‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 30 sur 190 · URINES DANS LA DENGUE · texte numérisé non relu

URINES DANS LA DENGUE

pendant la fièvre pendantl'éruption

Poggio fait remarquer que l'urine de la période fébrile fournit une quantité double de matériaux salins et organiques, pour une proportion d'eau un peu moindre, relativement à celle de la période éruptive, ce qui tendrait à faire supposer que, dans cette dernière, le travail de désassimilation se fait avec moins d'énergie, ou que la peau, reprenant sa fonction d'émonctoire, momentanément suspendue, vient en aide à l'élimination rénale. L'albuminurie n'a jamais été observée par Poggio, Martialis et Gotholendy ; mais Ballot l'a notée dans deux cas, Morice dans trois, Goodeve dans quatre.

Troubles de l' innervation. — De son début à sa terminaison, la dengue présente un ensemble de phénomènes qui témoigne d'une atteinte initiale et vraiment spécifique au système nerveux. L'atteinte porte d'abord sur les centres cérébro-spinaux, d'où elle rayonne très rapidement vers la périphérie, donnant lieu à des symptômes d'ordre sensitif et d'ordre vaso-moteur, qui, à leur tour, par action réflexe, sont suivis de nouvelles manifestations cérébrospinales. L'éruption se relie, d'une manière étroite, aux phénomènes douloureux et semble bien sous la dépendance d'une altération transitoire des nerfs cutanés.

Au début, l'état congestif du cerveau et de la moelle se traduit par de la céphalalgie et de la rachialgie, par le délire, l'agitation, l'insomnie, etc.

\J anéantissement des forces, toujours considérable, quelque légère et quelque courte qu'ait été la fièvre, parfois poussé jusqu'au collapsus, ne saurait être expliqué que par une impression profonde aux foyers de l'incitation motrice, impression doublée plus tard d'une perturbation aux centres nutritifs, comme semblerait le prouver l'amaigrissement excessif observé chez un grand nombre de sujets.

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Les douleurs sont patliognomoniques. Elles siègent dans les muscles et dans les articulations du rachis, de la cage thoracique et des membres et aussi à la peau (hypéresthésie, démangeaisons).

— Les douleurs musculo-articulaires constituent presque toujours le premier symptôme nettement appréciable de la maladie ; elles persistent généralement pendant tout son cours, offrant leur maximun d'intensité dans la période fébrile, plus ou moins atténuées dans la rémission et au moment de l'éruption, reprenant souvent une acuité nouvelle quand s'accomplit la desquamation, et se reproduisant même, par crises irrégulières et périodiques, au cours de la convalescence. — Aux régions musculaires du cou et de la colonne vertébrale, elles déterminent une roideur et une attitude tout à fait particulières, et qui ont souvent servi à la dénomination populaire de l'affection ; quand les muscles de la cage thoracique sont envahis, il existe une angoisse très vive et de la dyspnée. Quelques malades accusent une grande sensibilité dans les parois abdominales, dures et rétractées. — Aux membres, les douleurs sont surtout articulaires. Des articulations plus ou moins importantes sont prises brusquement et simultanément, ou, plus ordinairement, la douleur est d'abord localisée à l'un des genoux, des cous-de-pied, des poignets, ou dans une articulation phalangienne, d'où elle s'étend successivement aux autres jointures,

— Ce n'est primitivement qu'une simple roideur ; mais bientôt ou d'emblée, la manifestation revêt les caractères de la plus haute acuité ; sa fugacité, sa mobilité, son intensité même, comme aussi l'existence de foyers persistants, après l'éruption, sur le trajet de certains nerfs, paraissent établir que l'arthralgie est souvent de nature névralgique, circonstance qui n'est pas d'ailleurs opposée à la formation d'un léger œdème au niveau des articulations atteintes. Mais souvent aussi l'on aurait constaté des signes d'arthrite : les articulations sont rouges, tuméfiées, chaudes et douloureuses à la pression ; le moindre mouvement qu'on leur communique arrache des cris aux malades, qui sont condamnés à l'immobilité la plus absolue. Dans quelques cas, les gaines tendineuses, principalement celles des extenseurs, seraient le siège d'un état fluxionnaire ; en d'autres, les , douleurs rhumatoïdes s'accompagnent de crampes musculaires très pénibles, « A l'insertion des tendons sur les surfaces osseuses, les douleurs sont déchirantes ; dans les os, elles ont un caractère térébrant et rongeant (on dirait

qu'ils sont brisés)... Elles sévissent avec plus d'intensité sur les articulations antérieurement malades ou encore incomplètement guéries ; cette remarque s'applique aussi aux cicatrices d'abcès, de brûlure ou de toute autre blessure, » (Karssen.) — Aux douleurs musculaires et articulaires s'ajoute ou succède de l'hypéresthésie cutanée en certaines régions, notamment à la plante des pieds et à là paume des mains, hypéresthésie qui se traduit parfois avec une telle intensité, que le moindre contact détermine une sensation de brûlure intolérable. Nous avons signalé précédemment les sensations de picotement et de démangeaison qui accompagnent l'éruption ou se produisent au moment de la desquamation.

c. Lésions.

Les altérations solidiques de la dengûe sont encore à déterminer. On n'a relevé jusqu'ici, comme altération hématique, qu'une augmentation considérable des globulins, qui paraissent agglomérés par un enduit glutineux (Gunningham, Charles).

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