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OBSERVATIONS

Nombreuses épidémies de béribéri où les Européens ont été respectés au milieu d'Indiens malades ; aux Antilles et à la Guyane, Indiens souvent seuls atteints parmi les autres races.

Même mode de début parfois \ observé dans le béribéri, par association avec fièvre palustre.

Mêmes modalités dans le béribéri.

Phénomène variable dans le béribéri.

Mêmes phénomènes notés dans le béribéri.

Epanchements non constants dans le béribéri.

L'état de la rate mal précisé

dans le ljéril)éri.

BERUJERI 239

Le paludisme a provoqué les accès fébriles réguliers qui se sont produits aux cours de la maladie, imprimé aux manifestations œdémateuses une certaine périodicité, déterminé Thypog-lobulie avec tendance aux hémorrhagies, qui a fait songer à une anémie pernicieuse. L'infection béribérique a donné lieu à des œdèmes de siège variable, mais occupant le plus ordinairement les membres inférieurs et ne dépassant pas le genoux, à l'engourdissement de ces membres, à la rouaeur diffuse observée ou au pointillé, comparable à l'éruption de la rougeole ou de la scarlatine, mentionné principalement aux régions œdématiées. L'état de la rate était variable, selon le degré probable de l'imprégnation malarienne. Le sulfate de quinine ne donnait pas de francs succès, parce qu'il ne s'adressait qu'à l'un des éléments d'un état double; il fallait l'associer à la digitale, aux purgatifs, aux ferrugineux, précisément en raison de la complexité du processus. Ajoutons que la maladie oscillait entre neuf et quatre-vingt-treize jours dans la série du D"" Pellereau : ce qui achève de démontrer qu'il s'agissait bien d'une fièvre malarienne anormale, doublée et prolongée par une affection, selon nous, de nature béribérique ^

3° Dengue. — Confondue plus d'une fois avec le béribéri, elle n'en présente cependant ni l'évolution, ni les phénomènes paralytiques et hydropisiques ; elle s'en distingue en outre par ses manifestations éruptives.

4° Typhiis. — Les influences au miHeu desquelles ils se produisent sont très souvent les mêmes que les conditions génératrices du béribéri. Dans le béribéri, comme dans les typhus, on rencontre à l'autopsie la dégénérescence graisseuse des principaux organes et l'état du sang est variable. Mais le premier offre ordinairement une durée que ne possèdent pas les seconds, et il ne présente pas cet ensemble de phénomènes dits de putridité qui caractérise ceux-ci. — Le typhus abdominal et le béribéri, d'après Simmons, se compliquent fréquemment l'un et l'autre, la fiè-\Te typhoïde survenant au cours d'un béribéri ou celui-ci au cours de la fièvre typhoïde. Il est souvent difficile d'établir un diagnostic différentiel au début. On doit tenir -grand compte de la température, normale ou sous-normale d'ordinaire dans le béribéri, augmentée

' Davidson. Rap. cité; Pellereau, ilém. cité.

dans la fièvre typhoïde. « Le diagnostic est moins facile lorsque la fièvre paraît la première, parce que le malade est dans la prostation, lorsque survient la paralysie, et parceque ses perceptions émoussées ne lui permettent pas de signaler l'anesthésie, l'oppression et les palpitations du béribéri débutant. La douleur provoquée par la pression sur les muscles des mollets est un signe de quelque valeur. L'examen du système circulatoire est précieux; le pouls est mou et des murmures se font entendre sur le trajet des artères et dans la région précordiale. La douleur musculaire produite parla pression sur l'abdomen peut tromper l'observateur à la recherche de la fièvre typhoïde : dans le béribéri, elle existe dans l'une et l'autre fosse iliaque, indépendamment de toute lésion intestinale. — Une fièvre simple peut être confondue avec la fièvre typhoïde, lorsqu'elle se présente dans le cours du béribéri : la paralysie tibiale et l'impossibilité de relever les orteils constituent encore un signe de grande valeur. — Quand un malade survit au mélange d'une fièvre spécifique avec le béribéri, la guérison est toujours très lente, celle surtout de l'atrophie et de la paralysie des extrémités, c[ui sont parfois la conséquence d'une fièvre typhoïde non compliquée... »

