III. — INFLUENCES METEOROLOGIQUES
Latitude. — Son influence se réduit, en réalité, à une question de température. La limite nord de l'infection répond à peu près à l'isotherme de + 5", la limite sud à l'isotherme de + 15.
Altitude. — Son influence est subordonnée aux conditions de la température et du régime des vents, non moins qu'à celles du sol. Elle est très variable. A la Guadeloupe, peut-être en raison de la déclivité rapide des terrains, à une médiocre distance de la bande littorale, les fièvres sont rares en des localités d'une altitude de 150 à 200 mètres (Petit Bourg) et elles disparaissent à des hauteurs de 5 à 600 mètres (camp Jacob). En Tunisie, Catrin les a vu persister à 500 mètres au-dessus du niveau de la plaine^ Au Mexique, les marais intérieurs conservent une action nocive à des altitudes beaucoup plus considérables, à Orizaba et dans ses environs, par 1,260 mètres, et jusque sur le plateau de Mexico*. Au voisinage des marais, les petites altitudes, alors même qu'elles sont situées au vent de ceux-ci, mais quand elles sont exposées à des brises marines très fraîches, sont ordinairement plus éprouvées que les bas-fonds, où l'air demeure stagnant ; nous en avons vu des exemples à Hatien (Gochinchine) et aux environs
* L'action des eaux mixtes serait due, en partie, au conflit des matières organiques en suspension et des sulfates en dissolution : ceux-ci abandonnent aux premières de l'oxygène : il se forme des sulfures et de l'hydrogène sulfuré, mis en liberté par l'acide carbonique que contiennent les eayx. Cela peut expliquer l'odeur de certaines eaux littorales, mais non pas l'action malarienne spécifique.
- Arch. de méd. mil., 1885, VI.
^ Gaz. bebd. 1886 : Thermométrie clinique, pronostic des fièvres palustres. —
* Jourdanet, Le Mexique, p. 261 et suiv. — Goindet, Mém. de méd. et de cliir. mil., 3" s., XVII, 18. — L. Gollin, Tr. des fièvres int., 526.
MALADIES l'ALUSTHES '291
de la Pointe-à-Pître (mornes Lacaille, du Gosier, etc.). Nous ne pouvons expliquer ce fait, en apparence très singulier, que par une double action climatérique : FEuropéen (car c'est lui qui recherche, dans les pays chauds insalubres, l'habitat sur les lieux élevés) garde plus longtemps, sous l'influence rafraîchissante des brises du large, son mode de réaction franche vis-à-vis de l'infectieux palustre ; il offre des accès mieux dessinés et par conséquent plus remarqués que l'indigène (confiné à l'étroit, bien à l'abri du vent, et traduisant l'imprégnation par des accès souvent à peine appréciables) ; plus tard, devenu plus sensible aux influences du milieu, il acquiert une réceptivité plus grande, à chaque ébranlement que son organisme éprouve des grands écarts de la température ; d'un autre côté, les brises marines un peu fortes renouvellent l'atmosphère partout où elles pénètrent : elles dispersent les couches chaudes et chargées des émanations telluriques et les renvoient vers les points plus élevés ; ceux-ci se trouvent ainsi contaminés, quand les parties basses sont ellesmêmes momentanément purifiées.
Température. — Elle possède un rôle étiologique très complexe. — 1° Elle favorise la décomposition des matières du sol et semble nécessaire à l'élaboration du principe infectieux : l'endémie est permanente et acquiert sa plus haute intensité dans les pays intertropicaux ; dans les régions de moyenne thermalité, elle se développe au cours de la saison estivo-autumnale, s'atténue ou s'efface pendant l'hiver ; au delà d'une température que nous avons déjà indiquée pour l'un et pour l'autre hémisphère, elle disparaît complètement, malgré l'existence des marais ; — 2° elle aide au dégagement des vapeurs qui s'exhalent du sol et qui doivent servir de véhicule à l'agent malarien; dans le jour, la température atmosphérique, portée à son maximum, dilate à l'excès les vapeurs soutirées à la terre et, disséminant davantage la matière infectieuse, rend peut-être ses effets moins sévères, quand l'imprégnation reste bien dégagée de tout élément connexe : c'est la nuit, principalement dans les dernières heures qui précèdent le lever du soleil, que, sous l'influence' du refroidissement du sol, les vapeurs nocives reviennent vers lui, et, condensées, sont le plus dangereuses; — 3° elle augmente la réceptivité des organismes, moins par une action dilatatrice des tissus, favorable à l'absorption
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(car la dilatation des petits vaisseaux a pour conséquence une plus grande activité dans les sécrétions éliminatricesj, que par la diminution de la résistance des centres vitaux, du système ner-^ veux spinal et sympathique, le régulateur des fonctions nutritives (la susceptibilité aux atteintes croit avec la débilitation) ; — 4° elle imprime des modalités propres aux accès, soit qu'elle les double d'une manifestation d'ordre physique (fièvre thermique associée à la fièvre malarienne), soit qu'elle dérive le principal efi"ort de l'infectieux vers les organes tout d'abord affaiblis par elle (accès avec congestions encéphaliques, pulmonaires, etc.)*.
