‹ Traité clinique des maladies des pays chaudsChapitre 78 sur 190 · Mit · texte numérisé non relu

Mit

FiG. 13. — Fièvre algide cholériforme, mort en coma et en algidité.

FIG. 14. — Fièvre dysenlériforme. Guérison par le sulfate de quinine.

On a décrit la forme dysentérique comme une variété de la fièvre algide. Mais les symptômes dysentériques peuvent exister sans algidité. Il importe de bien distinguer de la dysenterie, comphquée de fièvre, l'accès palustre auquel se surajoute un élément dysenlériforme : cet accès dysenlériforme se montre au milieu comme en

dehors des foyers de la dysenterie endémique; il suppose une modalité spéciale de l'intestin, souvent préparée par une alimentation vicieuse ou des excès alcooliques, et tout à coup mise enjeu sous l'ébranlement de l'imprégnation palustre. « Au cours d'un frisson qui ressemble à celui de la fièvre intermittente simple, puis qui augmente, le malade est pris soudainement de coliques très vives, de borborygmes, bientôt suivis de garde-robes excessivement abondantes, composées, les premières, des matières contenues dans l'intestin, puis d'un liquide sanguinolent très muqueux, ressemblant à de la lavure de chair, fétide d'abord, inodore ensuite. Les évacuations se succèdent rapidement dans les deux ou trois premières heures ; elles sont colorées en rouge plus ou moins intense (cette coloration va en diminuant à mesure qu'elles se succèdent) ; quelquefois le ténesme apparaît après les cinq ou six premières heures. Il existe de l'abattement, de l'étirement des traits... L'accès est ordinairement jugé par des sueurs abondantes qui remplacent le flux intestinal...» (DauUé.) Moins intenses, réduites à un petit nombre de selles glaireuses et sanguinolentes, les manifestations dysentériques peuvent durer plusieurs jours, offrant les mêmes recrudescences paroxystiques que l'état fébrile et disparaissant avec lui K

Des susceptibilités nerveuses idiosyncrasiques , nées parfois d'abus sexuels, dépendantes d'une diathèse ou d'une altération matérielle des tissus souvent consécutives à une action traumatique ou mécanique (cathétérisme, accouchement), donnentlieu, aux organes génito-urinaires, à des manifestations qui caractérisent de nouvelles formes malariennes. On a vu l'accès palustre se localiser pour ainsi dire, à l'utérus et aux ovaires, à la suite de la parturition ; à Tépididyme et au testicule, chez des sujets autrefois atteints d'orchite vénérienne; se traduire par un écoulement vaginal ou uréthral muco-purulent ou par une hémorrhagie de même siège (accès hématurique vrai). Sous le nom de fièvre uréthrale, Fayrer rapporte plusieurs exemples d'accès observés chez des malariens, à la suite du cathétérisme : leur gravité, leur insidiosité les sépare nettement de la fièvre intermittente que cette opération

^ Daullé, Cinq an. d'obs. méd. à Madagascar. Th. Paris. 1807. — Dudon, Notes et obs. sur les afîections palud. à la côte occid. d'Afrique. Th. Paris, 1869. — Jousset, De la fièvre interm. et de la forme dysentérique, l'une de ses manifestations. Th. Paris, 1872. - J. Fayrer, Dyscntcry and diarrhœa, etc. London, 1881.

détermine fréquemment en dehors de toute imprégnation palustre: après des frissons intenses et des vomissements plus ou moins rérépétés, et sans que la miction soit suspendue, il se produit une tendance alarmante au coUapsus, parfois du délire, et le malade peut succomber tout à coup par arrêt du cœur (concrétions fibrineuses alors rencontrées dans le cœur droit^). Dans la forme cystalgiqiie, à laquelle nous avons déjà fait allusion, tout ne se borne pas aux envies d'uriner et à des manifestations périodiques bénignes : les symptômes vésicaux s'accompagnent de phénomènes cérébraux et le type fébrile varie, comme dans les fièvres vernales étudiées par L. d'Ormay, àSaïgon, en 1866. Ces fièvres, intermittentes, rémittentes ou continues, étaient caractérisées par un mal de tête violent, de la somnolence ou une agitation extrême, une sécheresse persistante de la peau et surtout « par une envie continuelle d'uriner : la miction donnait des urines claires et abondantes, telles que celles qu'on a décrites sous l'épithète d'urines nerveuses ; le danger était d'autant plus grand que le malade était plus agité et urinait plus souvent ; dans les instants qui précédaient l'agonie, certains malades urinaient toutes les cinq minutes^..» Il s'agissait bien là d'une détermination dominée par une constitution médicale particuHère. En d'autres cas, la fièvre palustre présente la forme néphrétique, tantôt marquée par des phénomènes douloureux qui rappellent la coHque de même nom, tantôt par des phénomènes de néphrite -^

