‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 72 sur 190 · I. — FORMES AIGUËS FRANCHES · texte numérisé non relu

I. — FORMES AIGUËS FRANCHES

La symptomatologie ne relève que de raction palustre ; elle est indiff n'ente, toujours la même, quels que soient les sujets. L'accès évolue parfois à côté de susceptibilités particulières, mais sans provoquer leur ébranlement. Cependant ces formes supposent, en général, Fabsence de toute idiosyncrasie, de toute impressionnabilité morbide sui generis^ préexistante ou acquise ; car le propre de la malaria est d'éveiller les tendances de ces modalités organiques à engendrer des manifestations contingentes. Aussi les observe-t-on principalement chez les individus qui n'ont pas éprouvé les perturbations de l'acclimatement ou qui, possédant l'adaptation, même avec un léger degré d'anémie palustre, ont conservé une constitution vigoureuse et une certaine énergie de réaction.

L'accès peut être unique, très éphémère, marqué par quelques frissons, des bouffées de chaleur, un léger malaise, des sueurs modérées [fièvre éphémère palustre)^ ou bien se reproduire, plus ou moins accentué dans ses stades, suivant divers types périodiques, réguliers ou irréguliers [fièvre intermittente simple) : l'accès bien caractérisé s'accompagne d'une élévation de la température ordinairement considérable (40°, 41°, 42°), et toujours très rapide, d'un certain éréthisme nerveux dans la sphère des pneumogastriques^ et du grand sympathique (sentiment d'oppression, accélération des mouvements du cœur et du pouls, gastralgie, nausées et vomissements, hépatalgie et splénalgie) ; il est jugé par une transpiration plus ou moins abondante, au bout de cinq à trente heures, et le retour à l'état normal a lieu presque sans transition. D'autres fois, par la prolongation de l'un ou de l'ensemble des stades, un certain effort dans la récupération de l'équilibre physiologique au cours de la détente, le rapprochement de plusieurs accès jusqu'à la fusion (un se produisant avant que les manifestations du précédent soient entièrement dissipées), la lièvre persiste au delà des limites habituelles, avec des inégalités variables (rémissions et paroxysmes), sans présenter d'ailleurs d'autres phénomènes symptomatiques que ceux de l'accès ordinaire [fièvre rémittente palustre simple).

Ces états sont assez fréquemment précédés par des manifesta-

traitp: clinique des maladies des pays chauds

tions moins bruyantes, qui échappent à l'observation médicale ou sont rapportées à d'autres causes qu'à la malaria. Le docteur Grall les a fort bien relevées. « Malaise général, inappétence, insomnie de la seconde moitié de la nuit avec frissonnement et sentiment d'horripilation ; migraine au réveil, état nauséeux, qui s'exagèrent aux heures chaudes de la journée : voilà en quoi peut se réduire la première impression du paludisme. Tout se borne parfois à ces

FiG. 9. — Première manifestation de fièvre palustre, après trois mois de séjour à la Guadeloupe, chez un jeune soldat européen.

FIG. 10. — Fièvre intermittente simple (jeune soldat européen, neuf mois de séjour à la Guadeloupe, traitement par le sulfate de quinine et la poudre de quinquina.)

quelques manifestations. Le plus souvent, au bout de quatre à cinq jours de cet état mal défini et pour lequel on n'a pas demandé conseil, la fièvre s'établit, mais sans grand fracas ; souvent, le malade n'en a pas conscience ; le chiffre de 38° à 38°, o est le maximum atteint aux heures de la sieste. Dans la soirée, le malade accuse un mieux-être ; mais vers le milieu de la nuit, le mal de tête recommence ; au lever, la fatigue est grande et le thermomètre accuse déjà une température sous-fébrile... Quelques mois plus tard, le malade présentera des accès franchement intermittents'. )>

' Arch. de méd. nav., XLV, o9.

Cet ensemble de symptômes se retrouve quelquefois après que les accès ont disparu, et même, chez les anciens paludéens, ils constituent bien souvent toutes les manifestations aiguës périodiques, à plus ou moins long terme, observées en dehors de l'état anémique.

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