Fièvre bilieuse palustre de moyenne intensité
(Traitement quiiiique.)
tente ou continue, accompagnée de phénomènes divers, selon les susceptibiHtés actuelles du sujet. Alors se déroulent des séries morbides parallèles aux séries de composés encours de formation et de transformation, séries à tendances bénignes ou graves, selon le degré et la nature de l'imprégnation, à évolution écourtée ou prolongée, selon c|ue les combinaisons s'arrêtent ou parviennent jusqu'à certains types moléculaires définissables. Que l'encombrement, les privations, les fatigues exagérées ajoutent à l'épuisement de l'économie, abattent davantage sa résistance vis-à-vis des influences désorganisatrices, le condamnent d'emblée àla putridité, cette putréfaction de la matière encore vivante ; que les substances organiques du sol et des eaux, en grande partie d'origine animale, éprouvent des modifications similaires à celles que présentent les tissus malades, ou qu'un apport infectieux contamine accidentellement le jnilieu extérieur ou le milieu humain, la malaria se montre, comme dans le premier cas, accompagnée de manifestations généralisées, mais plus franchement typhiques.
parce qu'elles sont la résultante d états moins fusionnés, d'une association de causes et d'effets plus décomposables. — Enfin,
FiG. 18. — Intercurrence d'une septicémie traumatique, chez un malarien; mort en typhisme.
nous retrouvons un état morbide indivisé, une pyrexie typhomalarienne, occasionnée par un contaminateur de même nom, dans lequel une molécule de matière septique s'unit intimement à une molécule malarienne ; il faut bien admettre cette espèce, quand on voit éclater spontanément, dans un milieu très circonscrit, à sol marécageux et imprégné de produits animaux , une fièvre aux allures paroxystiques et typhiques, qui ne rappelle en rien les formes typhiques définies et cède plus ou moins rapidement à l'administration du sulfate de quinine ^ — Ce sont là des conséquences de la doctrine que nous soutenons depuis plusieurs années. Le parasitisme ne peut expliquer, dans les maladies palustres, ni les transformations, ni certaines associations de syndromes, qu'en bonne logique on ne peut rattacher qu'à des modalités d'une matière infectieuse soumise aux lois chimiques. A la rigueur, il permettrait de comprendre le développement distinct et
' Sur les typho-malariennes, consulter (comme appendice au ch. v de notre Tr. des fièvres) : B. D. Webb. Typho-malarial or continued malarial fever. The amer. j. of med. se, avril 1883. — Rhoads, Septie fever. Med. news (Phil.), 3 nov. 1883. — Matas, The long continued levers of Louisiana that resist quinine. Trans. Louis, med. New Orléans, 1885. — Chaplin, On malarial typhoïd fever. The Lancet, 19 sept. 1883. — Moursou, La fièvre typhoïde dans la marine et dans les pays, chauds. Paris, 1885, ch. iv, IP p. — Lombard, Gont. à l'ét. des fièvres bilieuses et typhiques des pays chauds. Th. Monlp., 1886. — Squire, De la fièvre typho-paludéenne, Sem. méd., 1887, lu. — Jagoe, Notes on enteric and typho-mal. fév., the Lancet, 3 mars 1887.
FiG. 19. — Fièvre typho-malarienne, engendrée sous l'influence mixte du poison palustre et d'un poison typhique (sujet afi"aibli, renfermé en prison: fièvre de même type observée simultanément chez un sujet subissant la même peine, dans le même lieu que le précédent!: traitement par le salicylate de soude et le sulfate de quinine.
Y.àe c[.q.a.u cacao et a,ù ca-fë Douches.
FIG. 20. — Fièvre typho-malarienne, jeune soldat comptant 24 mois de séjour à la Guadeloupe et plusieurs entrées à l'hôpital pour fièvre palustre; fièvre offrant les caractères d'une fièvre typhoïde très incomplète, avec des manifestations lymphangitiques, et nettement enrayée par le sulfate de quinine.
382 TPuilTÉ CLINIQUE DES MALADIES DES PAYS CHAUDS
parallèle des pyrexies malariennes et des pyrexies saisonnières, depuis l'embarras gastrique jusqu'à la dothiénentérie, dans un même groupement humain ou dans un même organisme ^ Il ne saurait donner la clef des nuances à peine saississables par lesquelles la fièvre éphémère la plus simple se relie aux fièvres d'allures typhoïdes les plus graves^ moins encore de la transformation graduelle des accès palustres les plus francs, à leur début, en pyrexies rémittentes ou continues typhiques et même en véritable dothiénentérie, — ou enfin des formes malariennes typhiques d'emblée.
