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II. — INFLUENCES METEOROLOGIQUES

Elles n'exercent qu'un rôle secondaire.

On n'a pas à soutenir l'action prépondérante d'une température élevée, bien que les centres endémiques les mieux étudiés appartiennent aux régions les plus chaudes du globe, quand on voit la maladie s'étendre au delà des tropiques et régner au Japon, pays de climat tempéré. Au Japon, il est vrai, le béribéri ne se manifeste avec quelque intensité que pendant la saison estivale. Mais les épidémies marines se sont maintes fois produites sous des températures relativement basses et que l'on a précisément incriminées.

Les brusques écarts de la température, rendus plus sensibles encore par le défaut de vestiture, l'immobilité occasionnée par l'encombrement (navires) ou la réclusion (pénitenciers), le relâchement des fonctions qui concourent aux combustions vitales, pendant le sommeil (un grand nombre d'atteintes débutent la nuit), n'agissent qu'en déterminant la rupture soudaine des éléments de résistance, au sein d'organismes soumis à l'action de la cause morbigène ou déjà en possession latente de la maladie : il n'est pas plus raisonnable de leur attribuer celle-ci que de leur rapporter les explosions de fièvre malarienne qui se produisent si fréquemment thms de sein-

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blables conditions. iNous ne voyons non plus rien que de très banal dans la suppression soudaine de la transpiration, qui peut être le point de départ des manifestations béribériques, comme elle est le point de départ de bien d'autres manifestations morbides, mais qu'il serait puéril, selon nous, de vouloir transformer en cause propre de la maladie *.

JJ humidité , alliée au chaud d'après les uns, au froid d'après les autres, paraît exercer, indépendamment de la température, une influence incontestable sur la genèse de la maladie, dans le plus grand nombre des cas. Sans doute, elle n'est pas un facteur nécessaire, car le béribéri a été observé dans les parages de la mer Rouge et du golfe Persique, où le voisinage des sables brûlants de l'Egypte et de l'Arabie donne à l'atmosphère une sécheresse excessive. Mais son intervention se montre ordinairement manifeste, connexe d'ailleurs d'autres influences, sans lesquelles la maladie ne se pourrait produire. Les foyers béribériques appartiennent tous aux régions qui reçoivent annuellement la plus grande quantité d'eau, soit une hauteur de pluie supérieure à 1 mètre et même 2 mètres (partie de l'Inde, de la presqu'île de Malacca, de l'île de Sumatra, du littoral du Brésil, de la Guyane et de la côte occidentale d'Afrique). Dans l'Inde et au Japon, c'est au cours de la saison pluvieuse que les cas sont le plus nombreux; ils diminuent ou même disparaissent pendant la saison sèche, bien franchement froide au Japon ; dans l'Inde, fraîche de novembre à février, chaude de mars à juin. Dans les épidémies de milieux limités, à la mer (navires), ou à terre (prisons, etc.), l'on a presque toujours noté l'existence de conditions d'humidité anormales.

Mais l'humidité seule ne suffit pas à donner naissance au béribéri : maints navires ont eu à en supporter les effets sans que leurs équipages aient éprouvé la maladie et, sous des influences saisonnières uniformes, des localités demeurent indemnes à côté d'autres sévèrement atteintes. L'humidité a sans doute une action indirecte : elle amoindrit la résistance des organismes prédisposés

' Le D"- Borges da Silva, dit Féris, émet à ce sujet une opinion originale : « Dans la suppression de la transpiration, la sueur retenue à l'ouverture des orifices par lesquels elle devrait s'échapper, peut être réabsorbée et occasionner ainsi une intoxication du sang, en lançant dans la circulation un principe acre ; il n'est pas nécessaire que ce poison existe dans l'air. Nous admettons bien un élément toxique altérant le liquide sanguin, mais ce poison est créé par l'organisme lui-même et ne vient pas du dehors. »

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et facilite chez eux rintervention d'autres causes, plus immédiatement g-énératrices de la maladie ; elle prépare le sol à recevoir et à élaborer peut-être les matériaux d'oii naît l'infectieux. Comme pour la fièvre typhoïde, la succession des pluies et du soleil brûlant est éminemment favorable au développement du béribéri.

On a parlé de l'influence de Vétat électrique de l'atmosphère, de V action lumineuse, etc., mais sans la déo:a£'er des autres éléments météorologiques et sans émettre à son propos autre chose que de simples banalités.

Réduite à ses modalités thermiques, l'influence des vents demeure aussi banale. Mais il n'en est plus de même de l'état de stagnation de l'atmosphère : il contribue puissamment au maintien de l'humidité, dans les localités endémiques, en même temps qu'à celui de l'accumulation, dans les agglomérations humaines, des miasmes et des produits putrides de toute nature, favorisant ainsi l'infection propre et donnant comme auxiliaires à ses effets les infections dérivées.

m. — INFLUENCES ETHNIQUES ET INDIVIDUELLES.