5° Scorbut. — Le scorbut et le béribéri se produisent en des conditions similaires d'humidité et de variations thermiques, dans le milieu extérieur, d'agglomération et de déchéance organique, dans le milieu humain. L'un et l'autre apparaissent ordinairement chez les individus surmenés et condamnés à une inaction qui favorise l'amoindrissement des actes nutritifs et accroît la réceptivité morbide, parmi les éléments adultes et masculins, principalement dans les professions maritimes et militaires, la population des prisons, etc. — Mais le scorbut se montre avec une prédominance marquée à la mer et dans les pays froids, il ne se manifeste que très exceptionnellement en deçà de la zone tempérée, et, là oii il rencontre des catégories ethniques différentes, il semble affectionner la race européenne : le béribéri, au contraire, sans demeurer absolument confiné dans la zone intertropicale, s'arrête là oii finissent les températures moyennes de quelque élévation, ses éclats sont surtout terrestres, et, dans ses foyers principaux, il recherche les éléments indigènes de préférence à l'Européen. — Dans le scorbut et le béribéri, on rencontre des lésions communes. Nous

BÉRIBÉRI 2il

avons dit ce quêtaient, dans le béribéri, la rigidité cadavérique l'amaigrissement, les altérations des muscles, des nerfs et des parenchymes, l'état du sang-, etc. Dans le scorbut, la rigidité cadavérique est faible et de courte durée, l'amaigrissement considérable; les fibres musculaires sont atrophiées, elles ont souvent perdu leur striation et présentent l'aspect granulo-graisseux ou vitreux, le tissu cardiaque est dégénéré, les épanchenients de sérosité sont communs dans le péricarde, indépendamment de tout processus inflammatoire, le sang est épais ou fluide, mais, plus fréquemment qu'on ne le croit, les globules rouges ne sont ni diminués numériquement, ni modifiés d'une façon appréciable en leurs caractères physiques (Laboulbène, Hayem, Leven) : quant aux lésions médullaires, elles sont Jusqu'à ce jour demeurées banales (congestion, ramollissement). En attendant que la lésion nerveuse béribérique soit confirmée par de nouvelles recherches, les deux maladies ont cependant des éléments de différenciation d'ordre anatomique :

Da7is le scorbut :

Lésions hémorrhagiques caractétéristiques dans les muscles, dans les parenchymes, dans la trame et à la surface des membranes, dans le tissu cellulaire superficiel et profond.

Lésions articulaires et osseuses souvent considérables.

Altérations variées des organes digestifs : boursoufflement, ramollissement, ulcération des gencives ; nécrobioses dentaires ; état catarrhal et parfois ulcéreux des muqueuses gastrique et intestinale, avec dégénération des fibres jnusculairés.

Rate presque toujours augmentée de volume (doublée ou triplée), parfois le siège de lésions hémorrhagiques.

Dans le béribéri :

Pas de lésions hémorrhagiques.

Rien de particulier aux os et aux articulations.

Muqueuse digestive non altérée ou seulement hypérémiée.

Hypertrophie spléniqno , quand elle existe, mal dégagée d'une influence paludéenne ; pas de foyers hémorrhagiques dans l'organe.

Les différences entre le scorbut et le béribéri s'accentuent davantage dans le domaine symptomatique, si longtemps considéré comme la base du rapprachement intime des deux maladies. Sans doute, le scorbutique, indifférent à tout ce (|ui l'entoure, fatigué

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et anhclant au moindre exercice, recherchant le repos dans la position assise ou couchée, se plaignant d'une pénible sensation de contriction thoracique, de douleurs aux lombes et dans les membres, rappelle, jusqu'à un certain point, le malade atteint de béribéri. Mais pour quelques traits de similitude, que de caractères opposés!

Dayis le scorbut :

Début graduel, premiers phénomènes observés à la face, qui devient pâle et bouffie, lassitude générale, engourdissement et faiblesse des genoux, difficulté de respirer au moindre exercice.

Lésions gingivales et piqueté hémorrbagique de la peau, pathognomoniques, au !'='■ degré.