Les formes encéphaliques les plus délimitables sont susceptibles d'être rattachées à une congestion ou à un état subinflammatoire des méninges, à l'embolie, à l'infarctus pigmentaire ou à l'hémorrhagie de quelque territoire cérébral ou à l'ébranlement de certains centres prédisposés. — Forme soporeuse ou comateuse. L'accès débute brusquement, ou il est annoncé par une détermination anormale, des vertiges, de la céphalalgie, delà rachialgie lombaire. Le visage est vultueux ou exprime la stupeur, les paupières sont demi-closes, les pupilles plus ou moins insensibles à la lumière; l'ouïe est amoindrie ou abolie, l'intelligence alourdie ou suspendue ;

^ The climate and levers of India. Obs. XLIII et XLIV.

^ Rap. man. — A rapprocher de l'intoxication urémique avec pollakiurie.

^ E. Calmette, Une obs. de néphrite interm., Rec. de mém. de méd. et de chir. miL, 1880. Nous avons observé, vers la même époque, un cas presque identique.

le malade reste sonnolent ou plongé dans le coma : il y a résolution des muscles, parfois de la paralysie des membres d'un côté du corps, et il peut se produire des tremblements, des mouvements cloniques, de véritables convulsions (convulsions rémittentes des enfants, aux Antilles, Levacher); les urines et les matières fécales tantôt sont supprimées, tantôt sont expulsées involontairement. La température s'élève à de très hauts chiffres ; le pouls, d'abord ample, dur, tendu, à 420-140, et plus précipité encore, s'affaiblit vers la fin; la respiration est rapide, suspirieuse ou stertoreuse. L'accès, souvent réduit au stade de chaleur, avec simple moiteur de la peau, se répète suivant les types tierce ou quarte, dans les cas légers ; dans les cas graves, il est unique, continu avec quelques rémissions peu tranchées ; il dure de quelques heures à quelques jours et se termine parla mort dans près du tiers des atteintes bien caractérisées. — Forme délirante. Le délire se manifeste au cours d'accès de formes très variées ; il ne caractérise une forme spéciale, qu'autant qu'il apparaît comme le phénomène véritablement dominant. Les yeux sont brillants, injectés, humides, sensibles à lalumière jusqu'à la photophobie, exprimant la colère ou la fureur; l'ouïe est exaltée jusqu'à la souffrance par le moindre bruit ; la peau est hypéresthésiée par place ou sur toute son étendue; agitation extrême, efforts continuels pour sortir du lit, parole incohérente, délire bruyant ou furibond, parfois entrecoupé de convulsions et aboutissant souvent au coma ; pouls accéléré et dur, température toujours très élevée. Le frisson se montre fréquemment sinon constamment, au début de l'accès, et il n'a rien de particulier. C'est avec le stade de chaleur que commencent les manifestations cérébrales; le paroxysme se termine ordinairement par une abondante sueur, quand il doit être suivi de g'uérison, et par le coma ou l'état algide, quand l'issue doit être funeste. Le type continu est le plus habituel (les accès simples, qui précèdent ou suivent la fièvre à localisation, ne sauraient être confondus avec celle-ci, Dut.) ; on a cependant observé des accès délirants multiples, -à intermittence franche, quotidienne ou tierce. La durée de cette forme est généralement courte et la mort est une terminaison trop commune (coma, algidité, typhisme). — Ijdi forme- apoplectique doit comprendre les cas où, brusquement, sous l'influence d'une hémorrhagie circonscrite, ou d'une embolie (pigmentaire), il se produit des accidents hémiplé-

giques, avec perte de connaissance plus ou moins complète et quelquefois avec aphasie. — Forme convulsive. Nous distinguerons de Fataxie musculaire sans allure définie, qui se manifeste au cours des accès soporeux et délirants, et qui se rattache à une lésion diffuse de la couche corticale et des méninges, les convulsions franchement tétanif ormes, épileptiformes ou hystériformes qui semblent accuser une atteinte localisée dans Fisthme et traduire parfois la prédisposition neuropathique du sujet. Les accès à grande attaque convulsive sont généralement fort graves ; presque toujours ils se terminent par la mort (coma, collapsus, syncope ou asphyxie).

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