Races, déplacement et acclimatement. — Il n'y a pas d'immunité ethnique. Mais le degré de résistance ou d'aptitude morbide varie dans les races, suivant des circonstances de milieu encore mal précisées. — Dans les épidémies observées à bord des navires, tantôt les équipages européens sont demeurés indemnes, au contact de passagers ou d'immigrants de couleur durement frappés ; tantôt ils ont été atteints dans une proportion plus ou moins considérable, quelle que fût leur nationalité : il est même fait mention d'épidémies exclusivement limitées à des éléments blancs {Lancier, 1848, Reiche ; Eurydice, 1832, Mazé). Au Japon, les Européens échappent à la maladie (Simmons, Baëlz). Dans l'Inde, ils lui paient tribut, bien que toujours atteints dans une proportion moindre que les indigèiies; dans un relevé décennal, portant sur les troupes de l'armée de Madras, le chiffre des entrées à l'hôpital pour béribéri est de 0,05 p. 1,000 hommes d'effectif, chez les Européens, et de 0, 31 chez les Cipahes (Waring). Dans l'épidémie de 1812, à Maurice, sur 3,788 soldats anglais, 87 furent atteints (prop, de 20, S p. 1,000). Au Brésil, les blancs et les

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métis sont frappés comme les individus de couleur. — La race hindoue semble opposer au béribéri un très faible degré de résistance, partout où régnent et se développent les conditions de la maladie ; chez elle, à bord des navires qui la transportent dans les colonies sucrières, comme en ces colonies, elle montre une grande susceptibilité vis-à-vis du béribéri. Cette susceptibilité serait moins prononcée chez les musulmans (AVaring, Macleod). — Les Chinois sont-ils aujourd'hui en possession d'une immunité relative sur leur propre territoire et au Japon ? On peut se demander si cette immunité n'est pas plus apparente que réelle, la conséquence des défiances que la race apporte vis-à-vis des Européens et même des Japonais, du soin méticuleux qu'elle met à se dérober partout à l'observation des étrangers, quand on voit ses travailleurs immigrants aussi largement éprouvés aux Antilles (Cuba) et dans la Malaisie. Quant aux Japonais, ils sont très sujets au béribéri, ainsi que les habitants des archipels de la Malaisie. La prédisposition de la race malaise se retrouve jusque dans la portion émigrée à Madagascar : le béribéri serait en effet très commun parmi les Hovas (Segard). Les Birmans et les Siamois, les Annamites et les Cambodgiens sont également atteints par la maladie. — La petite épidémie observée par Guyot, chez des immigrants des îles Gilbert, prouve que les Polynésiens ne sont pas réfractaires au béribéri. — Aux Antilles et au Brésil, les nègres sont atteints dans une proportion considérable ; on a vu la maladie se déclarer épidémiquement sur des convois formés par des travailleurs de cette race ; à la côte occidentale d'Afrique, le docteur Duchateau (nous l'avons déjà dit) a consta'té des cas non douteux de béribéri mixte ou hydropique et le docteur Horton n'a pas distingué la maladie du sommeil du béribéri ; les docteurs Guiol, Deblenne et nous-même avons enfin retrouvé l'affection à Nosi-bé, chez des Cafres et chez des Malgaches.

En résumjB, toutes les races peuvent être atteintes par le béribéri. Les statistiques sont trop insuffisantes pour établir leur degré de susceptibilité relative ; mais elles tendent à démontrer, chez les races colorées, une prédisposition particulière, que l'Européen n'acquiert qu'accidentellement. Dans les centres endémiques, les Européens nouvellerîient arrivés ne sauraient même contracter la maladie ou lui devenir sujets avant un certain temps de résidence (six mois au moins, dans l'Inde, d'après Chris-

tie; un an au Brésil, d'après S. Pereira). Chez les Hindous, chez les Africains, le seul déplacement, dans la zone intertropicale, suffit à provoquer, au bout de quelques jours ou de quelques semaines, l'éclat ou le réveil d'une prédisposition latente, ainsi qu'on l'a observé dans plusieurs épidémies nautiques.