Au 2^ degré, ecchymoses et indurations ou infiltrations de sièges variables, de nature hémorrhagique ; — accès fébriles fréquents.

An 3" degré, gangrènes et ulcérations, hémorrhagies multiples, phénomènes d'empoisonnement secondaire autochtone, septique ou putride.

Troubles de la sensibilité' m.édiocrement accusés ou en rapport avec les conditions particulières que déterminent les épanchements hémorrhagiques au sein des organes, diversement innervés.

Troubles cardiaco - pulmonaires rappelant davantage ceux des états cachectiques.

Atîaiblissement musculaires initial, en rapport avec l'asthénie générale, plus tard avec l'état de dégénération des muscles, soumis aux infiltrations hémorrhagiqués ; perte des mouvements parfois due à des lésions osseuses ou articulaires.

Bans le béribéri :

Début quelquefois brusque et alors marqué par des phénomènes dyspnéiques et hydropisiques souvent très intenses ; ou graduel, et alors, dans fimmense majorité des cas, caractérisé par une véritable parésie et un œdème très limité, aux membres inférieurs.

Rien d'analogue.

Troubles de la sensibilité très accusés et toujours sous la dépendance d'un état nerveux bien intrinsèque.

Troubles cardiaco - pulmonaires rappelant davantage ceux des affections spinales.

Affaiblissement musculaire dès le début franchement paralytique , observé souvent sans étal anémique (sujets vigoureux), corrélatif en son développement d'une dégénération neuro-musculaire précoce.

HKUÎHKIi!

Dans le scorbut :

Manifestations hydropiques non constantes, de fréquence variable.

OËdème susceptible d'être rapporté à deux processus différents : 1° aux compressions que les vaisseaux des membres éprouvent par le fait des épanchements sanguins ; œdème localisé aux membres inférieurs dur, fibrino-albumineux, ressemblant à celui des varices, se montrant surtout pendant la marche et disparaissant par le repos; 2° plus tard, à l'état cachectique, œdème plus ou moins généralisé, mou, aqueux^ flasque et permanent.

Quelquefois de l'albuminurie.

Dans le béribéri :

Manifestations hydropiques non constantes, mais très fréquentes.

OEdème non modifié par la pesanteur, mobile, d'évolution ordinairementparallèle aux troubles sensitivomoteurs, demeurant souvent très limité, de développement quelquefois très rapide, en des conditions qui ne permettent pas de le rapporter à l'état anémique (sujets robustes, altérations sanguines non appréciables), d'origine vaso-motrices

Pas d'albuminurie.

Nous devons faire observer, qu'en rejetant l'origine alimentaire du béribéri et en soutenant son origine infectieuse, nous rapprochons cependant la maladie du scorbut, sans doute occasionné sous l'influence des privations et du surmènement, mais avant tout la conséquence d'une typhisation autochtone, qui serait même susceptible de développement hétérochtone et d'association avec les typhus exanthématique et dothienentérique.

c. Pro)iostic, mortalité générale.

Le béribéri est une maladie souvent de longue durée et sujette à récidive, dans les cas heureux. Les cas graves, ainsi que nous l'avons vu, évoluent parfois avec une foudroyante rapidité.

Le pronostic est, d'une manière générale, très sérieux; mais il varie beaucoup selon les races, tes conditions des milieux et dés individus.

D'après un relevé de nombreuses observations, nous trouvons que la mortalité béribérique moyenne est de 34, G p. 100 du chiiïre

TtUlTÉ CLINIQUE DES MALADIES DES PAYS CHAUDS

des atteintes^; elle arrive à son maximum chez les Chinois (54,9) et tombe à son minimum chez les Japonais (12,4) ; elle demeure assez rapprochée du premier, chez les Indo-malayens et surtout chez les Brésiliens, peut-être en raison d'une immixtion de sang noir parmi ces peuples (hypothèse que le défaut de statistiques relatives aux races nègres nous empêche de vérifier), proportionnellement un peu plus distante du second, chez les sujets de race aryenne, avec une assez médiocre différence entre les Indous

' Tableau de la mortalité béribérique, d'après divers rapports et relevés statistiques :

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