maximum : les mois les plus chargés sont ceux de décembre, jan-

* Voilà qui ne s'accorde guère avec cette déclaration de Koch, que ■> le bacillevirgule, l'agent du choléra, est détruit par la sécheresse ». (Conf. du 26 juil. 1884, à l'olT. san.allem.)

vier et février ; la maladie va ensuite en diminuant, sans cesser quelquefois complètement, d'avril à juillet et éprouve une assez forte recrudescence en avril et septembre ; la marche des décès semble plus en rapport avec les hauteurs barométriques et hygrométriques qu'avec celles de la température.

IV.--- INFLUENCES ETHNIQUES, INDIVIDUELLES, SOCIOLOGIQUES ET H YGIÉNIQ UES.

Les tempéraments, les constitutions, les sexes n'offrent pas de différences bien notables dans leur manière d'être vis-à-vis de l'infection cholérique. A la Guadeloupe, Walther a observé que l'épidémie frappait l'élément féminin, avec plus de sévérité, dans la population noire et métisse, et de préférence l'élément masculin, parmi les Européens elles Hindous; l'extrême rareté des atteintes chez les enfants en bas âge, son extrême gravité chez les vieillards. L'enfance et l'adolescence semblent offrir, en général, la moindre prédisposition ; l'âge de 20 à 40 ans présente la plus forte.

Aucune race n'est indemne. Toutefois, dans les foyers permanents, les indigènes sont bien plus souvent atteints que les Européens, et même ceux-ci sont à peine touchés (au moins sous la forme franche, car si l'on admet que les diarrhées endémiques sont un choléra mitigé ou transformé, l'immunité relative apparaît beaucoup plus restreinte pour les individus de race blanche), en dehors des grandes explosions épidémiques. A Pondichéry, tandis que la ville hindoue est en proie au fléau, la ville des fonctionnaires et des commerçants demeure presque toujours indemne, et cependant les deux villes, séparées par un canal peu profond, à sec ou vaseux, sont en relations incessantes. La même opposition se remarque dans tous les autres centres de l'Inde, comme en Gochinchine et en Malaisie. Dans les retours épidémiques, l'écart diminue, mais persiste néanmoins toujours au profit de l'Européen : pendant l'épidémie de 1882, en Gochinchine, 10,000 Annamites avaient déjà succombé, quand la maladie fut enfin enrayée, après avoir enlevé seulement trois Européens! Hors des foyers endémo-épidémiques, le choléra, quand il se développe par importation dans un pays de la zone intertropicale, ne frappe pas encore avec la même fréquence et la même sévé-

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rité tous les éléments ethniques, quelque mélangés qu'ils soient dans les centres urbains : l'Européen conserve toujours une immunité relative, souvent à un degré qui forme un étonnant contraste avec la gravité des épidémies qu'il a subies, à diverses reprises, en ses propres régions. A la Guadeloupe, à la côte occidentale d'Afrique, à Nosi-bé, en Egypte, etc., la proportion des atteintes, bien que variable pour les différentes races, indigènes ou immigrées, reste constamment inférieure, et parfois dans une large mesure, pour les sujets de race européenne, mais à un degré beaucoup moindre pour les blancs nés dans le pays et- les créoles de même sang. Partout, les noirs accusent une prédisposition des plus accentuées. Ces différences tiennent peut-être moins à des prérogatives ethniques particulières, qu'à des conditions d'hygiène plus ou moins spéciales à chaque race. L'Européen qui, hors de chez lui, fonctionnaire ou soldat, commerçant ou voyageur, est en possession de moyens hygiéniques ordinairement supérieurs à ceux des indigènes, qui, mieux que ceux-ci d'ailleurs, connaît le prix des soins prophylactiques, doit nécessairement jouir d'une résistance plus grande. Mais l'immunité disparaît pour lui en ses propres contrées, avec les inégalités de ressources et d'habitudes qu'on retrouve dans un milieu non sélecte, c'est-à-dire à classes misérables, toujours durement atteintes, et à classes aisées, toujours le mieux préservées.

Les influences hygiéniques jouent en effet le plus grand rôle dans la genèse et la propagation du choléra. On en a la preuve éclatante dans l'amoindrissement progressif des épidémies en Europe, et la rapidité avec laquelle se sont épuisées les dernières atteintes, en France, malgré la continuation des communications terrestres avec les points le plus éprouvés, précisément aussi le plus mal doués sous le rapport des conditions locales.

Comme le bien-être et la pauvreté ne sont que l'expression de la somme des conditions hygiéniques ou antihygiéniques auxquelles sont soumis les individus, il n'est pas surprenant d'observer les différences d'aptitudes que nous avons signalées entre les Européens, relativement bien logés, bien nourris, exempts de rudes labeurs et souvent aussi des soucis que donne l'inégalité des charges et des gains (fonctionnaires et soldats), et les indigènes des contrées chaudes, habitant des cases mal construites et mal tenues, souvent au bord ou au milieu de marécages, vivant

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de maigres aliments, puisant l'eau nécessaire à leur consommation là même où ils vont satisfaire à leurs besoins excrémentitiels, parfois surchargés de famille et épuisés par des labeurs insuffisants à leur procurer le plus minime confort.

