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V. —NATURE, AFFINITES, DIAGNOSTIC

Pour fixer les affinités, déterminer la nature de la maladie, on ne possède aucune donnée anatomique sérieuse, mais seulement quelques notions étiologiques et un ensemble de phénomènes symptomatiques, dont on a même voulu contester la valeur. Parce que, l'un des derniers venus parmi les observateurs et par conséquent mieux préparé pour l'étude d'une affection des centres nerveux que nos devanciers, — nous avons su recueillir quelques symptômes nouveaux, échappés à l'attention de ceux-ci, — on a prétendu que nous avions vu et décrit une maladie différente de la vraie maladie du sommeil. Si nous comparons en effet notre exposé clinique à celui de nos contradicteurs, nous avouons avoir écrit quelque chose qui ne ressemble guère aux aperçus de haute banalité longuement développés par certains d'entre eux., Mais nous avons bien eu sous les yeux ce que l'on a appelé la maladie du sommeil, et les cas que nous avons observés dans les centres sénégambiens répondaient à ceux que des collègues d'entière bonne foi ont bien voulu soumettre, dans les hôpitaux, à notre contrôle et à notre appréciation. Ceci dit, nous devons reconnaître que les opinions émises par nous, à diverses reprises, sur la nature de l'affection, n'ont fait que refléter l'embarras où nous nous sommes trouvé, pour donner à une aussi bizarre maladie sa place nosologique. Nous avons

cru d'abord à un empoisonnement, puis à une manifestation fruste de la scrofule ou de la diathèse lépreuse (on remarquera que les débuts de la lèpre ne sont pas sans quelque ressemblance avec ceux de l'hypnose) : au fond de ces divergences, apparaît une idée que nous croyons juste, celle d'un état constitutionnel, semi-infectieux, que sembleraient démontrer certains points de l'étiologie (hérédité et transmis sibilité par le contact intime, admises dans les centres endémiques) et aussi certains symptômes (engorgement ganglionnaire). Quant au syndrome clinique, il nous paraît répondre au tableau des scléroses en plaques : toutefois, comme on a découvert l'existence de maladies tabétiques d'origine périphérique, on ne saurait se prononcer définitivement sur le siège de la maladie du sommeil, pas plus que sur celui du béribéri, avant de nouvelles recherches d'ordre anatomique.

Les troubles de la sensibilité et de la motilité que nous avons mentionnés ne permettent pas de considérer la maladie du sommeil comme une affection exclusivement cérébrale : nous ne comprenons pas qu'on ait songé à l'assimiler soit à une méningite par insolation, soit à une forme palustre, dite pernicieuse, à détermination encéphalique, surtout devant le contraste de sa longue durée avec l'évolution si rapide des états auxquels on a essayé de la rattacher.

L'hypnose offre quelques affinités avec le béribéri : les deux maladies se montrent côte à côte sur le littoral occidental de l'Afrique ; et il n'est pas impossible qu'elles reconnaissent pour causes un certain nomlDre de conditions communes ; dans le béribéri, les malades présentent un aspect souffreteux, apathique, qui n'est pas sans rappeler la tendance à la somnolence des sujets atteints d'hypnose, et, dans celle-ci, on retrouve plusieurs des manifestations sensitivo-motrices du béribéri. Mais les éléments différentiels ne manquent pas dans les domaines de l'étiologie et de la symptomatologie :

Maladie du sommeil :

Endémie très limitée et ne prenant jamais la forme épidémique.

N'atteint que les sujets de race africaine et n'épargne aucun âge.

Béribéri :

Endémie très étendue entre les tropiques et revêtant souvent la forme épidémique.

Atteint toutes les races et épargne généralement les âges extrêmes.

Maladie du sommeil : Béribéri :

Début lent, insidieux. 1 Début parfois brusque.

CEdème rare, et toujours très circonscrit (malléoles).

Pas de troubles respiratoires.

Démarche simplement nonchalante.

Somnolence ou sommeil anormal.

Hydropisies fréquentes et de sièges multiples, plus ou moins généralisées.

Troubles respiratoires caractéristiques.

Démarche pathognomonique.

Simplement de l'apathie.

Notre regretté collègue le D' Talmy a cru retrouver, dans la maladie du sommeil, les principaux traits de la maladie si bien étudiée par Pasteur, sous le nom de Choléra des poules : ce n'est sans doute qu'une vue ingénieuse; mais nous ne saurions lui apporter ni contradiction, ni soutien, dans l'impossibilité où nous sommes de comparer une affection qui nous est bien connue avec une autre que nous n'avons pas observée.

On rencontre, dans la maladie qui nous occupe, avec l'apathie et la somnolence, des troubles de l'appareil palpébro-oculaire, qui la rapprochent du processus morbide lié à la destruction de la substance grise du troisième ventricule. Le D"" E. Blanc émet, à cet égard, une opinion qui mérite d'être prise en très sérieuse considération : c'est que l'hypnose africaine est peut-être voisine de V ophthalmoplégie nuléaire, « caractérisée par l'inflammation atrophique des cellules de la substance grise, représentant, dans la protubérance et le troisième ventricule, le prolongement mésocéphalique des cornes antérieures de la moelle * ».

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