II. — FI?:VRE
On s'est habitué à regarder la fièvre, à un degré quelconque, accompagnée ou non de phénomènes locaux à bruyant éclat, comme un syndrome nécessaire des manifestations aiguës de Fimpaludisme. On a bien établi, à côté des accès fébriles, des accès dits /«ryes, précisément parce qu'ils semblaient se dérobera l'observateur, faute d'un élément symptomatique concomitant, regardé comme la règle ; mais on a plus tard déclaré que les phénomènes décrits sous cette épithète s'accompagnaient d'un état subfébrile, puis on a fini par nier leur existence. C'était aller trop loin! L'intoxication malarienne peut se traduire par des phénomènes insolites, dont la nature véritable échappe à l'appréciation des médecins non prévenus ; la plupart de ces manifestations larvées ont pour symptôme connexe une légère augmentation de la température, qu'on a généralement méconnue à une époque où l'en ne songeait guère à faire usage du thermomètre en clinique ; mais quelques-unes demeurent complètement apyrétiques : tels sont les œdèmes, les hémorrhagies, certains flux à répétition, certaines névralgies qu'on observe chez les malariens et qu'il faut bien rattacher à l'impaludation, quand on les voit précéder ou suivre des accès fébriles, alterner avec des manifestations de pyrexie franche, disparaître sous l'influence de la médication quinique. Toutefois, nous pensons qu'il n'y a pas lieu de conserver un groupe d'affections larvées, les phénomènes décrits sous ce nom pouvant ou non exister indépendamment de la fièvre, n'étant en dehors d'elle que les symptômes d'un accès incomplet : l'état fébrile demeure la caractéristique par excellence du paludisme aigu.
La fièvre oflVo une évolution spécifique, non seulement dans
sa périodicité, mais encore dans la succession de ses stades, quand elle n'est pas dominée par une localisation phlegmasique ou modifiée par une association. L'accès, dans les impaludations récentes, débute souvent sans prodromes; d'autres fois, et principalement dans les éclats à longs termes de l'intoxication chronique, il s'annonce, quelques heures ou quelques jours à l'avance, par de la courbature, du malaise, de la dépression des forces, avec lenteur et irrégularité du pouls, étirement des traits, vertiges et nausées; chez quelques malades, par des phénomènes d'embarras gastriques, de la céphalalgie, de l'agitation ou de la somnolence, des douleurs irradiées dans les membres, etc. On y distingue : 1° un stade de froid ou de frisson, phénomène initial, en apparence, mais non pas réellement, car il est précédé d'une élévation de la température et d'une augmentation (relative) du taux de l'urée dans l'urine : sensation de froid à la périphérie; peau sèche, pâle, contractée, comme ratatinée (ansérine), parfois bleuâtre, cyanosée en certaines régions (premiers signes d'une asphyxie locale aux doigts et aux orteils) ; grincement de dents ; frissons allant jusqu'au tremblement convulsif; céphalalgie et rachialgie ; respiration courte et embarrassée ; pouls petit, rapide, souvent inégal ; langue peu humide ou sèche, pâle ou légèrement chargée, vomissements fréquents, inquiétude, prostration; — 2° un stade de chaleur : sensation de chaleur acre, brûlante ; visage plus ou moins coloré, rougeâtre, comme turgide(vultueux) ; chez les sujets que n'a pas encore modifiés l'acclimatement ; — 3° un stade de sueur : transpiration plus ou moins copieuse, qui marque une détente générale.
La durée du stade de froid est d'une heure à quatre ou cinq heures ; celle du stade de chaleur de une à dix ou douze ; celle du stade de sueur, de deux à dix ou douze : ce qui donne une durée de quatre à trente heures à l'accès. Mais celui-ci est susceptible de variations considérables, qui portent sur l'intensité, la durée et même l'existence de tel ou tel stade. Dans les pays chauds, le frisson peut manquer, être à peine senti ou être très exagéré ; la chaleur fait rarement défaut, mais elle est parfois très passagère , peu prononcée ou d'une haute intensité; la sueur est nulle, peu abondante, générale où partielle, dans certains cas copieuse au point de constituer un phénomène de déperdition de la plus grande sévérité.
L'élévation thermique est liée à raiig-mentation des combustions intra-organiques et à la paralysie vaso-motrice, qui succèdent à l'impression nocive reçue par le centre spinal. La pâleur de la peau et la sensation de froid du début se rattachent à l'amoindrissement de la circulation périphérique, pendant que les organes internes subissent au contraire comme une exaltation de leur fonction circulatoire. La température s'élève très rapidement et elle atteint son maximum (40% 41°, 42°) vers le moment oii le frisson s'arrête et fait place à la sensation de chaleur. Celle-ci répond à la période de généralisation de l'atonie vaso-motrice, mais déjà cache un commencement de relèvement : la température reste quelque temps stationnaire, augmente parfois; mais le plus ordinairement diminue d'une manière graduelle. L'abaissement s'accentue davantage avec les sueurs, et, comme dans toute réaction un peu forte, la température tombe au-dessous de la normale, avant de revenir définitivement au chiffre habituel : presque jamais, entre les tropiques, nous n'avons vu une attaque de fièvre intermittente franchement terminée, avant que la température n'ait atteint 36° ou 36°, 5, et assez souvent nous avons vu laguérison indiquée par le chiffre de 35°, 5 ou 35°.
Le processus fébrile n'est pas tout entier dans une perversion des fonctions vaso-motrices. Sans doute l'hyperthermie paraît dépendre, au début de l'accès, de l'atteinte aux centres qui président à ces fonctions. Mais plus tard surtout quand la fièvre revêt la forme rémittente ou la forme continue, elle est entretenue par l'accumulation, dans le sang, des produits excrémentitiels ou putrides non éliminés, l'infection secondaire autochtone de l'économie, et, dans le cas où il existe une localisation phlegmasique, elle reste dominée parcelle-ci '.