Les professions ont surtout l'influence qui découle des améliorations sociales assurées par leurs rapports. Quelques-unes cependant prédisposent à la maladie, en multipliant les occasions des contacts suspects (professions obligeant au séjour habituel stsr les rivières ou à leur voisinage, au maniement des linges souillés, etc. : bateliers, pêcheurs, teinturiers, blanchisseurs) et d'autres diminuraient l'aptitude morbigène, en miodifiant l'état de réceptivité ou en créant un milieu organique impropre au développement de l'infectieux (ouvriers en cui\Te ?)

\^ agglomération^ \ encombrement aident puissamment à la génération des épidémies. 'Aux Indes, le choléra sévit presque tous les ans, sous la forme épidémique, dans les endroits où se réunissent les pèlerins et qui souvent sont à la fois des lieux de culte et de foire ; à Hurdward, sur le Gange, il se montre fréquemment à l'occasion de la foire; à Juggurnat, sur la côte d'Orissa, au N.-O. du golfe de Bengale, il éclate deux ou trois jours après la réunion de la foule, assemblée pour les cérémonies religieuses, et ne cesse qu'après son éparpillement ; à Conjévéran, au S. de Madras, il apparaît en mai, époque de pèlerinage. « Ce qui se passe dans ces lieux arrive dans presque tous les endroits consacrés ; les dévots y tiennent de toutes parts, souvent d'une centaine de lieues, épuisés par un long trajet fait d'ordinaire à pied, pendant la saison chaude, misérables, pauvrement nourris et désaltérés par une eau détestable ; ils augmentent encore les chances de développement du fléau par leur entassement, leur malpropreté, la débauche dans laquelle ils se plaisent. » (Fauvel.) On sait qu'à la Mecque, le choléra, importé à l'époque des pèlerinages, trouve dans de semblables conditions une trop fréquente et trop facile occasion d'épidémicité, toujours menaçante pour l'Egypte et la Syrie et, par ces pays, pour l'Europe. Les armées en campagne constituent une autre espèce d'agglomération éminemment favorable au développement de la maladie (désastre du marquis d'Hastings, fréquentes épidémies parmi les troupes anglaises, notamment à l'époque de l'insurrection de 1857, dans l'Inde ; mortalité cholérique parmi les troupes françaises, au Tonkin, de 1883

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à 1883). Partout, les villes et en particulier les grandes villes (Calcutta, Madras, Bombay, etc.) sont les centres où l'incendie s'allume avec le plus d'intensité et d'où il rayonne avec le plus . d'énergie vers les [agglomérations secondaires : les expansions diminuent d'activité à mesure qu'elles rencontrent des pays où les habitants sont plus rares et plus disséminés (campagnes). Dans les villes, les quartiers où la population est le plus compacte, les prisons, les casernes, etc., sont en général plus sévèrement atteints et deviennent des foyers de concentration dangereux.

Par elle-même, l'extrême condensation humaine ne crée pas le choléra. Là où le poison (ou la matière apte à solliciter sa réformation dans le milieu) a été importé, elle agit en offrant aux coups de l'infectieux un plus grand nombre d'organismes en état de réceptivité, et elle favorise ensuite une irradiation d'autant plus extensive, que des nationalités plus diverses sont appelées à se disperser au loin, en des conditions de transmission multiples. Mais, dans les pays endémiques, quand le choléra revêt, à l'occasion d'une agglomération, la forme épidémique, il faut bien que l'accumulation d'une énorme quantité de détritus humains donne lieu, sous des influences locales particulières, à une élaboration soudainement plus active du principe contaminateur, qui s'amasse à son tour en quantités considérables, pénètre toutes les substances capables de lui servir de réceptacle et de véhicule, se fractionne à l'infini et va, de proche en proche, stimuler les aptitudes régénératrices des localités où il est déposé. On comprend alors pourquoi la malpropreté, les amas de détritus putrides, de déjections jouent un grand rôle dans l'étiologie des épidémies : ce f sont les sources qui fournissent la matière des transformations organiques, destinées à aboutir au principe cholérique, et qu'on rencontre permanentes dans les régions hindoustanique et indomalayenne, trop fréquemment aussi créées secondairement dans la Mésopotamie et le Hedjaz,^dans les principales villes de la Chine méridionale et de l'Egypte, etc. Le danger s'accroît aA^ec les conditions qui permettent le mieux un emmagasinement des composés générateurs, sol poreux et humide, habitations mal ventilées, magasins remplis de marchandises et d'objets susceptibles d'éprouver la décomposition putride ou de conserver ses produits.

Les chagrins et les épreuves morales, les veilles prolongées, les

fatigues excessives, les habitudes de débauche et d'alcoolisme, la nourriture insuffisante, tout ce qui amène ou entretient un état de détérioration de l'organisme, agit non seulement en augmentant la réceptivité de celui-ci vis-à-vis de l'infectieux, mais encore en augmentant, sans doute, la proportion des matières excrémentitielles transformables, par la prédominance de la désassimilation sur l'assimilation. Quant à la consommation des eaux chargées d'impuretés organiques, elle est une cause immédiate de contamination cholérique, lorsque le liquide provient de foyers suspects, tout au moins indirecte, par la diarrhée qu'elle peut engendrer.

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