IV. — PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT
Le tétanos succédant à des influences périphériques dont les
conditions de génération peuvent être souvent écartées, il y alieu, dans les pays chauds où la maladie se montre le plus commune, de soumettre les sujets prédisposés (blessés, femmes en couches, nouveau-nés) à des soins convenables, pour éloigner d'eux toute chance d'atteinte : les plaies, chez tous les individus atteints d'un traumatisme, et le cordon ombilical, après la naissance, seront entretenus dans un grand état de propreté, lavés chaque jour avec une solution phéniquée, pansés au moyen de topiques antiseptiques et non irritants ; les femmes, après l'accouchement, seront soumises au lavage antiseptique (solution de sublimé) ; les occasions de refroidissement seront évitées, surtout après une chaleur excessive, qui aura sollicité le corps à une abondante transpiration.
« Le traitement du tétanos doit avoir pour but d'arrêter ou de diminuer la puissance réflexe exagérée de la moelle; il faut, pour atteindre ce but, s'adresser à tous les points du parcours du trajet nerveux... » (Poucet.) Rappelons sommairement les principaux moyens qu'on a jusqu'ici mis en œuvre :
a. Moyens s'adressant au point de départ, c'est-à-dire à l'irritation traumatique ou aux nerfs conducteurs de l'impression ou de l'imprégnation locale pathogène (tétanos consécutif aux blessures) : cautérisation de la plaie, névrotomie. élongation des nerfs, amputation du membre.
h. Moyens s'adressant au centre médullaire : médications déplétive, dérivative, altérante : sangsues le long du rachis. saignées, purgatifs, diaphorétiques (bains d'eau chaude ou de vapeur prolongés, ammoniaque à haute dose), mercuriaux; — toniques-nervins, acide salicylique, sulfate de quinine, bromure de potassium ; — anesthésiques : nitrite d'amyle, chloral, chloroforme en inhalations, éther (injections intra-veineuses); narcotiques et stupéfiants : opium, chanvre indien, belladone, tabac, alcool préconisé par Rush (il agirait moins comme stimulant, qu'à la façon des anesthésiques et des stupéfiants^ On a aussi essayé, avec des succès divers, la fève de calabar et le curare, que nous citons en dernier lieu, afin de rapprocher de son emploi une expérience curieuse, peut-être susceptible de conduire à un nouveau moyen thérapeutique d'une grande énergie. Frappé des effets paralysants et' antithermiques du téli {erythro'phlœum guineense), nous eûmes un jour l'idée d'administrer cette subs-
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tance à un rat, préalablement soumis à l'action de la strychnine : des rats de même force, soumis à l'action isolée de l'un ou de l'autre poison ne tardèrent pas à succomber, avec les symptômes de l'intoxication provoquée; le premier résista et n'éprouva aucun symptôme d'empoisonnement : le téli ne pourrait-il donc être prescrit tout à la fois dans les empoisonnements par la strychnine et contre le tétanos?
Aux Saintes (Antilles françaises), le D'' Marestang- a obtenu une guérison, chez un Européen, par la méthode hypnotique (tétanos à forme rémittente, chronique).
Le D"" Blanc, à Bombay, s'il a constaté, dans les hôpitaux, la diminution des cas de tétanos, à la suite des plaies, grâce aux progrès de la méthode antiseptique, avoue l'inutilité habituelle de toutes les médications jusqu'ici préconisées ; il se contente aujourd'hui d'isoler les malades dans une chambre tranquille et de leur donner un peu de chloral, du lait, des toniques et quelques laxatifs.