Il nous reste à parler d'une dernière forme, observée dans l'Inde par Carter, par nous-même à la Guadeloupe, et bien étudiée, dans ce dernier pays, par le D"" Tissot\ C'est \^ fièvre récurrente malarienne. Cette forme tient à la fois de la fièvre à rechute (Typhus collapsif) et de la fièvre typhoïde à rechute : nous l'avons rencontrée, à la Pointe-à-Pitre, mélangée aux pyrexies indécises auxquelles nous avons fait allusion dans notre premier chapitre (sect. II); mais nous devons avouer , qu'avec un début et des paroxymes qui rappelaient souvent l'accès palustre, elle résistait fréquemment à la médication quinique et relevait plutôt de la médication alcoolique. Chez aucun de nos malades nous n'avons d'ailleurs relevé de svmptômes propres de dothiénentérie ; la caractéristique de la maladie pouvait se résumer en ces quelques mots : fièvre , adynamie , rechute au moment d'une convalescence imminente , durée souvent très prolongée , avec empreinte suspecte aux poumons. A la Basse-Terre, au début de la saison chaude, nous avons retrouvé des cas de même forme, chez des militaires en traitement à l'hôpital: chez quelques-uns, on nous a affirmé que, dans la première période, on avait observé tous les phénomènes de la fièvre typhoïde classique. Nous demeurons donc très hésitant sur la nature de la pyrexie. Il est au moins singulier qu'elle se montre aussi fréquente et aussi uniforme en son évolution, dans certains centres malariens intertropicaux. Voici la description qu'en a donnée Tissot, et qui nous a paru très exacte :
' On a remarqué notamment la corrélation évolutive de l'embarras gastrique et de la fièvre intermittente. A, Ritter von Jilek, Ueber das verhalten des malariafiebers in Pola. Wien, 1881, p. •2-2.
- Kelsch et Kiener admettent l'identité des fièvres éphémère et rémittente gastrique et de la dothiénentérie. Soc. méd. des hôp., 10 avril et 8 mai 1885.
2 De la fièvre récurrente malarienne obs. aux Antilles. Th. Paris, 1884.
— Dans une première phase, dite inflammatoire et qui parfois n'est précédée d'aucun prodrome, les malades se plaignent de céphalalgie sus-orbitaire, de lombalgie, d'une grande lassitude, d'insomnie : la face est vultueuse, l'œil brillant, la fièvre intense; bientôt la céphalalgie et la lombalgie s'atténuent, le visage perd de sa vultuosité, mais l'insomnie persiste ; la langue est recouverte d'un enduit blanchâtre, ses bords sont d'un rouge vif, et quelquefois elle a tendance à la sécheresse ; il se produit des nausées et des vomisssements, des signes de congestion hépatique, la région hépatique restant en général peu douloureuse, le ventre
FiG. 21. — Fièvre récurrente palustre 'Pointe-à-Pitre, homme de couleur adulte).
est légèrement météorisé et il existe ordinairement de la constipation; les malades sont abattus. Dans cette période, qui peut durer de 9 à 21 jours, la température se maintient fébrile; au début, elle oscille entre 39° et 40°, dépasse rarement ce dernier chiffre ; elle affecte quelque temps une marche pseudo-continue , avant de prendre un type rémittent, ordinairement assez variable (tierce, quotidien) ou quelquefois intermittent ; la défervescence se fait tantôt rapidement, tantôt lentement, par oscillations régulières et graduelles. — La période de rémission est caractérisée par la disparition des phénomènes morbides précédemment observés,
une apyrexie complète, avec une grande faiblesse mais non pas un état collapsif, comme dans le typhus à rechute ; elle offre une durée de 2 à 3 ou de 6 et même 9 jours. — Puis, en pleine convalescence apparente, le malade est brusquement repris de fièvre et Ton voit reparaître les phénomènes de la période initiale, toutefois avec une faiblesse plus accentuée, de la tendance aux lipothymies, quelquefois des douleurs musculaires dans les membres inférieurs ; c'est la période adynamique ; la température, qui s'est rapidement élevée à 39°, 40° et même 41°, conserve le type rémittent ordinairement quotidien. Chez les malades de Tissot, « les troubles de l'appareil digestif étaient plus accentués qu'au début ; l'état gastrique bilieux était très marqué et se traduisait par des nausées et des vomissements, de l'épigastralgie et une inappétence absolue. Le météorisme abdominal, accompagné de diarrhée séreuse avec selles fétides de couleur jaune d'or, analogues aux selles des typhisants% survenait à l'acmé de la rechute. Les signes d'hypérémie hépatique, douleur à la pression au-dessous du rebord des fausses côtes droites, augmentation légère du volume de l'organe, teinte subictérique généralisée, étaient très prononcés chezles malades très affaiblis, et, vers la fin de la rechute, le muguet envahissait les piliers du voile du palais. Des sueurs, des frissons se montraient irrégulièrement dans le cours de cette période... », dont la durée variait entre quatre et vingt jours. La convalescence s'établit après une seule ou après de'ux, trois rechutes ; elle est caractérisée par une anémie excessive, un très lent retour des forces et est souvent traversée par des accès de fièvre isolés.