II. — ETUDE CLINIQUE
A. Stjmptômes en général.
Chez les individus soumis à l'action d'une atmosphère surchauffée, l'extrême raréfaction de l'oxygène et l'impression propre du calorique déterminent un état à^imminence morbide, caractérisé par la sécheresse et la crispation de la peau et des muqueuses, une sensation de chaleur brûlante, de l'oppression, du malaise et de l'accablement. Tantôt cet état passe sans transition à Yétat morbide confirmé : il y a sidération de l'organisme ; brusquement, la sensibilité s'éteint, la connaissance disparait, et, après quelques mouvements convulsifs, la mort termine la scène. Tantôt des •phénomènes., que l'on a considérés comme prodrom^iques, annoncent le développement prochain des accidents les plus graves : ce sont, — avec la céphalalgie, une soif ardente, des nausées, des vomissements, des vertiges, quelquefois des épistaxis, une grande faiblesse, symptômes communs à diverses maladies, — une chaleur excessive de la peau., une sensation de co7istriction épigastrique énergique, des besoins pressants et fréquents d'uriner (les urines sont alors abondantes et claires), une tendance au sommeil.
Longuet). — Meyer, Schmidt's Jarhrbûcher, 1881 (cité par Longuet)! — Moreau, De l'insolation comme cause de mort subite au Sénégal. Th. Montp., 1866. — Morehead, Clin. res. on dis. of India. Lond., 1860. — Morache, Tr. d'hyg. mil., Paris, T édit. 1886 : Insolation et coup de chaleur. — Moursou, Notes clin, sur les lésions du cœur par coup de chaleur, Arch. de méd. nav. 1884. XLII, 215. — O'Dwyer, Cas de coup de soleil avec haute température du corps, the Lancet, 26 juillet 1884. — Obernier, Der histzchlag, insolatio, 1867. — Ranald Martin, Infl. of trop. clim. Londres, 1861. — Reid, China imp. mar. cust. Méd. ser., 1878, n" 2, 33. — Smith, The Lancet, 29 juillet 1876. — Texier, Consid. sur plusieurs cas de mort subite observés dans la mer Rouge. Th., Montp., 1866. — Vallin, Rech. expérim. sur l'insolation. Arch. gén. de méd., février 1870 ; Du mécanisme de la mort par la chaleur extérieure. Ib., décembre 1871, janvier 1872. — Vérière, De l'insolation considérée dans son rôle étiologique. Th., Strasbourg, 1863. — Wagnier, De la mort par la chaleur extérieure. Th., Paris, 1875. — Williams, Note sur trois cas mortels de coup de chaleur (beat fever). The Lancet, 26 juillet 1884. — Wood, Phil. med. Times, août 1876 et the Boston med. and surg. j., novembre 1884. — Zuber, Le coup de chaleur et le coup de soleil. Un. méd., décembre 1880.
Divers : Notes sur les elTets morbides d'une haute température sur l'économie animale, par les D" Mortimer, Bisset, Mac Grégor, Shanks et Murray, Madras quat. méd. j., vol. III; — Travaux de Baxter, -Bonnyman, Gordon, Jackson, Little, Mackay, Tinn, Todd, etc., analysés ou cités dans la thèse d'ilestrès ; — Un cas de mort par la chaleur, Ann d'hyg. et de méd. lég., novembre 1876; — Tropical hent. in England, Ihe Lancet, 23 août 1884, 331.
Bientôt se déroulent des phénomènes plus caractéristiques.
La céphalalgie devient de plus en plus intense ; elle s'accompagne d'une sensation de brûlure aux conjonctives, qui sont injectées ; la cornée prend un aspect terne ; la piipille est généralement contractée et insensible, parfois au contraire dilatée et sensible ; il y a des hallucinations de la vue et de l'ouïe, quelquefois du délire (impulsion au suicide; Longuet cite, d'après Mahrholz, un exemple de délire hydrophobique). Les membres inférieurs fléchissent sous le poids du corps, le malade perd connaissance^ reste en résolution, privé de toute sensibilité, souvent agité de légers mouvem,ents convulsifs ; plus rarement, il présente des convulsions épileptiformes ou tétaniques^ qui peuvent durer jusqu'à la mort.
La respiration, d'abord simplement embarrassée, est de plus en plus difficile, irrégulière, accélérée ou ralentie, stertoreuse, entremêlée de râles humides, principalement disséminés vers la base des poumons, où la percussion relève de la matité. Des observateurs ont constaté que l'air expiré était froid.
Les mouvements du cœur sont précipités, énergiques, violents et tumultueux ; les deux bruits sont peu distincts, diminués dans leur tonalité ou comme éloignés. Le pouls est mou, faible, dépressible, très petit et en même temps très rapide (110-160 pulsations), iné gai dans son rhythrae et sa force : jamais il n'est dur et plein, comme dans l'apoplexie.
La température du corps est très élevée : elle atteint parfois les chiffres de 41°, 43" (Maclean) et même 43° (Roch) ou 46° (Blachez) ; mais, avec le collapsus, elle peut tomber au-dessous de la normale, à 35° (Wood).
Les mâchoires sont serrées l'une contre l'autre [trismus] ; les lèvres sont recouvertes par une écume brunâtre, sanguinolente^ qui reflue jusqu'aux narines ; la constriction épigastrique redouble d'énergie ; des vomissements bilieux peuvent se produire (Moursou a vu des malades succomber avec des vomissements noirs d'origine stomacale) ; à une constipation opiniâtre succède, à la fin et dans les cas graves, le relâchement du sphincter anal et l'émission involontaire de matières fécales.
