IV. — INFLUENCES KTHNTQUES, INDIVIDUELLES ET HYGIENIQUES
Races. —7 Aucune ne possède une immunité absolue vis-à-vis du paludisme. La race noire jouit d'une immunité relative considérable : elle vit en des foyers malariens redoutables aux autres races, avec une apparence de force et de vigueur qui suppose chez elle plus qu'une assuétude aux causes occasionnelles d'imprégnation, une assuétude à l'imprégnation elle-même; mais déplacée, même en des régions climatiques analogues ou semblables à ses pays d'origine, elle devient apte à subir l'atteinte palustre, bien qu'à un degré généralement encoi-e assez faible. (Jiez les autres
races qui vivent entre les tropiques, indigènes ou immigrantes acclimatées, l'accoutumance au milieu physique amoindrit la réceptivité ; mais, quand une résistance vient à s'accuser, jamais elle n'égale celle du nègre et elle semble répondre à la proportion des mélanges avec des éléments noirs autochtones ou transportés; elle se perd d'ailleurs assez vite sous l'influence des déplacements. Le coolie hindou paie un lourd tribut aux maladies palustres, à la Guyane et aux Antilles; le créole blanc, quelle que soit sa condition sociale, ne peut se soustraire à l'influence endémique et, dans les saisons les plus insalubres, éprouve ses effets plus vivement que l'Européen, conservé vigoureux. L'Européen toutefois est Torganisme susceptible entre tous, quand il arrive à cette période oii l'économie commence à lutter pour l'adaptation météorologique, à faiblir dans la lutte et à présenter les premières modalités de l'indigénisation*.
Il n'y a pas d'acclimatement vis-à-vis de l'infection palustre, pas d'immunité conférée par ses atteintes, mais plutôt un accroissement de la susceptibilité morbide, à mesure que celles-ci se multiplient davantage. Il peut seulement se produire une sorte de tolérance, par l'adaptation des centres d'innervation à une stimulation devenue habituelle. Souvent en effet, dans un milieu insalubre, les impaludés n'éprouvent que des manifestations légères, à peine appréciables ou qui passent inaperçues : ils sont violemment pris de fièvre aussitôt qu'ils émigrent dans un autre milieu, où leur excitant ordinaire vient à faire défaut, ou bien au bout de plusieurs semaines, de plusieurs mois, quand l'organisme subit le plus vivement la réaction d'un nouvel acclimatement météorologique. C'est la même rupture d'équilibre qu'on observe chez les alcooliques, les arsenicophages et les morphiomanes, trop brusquement privés de leur aliment nervin accoutumé : comme on arrête les phénomènes de l'intoxication chez ces anormaux en leur rendant l'usage du poison, que l'habitude a transformé pour eux
'A. Corre, De l'influence delà race dans les mal. infect. Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1869 ; Notes méd. rec. à la Vera-Cruz. Th. Paris, 1869. — E. Maiirel. Tr. des mal. pal. à la Guyane franc. V p., ch. VIII. — Bordier, La Géog. méd., Il* p. — L'immunité des noirs à la malaria est à rapprocher de celle de l'espèce bovine, dans les provinces palustres de l'Italie. D'après les D''' Crudeli et Vecchi, il s'agirait bien d'-ine immunité par assuétude acquise et transmise par l'hérédité, d'une grâce de race, « qui n'appartient plus aux animaux de la même espèce, mais de race dilTérente, introduits dans le pays ».
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en stimulant nécessaire, on voit les symptômes de la malaria s'effacer, les accès devenir plus rares ou disparaître, par le retour de l'impaludé dans une localité de conditions telluro-climatiques analogues à celles du foyer d'infection primitif ^
Les maladies palustres se rencontrent à tous les âges (la mère pourrait même transmettre l'imprégnation au fœtus et la fièvre intermittente apparaître chez le nouveau-né, hors de tout foyer contaminateur^). — Elles sont inégalement reparties suivant les sexes, en raison de la différence de leurs occupations : la femme est, en général, mieux préservée que l'homme, parce qu'elle est moins exposée aux influences directes ou indirectes qui amènent l'infection ; mais dans certains états physiologiques (menstruation, grossesse, puerpéralité), elle acquiert une prédisposition bien accentuée, susceptible d'imprimer aux atteintes des modalités propres. — L'endémie sous des formes variables, frappe tous les tempéraments, toutes les constitutions, toutes les idiosyncrasies.
IjQ^ professions, la manière de vivre n'exercent d'autre action que celle qui dérive des conditions étiologiques précédemment examinées. Les soldats et les marins, les voyageurs, les médecins, les missionnaires, les travailleurs du sol, obligés à supporter souvent et longuement les émanations palustres, au milieu de fatigues et de privations qui augmentent leur réceptivité, paient le plus lourd tribut aux lièvres et à la cachexie spécifiques. Les classes pauvres, que l'insuffisance de la nourriture rend moins résistantes et que les conditions défectueuses du logement, bas et humide, confiné dans les endroits les plus insalubres, exposent à subir plus directement l'infection, sont toujours et partout plus éprouvées que les classes aisées. Les sorties à jeun, le matin, avant que le soleil ait dissipé les vapeurs exhalées du sol, sont une cause fréquente d'accès malariens.
Les excès de toute nature, les influences morales dépressives,
' Nous contractons des fièvres palustres à Nosi-Bé; pendant plusieurs années consécutives, en France (Brest), nous éprouvons des accès mal définis, accompagnés de symptômes gastriques qui nous maintiennent en anémie ; notre service nous appelle dans un foyer malarien très intense, la Pointe-à-Pître, et nous retrouvons en ce foyer, une sorte de santé relative!
- Verneuil et Leroux, Rev. de méd., août 1882. — Albrecht, Phil. med. news, 22 mars 1884, p. 342. — Laveran, Tr. des fièvres pal., 18. — Voir aussi : Guiraud, De la fièvre interm. pendant la grossesse. Th. Montp., 1832. — Bazin, Fièv. palud. intra-utérine. Gaz. des hôp., 187J. — Rurdel, Une mère impaludée peut-elle transmettre son affection à l'enfant nouveau-né. Ann. de gynéc., 1877.
selon que Forganisme s'y trouve habituellement ou accidentellement soumis, agissent (comme d'ailleurs les causes météorologiques), à la manière des actions prédisposantes ou occasionnelles : elles préparent lentement l'imprégnation ou la déterminent rapide, la font sortir d'un état jusqu'alors latent, réveillent ses manifestations depuis longtemps éteintes.