I. — INFLUENCES TELLURIQDES
Les maladies dites paludéennes sont observées surtout là oii le sol est détrempé, creusé en rizières, recouvert d'eaux stagnantes, marécageux. Mais elles font parfois défaut en des localités qui réunissent ces conditions du sol et sévissent en
< Voir les et. de Van Leent dans la coL des Arch. de méd. nav.
^ Pauly, ouv. cité. — Hercouet, Et. sur les mal. des Europ. à Tahiti. Th. Paris, 1880. — Le Roy de Méricourt et V. du Rochas, art. Calédonie (Ne), in Dict. enc. — Rrassac, Mém. au Gong. d'Amsterdam, 1883.
' Consulter principalement : L. CoUin, Tr. des mal. épidém. et tr. des lièvres interm. ; — Vallin, art. Marais, Dict. enc.
d'autres qui ne les présentent à aucun degré. Le marais, s'il est la plus haute expression des influences malariennes, n'est donc pas le générateur nécessaire de l'agent pathogène, et ce n'est exclusivement ni dans sa flore, ni dans sa faune qu'il faut rechercher celui-ci.
On voit les fièvres apparaître sur des terrains presque dénudés, pauvres en humus, ne pouvant supporter qu'une végétation chétive ou éphémère, à l'époque des grandes pluies, et sur de vastes étendues, où la végétation demeure luxuriante et vigoureuse pendant toute l'année, sur certains plateaux desséchés de la Sénégambie et sur les plages arides de l'Arabie, comme dans les jungles de l'Inde et les forêts puissantes de la haute Indo-Chine. L'endémie n'est donc pas en rapport absolu avec l'énergie productrice du sol, qui, non utilisée, se traduirait par une formation de matière infectieuse.
La répartition des fièvres sur des terrains constitués par les roches les plus variées prouve en outre que la maladie n'est pas subordonnée à telle ou telle condition géologique particulière.
Mais cependant partout où l'endémie existe, un sol se rencontre:
1° Plus ou moins riche en matière organique et particulièrement en matière organique végétale, non toujours apparente peut-être, mais toujours susceptible d'être reconnue, jusque dans l'épaisseur des roches les plus compactes (beaucoup de foyers malariens répondent à des terrains d'origine ignée et plusieurs à des surfaces granitiques, qui se laissent pénétrer par l'eau, les produits de décomposition ou une végétation cryptogamique *), matière représentant jusqu'à 50 et même 90 p. 100 de la boue de certains marécages ;
2° Plus ou moins abandonné à lui-même : ce qui autorise à penser que la culture, surtout celle de végétaux particuliers, doués d'un grand pouvoir absorbant, en raison de leur croissance rapide, exerce une sorte de drainage de la substance organique apte à engendrer le principe malarien, qu'un développement libre et spontané des plantes les plus vigoureuses est incapable d'accomplir (on connaît l'action assainissante de l'eucalyptus sur les terres
^ Le père Renard, dans une étude sur l'anal, microsc. des roches el enclaves des minéraux, signale un grand nombre de corpuscules dansIef;'raniL;dans un pouce cube de granit, on peut trouver un milliard deces corpuscules, qui répondent àdesmatières organiques el à des enclaves liquides, llev. des questions scient., Bruxelles, 1877,
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marécageuses ; Brassac attribue une influence analogue au Niaouli de la Nouvelle-Calédonie ; nous avons signalé la rareté relative des fièvres dans les rizières bien cultivées de la Chine et de l'Indo- Ghine, en regard de leur fréquence et de leur gravité dans les localités élevées et boisées de cette dernière) ';
3° En conditions de pénétration par l'eau, Fair et le calorique, favorables aux combustions [érémacausié) : — un sol qui recèle la matière transformable peut être inerte, tant qu'il demeure tassé ; il donne lieu à des manifestations malariennes, aussitôt que sa densité diminue, qu'il se fragmente ou s'émiette, sous l'influence de défrichements, de déboisements, etc.; il est d'autant plus nocif, que, plus riche en matière organique, il est plus poreux et plus meuble ; — là où, dans ces conditions, il est doublé par un soussol imperméable (argile) et surtout par un sous-sol qui emmagasine la chaleur (roches argilo-siliceuses et ferrugineuses, limonites, répandues dans les foyers malariens les plus intenses de l'Inde, de la Basse-Cochinchine et de l'Afrique occidentale^ ou volcaniques et éruptives, comme aussi dans les mêmes foyers et aux Antilles, etc.), l'endémie atteint son maximum, parce que les décompositions d'où naît l'agent spécifique, Tévaporation et l'exhalation qui l'entraînent sont elles-mêmes portées à leur plus haut degré.
Si, à latitude égale, on rencontre des marais infectieux et des marais non infectieux, c'est que, bien évidemment pour ces derniers, certaines des conditions auxquelles nous venons de faire allusion sont annulées par des conditions spéciales encore inconnues ^