‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 51 sur 190 · IV. — ETIOLOGIE · texte numérisé non relu

IV. — ETIOLOGIE

A part deux ou trois cas douteux, la maladie du sommeil n'a été observée que chez des noirs d'origine africaine, soit à la côte occidentale d'Afrique, de l'embouchure du Sénégal au Loango, soit aux Antilles. Les foyers endémiques répondent à des

régions de haute thermalité, très pluvieuses, à sol constitué par de la limonite ou des roches siliceuses, sablonneux ou alluvionnaire au voisinage de la mer et à l'embouchure des cours d'eau, çà et là traversé par des typhons basaltiques, presque partout très marécageux. La population qui les habite vit pauvrement. Sans prévoyance, elle est souvent réduite à faire usage d'aliments misérables, quand le riz et le mil, qui fournissent à*sa nourriture ordinaire, viennent à manquer. Elle consomme une eau généralement saumâtre sur la côte, ou très impure, auprès des rivières et des fleuves. Elle se livre sans retenue aux excès alcooliques et genésiques, et a beaucoup à souffrir des guerres presque incessantes, que se font entre eux mille roitelets jaloux et besoigneux. Elle est médiocrement sujette aux manifestations malariannes, en raison de l'immunité relative particulière à la race; mais on rencontre quelquefois, parmi elle, du béribéri, fréquemment des anémies de misère, l'affection scrofuleuse, la syphilis, la lèpre, l'éléphantiasis.

Il est difficile de démêler, entre toutes ces influences morbides, l'action propre qui détermine la maladie du sommeil. Bérenger Féraud a voulu l'attribuer à l'insolation ; mais si l'affection résultait de l'action persistante des rayons solaires sur le crâne, insuffisamment protégé, elle serait bien autrement répandue entre les tropiques, n'offrirait que la symptomatologie d'une lésion cérébrale, celle de la pachyméningite, au lieu que la clinique tend à démontrer un atteinte au système spinal, comme au système encéphalique, et que les autopsies n'out jamais révélé l'épaississement des méninges intra-crâniennes. On a pu songer à une intoxication; mais, a priori, cette nouvelle hypothèse apparaît inadmissible, si l'on considère que la maladie peut se développer longtemps après que le sujet a quitté un centre endémique et retrouvé une alimentation irréprochable.

L'affection frappe tous les âges, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse; mais principalement l'âge adulte; aux Antilles, ou l'immigration a introduit plus d'hommes que de femmes, elle a semblé sévir de préférence sur l'élément masculin : dans les centres africains que nous avons visités, elle se montrait à peu près également dans l'un et dans l'autre sexe. On croit généralement à la contagion, non à la contagion par inoculation, mais à la contagion par le contact et l'habitat avec les malades, l'usage

des vêtements qui leur ont servi et surtout par la bave qu'ils laissent tomber dans les aliments pris en commun. Aussi avonsnous vu séquestrer des individus atteints d'hypnose avancée. Nous avons plusieurs fois remarqué qu'un certain nombre de malades atteints appartenaient à une même case ou à un même groupe de cases ; mais ce fait pouvait s'interpréter par l'influence de conditions communes autant que par la contagion. Il n'est pas rare de rencontrer des familles entières atteintes membre par membre, un mari après sa femme ou une femme après son mari, etc. Uhérédité semble admise : on peut en effet rencontrer la maladie dans toute une série d'ascendants, en observer les premiers symptômes chez des enfants à la mamelle, , nés de parents somnolents.

Page 1