Hiimidité. — Comme la température, elle agit en augmentant la réceptivité par l'amoindrissement physiologique qu'elle détermine ; en favorisant le dégagement des matières nocives du sol (imprégnation très à redouter au moment où les brouillards se forment) et leur transformation spécifique (terres humectées, marais non couverts, foyers déjà signalés comme des plus actifs). Excessive, par l'abondance des pluies, les débordements flu\iaux qu'elle entraîne, elle atténue momentanément l'infection (terres inondées, marais mouillés), mais pour lui fournir de nouveaux éléments qui entreront en jeu plus tard (retrait des eaux, demi-assèchement du sol) ^
Electricité. — Il n'est guère permis de douter que le travail de combustion, qui s'opère dans le sol et aboutit à la genèse du principe malarien, s'accompagne d'actions électriques particulières ; mais celles-ci échappent encore à notre observation. Quant aux phénomènes électriques qui se produisent dans l'atmosphère, ils occasionnent un ébranlement de l'organisme toujours favorable à une imprégnation (orages) et exercent peut-être une influence sur les miasmes eux-mêmes ; cependant, les relations entre les quantités
* J. Arnould, Des afTections climatiques et de l'élément climatique dans les fièvres de malaria. Arch. gén. de méd., 1874. — Ridreau, De la chaleur atmosph. comme cause de fièvres d'accès. Mém. de méd. et de chir. mil., 3^ s., XXI, 97 et 273. — Jehanne, Consid. sur l'action de la chaleur, son rôle éliol. dans la fièvre interm. Th. Paris, 1876.
- >'ous avons établi, à Saint-Louis (Sénégal), les tracés graphiques parallèles de l'évolution endémique et des influences météorologiques, pour une année entière, de salubrité moyenne ; la marche des maladies endémiques présente ses relations les plus étroites avec les éléments température et humidité.
d'ozone et le développement des fièvres intermittentes ne sont que très vaguement soupçonnées.
Vents. — Ils remplissent un double rôle : agents de transport et de dispersion des émanations infectieuses, ils contribuent, selon leur direction par rapport à la situation réciproque d'une localité et de marais avoisinants, soit à la contamination, soit à Tassai-" nissement (c'est à la permanence des vents du large que la région de la Plata devrait sa salubrité, d'après Pauly) ; agents modificateurs des conditions thermo-hygrométriques, ils augmentent ou diminuent les susceptibilités morbifiques, suivant les idiosyncrasies des races et des individus.
Saisons. — Comme elles ne sont que la résultante d'un ensemble d'actions météorologiques, elles doivent toute leur influence sur l'évolution de l'endémie à la prédominence de celles de ces actions que nous avons reconnues le plus propres à déterminer la genèse de l'infectieux et le développement de l'infection. Comme la prédominance des actions auxquelles nous faisons allusion n'apparaît pas en tous lieux à la même période de l'année, il s'en suit que les foyers malariens présentent leur intensité maximum ou minimum à des époques variables, selon les régions climatériques. D'une manière générale, l'endémie offre ses recrudescences pendant la saison des chaleurs et des pluies, et sapins grande activité au momentoii le sol redevient à l'état de demi-assèchement; c'est aussi le moment 011 l'économie est le moins résistante, amoindrie qu'elle se trouve par les fatigues de plusieurs mois de haute thermalité.