Le béribéri atteint certaines espèces d'animaux. Une épizootie, observée sur les chevaux et les porcs de Marajao, au Brésil, a été rapportée au béribéri par de Lacerda^

Ages. — Le béribéri est rare aux deux âges extrêmes de la vie : les observateurs de tous les pays sont d'accord sur ce point. Mais l'immunité est-elle absolue au-dessous de 10 ou 13 ans et audessus de 70 ? c'est ce qui n'est pas établi. A quelque degré que cette immunité existe, il n'est guère permis d'ailleurs de la rapporter à la moindre exposition de l'enfant et du vieillard aux conditions génératrices du béribéri, quand on constate l'invasion épidémique au sein de familles dont tous les membres sont soumis aux mêmes influences de milieu ; moins encore de la rattacher, chez le premier, au défaut d'ossification de la colonne vertébrale, qui permettrait à celle-ci « de céder plus ou moins » aux pressions de l'intérieur, dans le cas d'hydrorachis, et de diminuer d'autant la compression de la moelle, quand on réfléchit à l'exagération de la rigidité rachidienne, chez le second. L'âge de prédilection du béribéri est l'âge adulte, de 20 à 40 ans.

Sexes. — Leur influence est débattue. Les uns attribuent à l'homme, les autres à la femme, une prédominance dans la susceptibilité morbicfe. Au Japon, il paraît bien établi que les femmes sont moins sujettes au béribéri que les hommes (prop. de 1 à 27). En Indo-Chine, si, dans les circonstances ordinaires, les hommes semblent fournir un plus grand nombre d'atteintes, sans doute parce qu'ils forment le principal élément de la population pénitentiaire, où nos médecins ont le plus souvent l'occasion d'étudier la

* Peste de Cadeira, rap. com. à l'acad. de méd. de Paris, le 29 janv. 1883, et the amer, j., 1'"' oct. 1886.

Les vétérinaires décrivent sous le nom de tremblement du mouton, une alTeclion, observée chez cet animal à la suite de refroidissements, caractérisée par de la faiblesse et des tremblements des membres abdominaux, des démangeaisons trèsvives, une congestion delà moelle épinière à l'auLopsie. N'est-ce pas dans une telle analogie pathologique qu'il conviendrait de chercher l'étymologie du mot béribéri?

Peut-être prendra-t-on plus tard acte de pareils faits, pour attribuer au béribéri, comme au tétanos, une origine animale.

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maladie, les docteurs Pocard-Kerviller et Vergniaud, en 1876, ont obervé des épidémies limitées aux filles du dispensaire de Ghoquan et les docteurs Ablard et Mahéo, en 1881, ont eu à combattre une épidémie développée dans ce même établissement, ainsi que parmi les religieuses annamites d'un couvent voisin. Dans l'épidémie de 1877-1879, à Calcutta, les femmes ont été plus éprouvées que les hommes. Toutefois, dans l'Inde et dans la région indo-malaise, il semble que l'élément masculin possède réellement une prédisposition plus marquée que l'élément féminin. Au Brésil, d'après les statistiques du docteur da Silva Lima, le nombre des atteintes, chez l'homme, serait à celui des atteintes, chez la femme, dans le rapport de 28 à 22 ; il y aurait en même temps prédominance de la forme paralytique, chez la femme, des formes mixte et hydropique, chez l'homme. A bord de V Indien et du Jacques-Cœur^ la proportion des cas fut de 28 et de 12 p. 100 chez les hommes, de 5 et de 7 p. 100 chez les femmes (Richaud). Partout la femme accuse une vulnérabilité particulière, sous l'influence de l'état gravidique et puerpéral : on cite des exemples de femmes atteintes de béribéri à chacune de leurs grossesses.

Tempéraments, constitutions, maladies antérieures. — On a cherché à expliquer la moindre prédisposition des âges extrêmes et du sexe féminin par un état de faiblesse relative, amoindrissant le conflit entre l'organisme et les causes occasionnelles. Dans plusieurs épidémies, on a remarqué, en effet, que la maladie frappait de préférence les sujets les plus robustes et les plus vigoureux (de Meijer, Reiche, Guy, Richaud, Philip, etc.). Mais, en d'autres circonstances, c'est parmi les individus affaiblis, off"rant les attributs du lymphatisme, qu'on a rencontré la plus grande susceptibilité. « Les individus chétifs, épuisés par la nostalgie, les excès, les privations, sont généralement les victimes privilégiées du béribéri.» (Le Roy de Méricourt.) Tous les médecins reconnaissent que les maladies antérieures, et particulièrement la dysenterie, les fièvres paludéennes, en déterminant l'état cachectique, prédisposent au béribéri.

Le béribéri est sujet à rechute et à récidive : une première atteinte prédispose à d'autres pendant nombre d'années (Simmons) ; il est fréquent d'observer, au Japon et ailleurs, des indi-

vidus qui guérissent en quittant les foyers endémiques et qui, à chaque saison d'été où ils reviennent en ces foyers, sont de nouveau atteints par la maladie.

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