V. — IXFLUEA'CKS PATHOLOGIQUES
Nous avons déjà indiqué les relations qui existent fréquemment entre l'état palustre du sol, Fendémicité et l'épidémicité cholérique. Elles établissent un rapport presque parallèle entre les fièvres malariennes et le choléra, rapport très intéressant à relever à l'appui de notre doctrine de la transformalité des infectieux et des infections, car il suppose des affinités cliniço-an atomiques corrélatives d'impressions plus ou moins similaires, grâce à l'instabilité moléculaire des agents pathogènes. : — Dans les pays où la fièvre intermittente et le choléra régnent côte à côte, les maladies ont des connexions intimes, qu'on voit se reproduire quand elles se développent simultanément par mode épidémique : V elles se donnent souvent passage de l'une à l'autre (Pauly a vu le choléra succéder au premier stade du second ou du troisième accès d'une fièvre intermittente et des cholériques contracter, au sortir de la première période, des accès pernicieux d'une gravité exceptionnelle) ; 2° elles se fusionnent pour donner naissance à des cas mixtes (choléra compliqué de paludisme, fièvres paludéennes à déterminations cholériques). — Dans les pays où la fièvre intermittente est endémique, elle diminue quelquefois un ou deux mois ou daA'^antage avant l'apparition du choléra et cesse presque complètement dès que celui-ci s'est établi; souvent elle revient vers la. fin de l'épidémie et parfois (circonstance très digne d'être notée) elle disparaît de la contrée pour des années, comme si la matière organique du sol avait été tout entière utilisée à la formation de
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l'infectieux cholérique. — Dans beaucoup de contrées où la fièvre intermittente ne règne pas ou se montre rare, on observe que les maladies paludéennes deviennent tout d'un coup fréquentes, pendant un temps, quelquefois pendant une année, avant l'éclat d'une épidémie (Grande-Canarie, 1851); elles cessent peu de temps avant ou avec l'apparition du choléra, disparaissent à jamais ou jusqu'à l'extinction de l'épidémie.
Des relations analogues et non moins favorables à l'opinion que nous avons émise sur la nature des maladies infectieuses ont été constatées entre le choléra et diverses manifestations épidémiques. Ici le choléra succède à une épidémie meurtrière de fièvre typhoïde ; là, il marche de pair ou alterne avec le typhus exanthématique, avec la fièvre jaune ou la dengue. A la Yera-Crux, après avoir fait de nombreuses victimes, en 1833, il s'apaise au commencement de l'année suivante, pendant que la fièvre jaune se développe, puis les deux maladies évoluent simultanément, frappant côte à côte des coups d'égale intensité (Bouffier). Aux Bermudes, la fièvre jaune est accompagnée par le choléra, à ses débuts, et l'association des deux infections jette une grande incertitude sur la détermination de l'épidémie commençante (Smart) A Lisbonne, l'épidémie de choléra de 1837 est suivie d'une épidémie de fièvre jaune (18S8). Ailleurs, c'est la dengue (dont les rapports avec la fièvre jaune sont aussi curieux à rechercher) qui précède le choléra, ouvre la porte au fléau (épidémie de dengue, en 1872, simultanément observée à Aden, Bombay, Calcutta, Singapore, diverses localités des Indes néerlandaises, et suivie, en 1873, d'une épidémie cholérique dans les mêmes régions (Van Lier).
On a souvent été frappé de l'étroite corrélation observée entre des épidémies de suette et de grippe et le choléra. Les premières semblent manifestement prédisposer à celui-ci, par l'état d'affaiblissement qu'elles déterminent dans l'économie et l'état de gastricité dont elles s'accompagnent. Les affinités du choléra seraient particulièrement remarquables avec la suette : il affecte parfois la forme sudorale et la suette, avec la déperdition cutanée qui la caractérise, est fréquemment accompagnée d'une prostration excessive, d'aphonie, de cyanose (le rapport n'est d'ailleurs intéressant à signaler qu'au point de vue de l'histoire générale des épidémies, la suette n'existant pas dans les pays chauds). La grippe
a plus d'une fois précédé l'invasion du choléra ; elle a aussi marqué son déclin, en revêtant une insidiosité particulière, comme en 1837, à Paris. La même épidémie de grippe maligne, observée et décrite à cette époque par Nonat, s'est reproduite en 1883, sur une grande étendue de l'Europe occidentale, évoluant parallèlement au choléra égyptien : caractérisée par une grande mutabilité des formes cliniques, depuis la simple courbature éphémère jusqu'aux manifestations typhiques les plus variées dans leurs localisations (pneumonies généralisées, méningites cérébro-spinales, etc.), mais cependant reliées entre elles par une tendance à la purulence dans tous les cas de quelque gravité (arthropathies purulentes, pleurésies purulentes, abcès spontanés en diverses régions, etc.); la maladie a été méconnue ; on l'a découpée en autant d'affections distinctes, qu'elle offrait de localisations, sous l'influence d'une école à laquelle l'abus des petitesses microscopiques et des théories parasitaires a fait perdre tout esprit de synthèse en clinique (pneumonies, pleurésies, arthrites infectieuses, toutes pourvues de leur microbe particulier, nécessairement!) Cette grippe existait précisément à Toulon (appelée typhus par les uns, pneumonie typhoïde par les autres), au moment de l'importation cholérique et commençait à disparaître de nos départements de l'Ouest vers la même époque. Nous sommes demeuré convaincu qu'il y avait dans ces faits autre chose qu'une simple coïncidence ^
Il n'est pas besoin de faire ressortir les affinités symptomatiques qui relient les diarrhées sporadiques et endémiques au choléra, affinités si étroites qu'il est souvent presque impossible d'établir entre les premières et celui-ci une ligne de démarcation bien précise. Il est certain que la diarrhée la plus simple crée dans l'organisme, par l'altération de la muqueuse intestinale, où le choléra concentre ses effets, comme un centre d'appel à l'infection. Mais, dans les foyers communs, il est difficile de dire si une maladie marque, par rapport à l'autre, une modalité de prédisposition banale ou de transformation. Les connexions ne sont pas moins intimes entre le choléra et la dysenterie, d'autre part si nettement reliée à diverses formes diarrhéiques. Le choléra et la dysen-
* Pour des raisons particulières, nous avons dû réduire à ces quelques lignes notre appréciation des événements de 1883-84, comme aussi à la communication que nous avons adressée, sur le même sujet, à l'Académie de médecine (19 avril 1884), pour protester contre les déclarations du D'' Proust. M. J. Guérin a eu entre les mains toutes nos observations.
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terie sont fréquemment déterminés par Fingestion des mêmes eaux impures et offrent de nombreux exemples de concomitance ou d'alternance, aux Indes, dans Tarchipel Malais, à bord des navires de coolies. Smart cite le cas de deux de ces navires, qui importèrent le choléra à Maurice, en 1836 : ils avaient quitté Calcutta, oii sévissait le choléra ; en mer, ils avaient perdu un certain nombre d'émigrants par diarrhée et dysenterie, mais aucun par manifestation cholérique; leurs passagers, à peine débarqués sur l'ilet de la quarantaine, subissaient une triple épidémie de dysenterie, de fièvre et de choléra: sur 798, 90 mouraient de dysenterie, 38 de fièvre et 83 de choléra.
Une atteinte de choléra ne donne pas l'immunité contre une autre. Cependant, au cours des épidémies qui se déclarent au sein des grandes agglomérations, les individus antérieurement soumis à l'influence d'un foyer semblent posséder une immunité relative et temporaire (assuétude limitée à l'imprégnation infectieuse).
c. Formes étiologiques et modes de développement.