Les urines sont supprimées ou très rares (toujours très denses, parfois sanguinolentes ou albumineuses) ; quelque temps avant la terminaison fatale, p.IIps sont émises involontairem.ent arec du sperme.
La peau, pendant l'attaque, est rougeâtre (excepté à la face, qui est ordinairement pâle)^ brûlante^ d'une sécheresse aride, sans la moindre trace de moiteur, ou, par exception, elle se recouvre de sueurs copieuses ; elle serait quelquefois le siège de picotements.
B. Formes et degrés.
La prédominance de certains symptômes, qui accusent une atteinte au centre encéphalo-médullaire ou plus particulièrement au nerf pneumogastrique, a permis d'établir plusieurs formes.
La forme cérébro-spinale ou méningitique est caractérisée par l'ensemble des phénomènes de l'état comateux, les convulsions épileptiformes ou tétaniques ; dans ses manifestations les plus soudaines, elle mérite le nom ^apoplectique.
Dans la forme asphyxique, il y a d'abord lassitude, faiblesse aux membres inférieurs, puis douleurs dans la poitrine; la respiration est difficile ; le malade éprouve comme une sensation d'étouffement ; les poumons présentent tous les signes d'une hypérémie plus ou moins intense, la bouche est écumeuse, la face congestionnée, les vaisseaux cutanés sont turgescents, et l'insuffisance de la respiration entraîne bientôt le ralentissement et la suspension de l'action du cœur.
Dans la forme cardiaque ou syncopaie, qui est peut-être la plus fréquente, l'individu tombe à terre, tout à coup, comme une masse, parfois au milieu d'une conversation ; il ne perd pas connaissance, essaie souvent de se relever, pour retomber encore, pâle et sans force ; il y a douleur « au cœur », si vive qu'elle donne « la sensation d'un arrêt de la vie » (Moursou) ; mais il n'y a pas de toux, pas d'expectoration, pas de dyspnée ; l'abattement est considérable.
La forme mixte résulte de l'association des symptômes des diverses formes.
Dans chacune de ses formes, le coup de chaleur offre plusieurs degrés, suivant la rapidité et les tendances de son évolution. — Au premier, la maladie ne dépasse pas la période prodromique : elle n'est qu'ébauchée, et le patient revient très vite à la santé, comme après une simple indisposition. — Au second, la maladie est coni-
plète : il existe ordinairement des phénomènes prémonitoires ; les symptômes présentent une intensité croissante. La mort survient au bout de 24 ou de 48 heures, de 4 ou 5 jours ; la terminaison fatale a lieu après relâchement des sphincters, émission involontaire de matières fécales, d'urine et de sperme, dilatation de la pupille, mouvements convulsifs, la peau conservant sa sécheresse et le corps sa température élevée. Si la maladie doit avoir une issue heureuse, on observe, avec le retour souvent très rapide de l'intelligence et de la sensibilité, une émission abondante d'urine claire, une transpiration générale et franche de toute la surface tégumentaire ; la guérison est complète au bout de 1 à 8 jours. Mais quelquefois l'attaque laisse après elle des traces indélébiles ou un état morbide plus ou moins persistant. — Au troisième degré, le patient est frappé avec une soudaineté et une sévérité qui rappellent le coup de la fulguration ; il y a suspension de l'innervation centrale, arrêt de la respiration ou du cœur, et la mort a lieu au bout de quelques minutes, d'une ou deux heures au plus.
c. Suites.
Le coup de chaleur dégénère souvent en fièvre rémittente, ou bien ouvre la porte aux fièvres infectieuses endémiques ou épidémiques. Il peut, comme nous l'avons dit plus haut, avoir des suites variables. « Tantôt c'est un état de faiblesse assez inquiétant, tantôt une incapacité absolue de pouvoir supporter la plus courte exposition aux rayons du soleil. Quelquefois, c'est une céphalalgie plus incommode par sa persistance que par son intensité;... un sentiment de fatigue, de lassitude contmue le long du rachis. Chez les uns, c'est la persistance, pendant un temps très long, d'un pouls faible, petit, rapide, compressible ; une irritabilité facile et extrême du caractère; l'incapacité de prendre la plus petite qviantité de vin ou d'eau-de-vie sans exciter considérablement le cerveau. Chez d'autres, on observe des troubles du côté de la vision, de l'amblyopie, une vue confuse, une surdité plus ou moins intense et d'une grande ténacité ; une dépression mentale généralement peu marquée, un affaiblissement de l'intelligence, passager ou plus rarement permanent... « (Hestrès). On a aussi constaté des
paralysies consécutives (hémiplégie, Baxter ; hémiplégie droite avec aphasie, Peacock; paraplégie, Thinn), et le docteur Macléan a relevé, parmi les suites de Fafîection, une sorte d'ataxie choréique des muscles de la main et de l' avant-bras. L'on aurait enfin remarqué la détermination de Fépilepsie, chez les sujets en possession d'antécédents héréditaires épileptiques ; la tendance aux complications cérébrales et endocardiques chez les rhumatisants ; l'évolution rapide de la phthisie pulmonaire chez les tuberculeux. Le docteur Moursou a particulièrement insisté sur la fréquence et la persistance des manifestations péricardiques, au cours et à la suite du coup de chaleur.